2018 - Retour en Patagonie

Mardi 6 novembre 2018 - Stress pour l'avion ...

Demain, embarquement à Toulouse pour un premier avion jusqu'à Madrid. Puis deuxième avion jusqu'à Santiago du Chili. Puis troisième avion jusqu'à Puerto Montt. C'est du déjà vécu, donc cool ! ... Sauf que les conditions des compagnies ont changé. Si les deux derniers avions c'est avec LATAM, la compagnie chilienne, le premier avion est avec Air Nostrum filiale d'Iberia. Par habitude, je précise toujours que j'ai un vélo à transporter, avant l'enregistrement. Par habitude aussi lorsqu'il y a plusieurs compagnies, j'avertis toujours la première compagnie car c'est au premier avion qu'on fait l'enregistrement pour les trois vols. Donc, coup de fil à Iberia (Air Nostrum) qui me dit que l'avion de Toulouse est petit ... J'ai beau dire que je connais cet avion que j'ai déjà pris et que le carton-vélo entre dans la soute sans difficulté, l'opérateur refuse d'inscrire que j'ai un vélo, et que, de plus, comme c'est LATAM qui fait le plus long trajet entre Toulouse et Puerto Montt, je dois m'adresser à LATAM avec ... récupération du vélo à Madrid - s'il entre dans la soute - et ré-enregistrement du vélo chez LATAM. Patience ! Je réussis à joindre LATAM par téléphone qui me dit de suite que je dois voir avec Iberia au premier enregistrement de Toulouse, et que, de toutes façons, je devrai récupérer le vélo à Santiago du Chili pour le ré-enregistrer pour le vol de Puerto Montt. ... Tempête sous un crââne !

A l'aéroport de Toulouse-Blagnac, un seul guichet pour tous les opérateurs mais la réponse est qu'ils ne peuvent pas mettre sur mon billet électronique le carton-vélo. "A voir le jour du départ" me dit-on.

Donc, ce soir j'en suis là (las !). Je me dis que l'important est que, quelles que soient les modalités d'enregistrement des compagnies, le vélo arrive à Puerto Montt en même temps que moi. Normalement, c'est faisable car j'ai pris cinq heures de battement entre les changements d'avion. Mais c'est tout de même anormal que les employés des compagnies soient si peu informés des conditions de transport des vélos, d'autant que les modalités changent souvent avec un prix de transport des vélos qui augmente fort tous les ans !

Il est 17h. Le Mulet est démonté bien calé dans son emballage cartonné d'Air France (dernière fois certainement que j'utilise un tel carton car Air France a décidé de fermer son comptoir à Pau). Les sacoches sont bouclées. Le tout est dans la voiture, entré avec l'aide amicale d'Elie. Demain, je file donc chez mon fils Thomas à Aigrefeuille où Gérard Cabessut me rejoindra pour me conduire à l'aéroport de Blagnac. La solidarité entre cyclistes est totale. Gérard et son épouse Gisèle ont remonté en vélo la Carretera Austral. Le cheval mécanique restera bien sage chez mon fils Thomas jusqu'au retour.

Mercredi 7 novembre 2018 - on pense à tout ...

sauf au téléphone portable qu'on oublie dans la ... voiture ! La guigne ... Gérard Cabessut était pile à l'heure du rendez-vous chez le Fiston à Aigrefeuille. Il me conduit avec le 3008 à l'aéroport, sans embouteillage. C'est alors que le portable est resté au pied du passager. L'enregistrement du vélo se passe plutôt bien avec un long calcul des hôtesses pour faire payer le moins cher possible. Je m'en tire, à titre exceptionnel, avec 45 euros pour le carton-vélo (dans le sens du retour avec les mêmes compagnies ce fut ... 200 euros en 2007 !). Sympas ! Mais elles ne savent pas si je dois récupérer les bagages à Santiago du Chili : "faudra voir avec l'hôtesse de l'avion". Curieux de voir que le personnel ad'hoc n'est pas en mesure de préciser les choses ... Je suis en attente de l'avion pour Madrid.
Le vélo est entré en soute à Toulouse, avec pas mal de précautions de la part des manutentionnaires.


