Asie

 

Kirghizistan 2022

Préalable

Cela fait deux ans que je reporte le périple vélo de la Pamir Highway qui relie Douchanbé (Tadjikistan) à Osh (Kirghizistan), pour raison d'insécurité (notamment plusieurs attentats à Khorog en mai 2022) et de fermeture de la frontière terrestre entre Tadjikistan et Kirghizistan (Kyzil-Art Pass). Ces pays étaient des républiques autonomes de l'ex Union Soviétique, sont encore sous influence russe.

Néanmoins, le Kirghizistan échappe encore aux difficultés de l'envahissement de l'Ukraine. J'y suis déjà allé deux fois : d'abord lors d'une expédition au Pic Lénine où j'ai dû m'arrêter au camp 3 après le Pic Razdelnaya (mouffles déchirées ...), puis lors de ma traversée à vélo de Tachkent (Ouzbékistan) à Kashgar (Chine, Xianjiang) en 2009.

Aujourd'hui, le Kirghizistan est ouvert, sans visa pour les français. L'occasion est donnée pour moi de découvrir le Nord du pays. Il m'a semblé intéressant de prévoir une boucle d'environ trois semaines entre août et septembre. Départ 17 août 2022.

Auscultation du Mulet

Le vélo commence à avoir fait beaucoup de kilomètres puisque c'est le même qui m'a promené dans tous mes voyages. Une solide révision s'imposait. J'ai réparé un bras du porte-bagage arrière qui s'était brisé. J'ai changé toute la transmission (les neuf pignons, le triple plateau, le dérailleur, la chaine, les manettes), les cables et les patins de frein, les pneus (pour des schwalbe bien crantés à meilleure accroche sur les pistes), la selle (pour essayer de ménager mon assise). J'ai fait l'acquisition de belles petites lumières avant et arrière pour voir et surtout être vu dans les tunnels. Puis, un bon nettoyage et graissage des roulements des roues afin d'éviter des à-coups dans le freinage. 

Balise pour être repéré

La communication par réseaux téléphonique et internet n'étant pas souvent possible au Kirghizistan, j'ai opté pour avoir une balise satellite qui me permet d'être suivi en quasi temps réel lors de mon avancée dans le pays. La carte en page d'accueil de ce site visualisera mon avancée avec des relevés GPS toutes les 30 minutes. Cette balise me permet encore d'adresser quelques messages simples qui apparaitront sur la carte au lieu d'émission. Et, le cas échéant, la balise permet de déclencher un appel au secours par un bouton spécial. 

     

Pour communiquer avec moi

Les chroniques quotidiennes que je fais pour chaque voyage, ne peuvent être mises sur le site ddvagabondages.fr qu'avec une connection internet c'est-à-dire soit par wifi soit par réseau téléphonique avec activation des "données mobiles". Pour ce périple, j'ai opté d'écrire mes textes avec un clavier relié en bluetooth au smartphone. Ces textes journaliers seront ensuite placés dans ddvagabondages.fr au gré des possibilités de connection du terrain où je serai. Pour les lire, cliquer sur "Mes chroniques journalières" de la page d'accueil. Ces chroniques seront donc publiées de façon épisodique, dépendant des possibilités de connection. Le tchat et les messages sur le Livre d'Or seront possibles bien sûr pour tous ceux qui souhaiteraient me faire un petit coucou.

Donc pour communiquer avec moi : en page d'accueil du site ddvagabondages.fr

- mon avancée de terrain est visible sur la carte grâce à la balise satellite (points toutes les demi-heures)

- pour me laisser un message mettre votre identifiant et votre mot de passe puis cliquer sur "tchat" et/ou "livre d'or

- pour lire mes textes écrits chaque jour cliquer sur "Chroniques journalières"

Energie solaire

Tout ce système nécessite pas mal d'énergie électrique embarquée : pour la balise satellite, pour le smartphone, pour le clavier, pour l'appareil de photos, pour les éclairages avant et arrière, pour le compteur. Pour assurer cette dépendance énergétique, j'ai opté pour une autonomie à l'aide d'une batterie tampon (26 800 mAh 45W) rechargée par un capteur solaire (21W) placé au-dessus de mes bagages à l'arrière.

Nourriture

Les souvenirs que j'ai de mes deux passages au Kirghizistan ne sont pas impérissables pour la nourriture. Difficile pour un estomac européen de supporter sans rien dire la nourriture locale, sauf les fruits que l'on peut trouver chez des camelots de bords de route. La vodka est très appréciée. Mais mon expérience en Ouzbékistan et au Kirghizistan me rappelle qu'il vaut mieux ne plus pédaler après 16h-17h, les dépassements et croisements sur routes et pistes se faisant alors parfois de façon un peu tortueuses ! Mieux vaut être alors un peu à l'écart des voies de circulation.

Mon itinéraire prévu n'étant pas très urbain, j'emporte quelques sachets de lyophilisés, de soupes en poudre, des barres énergétiques ... de quoi caler un peu l'estomac au cas où ... avec moultes doses de café solubles, le réchaud MSR à essence (un peu de fumée noire !), la gamelle en titane, une petite bouteille isotherme ...

Mercredi 17 août 2022

9h30 Enregistrement terminé. Le vélo et les sacoches sont en soute jusqu'à Bishkek. Premier avion Lyon - Istanbul. La compagnie Turkish Airlines semble encore au top de l'organisation. Briefing avec superviseur pour les quatre préposées à l'enregistrement, vérification des bagages en soute et en cabine, passage sûreté rapide. Le bipède est masqué et s'est passé du gel sur les mains : consigne impérieuse de Laure et de Thomas qui m'ont bombardé de questions hier pour s'assurer que je n'oubliais rien.

Je dois avoir une tête bizarre : très souvent et aujourd'hui aussi, on me sollicite pour un renseignement comme si j'étais un employé d'aéroport. Un portugais puis un africain m'ont demandé la porte d'embarquement et l'heure de leur avion. Pité au pied du tableau général, la réponse a été facile. 

Un congolais était assis à côté de moi dans l'Airbus 321 neo qui m'a mené à Istanbul. Grand, costaud, débordant de son siège, la conversation s'engage sur l'Afrique de l'Est, le Congo notamment. Terres rares, Rwandais au Kivu, Katanga, Chine … jusqu'au moment où tout d'un coup un pressant besoin déclenche un subit "les toilettes" ! Mais, problème on est en phase d'atterrissage et l'hôtesse lui impose de se rasseoir. J'essaie de lui parler de choses et d'autres pour éviter l'inondation à mes pieds ! Rien n'y fait. Il me dit : "tu va voir, j'y vais, je vais leur pisser dessus". Et je le vois débouler vers l'arrière en remontant la pente du couloir (l'avion descend !). Le congolais finit par disparaître et réapparaît soulagé à l'arrêt de l'avion… 

Jeudi 18 août 2022

21h Istanbul, l’Airbus A321 neo decolle: Impressionnante traversée de la mer Noire. Le soleil couchant illumine merveilleusement tout le théatre des opérations en mer Noire et en mer d’Azof. On imagine les terribles drames qui se sont deroulés ou se déroulent à Odessa, à Mykolaiv, à Kherson, à Melitopol, à Marioupol … Terrible dissonance entre la surpenante lumière du soir et le quotidien ukrainien …Puis c’est la mer Caspienne, la mer d’Aral et ce qu’il en reste … Assis confortablement dans nos fauteuils, on se sent vraiment privilégiés. 

Allumage brutal des lumières : la pause nocturne est terminée. Pas de petit déjeuner ce matin. Il est cinq heures. La nuit est encore là quand nous atterrissons à Bishkek sur une piste étonnamment bosselée. La sortie est rapide. Pas de visa, juste contrôle rapide police, je récupère les sacoches et … le velo dont le carton a été très défonce avec déchirures énormes. Mais il ne manquait rien au remontage. Change rapide de monnaie pour payer mon taxi-van qui m’accueillait avec mon nom prénom en grand … Le trajet pour la capitale Bishkek s’est fait à fond la caisse … L’arrivée au petit hôtel Tunduk s’est faite alors que tout l’hôtel était dans un calme … normal. Il était 6h30. Plein de morceaux de vélos ont accueilli le Mulet tout penaud puis tout fier d’être au moins à la hauteur de ses copains. Trois cyclistes étaient déjà au petit dejeuner deux français  et une basquaise espagnole. 

Il se trouve que la gérante et propriétaire de l’hôtel a fait des études supérieures à Grenoble et à Lyon, d’où l’excellente facilité pour moi ignare en langues surtout quand elle s’écrit en cyrillique. Vive les logiciels de cartographie gps. Azema la tenanciere ne ménage pas ses efforts pour faciliter la vie de ses clients. Trouver les meilleurs plans pour le change, pour la nourriture, pour les restaurants, pour mettre une carte SIM locale, Azéma sait faire et avec un grand sourire. Seule contrainte, se déchausser pour déambuler dans la demeure. 

Toutes les banques et autres maisons de change se trouvent dans le même quartier à environ 5 km de l’hôtel. J’ai entrepris de commencer à y aller en vélo mais j’ai vite trouvé plus facile d’y aller en bus et pedibus cum jambis. Quatre établissements m’ont dit d’aller ailleurs … bizarre. Le cinquième m’a changé les dollars en somonis, la monnaie locale. Vers 13h locale soit 9h francaise je file vers un bistrot recommandé par Azema pour manger des langmans, pâtes pleines dans une sauce tomates oignons et de débris de viande. Pas de vin. Les employées, la tête engoncée dans un fichu, ne comprenait pas le mot wine. on me répétait à l’envie te te. J’ai fini par opter pour un coca. Même le mot beer leur semblait inaudible. Des progres à faire …

La sieste fut bonne dans un grand lit. Puis essai de la balise satellite Garmin inreach mini. Positionnement GPS impeccable. Un seul réglage imparfait : si la balise affichait bien l’heure locale, les waypoints envoyés qui sont des points envoyés manuellement par l’utilisateur s’affichent sur la carte du site en page d’accueil avec l’heure du fuseau Europe Berlin +2 alors qu’ils sont envoyés depuis la balise en heure locale. Donc attention les petits drapeaux sur la carte waypoints sont avec quatre heures de retard sur l’heure locale.

Vendredi 19 août 2022

Journée de transition: Difficile de lire l’écriture en cyrillique, difficile de ne pas parler la langue locale, difficile de voir que les gestes coutumiers pour par exemple dire qu’on voudrait un peu casser la croûte sont recus avec un froncement de sourcils … Finalement on devient quasi muet sans même pouvoir se débrouiller avec la langue des signes.

Aujourd’hui, journée de préparation pour starting bloc du Mulet. Vérification des composants du vélo en particulier les serrages de vis, de boulons, d’écrous qui doivent supporter les chaos et bosses des pistes. Demain, enfin le vrai départ mais pour un début bitume avec néanmoins force trous si j’en juge les quelques kilomètres faits pour gonfler les pneus à 3,5 bars et pour remplir au trois quart le bidon d’essence pour le réchaud. La balise satellite semble bien fonctionner avec une visualisation quasi instantanée sur la carte de la page d’accueil du site. 

Beaucoup de travaux dans les rues

Le petit raccourci ! ...

Hôtel Tunduk, repère des voyageurs tranquilles

 On se déchausse

Excellent pain !

Des trolleybus très ... nerveux !

Quelques achats de provisions supplémentaires (fromage, amandes, poisson-tomate ?, eau en bouteille) m’ont montré la richesse des étalages des grandes surfaces. Déjeuner de midi dans un restaurant coréen qui avait de la bière et bien d’autres alcools plus costauds.

Très important le moment de charger les sacoches pour ne garder que l’indispensable mais avec un volant de quelques cinq jours de survie pour éventuels besoins, avec plein de tubes de café Carte Noire en sachets. Le surplus reste à l’hôtel Tunduk jusqu'à mon retour bien caché dans le carton vélo massacré par les peu précautionneux employés au chargement des avions.

Ce soir, tout est prêt. Dommage que le petit dejeuner ne soit possible qu’à 8h car on perd presque deux heures de fraicheur. J’ai pu l’avancer d’un quart d’heure. J’aurai pu m’en passer mais j’ai pensé qu’il était préférable d’avoir la panse bien garnie pour amorcer le pédalage du Mulet chargé.

Coucher de soleil sur les montagnes enneigées. Même de la ville avec un trolleybus qui déboule à fond les manettes devant l'objectif, c'est beau !

Samedi 20 août 2022

Saint Bernard, bonne fête mon frère.

Enfin, premier jour de pédalage. Le Mulet est bien équilibré. Le chargement en poids est trois quarts arrière un quart devant … Reveillé plusieurs fois dans la nuit, le cycliste finit par un petit moyen déjeuner vers 7h30. Omelette, raisin, croissants, pain beurre café au lait, confiture de framboises. La circulation à Bishkek est moins stressante que les multiples bosses et creux des bords de la chaussée. Je finis par m’éloigner un peu du flot urbain pour continuer par des petites routes. Gros avantage ça circule moins, gros inconvenient elles sont plus étroites et … les frissons sont là quand véhicules et camions arrivent à la hauteur du Mulet. J’ai rallongé l’écarteur qui me protège un peu. Je finis par arriver sur la grand route qui est finalement préférable pour la sécurite du bipède à vélo. Plus large donc plus d’espace pour s’écarter, plus roulante, moins de trous et de bosses. Le paysage montre des montagnes moins enneigées au Sud. Finalement, je suis comme dans toutes sorties de ville dans un contexte toujours à peu près le même : navettes qui prennent les travailleurs en faisant des queues de poisson à vive allure, voitures à fond la caisse pour être le moins en retard au boulot, piétons courant de toutes parts.

Sortie de Bishkek, les montagnes apparaissent

Les cimetières musulmans toujours un peu à l'écart des villages

Un passage à niveau gardé

Attention ! Machines à vapeur

C'est encore la saison des regains

On garde les vaches à cheval !

... et aussi les brebis

Les vingt derniers kilomètres, je m’enfonce pour de bon et laisse la deux fois trois voies. Ce n’est pas mieux car je me rends compte très vite que c’est un raccourci de l’itinéraire Bishkek-Osh. De très grosses voitures filent à vive allure et m’obligent à me balancer sur le bas-côté. Le gymkana habituel. 

Le regain se fait, joli, abondant. Les troupeaux sont gardés par un homme à cheval. 

Je dois trouver à Chong Aryk un logis chez Ulan. D’après Maps. je devrais y être. Je demande dix fois en montrant une photo de sa maison. Non pas de Ulan, allez voir au village suivant. Sachant que les erreurs sur maps.me et sur google;maps sont assez rares, je persiste en m’enfonçant dans le hameau avec toujours la même question. Un petit garcon d’une dizaine d’années finit par me guider et me mettre devant la maison de Ulan. Tout va alors pour le mieux. Accueil généreux et magnifique dans une maison avec trois enfants dont un tout petit, tout rondouillé qui circule à quatre pattes. Pour la petite histoire ceux qui m’ont dit d’aller voir au village suivant sont juste les premiers voisins de Ulan …

Bilan positif de cette première étape. Le bonhomme et le velo ont assuré. La balise satellite présente un fonctionnement parfait et très précis pour la localisation géographique. J’ai pu avoir un déjeuner copieux en arrivant, et même une toilette dans un sauna artisanal mais très efficace.