Peut-être ont-ils vu que je les prenais en photos ... Madrid a un aéroport nouveau sans fin. Des centaines d'hectares cimentés pour joindre au bout d'un bon quart d'heure d'avion roulant, le terminal 4 puis le terminal 4S. Là encore tout est faux pour la réservation de billets que j'avais faite : au lieu du T4 prévu je dois aller au T4S. Heureusement que je n'ai pas à me trimbaler le carton-vélo ! Une bonne "salade de montagne" (salade oui beaucoup, fromage de chèvre pas mal, pelures de jambon ... à chercher) avec un joli verre de vin rouge, ça rassure ! et puis ... si je n'ai pas de téléphone, j'ai du réseau ici ...


Mon prochain avion pour Santiago du Chili est à 23h55. Enormément de monde dans cet aéroport. A peine croyable de voir ainsi comment les espagnols ont tordu le cou à la crise de ces vingt dernières années !

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Jeudi 8 novembre 2018 - L'avion c'est toujours un peu long surtout quand il y en a plusieurs ...

Finalement j'ai dû tout récupérer de mes bagages en soute à Santiago du Chili. Mais avant ... il a fallu passer la police : une queue de plus de 300 personnes pour se faire tamponner sur le passeport l'entrée au Chili. Après, je récupère carton-vélo et sacoches. C'est la première fois que le carton-vélo est encore à peu près en bon état mis à part deux déchirures d'une trentaine de centimètres. Mais j'avais prévu en emportant en cabine un gros rouleau de collant. Je rencontre Fabien et sa compagne qui recousent tant bien que mal les déchirures faites à l'emballage de leur vélo. Ils fileront de Puerto Montt vers la Terre de Feu.
Ascenseur pour monter au troisième étage et là ... encore une kyrielle de personnes qui doivent embarquer sur LATAM. Quelles que soient les destinations de LATAM, il y a guichet unique. Quel est l'intérét pour moi d'un nouvel enregistrement pour Puerto Montt alors que que les étiquettes sont collées depuis Toulouse pour que tous les bagages arrivent à Puerto Montt ? Aucun, car le passage en douane s'est fait sans aucun contrôle ni aucune nouvelle formalité, et l'enregistrement LATAM s'est fait en regardant simplement ce qui m'a été donné à Toulouse. Bravo Blagnac ! Du bon boulot avec "juste" 45 euros de paiement pour le vélo. Le vélo est parti avec un employé qui m'a dit qu'il savait que c'était fragile ...
Commence alors la course à la carte SIM pour le téléphone nouveau que j'ai dû acheter à Madrid sous la forte insistance de mes enfants. Achat de carte Sim possible mais fonctionnelle juste au Chili et non en Argentine où il faudra une carte SIM spécifique. Je cours d'un opérateur à l'autre et finis par aboutir à un marchand qui vend un peu de tout et qui veut me vendre un forfait en promotion bien sûr pour 7 jours. Ils ne vendent pas de cartes SIM opérationnelle en Argentine. Elles sont à acheter en Argentine. C'est là que ça se complique. Car je passerai la frontière Chili-Argentine le deuxième jour de vélo mais avec une traversée dans la pampa sans aucun magasin quelconque, et ce durant au moins trois jours. C'est seulement arrivé à El Calafate que je vais pouvoir espérer trouver la carte idoine pour que je puisse pour les jours suivants envoyer des sms à la famille.
L'attente de l'avion pour Puerto Montt est longue mais finalement les cinq heures d'intervalle entre les avions m'ont été nécessaires. J'ai pu changer euros pour pesos chiliens avec apparemment un bon taux : 732 pesos pour 1 euro alors qu'à Toulouse on proposait 632 pesos pour 1 euro.