Bishkek-Chong Aryk   70,5 km   +435 m   -217 m

Dimanche 21 août 2022

Lever 6h. Petit déjeuner kirghize sans café au lait, sans pain grillé … mais avec quatre oeufs au plat, un bol de lait de vache que Ulan est allé traire ce matin, un sandwich farci de viande. La note est un peu salée compte tenu du confort spartiate mais bon …

Température 5 degres. Fait pas très chaud pour amorcer le pédalage. L’étape d’aujourd’hui est un peu sévère car je dois monter à 2200 mètres. la route est pourrie, étroite mais bon …

Jeu de piste de 15 kilomètres avant d’atteindre la grand-route qui monte au tunnel à 3000 m  que je passerai demain. La vallée que je remonte n’est pas très agréable avec des parois sévères un torrent qu’on entend mais qu’on ne voit que rarement, et surtout des ordures partout à croire qu'on jette de tout partout. il y a du travail pour protéger la nature mais bon …

je n’ai prévu que 50 kilomètres aujourd’hui pour atteindre 2200 mètres. Bien m’en a pris car la tension nerveuse m’a épuisé. Bosses et creux avertisseurs des véhicules, bruit permanent des moteurs qui me faisait naviguer les yeux du rétroviseur aux bosses et creux de la chaussée. Bref pas très agréable cette portion. Mais un petit clin d’oeil réjouissant avec une descente d’un troupeau de brebis puis de vaches provoquant un bouchon de voitures et de camions. Pas de chien mais des bergers sur des chevaux assuraient le mouvement.

Départ un peu frais ...

Les vélos passent ...

Montée progressive vers le tunnel

Déjà la redescente des troupeaux  ?

Des ruches !

 

Campement mais avec beaucoup de vent

Le point de campement atteint est en réalite un espace à peu près plat pour une seule tente. Mais le vent souffle, fort. Difficile dans ce cas de monter le petit abri de toile. pas de réseau téléphonique. Le vent avec des rafales assez violentes m’empêchera de faire fonctionner le réchaud. Mais la fille ainée de Ulan m’a glissé une poche de nourriture avec un sandwich et des fruits. Allez, repos tout cet après-midi car demain journée encore rude pour grimper au tunnel …

Chong Aryk - tente 2241 m.  50 km.  +1253 m.  -104 m

Lundi 22 août 2022

Journée redoutée avec la longue et pentue montée au tunnel de Ashuu à 3180 mètres.

La nuit sous tente a été écourtée par la venue peu discrète de deux loustics qui ont bien éclairé la tente mais m’ont laissé tranquille. Le sol pas mal empierré me donnait quelques douleurs aux changements de position. Le vent violent du soir a limité l’utilisation du réchaud. Donc diner pas terrible. 

6h, on dégage. Le pliage de tente est rapide. Le vélo est remis sur la route. Les sacoches reprennent leur place. La balise satellite trouve les coordonnées géographiques. Toutes les 30 minutes, la localisation géographique du Mulet est envoyée et figure tres précisement sur la carte de la page d’accueil du Site. -2 degrés glagla … La montée sera rude et longue avec de nombreux arrêts pour ne pas faire exploser le bonhomme. 12 kilomètres à grimper. J’ai mis 4 bonnes heures ! Le diable de tunnel est devant mes yeux. Les cyclistes rencontrés à Bishkek et d’autres par internet font entrer ce tunnel de Ashuu parmi les "tunnels de la mort". Raisons mutiples : pas de ventilation, éclairage insuffisant, étroitesse, pollution qui a déjà été mortelle. Le passage se fait en faisant du stop pour qu’un camionneur prenne le vélo et son bipède. Les policiers demandent au chauffeur s’il peut me prendre. Et c’est l’entrée dans l’enfer où quand on croise un camion un peu large, l’un ou l’autre doit monter sur la très étroite margelle contre la paroi. Plus on avance plus l’air devient opaque. Le chauffeur a bien pris la précaution de me demander de fermer la glace passager. Oui, judicieux de traverser ce trou de 2,8 km le plus rapidement possible sans respirer cette pollution qui apparemment s’échappe difficilement.

Température négative ce matin

Rude montée au tunnel

Au fond l'entrée Nord du tunnel de Ashuu

A la sortie Sud du tunnel de Ashuu

La descente avant la bifurcation vers Suusamir et Kyzil-Oi

Au carrefour, concentration de petits camelots

Suusamir à gauche

En sortie Sud du tunnel, changement de température et quasiment plus de vent.

Grand soleil. Le paysage est immense ! Montagnes enneigées tout au fond, très vastes vallées 2000 mètres en dessous. Grande et belle descente sur une chaussee au bitume tout récent et … sans trous !

Mais l’heureuse surprise ne dure pas longtemps. Au point de bifurfaction qui laisse la grand-route pour prendre la direction de la vallée de Suusamir, la galère reprend mais en changeant de nature. 20 kilomètres de tôle ondulée d’une piste tout en cailloux et, qui plus est, gangrénée d’énormes portions de trous disposés évidemment de facon aléatoire.

Les avant-bras commencent à trembloter. Heureusement la pente est plutôt descendante. 

Arrivée à Suusamir, un village qui s’étire le long de la piste. Altai hotel … personne ne connait. C’est plus loin ! Comme il y a deux jours, je fais confiance à google map, me poste pile devant l’endroit et … une dame passe … Oui, c’est là, cette maison en retrait. Je tombe sur un jeune couple avec trois petits enfants, des chèvres, des brebis, des poules qui gambadent libres dans la cour. Une bonne maison probablement ! Intérieurs refaits à neuf. Le cycliste est tout content d’autant que le tarif demandé est trois fois inférieur au tarif du compère Ulan il y a deux jours.

Bilan de la journée très positif pour moi. Je craignais beaucoup de ne pas pouvoir atteindre le tunnel avec le poids de mon vélo. De nombreux arrêts dans la partie haute certes mais gros défi accompli. La portion de tôle ondulée a secoué sérieusement le Mulet au point de décrocher une fixation de sacoche arrière. Plus de peur que de mal.

Demain, j’ai prévu une étape plus douce … normalement.

Tente 2150 m - tunnel de Ashuu 3180 m - Suusamir 2014 m   44,5 km    +885 m.  -1059 m 

Mardi 23 août 2022

Bien sympathique cet accueil à Suusamir. Ce matin deux oeufs au plat avec des frites maison, un peu grasses certes mais oh ! combien apprécié du francais. Finalement, je vais finir par aimer le thé très sucré soyeux et réconfortant. Du coup, je m’en fais un demi-litre que je mets dans un bidon.

J’ai prévu de joindre Kyzyl Oi une bourgade à quelques 40 kilomètres. Mais quels kilomètres ! Bosselée, cailloutée, sablée, pleine de trous, de bosses … la piste a continué d’être terrible tout du long. On rejoint d’abord une vallée par une quinzaine de kilomètres par une piste tellement défoncée que deux autres pistes parallèles ont été crées par les voitures et les camions. Sauter comme un cabri quand on est lourdement chargé mène à quelques déboires : mon écarteur pourtant coincé entre tente et matelas a pris la poudre d’escampette ; plus ennuyeux, l’armature arrière de mon porte-bagages qu’il avait fallu réparer. s’est de nouveau cassée sous l’effet des chocs répétés. Deux petites gamelles aussi, pas graves, du fait de la roue avant qui s’était malencontreusement pitée dans un tas de sable. 

Des débuts de pistes très dures qui vont se prolonger durant des dizaines et des dizaines de kilomètres

Les montagnes sont plus proches

La tôle ondulée ... pas besoin de kiné !

Une botteleuse pour le regain

Stockage des pierres

Kokomernen, une très belle rivière dans cette vallée de Suusamir

Rares camions mais on est habillé pour l'hiver avec leur passage !

Quelques cultures de tournesol

Les moissonneuses pour les céréales

On papote à ... distance

Rares portions bitumées dans quelques hameaux

La seule maison vue avec des panneaux photovoltaïques

Quelques passages de rivières avec des nacelles

On s'enfonce dans la vallée de Suusamir

Réparation de fortune du porte-bagage arrière

Ca saute ! ...

CBT une association qui contribue à améliorer la vie des touristes et des habitants

La vallée qui mène à Kyzyl Oi est très sauvage, traversée par un magnifique torrent vert émeraude impétueux très large enchassé dans des falaises aux couleurs rouilles. Superbe. Son nom local est Kokomernen. Le hameau lui même de Kyzyl Oi signifie cuvette rouge. Au bout de 39 kilomètres de cette terrible piste on a le sentiment d’arriver dans un havre de paix. CBT est un organisme associatif communautaire créé en relation avec une association suisse pour développer un tourisme accueillant à l'aide de logements confortables dans tout le pays, et des activités touristiques dans le respect du développement durable et profitant aux populations locales. Quand j'arrive à Kyzyl Oi je tombe sur le panneau CBT. On m'indique une maison d'accueil pour couchage et repas. Le confort est à l'européenne. Agréable découverte !  Un petit repas avec soupe et feuilleté de pâtes enfermant de multiples légumes, confiture locale, thé, pain. Manquait la bière que j'ai fini par trouver après avoir compris que Pibo signifiait bière en russe.

J'ai inspecté le vélo bien malmené encore aujourd'hui. Les boulons sont bien serrés. J'ai bricolé une réparation du porte-bagages avec des colliers plastiques auto-serrants. 

Demain encore et toujours de la piste …

Suusamir Kyzyl Oi. 40 km.  +60m.  -344 m

Mercredi 24 août 2022

Youpee ! Les 25 kilomètres de piste en tôle ondulée ont été franchis sans que le porte-bagage arrière cède. Inutile de dire que j'en ai presque rêvé cette nuit. Oui, le bricolage d'hier pour faire tenir un tube qui a cédé à nouveau est probablement solide, mais durant la nuit une autre solution minimisera le risque de casse : harnacher la sacoche sur le deuxième tube porteur donc modifier un peu les réglages des crochets de la sacoche à condition bien sûr de pouvoir les dévisser. 6h debout, la sacoche est dehors, la clef alène est insérée et miracle ça dévisse ! Tant bien que mal je réussis ainsi à libérer les tensions qui s'exercent sur le tube rapiécé. Du coup, le petit déjeuner est vite avalé (3 oeufs au plat, thé), paiement, au revoir et je mets le Mulet au défi de la tôle ondulée sur 25 kilomètres. Pas un bipède dehors, à moi la piste. Nombreuses veilles sur ma sacoche qui risque de se faire … la malle. Ca a l'air de tenir.

La vallée que je descends a des couleurs presque irréelles avec le soleil levant. Teintes pastels, une rivière Kokomernen toujours aussi monstrueuse par le débit, le tout dans une ambiance paisible et quasi silencieuse. Quelques véhicules s'arrêtent à ma hauteur, intrigués probablement de voir un vélo sauter comme un cabri. Pouce levé, le message est toujours sympathique. Pas de village durant cette chevauchée en forme de rodeo. Arrivé presque au bout de cette vallée sauvage promise à un bel avenir touristique (mais pas ou très peu pour les cyclistes en l'état de la "route") quelques vaches et chevaux annoncent la fin de l'épreuve. On rencontre alors une magnifique route bitumée sans trou, large de 10 mètres, avec une circulation presque nulle. Fin du supplice pour aujourd'hui. Le vélo a tenu bon. Un Kirghize m'interpelle avec toutes ses dents dorées. Beau sourire. Mieux vaut avoir ses sous dans la bouche !

Enigme ? ...

Ca y est, la belle route bitumée est atteinte !

Puis c'est la montée libératoire vers Kaech. Une vingtaine de kilomètres sur un billard pour moi tout seul. Pourtant cette liaison reste une grande classique pour joindre Jalalabad et Och plus au Sud.

Chaek. Pas facile de trouver un logement. C'est pourtant une petite ville. Je finis par trouver mon bonheur dans une ruelle du centre. Lit, douche, … abri. C'est bon. Mais douche inédite avec une robinetterie de nain, un flexible percée qui, lorsqu'on ouvre les robinets laisse gicler un bon débit qui, si on se tourne comme il faut, vous asperge bien comme il faut là où il faut 

Arrivé assez tôt, un petit resto. Surpris, je rentre dans un hall avec plein de personnes endimanchés. En réalité ce sont des cols blancs (pas moins de 5 banques se trouvent là côte à côte) qui viennent déjeuner. Je suis invité à une table ronde avec une carte en cyrillique. Pas d'anglais. Conseillé, je prends finalement une très bonne combinaison poulet, riz, autre viande enchâssée dans une pâte, thé, eau gazeuse.

Très bon. J'y retourne ce soir. Mais … c'est fermé. J'ai beau regarder maps.me et maps aucun restaurant dans le coin, que des nourritures rapides mais qui sont en réalité des épiceries. Comme le jour baisse, je préfère assurer en retrouvant ma chambre pour y avaler une boite de poissons à la tomate et du gruyère.

Curieuse petite ville sans vrai hôtel, avec un seul beau restaurant qui n'est pas ouvert le soir.

J'entends le muezzin … je dors tout près de la mosquée.

Kysyl-Oi - Chaek  47 km (dont 25 km de tôle ondulée)  +298 m.  -346 m

Jeudi 25 août 2022

Chaek, pas un souvenir impérissable. Ce matin on tape à la fenêtre ! Madame la Pluie est là. Tiens, tiens on l'avait oubliée celle-là. Au petit déjeuner quatre oeufs ! Le poncho est de sortie. Content poncho ? Départ de la cour de maison où j'ai passé la nuit, envahie de voitures capots ouverts. Le muezzin a réveillé les coqs à cinq heures.

La grande route qui traverse Chaek va se prolonger par plus de quarante kilomètres de "route en grands travaux" et donc du roulage sur cailloux ! Décidément les BTP ont du pain sur la planche. Pénible quand même : après la tôle ondulée, il faut avancer sur des silex. 

Comme l'a fort bien remarqué mon frère Claude aujourd'hui je sors de l'itinéraire prévu (boucle rouge page d'accueil du site) en raison d'une recommandation d'un guide d'agence de voyage qui m'a déconseillé l'itinéraire prévu pour joindre le lac Son Kol car cette piste est empruntée par de très nombreux camions qui transportent de la houille. Il m'a conseillé de passer par Kyzart. Mais en plus de devoir parcourir une chaussée loin de ressembler à une vraie route, les camions de charbon descendent aussi par cette chaussée en construction sur laquelle j'essaie de tenir l'équilibre et d'avancer. Comme la moitié au moins des camions ne bachent pas le chargement, on a plein de gros blocs noirs sur la route, sans compter la poussière qui vous mitraille lorsqu'ils vous dépassent.

Le regain est bottelé

Le combustible

La faux et la pelle en ... équilibre

La pluie a cessé au bout de 20 kilomètres mais un gros plafond de nuages va rester toute la journée aux environs de 3000 mètres. C'est pile l'altitude du lac Son Kol.

CTB a un relais à Kyzart. En cinq minutes, j'ai une chambre, une douche, un petit repas (encore trois oeufs frits !!). Un couple d'allemands en vélo se trouve là. Ils sont arrivés par l'Est (Kochkor) et montent au lac Son Kol demain en vélo léger. Le départ de la piste de Son Kol n'est pas facile à trouver. Absolument aucun panneautage. Vrai jeu de piste qui devient facile en interrogeant maps.me. Je suis allé en reconnaissance et ai pu me rendre compte combien le cheval comptait pour tous les déplacements et travaux agricoles.

Ca fait quelques jours d'affilée que je pédale sans trop de repos. J'espère pouvoir arriver au lac demain  car j'ai un handicap supplémentaire par rapport à la montée au tunnel : ce n'est pas du bitume c'est de la piste … Si j'arrive au lac je prendrai une journée de farniente.

Ps : le lac Son Kol ne doit pas être couvert par les réseaux de téléphone donc pas de panique si pas de mes nouvelles. De plus, journée de repos au lac veut dire aussi que je n'activerai pas probablement la balise satellite.

Chaek Kyzart 47 km.  +574 m.  -107 m

Vendredi 26 aout 2022

Message sur le tchat :

André : Aujourdhui vendredi 26 août 2022, pas de signal de déplacement balise satellite sur la carte. Il a plu toute la nuit. Prévision météo pour aujourdhui pluie et éclairs à la mi-journee. Je reste à Kyzart pour tenter demain la montée au lac Son Koul.

Toute la nuit il a plu. Report de la "montée impossible' pour tentative demain samedi 27 août 2022. Journée de repos total dans un village où l'on ne voit dans les ruelles presque que des enfants qui vous hélent : "what's your name"...

Le couple de cyclistes parti pour huit mois de voyage a renoncé lui aussi à la montée au lac Son Koul pour gagner Chaek la petite ville où j'étais hier. Ils vont ensuite gagner Osh au Sud du Kirghizistan puis l'Ouzbékistan. 

Un couple de français à cheval me demande où peut-on trouver à manger ? Ils arrivent du lac Son Koul où, m'ont-ils dit, il est tombé de la neige et des grêlons de la taille d'une balle de ping pong. Pourtant, ils n'avaient pas l'air marseillais...

Très mauvais temps, les nuages sont très bas ...

La neige est tombée

Journée morose. Le temps s'améliore !

Samedi 27 août 2022 - La montée impossible !

Aïe ! Hier soir vendredi 20h30 la douche froide : l'itinéraire conseillé par le guide rencontré à Kyzyl Oi pour joindre le lac Son Koul est impraticable à vélo. C'est un itinéraire uniquement pédestre. Conclusion sans appel d'un autre guide Talant qui compte aller demain - comme moi ! - au lac Son Koul. Et de me montrer l'itinéraire pour monter au lac qui part de Kyzart, sur la carte. Tempête sous mon crâne ! Que faire ! Talant et sa famille y monte mais avec un combi WW 4x4. Il me certifie que pour moi c'est le meilleur cheminement ! et de me donner les points du tracé de cet itinéraire pour que je les mette dans maps.me afin que je ne me perde pas. Format d'exportation .kml et chargement sur le logiciel de cartographie. Bon, que faire : j'y vais ou je n'y vais pas. C'est pour demain. On est la veille au soir et on me dit de changer car mon tracé ne passe pas …

Qui croire ? L'avantage du nouveau tracé est que, comme il est avec la famille et les enfants en bas âge, Talant ne va pas partir aux aurores, j'aurai une sorte de sécurité d'assistance potentielle ... C'est décidé je pars pour le nouvel itinéraire.

Tant bien que mal le nouvel itinéraire passe en plein champ à la sortie de Kyzart. Je m'aide de maps.me qui se révèle très efficace. Les traces de roue ne sont pas nombreuses. Ce ne doit pas être très fréquenté. D'après la carte je suis bien sur le bon tracé. Une bonne quinzaine de kilomètres tout terrain me font buter sur une pente sérieuse. Faut y aller ! Un panneau Son Koul me rassure mais m'interroge. Aucun véhicule … pourtant la trace est là ! Je laisse à ma gauche tout un troupeau de chevaux accompagné par deux jeunes à cheval. Très vite, je sens que le poids de mon attirail va m'empêcher d'aller très haut ! La piste est mauvaise, pleine de cailloux glissants, roulant sous les pieds. Stop ! Talent n'est toujours pas arrivé avec son combi 4x4. Suis-je sur le bon chemin ? Faut au moins essayer de monter ! Alors, j'applique la solution éprouvée en Patagonie lorsque j'ai passé la frontière Argentine - Chili : diviser le poids à monter. Monter d'abord deux sacoches durant 30-50 mètres. Descendre pour monter une sacoche, la tente, le matelas. Puis descendre à nouveau pour pousser le vélo ainsi allégé. Cela fait donc trois montées et deux descentes pour gagner … 30 à 50 mètres. C'est peu mais … ça monte ! Et c'est ainsi que j'ai fini par gravir cette pente assez effroyable du dernier kilomètre en six heures pour gagner le col Tuz-Ashuu à 3200 mètres d'altitude qui domine le majestueux lac Son Koul. Talant est arrivé alors que j'étais dans les affres de cette montée à la Sisyphe. Plus tard, au Turusbek camp, il m'a dit qu'il ne s'était pas arrêté à ma hauteur par crainte de ne pouvoir redémarrer en raison de la pente et des cailloux roulants.

Arrivée au col vers 18h …

Montée paisible à la sortie de Kyzart

La piste commence à devenir délicate

La vallée s'élargit

 

Le stock de bouses de vaches séchées

Là la piste commence à devenir pentue

Direction lac Son Koul !

 

Troupeau de yacks

1ère montée avec deux sacoches, 2ème montée avec une sacoche + tente + matelas, 3ème montée en poussant le vélo

Ca monte de plus en plus ...

en bas à droite de la photo le ... Mulet qui n'en peut plus !

La yourte est pliée pour la descente sur un Mulet mécanique

Là haut le col à 3200 m qui permet la bascule vers le lac Son Koul !

Aperçu de la montée que je viens de franchir

Magnifique !

Lac Son Koul

 Le col Tuz-Ashuu à 3200 mètres 

Les estives du lac Son Koul à plus de 3000 mètres d'altitude

Le camp de yourtes de la famille Turusbek

La yourte salle à manger

Le guide Tarante venu avec sa famille, qui parle un français impeccable

La descente vers le lac est jonchée de traces de pneus dans les très belles estives où l'on trouve notamment des chevaux, des vaches, des yacks. Le passage des petits ruisseaux n'est pas très facile. Un cavalier me hèle. Je lui montre Turusbek camp sur la carte. Il me fait comprendre qu'il est guide là-bas et me demande de le suivre. C'est ainsi que je finis par voir le combi WW de Talant. Il est presque tard. L'accueil de la famille Turusbek est chaleureux. Le site des yourtes est d'une surprenante propreté malgré tous les animaux présents. Talant finit par me dire - lui qui parle un français parfait - que, à sa connaissance, aucun cycliste chargé comme je le suis n'est passé par cet itinéraire. Donc acte !

Une bonne bière, un bon repas … et un gros bon dodo dans une yourte pour moi tout seul.

 Kyzart - lac Son Koul.  30 km.  +1049 m.  -390 m  11h d'effort

Dimanche 28 août 2022 - La descente infernale !

Ca fait un peu froid à 3000 mètres ! La yourte est restée portes ouvertes, alors ! Ce matin, comme tous les matins au lever du jour, tout est paisible. Ce camp de yourtes est un jardin d'Eden. Tous les animaux sont tranquilles et cohabitent harmonieusement. Le cheval côtoie le chien qui regarde picorer les poules en se faisant caresser alors que le chat gambade en s'accrochant aux peaux des yourtes !

Tout paraît à sa place là haut dans ce havre de paix niché loin de tout à la merci des humeurs du temps qui passe du soleil à la neige en un rien de temps. 8h le petit déjeuner est prêt. Café ! 

Aujourdhui si je n'ai pas la montée d'hier à faire, c'est donc que ce sera facile puisque ça descend ! J'ai modifié mon parcours en raison de la fragilité de mon porte bagages, estimant qu'il n'était pas raisonnable de pratiquer des pistes chaotiques au risque d'avoir une panne irréparable en pleine solitude ! J'ai décidé de joindre la route bitumée en empruntant la piste "classique" versant Est du lac.

Je quitte à regret ce Turusbek camp un peu paradisiaque, pourtant à la merci de toutes les intempéries et très loin de tout ravitaillement. Pourtant la cuisine, l'accueil, la propreté méritent toutes les étoiles du monde.

Il faut à nouveau passer un col plus haut encore à 3420 mètres. Petit petit développement. Et arrive la descente. Là encore, surprise. Cette piste est la voie d'accès la plus fréquentée donc la plus endommagée avec néanmoins de beaux blocs de rochers qui peuvent être assez dangereux comme j'ai pu le voir avec l'éclatement d'un pneu de voiture. Terrible chaos de tôles ondulées qui ont secoué Mulet et Bipède durant une bonne cinquantaine de kilomètres. Je pensais que le vélo allait exploser à des moments. 50 kilomètres de pistes chaotiques c'est long, très long pour les poignets et les freins qui doivent être actionnés quasiment tout le temps.

Enfin, la terre promise est atteinte. La douceur du bitume après tant de misère faite au vélo ont rendu le Mulet un peu paresseux. Monsieur ne voulait plus passer les vitesses. Marre du sable, des cailloux ! 

Ma yourte d'une nuit

50 kilomètres de "descente"

Un pneu en rade ...

Enfin le bitume est là !

Je continue un peu plus sur cinq kilomètres de revêtement lisse - quel bonheur - jusqu'à Sarybulac où j'avais repéré un café hôtel. Ouf ! Il y a de la place. En réalité, c'est une sorte de relais routier où s'arrêtent les camions faisant principalement du transport international. On est là sur l'axe majeur de Torugard qui permet de passer en Chine.

Petit dortoir de quatre lits. Je suis seul. Toute la nuit, le bruit des moteurs de camions. Une salle de bain avec de vrai wc type européen et non à la turque, de l'eau chaude, une douche mais…pas de flexible et de pommeau de douche … seulement un robinet mitigeur …

Turusbek camp (Son Koul). - Sarybulak   70 km.  +728 m.  -1426 m

Lundi 29 août 2022

Sarybulak, relais routier. Nuit assez paisible si ce n'est le bruit de fond des moteurs de camions. La salle de bain n'a toujours qu'une douche sans douchette. Petit déjeuner avec encore quatre oeufs frits. L'avancée vers Kochkor la métropole régionale se fait sur un bitume tout lisse sans circulation ou presque mais sous un ciel nuageux. Quelques claquements de tonnerre auront lieu dans l'après midi. Rien d'original à signaler sinon la surprise de voir des emmanchements de vallées latérales sans accès par piste. 

Une déviation de Kochkor évite une circulation trop dense à l'intérieur de la ville. En revanche, la section communale est truffée de trous. La maison que je dois joindre est Fatima homestay recommandée par Philippe Saluzzo, gendre de la maison, ami de Claude Berducou. Aucune indication extérieure. L'approche se fait par google maps qui vise juste. Très belle demeure équipée avec le confort occidental dont une vraie douche avec douchette dans une salle de bain privée. Et, surprise des surprises, le déjeuner se déroule dans une magnifique salle à manger avec 18 convives d'une agence de voyage qui donne l'apparence d'un club très fermé. Excellente cuisine dont un poivron farci d'une grande qualité.

Belle route bitumée ... C'est l'accès privilégié à la Chine par Torugart.

Un peu de nettoyage de la transmission du vélo qui bloque de plus en plus.

Demain, repos. Donc pas de fonctionnement de la balise satellite. Le programme initial prévu est changé pour tenir compte de la fragilité du porte bagages arrière. Choix d'un parcours sans trop de pistes afin de ne pas tomber en panne sérieuse au milieu de nulle part.

Sarybulak - Kochkor  37,5 km.  +15 m.  -443 m

Mardi 30 août 2022

Pas grand chose aujourd'hui. Repos total. Grasse matinée 8h avec petit déjeuner pantagruélique en compagnie d'un groupe d'italiens. C'est impressionnant la quantité et la diversité proposées : fruits, biscuits divers, fromage, saucisse, crêpes, confitures, omelette, thé, café, fromage blanc … la maison Fatima est extraordinaire au sens propre !

Une gentille petite fille de la maison Maria m'a accompagné voir une coopérative artisanale où l'on trouve énormément d'objets, des tapis aux chaussons jusqu'à des animaux empaillés (aigle, loup, bouquetin …).

 Les WC sont très souvent extérieurs au bâtiment principal

C'est la fête !

On attend le pain tout chaud !

Un aperçu du marché quotidien à Kochkor

Ah ! sacré téléphone ... tu vas marcher !

Dans toutes les grosses bourgades, d'éminents hommes statufiés

Curieux : à midi, j'avais envie de … frites ! Je cherche en centre-ville où il y a beaucoup d'animations avec des véhicules dans tous les sens, et trouve une seule boutique avec des frites à en baver. Mais, surprise, alors que je fais signe qu'un cornet de frites m'intéresserait, le vendeur me fait une réponse négative. Je renouvelle ma demande un peu autrement. La réponse est encore négative alors que sur le comptoir il y a des cornets de frites alignés… Bizarre.

Le temps s'est mis à la pluie ce soir …

Diner en tête à tête avec Ronald, un français de Nice qui depuis quelques années passe six mois par an au Kirghizistan ! Il a fait du homestay Fatima son camp de base. La vie à Nice lui paraît de plus en plus insupportable alors que le Kirghizistan le ravit pour la Nature en particulier.

Il me dit qu'au Kirghizistan c'est le dernier né mâle qui hérite de la totalité des biens de la famille. Ce mode d'héritage est totalement exceptionnel voire unique au monde, alors que les règles d'heritage des sociétés coutumières notamment du Pays Basque et du Béarn ont toujours été le droit d'ainesse integral - la totalité des biens du patrimoine familial revenant au premier né garçon ou fille.

Dodo de bonne heure … comme d'habitude !

Mercredi 31 août 2022

La Maison Fatima reste exceptionnelle et surprenante. Exceptionnelle par le confort et la qualité du service donné. Surprenante par les relations familiales qui cohabitent dans cette grande demeure. Au moment de prendre congé, la doyenne de la famille me retient et va chercher un kalpak de très belle facture, me le met sur la tête pour être un "vrai" kirghize. Cadeau ! Essayant de dire que je n'avais plus de place dans mes sacoches, elle retourne dans la pièce et revient avec le même kalpak plié complètement à plat pour que je le glisse dans un petit coin. Merci à toute cette belle famille ! A recommander pour tous les voyageurs !