Envol de Santiago du Chili

Volcan Villarica au premier plan et volcan Osorno en arrière-plan

Arrivée à Puerto Montt dans la crasse et la pluie alors qu'il faisait un temps magnifique depuis Santiago. J'ai pu admirer la chaine andine et même reconnaitre le volcan Villarica dont quelques fumerolles s'échappaient du cône enneigé. Le vélo est remonté, le carton laissé chez Maria Zulema qui m'accueille avec son mari et son fils venu me chercher à l'aéroport avec un gros Dodge. Pas fâché quand même d'être arrivé !
Croisons les doigts pour que demain le bateau parte puis je rejoins Puerto Natales au Sud après 4 jours de bateau pour ensuite tout remonter en vélo (je l'espère ! ...) jusqu'à Puerto Chacabuco d'où je reprendrai un autre bateau pour Puerto Montt. Mais ça c'est le film que je me suis fait avant de toucher du doigt la réalité du terrain. Donc pas de wifi donc de possibilités de liaisons sur le site avant Puerto Natales dans 4 jours.

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Vendredi 9 novembre 2018 - Le grand bazar de l'embarquement Navimag

Lever de bonne heure ce vendredi matin pour bien ranger les affaires dans les sacoches prévues. C'est toujours la même disposition (arrière gauche vêtements, arrière droit couchage, pharmacie, devant gauche nourriture boissons gamelle, devant droit protection froid et pluie, sous selle outillage, sacoche-guidon argent papier photo, sous guidon réchaud essence).
Maria a préparé un petit déjeuner. Photo du départ par Alfredo le mari de Maria. Rendez-vous pour le 12 décembre au soir. Ciao !
La pluie s'est un peu calmée. Je file vers l'Hôtel Holiday In pour l'enregistrement Navimag la compagnie qui fait le trajet ferry jusqu'à Puerto Natales. Hôtel de luxe avec pas mal de personnel à l'entrée, pour vous renseigner (c'est au 2ème étage donc au 1er chez nous), et vous dire avec un beau sourire que ce n'est pas ouvert ! mais ... que le personnel vient dans une heure. Ouf ! L'enregistrement est juste une formalité pour probablement faire au passager les recommandations d'usage (heure d'embarquement, lieu, rendez-vous aux bureaux de l'embarcadère, sacoches enlevées ...). On me donne un papier attestant que je suis bien passé et que je suis bien sur la liste. Dans le hall d'entrée de l'hôtel, mon vélo a été précieusement gardé par le réceptionnaire de l'hôtel. Des japonais partent avec de grosses valises. Le récepitonniste leur ouvre grands les portes avec un magnifique sourire. Lle chauffeur du minicar s'affaire pour caser tout le bardas nippon.
Je quitte les lieux vers 10h30. Petit tour à la casa de cambio pour changer euros contre pesos argentins. La curiosité est qu'on change d'abord euros en pesos chiliens puis pesos chiliens en pesos argentins. On doit y perdre pas mal mais c'est ainsi. Puis je pars à la recherche de mes quelques vivres de survie. Un jeune fait la quête pour la Croix-Rouge devant un supermercado. J'en profite pour lui confier mon vélo le temps de faire quelques provisions. Il est tellement content qu'il me donne plein de bonbons en remerciement. De mon côté, je lui ai un peu alourdi sa boite métallique ronde qu'il agite d'une poignée saccadée pour bien attirer l'oreille des passants. Classique mais efficace.
Je file sous un petit crachin intermittent sur la route qui conduit à l'embarcadère Navimag (14,5 km selon l'employé Navimag de ce matin). Une cote très sévère m'a surpris à Angelmo avec obligation de démultipler au maximum. Des camions et des voitures sont derrière. Je dois zigzaguer pour faire passer le tout petit plateau, je glisse de la roue avant mais finis par me rattraper d'un sérieux coup de rein. La route devient un peu plus large et le camion finit par passer sa deuxième vitesse. Le haut de la cote est là mais quelle suée subite ! Le Mulet s'est régalé.
A l'embarcadère, l'Evangelistas n'est pas amarré. Les bureaux Navimag sont 500 mètres plus loin. J'apprends que le ferry a eu du retard, qu'il appareillera non pas à 16h mais à 21h, et qu'il arrivera à Puerto Natales lundi non pas à midi mais vers 17h. Donc, plus d'hésitation pour moi. Lundi soir je dors à Puerto Natalès.
L'aire de chargement Navimag est un immense parking où les camions et les voitures se font peser et mesurer. Devant, d'énormes bigbags de plus de 2,5 tonnes attendent alignés. Un employé me dit que c'est de l'alimentation pour les ... saumons, non pas chiliens mais chinois ! Le commerce mondial n'est pas très compatible avec le produire et consommer local !