La sortie de Kochkor se fait dans le calme, à la différence d'hier où ça grouillait de partout. Très large route. Je suis presque seul. A ma droite les montagnes sont étincelantes de la neige tombée hier. Cependant le beau bitume ne dure pas longtemps. Les travaux reprennent mais, avec surprise, tous les engins de chantier sont à l'arrêt alors que la matinée est bien avancée. Les lourds camions de charbon sont encore là mais filent vers la capitale à l'embranchement majeur qui, moi, me fait pédaler vers le lac Issyk Koul dans une portion totalement en travaux (arrêtés). De temps à autre au Kirghizistan d'énormes statues de bouquetins trônent. Ici c'est un énorme cerf qui a dû subir les affres du temps car il lui manque une patte. Clic clac. Lorsque je repars je ne me rends pas compte que je n'ai plus le casque sur la tête. Puis, une voiture ralentit, me fait de petits tut tut et je vois le passager arrivant à ma hauteur avec mon casque sur la tête ! Sympa car perdu je perdais aussi la balise satellite que j'ai fixé au casque.

Lac Issyk Koul

Avec les travaux routiers, j'ai dû ne pas apercevoir l'embranchement qui me permettrait d'aller côté Sud du lac Issyk Koul. Je vois pointer loin devant moi une énorme quantité de toits brillant au soleil.

A mon grand étonnement j'arrive à Balitchy, ville au bord d'Issyk Koul. Un peu de jeu de piste pour trouver Gulnara guesthouse que j'avais repérée. Pour la première fois, pas de lit mais un matelas par terre sur beau tapis. Quelques très grandes larges artères roulantes traversent la ville. On est à l'entrée Ouest du lac.

Kochkor - Balitchy  62 km  +198 m.  -354 m

Vendredi 2 septembre 2022

Allez, c'est reparti ! Après une journée de repos complet pour cause de tourista - ah! les abricots frais c'est bon mais traitres au possible dans ces pays asiatiques - départ pour gagner progressivement la capitale. Les grandes artères de Balitchy sont encore très calmes. Retour au grand rond-point carrefour pour Kochkor, les côtes Ouest et Sud du lac Issyk Koul, Bishkek. L'accès aux quatre voies autoroutières est non seulement possible mais c'est la seule solution pour joindre les principales cités. En avant sur l'autoroute vers la capitale.

La circulation y reste très modérée. Le cycliste n'a que soixante petits centimètres pour rouler - autant dire qu'avec les sacoches je dépasse de partout. Pas de souci pour la sécurité. Quelques camions de charbon sont encore de sortie surtout après avoir dépassé la bretelle venant de Kochkor

Poissons séchés

La panthère des neiges ?

Train lourd de marchandises avec deux locomotrices

Ainsi, une cinquantaine de kilomètres passent dans un paysage très ouvert bordé de montagnes colorées. Mais, que de détritus partout partout ! A croire qu'il n'y a jamais de nettoyage !

Ne voulant pas rester tout le temps sur ce long ruban sans trop d'intérêt, j'ai pris l'option d'aller voir une vallée latérale quasi perpendiculaire à l'autoroute plein Nord. Oh! Surprise, la route reste bitumée alors qu'il n'y a quasiment que quelques successions de demeures pas toujours habitées comme je vais m'en rendre compte à mes dépens. Car j'avais lors de ma tourista d'hier repéré quelques guesthouses dans les profondeurs montagneuses. Mais … la première indiquée sur maps n'existe pas. Une deuxième affichée sur un panneau routier existe mais est fermée. Son apparence cossue fait que, très isolée, elle doit avoir un gardien. Gagné ! Sauf que le gardien qui dispose d'une belle loge ne veut même pas que je mette la tente. Et moi d'insister en regardant le ciel surchauffant demandant aussi de l'eau. Le gardien, très brave homme certainement mais appliquant les ordres du propriétaire cerbère des lieux, finit par me concéder un emplacement occupé par la famille dindons, donc avec beaucoup de garnitures fécales. Pourquoi pas ? Mais mon frère Claude qui me suit à la trace de la balise satellite m'indique qu'il y a, quelques kilomètres au-dessus, un village où il pourrait y avoir une meilleure solution. Claude et Bernard, toujours très soucieux du confort de leur grand frère, me redonnent un peu de gnac dans cette étape si chaude - j'ai 37°C au compteur. Je laisse là le gardien des demeures fantômes, et commence à grimper à nouveau vers une paradisiaque guesthouse rêvée bien ombragée. La balise satellite est rebranchée. Un panneau à l'entrée d'un hameau indique la guesthouse rêvée mais là encore, après une descente cross du Mulet, personne ne répond, seule une vieille voiture accidentée semble laisser croire qu'il y a du monde. Mais Nenni !

Je reprends mon biclou et continue pour trouver le graal ! Un village, mais après interrogation avec Google traduction (pratique …) les guesthouses marquées sur maps n'existent pas sauf celle qui est en réalité une belle hôtellerie de luxe pour cavaliers et chevaux située … sur l'autre versant, autrement dit dans encore un autre village. Et … c'est ainsi que fourbu et cramé de soleil j'arrive dans un superbe centre équestre - le Mulet va être aux anges - où je rencontre l'administratrice en chef pour lui demander si le Mulet mécanique et son jockey à pédales sont dignes de crécher ce soir dans l'établissement. Après quelques aller retour avec Google traduction l'affaire est possible, conclue par de jolis billets américains mais avec un excellent café d'accueil.

Ouf! Le bonhomme a eu chaud, très chaud. La douche fut excellente et le cluc (sieste profonde et courte) itou.

Balitchy - Ashu.  81 km.  +408 m.  -499 m

Samedi 3 septembre 2022

Excellente nuit à l'hôtellerie du club hippique de Ashu. Petit déjeuner adapté à ma condition de convalescent de tourista : café, crêpes nature, fromage blanc, pain beurre confiture, omelettes aux herbes. Bien rassasié, le départ est matinal (7h) et quelque peu frisquet. Un petit +5°C. La route d'hier depuis la quatre voies autoroutière est reprise à l'envers pour m'approcher de Bishkek. Elle est certes bitumée mais est très chaotique. L'arrière train est encore mis à rude épreuve ! Je revois une à une les guesthouses fantômes d'hier. Mais, la circulation montante des véhicules notamment de belles et grosses voitures est pour le moins surprenante. Pas de ville, pas de gros villages … Ca reste la grosse énigme de ce matin. En passant, je salue famille Dindons que j'ai failli déranger hier par la proposition déplacée du gardien de la luxueuse guesthouse fermée.

La quatre voie est retrouvée. Avantage de rouler sur du lisse ! Les kilomètres défilent assez aisément jusqu'à un énorme rond-point où stationnent bon nombre de poids lourds. Des petites dames s'activent pour allumer des braseros qui grilleront des épis de maïs. Ce doit être très apprécié si j'en juge le nombre de braseros en action. Et … je retrouve les camions de charbon… J'opte pour délaisser la quatre voies afin de joindre la bourgade de Tokmok, ma destination d'aujourd'hui.

Une envie de yaourt me prenant, arrêt impératif à un "магазин" (épicerie). Je vois des yaourts Danone (sic) dans le bloc réfrigéré ! La vendeuse devant mes yeux exorbités ... m'offre gratis un sandwich. Bonne action de la gentille dame pour le valeureux biclou-iste.

De la pub sur les talus autoroutiers

Les braseros pour la cuisson du maïs

Camion de charbon sans protection ...

Des ruches

Approchant du but de la journée, j'ose adresser un message à mes logeurs d'un jour pour savoir s'ils acceptent que j'arrive en fin de matinée. Pas de problème : vous trouverez la clef sous le portail et vous rentrez et faites comme chez vous. La confiance … Arrivé au portail, mon téléphone sonne. Mon logeur a une caméra qui fait fonction de sécurité et qui a alerté le propriétaire. Il me précise la manière d'entrer, me demande en video wattsap d'entrer dans leur immense maison, me fait en video communication circuler dans la demeure pour m'indiquer ma chambre, la douche … Le Mulet a été épaté par le modernisme de ce jeune couple !

Ashu - Tokmok  77 km.  +56 m.  -704 m

Dimanche 4 septembre 2022

C'était prévu comme une journée banale de pédalage de transition. Ce le fut mais avec quelques imprévus. Original : deux ronds-points présentent des avions militaires probablement de l'époque soviétique. (Mon ami Christian Elichegaray grand aviateur qui vole sur son avion fabriqué par lui m'indique que c'est un MIG 23). La sortie de Tokmok n'en finit pas avec, chose classique, des habitations en chapelet le long de la longue, très longue chaussée rectiligne durant quasiment trente cinq kilomètres. Néanmoins, beaucoup de champs avec du maïs et surtout beacoup de cultures maraichères. On approche de la capitale donc logiquement on cultive pour alimenter les urbains. Loin d'être une belle quatre voies bien lisse, cette route entre Tokmok et Kant est un vrai piège permanent. Elle a dû être faite par morceaux et tous les dix mètres assez régulièrement un petit fossé sépare des tronçons de bitume tout cabossés. Et bien sûr le vélo fait du yoyo en permanence … (solide quand même les jantes et les pneus). La circulation est intense à la différence des jours précédents et donc le rase vélo. Un tracteur s'annonce tirant une remorque et une botteleuse qui est décalé d'au moins deux mètres vers la droite. Le tut tut du vieux tracteur est insistant. Un coup d'oeil dans le rétroviseur me fait bondir loin vers le bas côté. J'avais la botteleuse décalé en plein dans mon sillage… Bien sûr un petit coup de gueule de ma part. Ca ne sert à rien mais ça soulage un peu.

Mig 23

Longue longue fut cette ligne droite jusqu'à Kant. On sent déjà l'effet de la capitale proche. Beaucoup d'activités, de marchands, de magasins, d'ateliers de réparations. J'ai trouvé un très bel hôtel confortable pour mes fesses qui commencent à rouscailler, et… de la bière fraiche. Ah ! … que ça fait du bien !

Tokmok - Kant  38 km.  +31 m.  -92 m

Lundi 5 septembre 2022

C'est aujourd'hui le retour à Bishkek. Comme dans les abords des capitales, le trafic des véhicules est quasiment congestionné très tôt le matin. Ces derniers vingt cinq kilomètres seront les plus dangereux de ce petit périple. J'ai dû forcer ma concentration pour que mon vélo reste le plus droit possible sinon c'était l'accident assuré. La route bitumée certes mais comme toujours pleine d'embûches est une deux voies mais le plus souvent avec trois véhicules de front. Inutile de faire un dessin : le cycliste  n'a que très peu de marge pour avancer. Un coup de tromblon quand même lorsque j'ai dû brutalement freiner alors qu'une camionnette stationnée a démarré très vite m'obligeant à me déporter vers la gauche et donc vers le véhicule qui me suivait. Du coup, le conducteur de la camionnette qui décollait du stationnement en a calé obligeant toutes les voitures à piler … La police était présente. Elle regardait … 

La mosquée de Bishkek, la plus grande d'Asie centrale

L'hôtel Tunduk que je devais rejoindre se situe dans un quartier où l'on refait les chaussées et donc avec des fermetures de plusieurs rues. Quelques hésitations mais j'ai fini par arriver à bon port. Azema, la patronne de l'établissement, m'a accueilli comme si j'étais de la famille. 

Je vois un cycliste belge qui lors de la descente du lac Son Koul a chuté et a dû se faire mettre des points à l'hôpital de Bishkek ayant fait les quelques 300 kilomètres d'abord en stop, puis en poussant le vélo pour finalement trouver un taxi. Sacré descente cette piste de Son Koul. 

Le carton-vélo est toujours là. Je colle et recolle les morceaux déchirés espérant que ça tiendra au moins le temps de l'enregistrement à l'aéroport mercredi. Le vélo est désossé puis gainé avec une longue élastique de 5 mètres de façon à ce qu'aucune pièce ne puisse se perdre même si le carton se déchirait à nouveau. 

Petit resto Coréen ce soir

Kant - Bishke 28 km.  +119 m.  -25 m

Mardi 6 et Mercredi 7 septembre 2022

L'heure du retour a sonné ! Rien à faire sinon bien rafistoler le carton pour qu'il soit présentable au guichet d'enregistrement et prévoir aussi le pire au cas où les manipulations répétées feraient des déchirures béantes donc bien solidariser toutes les pièces du vélo mais aussi tente, matelas, casque et une des sacoches. Total bon poids 26 kg à la balance du comptoir d'enregistrement de Turkish Airlines.

Le casse-tête du taxi. Au Kirghizistan il n'y a pas de pick-up. Reste le van qui peut contenir le long carton du vélo. Puis trouver un chauffeur qui accepte de me récupérer à 2h-3h du matin. Par magie, un coup de téléphone d'Azema et la solution est trouvée : un taxi avec un van sera devant l'hôtel à 2h le 7 septembre. A moitié rassuré quand même car trouver un chauffeur qui accepte une course en pleine nuit ? Azema est confiante… La nuit fut très courte. Une dame de l'hôtel est intéressée par le taxi. Bon … mais 2h pile pour embarquer … 1h45 le moteur tourne devant la porte. On charge délicatement le mulet et le sac des sacoches. Et … on attend la Dame ... A fond les manettes, on traverse la capitale, ma poignée de maintien serrée à mort. Bôf on a quand même le temps. Des passages devant des radars connus font subitement décélérer le van honda. A l'aéroport, un porteur attend avec un chariot. Pratique ces porteurs qui évitent de trop chercher où aller. L'enregistrement s'opère sans difficulté bien qu'un voyageur sans scrupule me passe devant. Pourquoi pas mais avec un brin de politesse ça passerait plus aisément. J'écris là à Istanbul dans l'immense salle de transit, véritable tour de Babel, très bruyante, très polyglotte, très voilée, très très très … Que devient le Mulet ? Peut-être se gèle-t-il dans son carton peut-être déjà éventré ?

A l'arrivée à Lyon, voilà ... comment a été traité le vélo par Turkish Airways :

Bilan

Une satisfaction personnelle pour avoir réussi à conjurer positivement la montée "impossible" par le versant Nord du lac Son Koul. L'entrainement que je m'étais imposé depuis des mois m'a permis de garder la tête froide face à l'impossibilité pour moi, compte tenu de la charge, de gravir en pédalant le col Tuz-Ashuu à 3200 mètres qui fait la jonction avec le superbe paysage du lac Son Koul. Certes, j'avais un poids d'une quelque cinquantaine de kilos (vélo et bagages), mais je pense que même sans bagage la montée complète par ce versant à vélo sans poser le pied par terre doit être vraiment très difficile voire exceptionnelle, même à VTT. J'ai eu le plaisir personnel de retrouver une forme de maîtrise que je n'avais pas eu l'occasion de mettre en application depuis mes plus difficiles courses en montagne voici ... bon nombre de décennies.

Surprise quand même de la difficulté des pistes non bitumées, très nombreuses, très cassantes, avec mon vieux vélo qui s'est montré très vaillant, sans crevaison (excellents nouveaux pneus bien cramponnés de chez Schwalbe), sans rayons cassés, sans voilage de jante. La casse d'un bras de mon porte-bagage arrière résulte d'une casse antérieure mal réparée. La réparation de fortune s'est avérée suffisante. Néanmoins, cette fragilité m'a fait opter par limiter le parcours sur pistes que j'avais prévu, pour une raison de sécurité, depuis le lac Son Kol. Rien à regretter.

Le fonctionnement de la balise satellite Garmin Inreach mini s'est avéré très efficace et très précis. L'envoi systématique de points de positionnement GPS toutes les demi-heures avec transfert immédiat sur la carte du site ddvagabondages.fr est très sécurisant pour la famille et les amis qui suivent le bipède et son Mulet. Première expérience de ce type, très positive et même rassurante puisque même sans réseau téléphonique et sans réseau internet, on sait très précisément où se trouve à quelques mètres près le porteur de la balise satellite.

L'accueil des Kirghizes a été sans surprise, toujours agréable pour le cycliste. La difficulté de communiquer du fait des langues différentes, a été compensée par la belle tradition kirghize d'honorer l'hôte d'autant mieux qu'il se transporte à vélo et avec sa maison sur les porte-bagages. A recommander l'association CBT qui permet dans beaucoup de villages de trouver des auberges locales qui vous hébergent et vous nourissent de la meilleure des façons pour les occidentaux.

    Je connaissais le Sud du Kirghizistan pour y être allé deux fois, d'abord lors d'une expédition au Pic Lénine, puis lors de mon périple à vélo (avec le même Mulet) de Tashkent à Kashgar. Le Nord du Kirghizistan est très montagneux. On navigue en permanence dans des vallées d'altitude aux fortes dénivellations, assez peu peuplées avec l'impression d'être presque seul. Si l'accueil des habitants est toujours agréable pour le visiteur, la nourriture kirghize surprend l'occidental qui, au bout de quelques jours, a des envies de trouver bière, vin, plats connus, des manques toujours difficiles à combler. Si beaucoup de touristes se régalent à parcourir les montagnes et les lacs du Kirghizistan à cheval, à pied, en véhicules tout terrain, les cyclistes restent peu nombreux. Ces cyclistes circulent surtout dans le sens habituel Issyk-Koul (puis éventuellement Son-Koul), Narin, Osh. Je n'ai rencontré aucun cyclo-touriste dans le sens Ouest-Est que j'ai pratiqué.

Boucle pas très longue mais ponctuée de rudes étapes, pistes très nombreuses et cassantes, hébergements satisfaisants et reposants, alimentation plus pour se nourir que vraiment pour manger agréablement avec un peu de manques, accueil toujours très chaleureux surtout dans les estives, et néanmoins ... un petit défi pour cyclo-touriste !

         



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 2017 - Indonésie

 

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Tashkent Kachgar 2009 - 2

Ouzbékistan - Kirghizistan - Chine

24/09/09 : 65 km, psychologiquement éprouvant !

Dénivelée montante : +920 m

Dénivelée descendante : -1427 m

Cette étape qui aurait dû être facile a été psychologiquement assez terrible. La route vers Irkeshtam c'est-à-dire vers la Chine devait être belle, pas trop ardue pour, après la frontière, être un vrai billard !

Le matin, après une nuit sous tente à environ 3300 m, tout est un peu givré. Mais il fait à peu près beau, et il n'y a pas de vent. La tente est pliée tant bien que mal, un peu raidie par le froid. La route devient ... une piste de cyclo-cross sur des dizaines de km, cette piste dont un panneau annonce qu'elle est faite et financée principalement par la Chine. En fait, on bâtit une nouvelle voie à côté de l'ancienne voie. Les terrassements ne sont pas terminées, les passages d'eau non plus. Le nouveau tracé s'enfile vers le sud-est et s'écarte des points GPS que j'ai enregistrés à partir de google earth. J'interroge les quelques chauffeurs de camions qui passent : il faut bien prendre la nouvelle piste vers le sud-est ! ... sauf que ça continue toujours de monter pour aboutir à un col situé à 3870 m ! De la boue, des pierres, du vent, de la pente à souhait ... petite vitesse bien sûr. J'ai de la peine à respirer avec une gorge brûlante (j'ai commis la maladresse de ne pas m'être rendu compte lorsque j'ai passé les cols à plus de 3500 m que l'air étant très sec et froid, il fallait que je place un textile devant la bouche pour réchauffer un peu l'air inspiré pour atténuer le choc thermique avec les bronches). Deuxième col à 3510 m. Et on descend ! mais sur une piste aux cailloux très en relief ! le vélo saute de plus en plus ... je finis par perdre la tente avec les chaos mais je m'en rends compte. Impressionnante descente d'une vingtaine de km : les vététistes se seraient régalés. Mais moi avec le poids que j'avais et surtout la peur de voiler mes roues voire de casser mon cadre, j'étais pour le coup vraiment toujours avec les freins en alerte et le nez deux mètres devant pour essayer de contourner les plus grosses pierres. ... Le vélo a tenu ! Arrivé à Nura, ce village-martyr détruit récemment par un tremblement de terre dont les maisons sont désormais des bungalows de chantier, j'ai pu trouver une soupe chaude, deux oeufs frits, du thé, de l'eau, du fanta, du ricoré. Reparti vers Irkeshtam, je veux passer la frontière chinoise aujourd'hui pour enfin pouvoir communiquer tranquillement avec les SMS et trouver des conditions de roulage un peu plus apaisées.

A la frontière, pour les formalités Kirghizes : RAS. En revanche, au premier contrôle de police chinois on me demande des yuans. Faisant semblant de ne pas comprendre je signifie aux trois policiers qui m'entouraient que "no change" en leur indiquant la direction de la Chine pour les "yuans". Ils insistent une deuxième fois en se rapprochant un peu plus de moi. Je répète dans une innocence absolue "no change" ... alors l'un des trois donne le signal de me laisser passer... Puis contrôle douanier. Là, c'est le grand cinéma. D'abord on m'indique que je dois rester en retrait du poste à une cinquantaine de mètres. Puis deux présumés douaniers viennent au pas avec les gants blancs. Chaque sacoche est inspectée à fond, toutes les photos prises sont visionnées une à une. A ma grande surprise le GPS ne pose pas de problème (alors que ce ne fut pas le cas il y a 10 ans lorsque j'étais entré en Chine par le Pakistan). Question sur ... le compteur km qui fait toujours autant rire les chinois que les ousbeks et les kirghizes. Entrée dans un sas avec le vélo pour passage aux rayons comme dans les aéroports. Et ... finalement, je me retrouve en territoire chinois avec de suite le "change" (dont évidemment je n'avais pas besoin puisque j'avais pu acquérir déjà des yuans à l'aéroport de Marseille). Un beau pylône de China Telecom m'indique avec certitude que là au moins le téléphone ne me posera pas d'inquiétude pour communiquer ma position : je suis en Chine !

La route devient goudronnée, ensoleillée, et c'est avec un subtil plaisir que je pédale tranquillement sans me soucier de tester le pylône de China Telecom. Une dizaine de km passent et, l'après-midi avançant, je me décide à chercher un endroit pour camper. Test du téléphone : négatif ! Pensant que c'est parce que je suis loin du "pylône" je repars de plus belle à la recherche d'un autre pylône. La soirée arrivant, je finis par décider de m'arrêter dans un très beau site de campement devant l'immense barrière du Pamir.

Au fait, c'est le jour de mon anniversaire ! Menu : du boeuf rizzoto lyophylisé et une pomme !

Depuis la tente, ... matin magique de la barrière blanche du Pamir

... une barrière immense qui dépasse 7000 mètres

Ca vaut le coup de se geler un peu !

les tons inimitables du Pamir

... en direction de la ... Chine ...

Ca commence à se réchauffer un peu !

Un vélo est toujours plus élégant debout que couché, non ?

"... Prends vite la photo parce que ... je me gèle !"

Faut dire qu'on est à ... 3779 m ... ça, ça n'était pas dans le road-book !

Ce sont principalement des camions chinois qui passent par Irkeshtam

A la descente, ils n'allaient quasiment pas plus vite que le vélo !

une "belle" piste toute neuve vers Irkeshtam ...

... un peu raide quand même ...

mais ... il a tenu le coup le mulet !

La végétation, ça réchauffe un peu ...

Bientôt le poste de contrôle de sortie du Kirghistan

Nura maintenant des roulottes et des baraques de chantier après le récent tremblement de terre

Ca y est, on est ... en Chine (le climat change très nettement)

Il fera bien meilleur que la nuit dernière ...

Mais où est donc le pylône de China Telecom ?

25/09/09 : 117 km, les montagnes russes de la Chine !

Dénivelée montante : +1100 m

Dénivelée descendante : -1410 m

Très beau lever de tente. Inquiet par l'absence de possibilité de donner ma position géographique, je décide d'aller au plus vite à Kashgar car là au moins je suis sûr de pouvoir contacter la famille par téléphone et par internet. Ils sont sans nouvelle au moins depuis Sary-Tash. Pédalage assez facile sur une belle route goudronnée sans trop de camions bien que les dénivelées ne soient pas négligeables. Le paysage est en montagne "russe" avec de temps à autre des ensembles militaires surgis de nulle part. Arrivée en fin d'après-midi au village de Wukia avec une route en pleine construction et tout en poussière ! Achat de raisin, de poires, de pommes, de lait vitaminé (on en trouve parfois), de saucisses de Strasbourg à la chinoise (c'est moins gras et bien meilleur), puis ... arrêt dans un magasin de China Telecom pour essayer de comprendre l'absence de liaison téléphonique avec la France. Ils ne savent pas, mais, me disent-ils, par un téléphone fixe ça marche ! Ils me proposent d'essayer. On fait alors le numéro de Laure : un message enregistré indique de suite qu'il y a une "erreur" ... Mais, me disent-ils, à Kashgar pas de problème : tout marche et le téléphone et internet. Un peu rassuré, je continue pour trouver un lieu de campement à l'écart de ce gros village dans un terrain vague à une dizaine de km.

On ressent déjà l'influence climatique du désert du Taklamakan

Le désert est au bout là-bas ...

Pas de rosée du matin

une route vallonnée avec très peu de circulation

... quelques rares chameaux en liberté

... des formes et des couleurs pour le rêve ...

26/09/09 : 115 km, enfin Kashgar ! Depuis Tashkent : 9 jours pour 965 km

Dénivelée montante : +420 m

Dénivelée descendante : -1180 m

Nuit sèche (aucune humidité !), la tente est prestement rangée. Départ matinal car il reste encore 110 à 120 km jusqu'à Kashgar ! ... et je commence à être sérieusement obsédé par l'impossibilité de pouvoir rassurer mes proches sur ma position géographique. La route est bonne, assez tranquille. Je m'arrête pour acheter raisins, pêches de vigne. L'autoroute est là, je pense accessible aux cyclistes. Enorme embouteillage du fait d'un ... barrage de police doublé d'un barrage militaire ... Ambiance ! ... Le cycliste que je suis semble les laisser indifférents. Je passe sans difficulté, arrive petit à petit au Chinibag Hotel à Kashgar. Et là, ce qu'on me dit me paraît dépasser l'entendement : depuis les évènements d'Urumqi (juillet) où il y eut des affrontements entre Hans et Ouïgours qui ont fait 400 morts, toute communication avec l'extérieur de la Chine est impossible dans tout le Xinjiang tant par téléphone que par fax que par internet.

 

L'influence du désert est manifeste !

On a l'impression que tout a soif ...

La bifurcation soit pour gagner le Kirghiztan par le col de Torugart soit rejoindre Kashgar

Les troupeaux sont nettement plus importants

Kashgar, avec des scooters et des motocyclettes électriques comme dans toutes les villes chinoises

27/09/09 : 71 km, Kirghistan, Och ... pas terrible ! La décision est prise

Le Chinibag Hotel était un très bel hôtel de luxe. Il n'est plus qu'un hôtel très moyen du fait d'une absence d'entretien. Pour quelqu'un qui vient de pédaler près de 1000 km depuis 9 jours, c'est néanmoins extrêmement confortable. Enfin une douche chaude ! Les tarifs sont à 220 yuans la nuit (soit 23 euros) avec petit-déjeuner (au contenu très médiocre par rapport à ce que j'avais pu trouver dans ce même hôtel il y a une dizaine d'années). Quasiment pas ou très peu de monde, alors que, habituellement, cet hôtel est le spot préféré des touristes ...

J'ai réservé pour deux nuits. Mais j'ai pris la décision d'arrêter mon périple à vélo dès le 27. Je n'ai pas pu donner ma position géographique depuis 4 jours (depuis Andijan ou peut-être Sary-Tash au Kirghiztan). En regardant la suite de mon périple qui passe par le sud du désert du Taklamakan et le plateau nord du Tibet, je me rends compte que je suis dans le Xinjiang jusqu'au-delà de Ruoqiang puis j'entre sur le plateau nord du Tibet où d'après mon ami Benjamin les communications téléphoniques ne sont pas certaines. Bilan : pour les contacts par SMS téléphone, je suis donc dans l'impossibilité de communiquer quoi que ce soit (d'envoyer et de recevoir) durant environ 25 jours ; pour internet, en considérant que Xining serait le prochain contact cybercafé, je serai dans l'impossibilité de communiquer durant 3000 km. Impossible pour moi d'accepter et surtout de faire accepter à mes proches une aussi longue absence et une aussi longue incertitude. Je décide donc d'arrêter le périple à vélo à Kashgar et de trouver le moyen de joindre mes proches dans les meilleurs délais.

Après consultation à Kashgar, le scénario le plus réaliste avec vélo et bagages est de passer par Urumqi qui est une plaque tournante essentielle pour le Xinjiang. Rejoindre Urumqi avec le vélo c'est 24 heures de bus couchette. Puis je décide de rejoindre Pékin par un train direct Urumqi - Beijing (environ 52 heures), espérant que dès la sortie du Xinjiang l'envoi de SMS à la famille sera possible. Les choses se sont alors précipitées : je prends le bus dès le 27 au soir pour arriver à Urumqi le 28 au soir puis je repars d'Urumqi par train direct pour Beijing le 29 au soir. Je peux ainsi espérer envoyer le SMS du signe de vie dans la nuit du 29 au 30 septembre dès la sortie de la traversée du désert. Ainsi depuis le 23 septembre (date de mon dernier envoi de SMS à Sary-Tash) ma famille sera restée sans nouvelle durant environ 7 jours. En l'état de ma situation, c'est le plus court délai sans information que je peux envisager. C'est cette solution que je choisis, préférant le train à l'avion (d'Urumqi à Pékin) pour la raison évidente qu'avec le train j'ai tout de même la possibilité d'apercevoir plus de 3760 km de traversée de la Chine en passant notamment par Lanzhou et Xi'an.