De l'alimentation pour les saumons ... de Chine !

L'Evangelistas, le ferry Navimag de Puerto Montt à Puerto Natales

Le chargement des deux niveaux du ferry est très long : beaucoup de grandes semi-remorques sont poussées à reculons avec une dextérité de conduite qui force l'admiration. Et ... le Mulet a été conduit à l'arrière quillé tout seul la roue avant plantée dans d'énormes arceaux métalliques. Pas bon ça Mulet ! J'alerte vite le régulateur en chef de l'embarquement qui compatit et fait rentrer le vélo bien à l'abri. Le départ de l'Evangelistas finit par se faire un peu après 21h.

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Samedi 10 novembre 2018 - Magnifique canal Messier
Nuit somme toute tranquille sur le ferry. Je suis allongé dans un lit au creux d'une banquette confortable. Ces banquettes sont alignées de part et d'autre d'un long dédale de couloirs à angle droit. Le matelas assez large, très long, avec un lit de draps et de couverture qui ne sentent pas le refuge de montagne, d'un oreiller tout doux, l'ensemble fermé par un rideau qui isole bien du couloir. Le tout est agrémenté d'une lampe de chevet suffisante. Tout pour bien dormir.

Le jour se lève sur le golfe de Corcovado. Les montagnes volcaniques défilent à l'Est. Le soleil est présent, mangeant peu à peu les nuages blancs accrochés aux flancs des sommets.

La causette finit par se faire avec quelques français et espagnols intrigués par ce bipède déguisé en cycliste. Le Mulet est le seul vélo emporté sur le bateau. Le paysage défile, magnifique et varié : des flancs de montagne tapissés de forêts probablement impénétrables, de la neige sur les hauteurs. Attention cette nuit où le ferry est obligé de joindre l'océan Pacifique. Ca risque secouer un peu.

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Dimanche 11 novembre 2018 - Canal Messier -1000 m

Excellente nuit ! L'océan Pacifique a été de bonne humeur. Quasiment pas de roulis ni de tangage. "Exceptionnel" nous a dit le commandant. Ce matin, on se réveille dans le golfe de Penas, énorme bassin qui sert de transition entre le Pacifique et les fjords. On est entré dans le canal Messier (un français) qui est une fosse pouvant atteindre plus de mille mètres de profondeur bordée par deux chaînons montagneux parsemés d'îles toutes inhabitées.

On louvoie à l'intérieur d'un chevelu de fjords. L'éclairage matinal accentue le relief sous le ciel bleu naissant. Beau temps ! Inespéré ! Le cargo Léonidas enfourché dans une épine rocheuse se présente comme une sculpture mécanique rouillée qui résiste à l'usure du temps. Sa cargaison de sucre aurait constitué une enveloppe d'eau douce qui aurait permis la croissance de quelques arbres dans sa coque. Les feuilles vertes apparaissent tout à côté des déjections de guano maculant les cheminées du bateau rouillé.

Le Captain Leonidas

Une visite de la cabine de pilotage nous informe des instruments principaux qui aident aux manoeuvres : suivi cartographique avec positionnement GPS en continu du ferry, contrôle directionnel par un volant d'une précision à la minute, profondeur en continu avec limite de navigabilité à -10 mètres, vitesse en noeuds (on navigue à 15 noeuds soit environ 25 km/h). Et une surprise : deux téléphones jumelés. L'un avec indication "baleine", l'autre avec indication "dauphin". Est-ce un procédé de communication de l'Office du tourisme ? Aucun cétacé vu pour le moment.

Puerto Eden, un village (le seul du canal Messier) de 250 patagoniens accessible seulement par voie maritime. On largue l'ancre à 800 mètres du bord. Deux petites barques à moteur prennent le ravitaillement pour le village. Une passagère descend ici. Ce serait la dernière implantation indigène. Les habitants vivent de la pêche artisanale. Aucun tourisme.

Puerto Eden

Le ferry est relativement petit (120 m de long pour 25 mètres de large, 5 mètres de tirant d'eau, trois niveaux pour passagers). Il est quasiment plein avec 125 personnes. On fait rapidement connaissance. Pas mal de francophones (français, suisses, belges). Mais, unique, aucun chinois, aucun japonais. La traversée ne doit pas être assez rapide ... Comme souvent, le monde étant très petit, je fais la connaissance de collègues universitaires, de pyrénéens ... et même d'un anglais qui a habité Montory (tout près d'Oloron-Sainte-Marie).

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Lundi 12 novembre 2018 - Puerto Natales, fidèle à la tradition ...
Horizon bouché ce matin, nuages très bas, vaguelettes blanchies par l'écume. Le ferry avance, sûr de lui dans la suite en zigzag du cheminement vers Puerto Natales. Le jour se lève à peine. Dans la cuisine, le personnel du navire s'active pour nous préparer un petit-déjeuner fumant. On supporte la polaire et le reste. La vision semble s'élargir sur les flancs des montagnes. La grosse boule du soleil n'arrive pas encore à percer. De la pluie intermittente, et ... du vent ! On semble payer le très beau temps de navigation d'hier. L'anémomètre m'indique des rafales fréquentes de coups de vent qui empêchent d'avancer. Je mesure 85,7 km/h.

Un petit bateau de pêche nous croise à vive allure comme un hors bord, dans l'autre sens du vent, celui qui pousse dans le dos. Le ciel semble pourtant augmenter de volume.

Les hauts des montagnes bordant le fjord apparaissent, mais se recouvrent tout aussi vite. La neige est fixée sur les fausses tours du Paine dont le tiers inférieur est visible du ferry.
La navigation se fait dans le brouillard, la pluie, les rafales de vent entre de multiples îles. Le bateau se faufile bien. Dans une étroiture, des parois jaunâtres un peu surplombantes. Trois condors s'envolent !

Ce sont les seuls rapaces que nous aurons vus. L'arrivée à Puerto Natales se fait à 14h30 dans un embouteillage de vents contraires et tourbillonnants. Le ferry a attendu deux bonnes heures avant de pouvoir accoster. Il faisait des ronds dans l'eau.

Puerto Natales

Une fois amarré, le ferry a d'abord libéré tout le premier niveau de chargement de véhicules avant de faire basculer la rampe pivotante du deuxième niveau. Ns bagages sont descendus avec une nacelle. Une bonne heure d'attente. On est enfin libéré vers 17h30. Bilan : excellent voyage avec Navimag, une qualité de service digne des croisières les plus chères. Seul bémol : la rusticité des pratiques de chargement/déchargement des bagages des passagers.
Ostal Estrellita del Sur est l'auberge que j'avais repérée au cas où ... Car je pensais qu'on arriverait à midi et donc engager le Mulet sur la route de Cerro Castillo. Madame Véronique me propose un lit dans un dortoir partagé. Je fais encore quelques courses pour anticiper mes risques de famine pour les 3-4 jours qui vont suivre. Un bon restaurant et le bonhomme est rassuré. Le temps a l'air encore de tenir sans pluie et sans vent ce soir.
Pas de réseau wifi jusqu'à El Calafate soit d'ici 3 à 4 jours.