J'aurai pu reprendre le vélo par exemple à Lanzhou. Toutefois, pour moi le périple Tashkent - Pékin que j'envisageais reposait sur un intérêt personnel principal lié à trois zones géographiques : la traversée du Kirghiztan que je viens de faire, celle du sud du désert du Taklamakan (Xinjiang), celle du plateau nord du Tibet. Quel que soit le scénario, en l'état actuel de la situation de fermeture des communications, on ne peut traverser raisonnablement que la première zone (celle que j'ai faite). Aussi, j'ai préféré opter pour la jonction de Pékin par train.

A Kashgar, la statue de Mao assiégée nuit et jour par ... l'armée

Des rues peu bruyantes du fait de la généralisation des moteurs électriques pour les motocyclettes

le 27 au soir, j'embarque avec mon vélo dans un bus-couchettes pour Urumqi

28/09/09 : 24 heures de bus Kashgar - Urumqi

Toute la nuit, toute la journée, transfert par bus avec relais de chauffeurs. On a été contrôlé par la police et par l'armée au moins 20 fois en 24 heures. Arrivée à Urumqi le 28 à 21h. De nuit, trouver un hôtel avec vélo et sacoches, pas facile ! Je suis tombé sur un vieil hôtel au style très impérial mais sans entretien depuis longtemps. En revanche, beaucoup de personnel mais ... quasiment aucun touriste ! Comme par hasard la télévision dans la chambre pouvait s'allumer mais aucune chaine ne fonctionnait ...

La route nord du désert du Taklamakan (Tarim) un vrai calvaire, toujours en chantier ... avec une intense circulation de jour comme de nuit, à déconseiller pour les vélos !

Quelques arrêts pour restauration rapide et pause pipi ... (bien calculer pour 24h !)

... Un ciel voilé par les vents de sable et noirci par les particules de carbone

Quelques installations solaires photovoltaïques

Ce n'est pas de la neige, ce sont des dépôts salins

 

Sympa l'ambiance ... plus de 20 contrôles entre Kashgar et Urumqi !...

29-30/09/09 - 01/10/09 : 52h de train pour rejoindre Beijing

Comment faire pour que le vélo voyage dans le même train que moi ? De l'hôtel à la gare ferroviaire, j'ai pris un taxi marque Citroën (si, si !) avec le vélo dans le coffre (qui ne pouvait pas fermer). La gare ferroviaire est bondée, très gardée par la nombreuse police présente. Evidemment je ne passe pas inaperçu avec mon vélo chargé ! Une employée me prend en charge. J'essaie de lui faire comprendre que le vélo doit absolument voyager avec moi jusqu'à Beijing. "Pas possible" me répond-elle. Alors je fais le pied de grue arcbouté sur mon vélo. Comprenant peut-être qu'elle a affaire à un ... basque, on commence par prendre un billet de train pour moi. Mais j'insiste en disant qu'il me faut un billet de train pour le vélo ... Pendant ce temps, les gens ... poussent dans la queue au guichet. L'employée nous conduit moi et mon vélo au service des bagages et essaie de trouver une solution. Après une bonne heure, elle me dit d'aller au guichet prendre un billet pour le ... vélo mais je dois laisser le vélo (sans les sacoches) au service bagages. Elle me certifie que le vélo sera à Beijing à partir du 1er octobre à 14h (c'est-à-dire à mon arrivée). Ne pouvant pas faire autrement que d'accepter, j'obtempère et m'en vais avec mes sacoches dans les bras dans la salle d'attente pour patienter jusqu'au départ du train à 20h03 à peu près convaincu que je n'aurai pas le vélo à mon arrivée... Deux heures avant le départ, la même employée vient me dire qu'elle n'est plus en service, mais que je dois la suivre avec ... mes sacoches ! Un peu troublé, j'obtempère encore pour me retrouver dans la salle d'attente des VIP. Je suis considéré comme VIP probablement car je suis vraiment le seul ... "tourist" présent dans la cohue de la gare. Ambiance soft, en fait. Je serai accompagné avant tout le monde sur le quai pour prendre place dans ma voiture où je retrouve des personnes de la salle d'attente "commune" qui s'étaient un peu inquiétées de mon départ subit ! Tout va bien ... mais le vélo ? ... Dans la nuit, le train traverse une partie désertique sur plusieurs centaines de km pour sortir du Xinjiang et rejoindre le Qingaï. Magie de China Telecom, je compose fébrilement mes numéros familiaux et, oh! miracle, le SMS est ... envoyé ! Je crois rêver, mais non ça a l'air d'être bien parti ! Je peux me rendormir tranquillement sur ma couchette ... Le service ferroviaire dans le train est assez remarquable avec beaucoup de personnel tant pour le ménage que pour la restauration que pour ... la police ! Contrôles encore et toujours ! Etant le seul "étranger", je suis l'objet de toutes les attentions mais dans le bon sens du terme : on me donne à manger (c'est vrai que je viens de passer pas mal de jours à pédaler et que j'ai besoin de me remplumer un peu), on me fait même d'office un massage chinois dans le couloir devant toutes les personnes du wagon (intéressante mais virile expérience tout de même !).

Je prends quelques photos à la volée : pas terribles images mais cela donnera une idée des paysages traversés. Quelques haltes pour se dérouiller un peu les gambettes dans les gares. Dans la soirée du 30, on est entre Lanzhou et Xi'an dans des formes de paysage assez encaissées mais terriblement transformés. je m'avance vers ce qui m'avait semblé être un wagon-restaurant. C'est en entrant dans une nouvelle voiture du train que j'entends un cliquetis de chaine assez surprenant dans un train. La surprise est de taille ! Deux pieds sont enchainés et essaient de bouger sur la petite échelle qui permet de descendre de la couchette supérieure. Je lève les yeux et vois un homme poignets menottés se contorsionner pour descendre tant bien que mal sous la surveillance de deux policiers, devant les voyageurs qui regardent assez ébahis cette scène étrange ! ... J'ai peine à croire que c'est la réalité, pourtant c'est ainsi ! Incroyable mais vrai ! ... Repas rapide dans un wagon-restaurant bondé : assez bon tout de même.

Le matin, le ciel reste très brumeux et un peu jaunâtre : pas surprenant compte tenu des émissions polluantes présentes.

Train Urumqi - Beijing T70 20h03 Salle d'attente de la gare d'Urumqi

Urumqi, la place de la gare ferroviaire sévèrement contrôlée par la police et par l'armée

Ma couchette à l'étage intermédiaire

De l'eau très chaude est toujours disponible

Quelques champs d'éoliennes

Matin du 30 : le SMS a pu être envoyé ! On est sorti du Xinjiang

De superbes montagnes de 5000 m le Qingaï est proche

Arrêt détente, contrôle technique du train

Les modes de transport très communs : les petits porteurs et le ferroviaire

Le maïs sèche à plat sur les toits et au sol, quelques cultures sous serre

Le fleuve jaune

 

Logements urbains, anciens et ... à venir

La collecte des déchets en tricycle

Les chinois sont des terrassiers ! ... Etudes d'impacts, études paysagères ??

Avec le seul "tourist" du train : la photo !

Au matin le ciel n'est pas ... très limpide !

La raison : les émissions de particules de la combustion par charbon

Le TGV entre Beijing et Xi'an ... et des trains de voyageurs à deux niveaux

Plus on se rapproche de Beijing plus le ciel est ... bleu ! Effet 60e anniversaire ??

01/10/09 : Beijing ... très agréable !

Surprise de taille : plus on se rapproche de Beijing, plus le ciel devient bleu ? Et, de fait, l'arrivée à Beijing se fait sous un soleil radieux avec un ciel d'une pureté surprenante. Est-ce un effet du 60e anniversaire que l'on fête aujourd'hui en très grandes pompes ? A-t-on arrêté les usines pour la circonstance ? Toujours est-il que durant les trois jours où je suis resté à Beijing, le ciel est resté bleu !

Arrivé à la gare à 14h, mon inquiétude est grande pour le ... vélo. Je réussis à trouver le service des bagages, montre mon ticket. On me dit d'attendre. Une heure passe : rien. Un employé voyant mes sacoches et parlant anglais regarde mon ticket, se renseigne, et me dit que l'on va aller chercher le vélo ! Je lui fais répéter croyant avoir mal compris. On attend ensemble encore une heure de plus. Puis, il se lève, va dans le service et s'adresse à un employé avec le papier du vélo : ... cinq minutes après, je le vois arriver roulant apparemment bien (je n'avais pu mettre aucune protection à Urumqi). Pas de problème, le service ferroviaire chinois c'est ... mieux que la SNCF ! 52 heures pour faire 3760 km : pas mal du tout !

Reste maintenant à trouver un hôtel car mon programme est simple : obtenir une modification du billet d'avion de retour prévu pour le 23 décembre !

Les trois hôtels autour de la gare ferroviaire sont complets (Festivités du 60e anniversaire !). J'ose alors essayer de joindre en taxi l'hôtel Lu Song Yuan que m'avait recommandé l'Ambassade de France et où j'avais fait une réservation mais pour le 22 décembre ! Trouver un taxi qui accepte mon mulet métallique ... c'est cher, 30 dollars soit le quintuple du prix normal.... La suite sera facile. L'hôtel a une chambre de libre. Je réserve deux jours, et me pose ... en attendant demain : assez de questions réglées pour aujourd'hui ! La célébration du 60e anniversaire en cours à la TV chinoise est impressionnante ... mais où est la vraie Chine là-dedans ? L'hôtel est très bien placé dans un vieux quartier Hutong très calme avec encore des maisons anciennes, beaucoup de petites ruelles très propres, très sécurisées, avec de beaux arbres (le 3ème matin, j'ai même pu entendre des pics tambouriner sur les troncs d'arbres à côté de l'hôtel). Fin du fin : internet est mis à disposition. J'ai pu communiquer longuement sur le Tchat du Blog. Laure m'a appelé à l'hôtel. J'ai pu expliquer longuement mes tribulations depuis ... Sary-Tash ...

L'hôtel Lu Song Yuan dans le quartier Hutong très calme et très agréable

Beaucoup de petites boutiques, lieu privilégié de promenade en plein centre de Beijing

D'excellentes spécialités avec procédé de cuisson tout à fait inhabituel

Les installations ne sont pas toujours aux normes (?) mais les pompiers veillent avec du matériel ... adapté

Les gens jouent au mahjong... au milieu de la chaussée

02/10/09 : changement du billet d'avion

Nouveau problème à régler aujourd'hui : changer les billets d'avion prévus pour le 23 décembre ! Le vélo reste bien sagement à l'hôtel. Je profite du taxi de français repartant à l'aéroport. Terminal 2 ! Le comptoir d'Air France est au fond de l'aérogare. Trois hôtesses AF sont là : pas une ne parle le français ! Le changement des billets peut se faire avec départ le 5 octobre. Reste le problème du vélo car il faut prendre deux avions : Beijing - Charles de Gaulle et Charles de Gaulle - Pau. On me promet une "box" pour emballer le vélo à 6h30 le matin du 5, et un transfert automatique Beijing - Pau. Super les nanas d'Air France ... sauf que le 4 au soir je dois trouver un lieu de couchage. Là, on fait le terminal avec une hôtesse AF de long en large, pas moyen pour l'hôtesse de trouver quoi que ce soit. En fait je trouverai au 2ème sous-sol un Lounge qui me permettra de passer la nuit du 4 ... à croire que les hôtesses ne connaissent pas le terminal 2 ! Deuxième surprise ... de taille : la box promise pour le vélo n'existe pas ! ...

Après léger paiement pour le changement des billets d'avion, je reviens rassuré en taxi à l'hôtel Lu Song (85 yuans). Au passage, je peux constater le modernisme architectural du monde hypercapitaliste de ... Beijing.

On est bien à Beijing !

pas moins de cinq rocades autoroutières encerclent Beijing

Le ciel est effectivement très bleu ! ...

03/10/09 : un petit tour à la Grande Muraille ...

Inscription pour une journée à Samantaï à environ 120 km de Beijing pour une excursion à l'un des lieux les plus intéressants pour voir le Great Wall !

En réalité je suis seul, j'ai donc un chauffeur, une guide pour moi toute la journée. Je n'ai jamais autant dû converser en anglais (décidémentl la Chine m'aura beaucoup violenté dans ce voyage !) la guide ne parlant que cette langue dite universelle ! La sortie de Beijing au petit matin est aisée et très agréable ... toujours le ciel bleu. Une heure et demie pour arriver au pied du grand site de Samantaï. Péage, parking, ... et c'est parti ! montée aisée en direction de la muraille qui serpente sur la crête. De beaux escaliers bien refaits pour belle-mère mais qui montent tout de même pas mal. Au bout de quelques kilomètres la sélection se fait, ma jeune guide lâche prise... rendez-vous à 12h30. La grimpette est agréable. Quelques marchands du temple mais dans l'ensemble le site est très bien tenu avec un important personnel pour assurer la sécurité et la propreté des lieux. Des tours ponctuent le cheminement tortueux de la muraille, quelques meurtrières sont visibles. Quelqu'un me demande en anglais de la rassurer dans la montée ... naturlich ! .. en fait c'est une avocate française qui travaille en Corée du sud et dont le mari traine un peu les pieds dans cette montée de la muraille ! Je rencontre ainsi deux couples de français avec lesquels on bouclera ce très beau circuit aérien. De retour, la guide est en bonne forme pour un déjeuner à la chinoise, puis retour à Beijing pour la cérémonie du thé : une belle présentation mais je préfère très nettement le thé à la menthe des marocains et des algériens ...

La Grande Muraille à Samantaï ponctuée par les tours - notez l'alimentation solaire de l'éclairage public

Samantaï - aperçu général vers l'ouest

La propreté est un vrai atout des sites touristiques - des escaliers reconstitués

Samantaï, un long ruban le long des crêtes

Des tours de garde tous les 100 mètres de muraille environ

Les aménagements touristiques restent limités - jeu de descente un peu plus rapide par cable

La cérémonie du thé, élégant, cher, pas nécessairement le "meilleur thé du monde" quoi qu'en disent les chinois

04/10/09 : A vélo place Tien An Men

J'ai osé prendre mon vélo pour joindre la place Tien An Men depuis l'hôtel. Inutile de dire que j'ai très bien mémorisé l'itinéraire au fur et à mesure que j'avançais dans les rues. Noir de monde ! Quasiment impossible d'approcher. Les cérémonies du 1er octobre pour le 60e anniversaire de la Chine Populaire ont fortement marqué l'opinion publique et gonflé le sentiment nationaliste. Ce qui est à la télévision impressionnant est sur le terrain beaucoup moins exceptionnel. Reste que la foule est là bien présente. Mais qu'est-ce à l'échelle de la Chine réelle ?

Impression réelle de fierté nationale ... la "Porte de la paix" très bien encadrée

Tien An Men ... la jeunesse, la ... mémoire de l'Homme du 5 juin 1989 !

A Tien An Men par tous moyens

Feu vert pour le vélo ...

... mais pas pour le téléphone au Xinjiang !...

05/10/09 : le retour

Trouver un taxi qui accepte de transporter un vélo à l'aéroport !... oui, en payant quatre fois le prix normal ! A 6h30, comme convenu avec Air France, je suis au comptoir pour acheter la "box" le carton d'emballage du vélo. Mais il n'y a pas de "box" ! On me donne des morceaux de carton avec lesquels je dois faire un "paquet". Les pédales sont dévissées pour être tournées vers l'intérieur du cadre, le guidon est aligné sur le cadre, la roue avant est démontée ... le tout est ficelé tant bien que mal par l'employé de l'aéroport ! Je réussis à faire adresser l'ensemble directement à Pau pour m'éviter un changement problématique de terminal à Charles de Gaulle. Surcoût 80 euros. Arrivé à Pau, vélo et sacoches sont bien là. L'axe de la roue avant est tordue. Mais je m'attendais à pire !

La Chine ... belle dans les vitrines et ... au clair de lune ...

La Chine, un rêve et ... une leçon ...

 

PS : l'explication du ciel bleu de Beijing dans ce qui suit :

"Un dispositif sans précédent pour empêcher la pluie le 1er octobre à Pékin

le 23/9/2009 à 18h37 par AFP

La Chine va déployer des moyens sans précédent pour empêcher la pluie ou le brouillard de gâcher les festivités du 1er octobre à Pékin qui marqueront le 60e anniversaire du régime communiste, ont annoncé mercredi les journaux.

L'Armée de l'air va utiliser 18 appareils qui lâcheront des produits chimiques de dispersion de la pluie dans l'atmosphère, tandis que "48 véhicules antibrouillard" utiliseront des moyens similaires dans les aéroports de la capitale, a rapporté le quotidien Global Times.

"C'est la première fois dans l'histoire de la Chine que les modifications artificielles du temps sont faites sur une échelle aussi large", a relevé Cui Lianqing, un météorologue de l'Armée de l'air cité par le quotidien.

La première parade militaire en dix ans, un défilé d'au moins 100.000 personnes et un feu d'artifice géant seront les points forts des festivités du 60e anniversaire de la proclamation par Mao Zedong de la République populaire de Chine place Tiananmen, au coeur de Pékin.

Un temps clair est particulièrement souhaité pour la parade militaire qui sera l'occasion pour la Chine d'exhiber ses derniers équipements de haute technologie.

Cet anniversaire a été précédé d'un déploiement policier encore supérieur à celui constaté lors des jeux Olympiques d'août 2008 dans la capitale, assorti de nombreuses interdictions, telle celle de la vente de couteaux.

La Chine avait pour la cérémonie grandiose de l'ouverture des JO déjà lancé quelque 1.100 fusées antipluies au-dessus du stade olympique, le "Nid d'oiseau". Les registres météorologiques signalent 30% de risque de pluie un 1er octobre sur Pékin."

Le procédé technique consisterait à envoyer dans les nuages des cartouches d'iodure d'argent de la taille d'une cigarette à partir de lance-roquettes météorologiques.

Thaïlande 2017 - 2

(suite de Thailande 2017 - 1)

Mercredi 22 novembre 2017 - De Khun Yuam à Mae Na Chon, l'étape redoutée et ... redoutable !

C'était l'étape qui m'intriguait le plus dans le circuit. En raison de ce que j'avais pu lire et surtout parce que je visais un kilométrage peut-être un peu trop important au regard du nombre de bosses à franchir et du bipède qui actionnait le moulin qui devait hisser en gros près de 120 kg (bonhomme + mulet + charges sacoches). Le sommeil a été un peu en pointillés pour ces raisons mais j'étais dans des conditions excellentes de confort.
Ce matin, 6h05 le clairon sonne. J'ai eu droit à un breakfast solide (deux oeufs frits, saucisses, plusieurs fruits, tartines, café). J'ai pris trois bananes pour le voyage. Beaucoup de bruits dehors : un car de japonais reprenait la route dès 6h30.
Grosse étape donc avec une dénivellation jamais imaginée et surtout avec des pentes également jamais gravies sur une aussi longue distance et surtout à répétition. J'ai fractionné mentalement en deux parties : la montée jusqu'à l'altitude maximale et ensuite la « descente » vers l'objectif du lieu de restauration et de couchage. Psychologiquement, c'était important pour moi. En gros de 7h à 12h-13h la « montée » et, après, la « descente ». En réalité, il y a eu partout et toujours des montées et des descentes !
Bilan : si j'ai souvent dû pédaler à 3,6 km/h en limite de chute, ce que je n'ai jamais fait dans aucun autre pays, j'ai fait l'étape de près de 75 km dans d'assez bonnes conditions. Ca fait bien longtemps que je n'avais pas mis ma carcasse à surpasser des difficultés. L'étape d'aujourd'hui vaut bien assez largement l'ascension d'un 6000 mètres. J'en sors assez réconforté.
La traversée depuis Khun Yuam passe par une multitude de vallons qu'il faut monter et descendre. Un seul gros groupement d'habitations avec des cultures à peu près partout dans les montagnes avec bien sûr du maïs mais aussi des tomates et des fraises et cela à plus de 1000 mètres d'altitude. Sinon, toute la traversée se fait bordée de forêts.
J'avais imaginé l'étape du soir dans un complexe bambous Hot Coffee totalement à l'écart de village, repéré par booking. Pas facile à trouver : merci la tablette avec la puce gps qui me permet de visualiser ma position sur fond de carte. L'établissement est saturé de ... moustiques mais est conçu de façon très artistique et pragmatique. J'ai droit à un bungalow privé en bambous avec grand lit, salle de bain, moustiquaire, bref de quoi remplumer un bipède aux orteils bien fatigués. L'établissement fait restaurant. Tout pour plaire donc !
Demain, courte étape pour Mae Chaem au pied du Doi Inthanon, point culminant de Thaïlande, que j'essaierai de grimper avec le Mulet après demain.

78 km +2840 m -2919 m

Jeudi 23 novembre 2017 - Mae Chaem, une ville-route …

L'hébergement du Hot Coffee est à recommander par la qualité de l'accueil, de la nourriture, mais aussi par l'ingéniosité artistique de tout ce qui a été bâti dans un lieu où l'on aurait volontiers mis une décharge car en pente à l'aplomb d'une rivière impétueuse. J'ai vu arriver une escouade de jeunes garçons et filles, balai à la main, frotter, nettoyer, ramasser les papiers, dégager les feuilles tombées des arbres ... C'est tout simplement les enfants de l'école chrétienne protestante juste de l'autre côté de la rivière qui comme à l'ordinaire faisaient ce petit travail en apparence sans aucune contrainte. On imagine les enfants de chez nous si on leur demandait de faire pareille chose ... Faut dire que le mari de la directrice du Hot Coffee est, lui, directeur de l'école.
Départ non pas aux aurores mais après avoir pris trois cafés (en général très bon en Thaïlande), mangé deux oeufs et deux tartines de pain confiture. La route est libre. Pas trop de camions comme dans la plupart des pays, mais des pick up, sortes de mulets mécaniques bons à tout faire. La campagne s'ouvre un peu plus que les jours précédents. Les cultures de maïs grimpent les pentes. Les rizières sont au fond des vallons mais aussi en terrasses. Tout se fait à la main ou presque. Mais l'heure de la récolte du maïs a sonné. Quel boulot ! Couper les panouilles, les mettre dans des sacs, les porter sur le pick up qui les conduit au lieu d'égrenage où se trouve un camion 4x4 ou un tracteur équipé de la machine à égréner, un autre pick up se place pour recueillir le maïs égrené tandis qu'un homme hisse les sacs de panouilles, les ouvre, les tend à un autre homme qui les verse dans l'égrenoir. La raffle vole projetée sur une énorme tas qui enfle de plus en plus. Bien sûr tout le monde est masqué. Les vaches voisines accourent et mangent avec délice les résidus. Très beau tableau pour peu qu'on prenne la peine de se poser un peu et de regarder. Tout cela se fait non pas dans des bâtiments d'une quelconque coopérative mais en bordure de champs. Le pick up vidé, l'autre pick up plein des grains de maïs, la machine à égrener s'arrête. Les voitures partent. Les suivantes se mettent en place …
L'étape est très courte aujourd'hui jusqu'à Mae Chaem. Un temple attire mon attention avec un escalier bordé de petites statuettes d'enfants rigolant, bien en chair. Des fonds de bougie restent encore collés au sol. Les lieux sont astiqués avec le plus grand soin. Mais personne …
L'entrée dans Mae Chaem est assez ordinaire voire presque lugubre avec toute une suite d'ateliers et de dépôts un peu glauques. On cherche le centre, en vain. Le repère est finalement un superbe bâtiment de police avec tout à côté une place qui finira par se remplir pour un marché de nuit probablement mais aussi avec une estrade pour grand orchestre avec les préparatifs qui vont bon train. Ce soir, est-ce la fête ? Le marché est au bord de la rivière Mae Chaem du même nom que le village, pas très aguichant bien que très populeux.
Je repère la route du Doi Inthanon, plus haute altitude terrestre de Thaïlande. Demain, c'est l'objectif : la grimpe de quelques 35 kilomètres de route pour atteindre les 2565 mètres. Une gesthouse m'accueille pour deux nuits. Difficile de communiquer même pour faire comprendre que je pars demain aux aurores et que le petit-déjeuner devrait être à 6h30. L'anglais n'est pas trop parlé ici. On verra bien ...

27 km +449 m -512 m

Vendredi 24 novembre 2017 - Trop dangereux, j'arrête à 2150 m

Aujourd'hui, l'objectif était d'atteindre le sommet routier du Doi Inthanon situé à 2565 mètres. Je suis parti allégé avec seulement nourriture, boissons, sacoche de réparation, nécessaire pour la pluie, puisque je dors encore cette nuit à Mae Chaem. Petit-déjeuner fantôme puisque j'ai droit seulement à du café et deux tartines de pain de mie sans rien de plus. Je dois rejoindre la route qui monte au Doi Inthanon et qui vient de Chiang Mai : 25 kilomètres environ qui sont d'après google earth assez continus montant à peine. La réalité est une route sans cesse tournante, très étroite, souvent défoncée, très empruntée par les pickups 4x4, et, bien sûr, avec des bosses aux pentes invraisemblables. Parfois je dois me pencher sur le devant du vélo pour ne pas basculer en arrière. Pas très pratique pour pédaler ... L'estomac criant famine, je fais deux arrêts pour ingurgiter un succulent chocolat au lait en bouteille et un yaourt multifruit (excellent pour le cycliste à toute heure de la journée).
L'intersection avec la route venant de Chiang Mai arrive 25 kilomètres après. Un poste de police conséquent avec barrage vérifie les véhicules. Alors, stupéfaction pour une route de montagne qui se termine en cul de sac tout là haut : le trafic est continu beaucoup plus intense dans le sens de la montée. Faut y aller, cycliste ! L'asphalte est large sans aucune marque blanche, puis se réduit au fur et à mesure des grands virages bien pentus, un grand classique thaïlandais !
A plusieurs reprises, je sens que les véhicules arrivent assez vite, la voie le permettant, sauf que le cycliste ne va évidemment pas à la même allure et, dans les virages serrés et très pentus, il choisit d'aller sur la courbe la plus large pour monter plus aisément, et donc traverse bien sûr la chaussée pour aller à contresens. Cela dit, c'est bien préférable d'être à contresens pour le cycliste car il voit les véhicules venir vers lui …
Bien sûr, de nombreux gestes très attentionnés pour signifier au cycliste qu'il n'est pas dans le bon sens qu'il doit venir sur la bonne file. Bienheureux les innocents qui n'ont jamais grimpé avec un vélo dans des courbes pentues à plus de 13% ! Etant de bonne composition, j'obtempère et me range dans la bonne file montante.
C'est là que, à deux reprises assez rapprochées, deux minibus montant à bonne vitesse m'ont frôlé, et, évidemment, m'ont conduit à faire un gros écart pour éviter d'être balancé par terre. Inutile de dire que, après la surprise, vient le moment de lucidité. La circulation devenant vraiment intense, étant obligé de zigzaguer un tant soit peu du fait de la pente, j'étais une proie évidente pour être sérieusement attrapé par un véhicule. A hauteur de great holy relics pagoda (vers 2150 m), je décide d'opter pour la plus grande probabilité de survie donc de redescendre à Mae Chaem.
Je suis tout de même frappé par l'imprécision des pentes, des dénivellations données par la cartographie google earth. Ainsi, le graphique de la montée de Mae Chaem au Doi Inthanon donne une courbe assez régulière mais sans bosses marquées dans les 25 premiers kilomètres. La réalité est tout autre puisque, au total, sans être allé au sommet à 2560 mètres puisque je suis redescendu après avoir atteint 2150 mètres, j'ai tout de même fait +1875 mètres en cumul de dénivellation positive (et autant en négative puisque revenu au point de départ par la même route). Donc, au fond, une bonne journée de pédalage !

62 km +1875 m -1875 m

Samedi 25 novembre 2017 - Mae Chaem - Hot, retour des camions

Pas mal la guesthouse de Mae Chaem, sauf qu'ils sont en dessous de tout pour le petit-déjeuner. Le départ s'est fait encore au lever du jour (bien brumasseux) car c'est bien plus agréable de pédaler le nez au vent dans la campagne qui s'éveille. Et puis ... je ne sais pas la dénivellation que je vais avoir même si je sais que j'ai à peu près 65-70 kilomètres pour atteindre à Hot l'auberge de Sripun, une amie à Daniel Duvergne. Une petite partie de route est commune à celle que j'ai faite hier vers le Doi Inthanon, mais très vite les paysages sont totalement différents. Direction le Sud avec, enfin, le regard qui peut s'étaler sur des horizons non fermés par des arbres. Je suis une sorte de route secondaire qui court la campagne en zigzaguant bien sûr et en franchissant - Thaïlande oblige - une multitude de bosses vallonnées avec, comme il se doit, des remparts à grimper petit petit et le corps en avant pour ne pas lever la roue avant. C'est aux environs de 800 mètres d'altitude que l'on pratique un maraichage à grande échelle avec même des circuits d'aspersion fixés à demeure. Rien n'est plat, les ouvriers sont à la peine, par dizaine dans les champs, chacun avec sa binette en train de sarcler. Pas une seule herbe entre les rangs !
Arrive la jonction avec la route 108 appelée encore route de Mae Sariang. On change de monde ! Cette grande artère part de Chiang Mai et reste l'accès principal au moins pour les marchandises à tout le Nord-Ouest du pays. Là j'ai vu les camions à la queue leu leu filer à très vive allure sur du revêtement très rapiécé sur une largeur de chaussée qui permet à deux camions de se croiser mais s'il s'y ajoutent deux engins à deux roues, ça ne passe plus. On longe la bouillonnante rivière Mae Chaem. Point la peine d'épiloguer sur le calvaire du bipède à deux roues.
Trois kilomètres avant le centre-ville de Hot, à droite, la guesthouse de Sripun. Logement idéal pour des cyclistes avec bungalow individuel tout confort, wifi, restauration possible, tout est tip top. J'ai eu droit à un Pad Thai maison pour cycliste affamé. Demain, Sripun me propose une escapade motorisée dans le parc national proche Op Luang.

69 km +1018 m -1214 m

Dimanche 26 novembre 2017 - Hot, Phrasingliao, Wat Sanku, Ob Luang, Doi Tao

Des noms surprises qu'un européen n'auraient pas trouvé facilement ! L'aubergiste Sripun m'a permis de découvrir de vraies originalités dans la région de Hot. D'abord, c'est le canyon de Phrasingliao aux colonnades de terre naturellement sculptées à environ 10 km du centre de Hot. Quelle n'a pas été ma surprise de voir pendue en surplomb une structure discoïdale extérieurement blanchâtre qui ressemble à un énorme rayon de cire d'abeilles. Puis, c'est l'entrée dans un vaste domaine bouddhiste. De très nombreux aménagements ont été bâtis pour recevoir les personnes souhaitant une ambiance de sénérité (avec des rappels qu'il convient de garder silence). Une école avec des jeunes élèves bouddhistes s'y trouvent. Certains s'affairent avec beaucoup de décontraction et de rires autour d'échaffaudages en bois. Un coin réception est assuré par quelques moines très au fait des nouvelles technologies électroniques. On souhaite une boisson ? On se fait servir, on ne demande pas d'argent mais un tronc est là qui au total fait plus donner d'argent. J'assiste à l'offrande de légumes portés par un homme avec une déférence, inhabituelle pour nous, envers le moine qui semble être très connu des lieux. Au fond d'une forêt du domaine, un lac artificiel avec en son milieu un temple, le Wat Sanku, une sculpture magistralement bâti en forme de pagode, le tout étant doré, aux reflets ondulents dans l'étang. Le tableau est impressionnant avec la lumière du soleil tamisée par les arbres.
Puis c'est la direction de l'entrée du parc national Ob Luang où Sripun retrouve trois autres collègues enseignantes qui animent une journée d'élèves sur les berges du torrent Mae Chaem. Ce parc national principalement forestier a été le lieu d'habitation sous porches et grottes 8000-9000 ans avant J.-C. Des peintures et des gravures ont été retrouvées. A noter que dans le hall d'exposition, on constate que les explications sont en thaïlandais, en anglais, en français. Apparemment des équipes françaises ont permis ces découvertes.
Dernier voyage de la journée : 30 kilomètres au sud de Hot, se trouve l'immense lac Doi Tao. C'est un lieu très touristique si l'on en croit la présence de nombreux petits restaurants sur des pontons en bordure de lac. Mais également la pêche semble être une activité lucrative et prisée. Les poissons sont séchés, grillés, vendus avec des conditionnements ou des présentations qui incitent à l'achat.
Demain, je file à Chiang Maï, aux aurores.

Lundi 27 novembre 2017 - Hot - Chiang Maï, presque ... plat !

Il fait encore nuit ce matin lorsque j'harnache le Mulet. Un peu moins de 100 km, ce n'est pas beaucoup quand c'est plat mais ... je me méfie encore des bosses possibles de la Thaïlande. Sripun et sa soeur se sont levées pour me faire un petit-déjeuner : café, saucisses, pain de mie, confiture d'orange. Sripun ne cesse de vouloir des photos avec vélo, sans, en portrait, devant l'auberge ... pour son site facebook. Finalement, je ne pars qu'à 7h. Je découvre les joies ... d'une route, certes à grande circulation, mais presque plate où l'on pédale sans effort surhumain ! Le vélo a l'air tout content. Il ne fait aucun bruit, pas de cliquetis de chaîne ni de torsion du cadre. Un régal. La température est parfaite, l'humidité est un peu moins prégnante, le ciel est nuageux mais sans pluie. La route 108 qui mène à la capitale provinciale est une deux fois deux voies très roulante avec beaucoup de trafic dans les deux sens. On a l'impression que de Hot à Chiang Maï on ne sort jamais tout à fait de la ville tellement les abords de la route sont occupés par des ateliers, des magasins, des concessions de matériel, de voitures ... Quelques temples émergent dont le très célèbre temple bouddhiste chinois de Chom Thong, célèbre notamment en raison des très belles peintures polychromes sur bois. Les bords de route sont tellement occupés que l'on ne voit quasiment pas d'agriculture ni d'élevage. Arrêt yaourt et demi-litre de chocolat au lait.
L'arrivée à Chiang Maï se fait sans surprise. On passe en bordure sud de l'aéroport. Un avion de la compagnie Lion atterrit juste à mon passage. C'est midi et demi, l'heure du casse-croute. Il n'y a que l'embarras du choix. Je piste les endroits où il y a le plus de monde, en général, pas trop mauvais signe pour le rapport qualité/prix. Je tombe sur un bistrot de marché où l'on présente une carte toute poisseuse et sans les prix, et qui sert aussi des bières ! Je choisis un mélange riz, haricots verts, porc, sauce ... piquante, oeuf frit. Bilan avec la bière Chang de 50 cl : 100 baths soit 2,5 euros.
Raguaillardi, j'entre dans Chiang Maï par le grand périphérique de la vieille ville qui est toujours carré et toujours avec 1,6 km de côté. Rien n'a évidemment changé depuis mon départ. L'accueil de Gilles à l'auberge All In One est parfait : « on t'attendait ! Tu as toujours la même chambre ». Sauf que l'employée me donne une autre chambre au rez-de-chaussée plus grande et plus confortable. Sympa ! Le carton du vélo est toujours là avec mes affaires laissées. Demain, je monte au Wat Doi Suthep puis au village Hmongs quelques kilomètres plus loin.

92 km +236 m -169 m

Mardi 28 novembre 2017 - Doi Suthep, temple majuscule, près des Hmongs

En écoutant les conseils de plusieurs qui sont montés au Wat Doi Suthep, un point commun ressortait : la pente terminale est terrible ! Bon, je me suis donc préparé mentalement et j'ai allégé au maximum le vélo. Donc juste la sacoche guidon avec les papiers et argent indispensables, l'appareil photo, le poncho au cas où, et un peu de liquide pour la soif. Léger, léger ! Je n'en revenais pas ce matin dans les embouteillages de Chiang Maï ! Je manoeuvrai du petit doigt ... Petit-déjeuner au spécial bar breakfast qui ouvre à 6h58. Puis, je file sur le boulevard de ceinture de la vieille cité (les deux côtés du carré) pour sortir à l'Ouest sur La route probablement la plus fréquentée des touristes ici. Tout une floppée de taxis rouges sont en attente.
Alors que j'amorce la montée, je vois déjà quelques cyclistes avec des vélos tout légers (comme celui de Jean-Yves !) descendre : sont-ils montés de nuit ? La route est très bien asphaltée, large avec des courbes à grands rayons au moins en partie basse, trois voies dont deux pour monter. Je passe devant le zoo de Chiang Mai où se trouve un couple panda mais que l'on ne peut voir que derrière une baie vitrée selon deux Français vus hier. La pente est très régulière, pas très forte ... ça roule tranquillement et régulièrement autour de 7-9 km/h. A gauche, de jeunes élèves courent qui font une compétition pour un semi-marathon de Suthep. Très vite, les concurrents font l'élastique, très surveillés par des commissaires sur pickup avec boissons et téléphones portables en mode photos. Je lève le pouce en passant à leur hauteur. Ils rigolent. Finalement ça monte longtemps ainsi mais pas encore le mur que je m'attendais à trouver. Lorsqu'arrive le panneau du dernier kilomètre avant le Wat Doi Suthep, au loin je vois que la chaussée devient rouge. Je me dis que cette fois, le mur est là. Les Thailandais ont cette pratique de peindre l'asphalte en rouge dans les passages très délicats. Mais, le ruban est plus impressionnant que vraiment avec un angle de pente hors norme. Et c'est tout surpris que je vois tout le caravansérail des taxis rouges stationnés et des camelots hélant les clients.
Mais, monter au temple, se fait en grimpant fort avec des marches certes mais durant un bon quart d'heure. Je réussis à mettre le vélo un peu caché derrière un appentis en bois. Et, c'est le souffle un peu court que j'arrive là haut où se trouvent ... des centaines de personnes de toutes nationalités. Les constructions sont vraiment imposantes, originales, très nombreuses, toutes avec de multiples statues représentant Bouddha. Des cierges, des bougies sont allumés. Les marchands du temple proposent discrètement leurs produits. Un photographe certainement professionnel positionne ses clients pour un cadrage et un éclairage optimal. Quatre moines bouddhistes se font ainsi tirer le portrait. Ambiance à la fois de recueillement mais aussi un peu de foire du trône.
Je reprends le vélo pour aller, 11 km plus haut, voir un village habité par une ethnie originaire de Chine : les Hmongs. Là, la route change de gabarit. Elle devient très étroite, et, après quelques kilomètres, la route est méconnaissable, pleine de trous à éviter. Heureusement, les taxis font très attention et passent à tour de rôle. Le brouillard est dense, la visibilité limitée à quelques dizaines de mètres de forêt. Après une surprenante descente à très fort pourcentage qui dure 1,5 km le village Hmong apparaît entre les arbres. Piège à touristes. De très nombreux étals avec probablement beaucoup de produits faits par les Hmongs. Pas de quoi mettre ce village comme un spot touristique ! Le café expresso est néanmoins très apprécié. Retour pour monter petit petit en se penchant en avant pour ne pas faire lever la roue avant. Puis, descente majestueuse derrière des taxis rouges jusqu'à Chiang Maï. Le Wat Doi Suthep est tout de même lui un vrai spot touristique de qualité.

42 km +1298 m -1298 m

Mercredi 29 novembre 2017 - L'intelligence de l'éléphant .... Maesa

Aller voir les éléphants, les femmes girafes, les ethnies particulières ... nombre d'opinions trouvées sur divers sites de réseaux sociaux y sont défavorables et déconseillent de tels projets. Pour les animaux, le risque est grand de généraliser des excès, des comportements abrutissants de l'Homme sur l'animal. J'ai voulu aller voir ce qu'il en était pour l'éléphant dit domestiqué, après avoir vu de nombreux éléphants sauvages dans les parcs nationaux africains. Maesa est à 26 km de l'auberge All In One. Un camp pour les éléphants s'y trouve. J'y file en vélo allégé des sacoches. La sortie (comme le retour) de Chiang Maï est sportive avec l'obligation d'avoir l'oeil du caméléon qui tourne dans tous les sens pour éviter les accrochages. Ca se calme à Mae Rim lorsqu'on quitte la route 107 pour prendre la 1096. Maesa Elephant Camp a l'apparence d'un grand parc animalier avec toute l'organisation nécessaire à l'accueil de milliers de personnes par jour. Beaucoup de personnels pour assurer les caisses, la sureté, le nettoyage, les cornacs, la restauration. Le vélo doit rester à l'extérieur du camp. Une présentation du savoir-faire des éléphants a lieu trois fois par jour. J'opte pour celle de 10h30. Beaucoup de monde déjà, des cars avec beaucoup de touristes chinois. Les éléphants sont avec leurs cornacs, la plupart avec les défenses en ivoire sciées. On vend des régimes de bananes dont sont très friands les pachydermes. Les éléphants ne sont pas attachés, libres de leurs mouvements guidés par le cornac. La foule présente ne leur fait pas peur dans la mesure où ils ... récupèrent les bananes. Ils acceptent même de prendre doucement avec leur trompe ceux qui veulent se faire photographier. Cabotins les éléphants ? Oui mais ... quand on les approche de près, on voit leurs yeux avec de gros cils qui observent tout, distinguant parfaitement le risque de danger ou non (comme tous les animaux) et discernant parfaitement non seulement leur principal intérêt immédiat (la banane plutôt que l'appareil de photos) mais aussi le risque de faire mal. Etonnant de voir deux jeunes femmes entourées par les deux trompes de deux éléphants. Elles étaient un peu affolées mais l'étreinte des trompes est restée toute légère. Ceci sans aucune intervention des cornacs.
L'heure de la démonstration a sonné. Des gradins entourent une surface proche de celle d'un terrain de foot. Tout est occupé. Se succèdent des jeux du cirque avec des éléphants qui saluent le public, font tournoyer la trompe, barrissent, jouent de l'harmonica, jouent au football en tirant des gros ballons sur le gardien éléphant qui réussit à dévier les premiers tirs mais se fait déborder avec le dernier tir qui entre dans les filets, tirent et entreposent des grumes, et ... prenant un pinceau peignent en direct sur du papier blanc de superbes et incroyables (si je ne l'avais pas vu !) tableaux : paysage, papillons, fleurs ... Tout cela sans un cri sans forçage des cornacs qui restent malgré tout toujours tout à côté de leur protégé.
Bilan Eléphant : j'ai découvert un animal extrêmement intelligent, sachant discerner, évaluer le contexte environnant, l'objectif cherché (par le cornac), avec une très grande conscience de leur force. Ainsi, un homme couché par terre devant l'éléphant, le pachyderme teste d'abord avec une patte effleurant le dos de la personne, puis allonge la patte pour la poser devant le corps et ensuite continue son chemin avec les trois autres pattes qui ne touchent pas la personne à terre. Je ne pense pas que l'on peut dresser des éléphants en les forçant, en les martyrisant. On ne peut qu'être admiratif de l'ingéniosité de l'Homme qui a su comprendre cet animal au point de devenir un vrai animal de compagnie (pour le cornac). Bien sûr, on entend dire que des éléphants ont tué leurs cornacs. Ce que j'ai vu, c'est une sorte de grand jeu (sans compter le plaisir de la baignade avec le brossage du corps) où l'animal ne paraît pas du tout être contraint, peut-être parce qu'il obtient aussi des récompenses (les bananes ...). Autre atout : les animaux ne sont pas enfermés ; ils sont dans un grand domaine forestier. Bilan positif d'après ce que j'ai vu.
En retournant, une ferme aux insectes ! Impressionnant quand on rentre de voir une sorte de museum avec des pièces tapissées de milliers d'insectes séchés, épinglés. Excellente conservation au demeurant. Au fur et à mesure de l'avancée de la visite, on finit par tomber sur des animaux vivants avec même une nursery. On a des papillons qui volent partout, qui se posent sur vous, des espèces évidemment très différentes de celles que l'on a coutume de trouver dans nos contrées. On dit bonjour aux iguanes, aux grosses araignées bien poilues, aux scorpions ... Ah ! le vélo ...

52 km +296 m -296 m