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Mardi 13 novembre 2018 - un peu de vélo béquille ... Tapi Aike
Estrellito del Sur c'est pas mal pas cher mais beaucoup de monde avec 3 personnes par chambres. Dortoir partagé ! Réveil à 5h30 ce matin pour un petit déjeuner rapide. Puis une photo du cycliste en situation par la tenancière ravie de voir un français. Puerto Natales est encore endormie quand j'enfile le dédale des rues à angle droit. Pas de souci pour prendre les sens interdits. La route est pavée d'énorme carrés de béton. C'est assez roulant avec tout de même quelques bosses.

Massif du Paine

65 km après, Cerro Castillo est un hameau carrefour pour aller aux Torres del Paine et pour rallier l'Argentine à 7 km de là. J'ai eu un petit creux : je commande deux oeufs brouillés qui me requinquent. Sympa sauf le prix : l'équivalent de 5,50 euros. Je dis au patron que c'est trop cher. Il me fait 20% ...

Difficulté à la police. Je n'ai pas le papier attestant du passage à l'immigration. Il a dû rester à Puerto Montt. Il faut le refaire à ... Puerto Natalès ! Je fais le désespéré, m'excuse et ... le tampon de sortie est mis ! Ouf ... La route pavée s'arrête à la frontière. Après c'est le ripio. Le tampon argentin est rapidement apposé sur le passeport. Je file espérant gagner Tapi Aike. Je ferai ainsi deux étapes prévues en une. Le ripio est désormais le seul chemin possible. Le Mulet a l'air assez content. Je pique une bonne suée quand même avec petite vitesse tout à gauche pendant quelques kilomètres. C'est la ... pampa comme on peut se l'imaginer. Rien seulement quelques rares brebis dont le pelage se confond avec l'herbe, quelques taureaux bien montés, trois nandous qui s'échappent vite dès que je veux les prendre en photo, un lièvre énorme qui détalle comme s'il avait eu la peur de sa vie, quelques volatiles qui s'apparentent à des oies mais dont le pelage dénote une espèce très différente de nos oies. Et puis un animal curieux apparaît sur la route que je n'avais jamais vu et qui s'est avancé vers moi. Il avait la corpulence d'une marmotte, avec un pelage superbe noir et blanc.

Zorrito

C'est un "Zorrino" d'après Damien, l'ouvrier en poste à l'Equipement de Tapi Aike qui m'accueille et me propose gratis un matelas dans une caravane de chantier, et une douche chaude.
Deux cyclistes français en couple arrivent, deux jeunes partis pour 6 mois de Ushuaia et qui veulent atteindre Cuzco au Pérou.
Bonne étape aujourd'hui. Je suis arrivé à Tapi Aike sans trop de vent contraire. Mais j'ai quand même fait un peu de vélo béquille - un terme qui m'est venu dans la tête en pédalant appuyé sur le vent de côté et qui me tenait penché à gauche tout en allant à peu près droit.
Demain pas sûr que ce soit les mêmes conditions ... Donc normalement pas de wifi avant El Calafate.

Puerto Natales - Tapi Aike 112 km +814 m -913 m 6h30-16h30

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Mercredi 14 novembre 2018 - Un ripio très en relief ... El Cerrito

(J'écris sous ma tente un peu préservé du vent violent)
Dormir dans un conteneur de chantier au milieu des poules, du chat, du coq qui pousse la chansonnette plus tôt que prévu, n'est pas si terrible que ça !

Damien m'ouvre la porte de sa maison. Il a déjà mis l'eau à chauffer. Le café est vite prêt. Riz au lait, banane, empanada, et je quitte les lieux de Tapi Aike. Le vent est presque inexistant. Profitons-en ! Le ripio est très bien compacté, un peu trop même.

Les cailloux qui pointent font très mal aux pneus. Il faut viser les plus ronds et louvoyer au plus facile. La vision sur le massif du Paine à ma gauche m'accompagnera durant trois bonnes heures, des heures de cahots, de sursauts, de dérapages plus ou moins voulus. La piste est roulante mais sans cesse piégeuse car ça ... secoue dur ! On a intérêt à avoir un vélo solide. Un vent latéral mais dominant du sud-ouest allège les poussées lors des cotes et fait oublier les plats. Ca souffle fort. L'anémomètre indique des rafales à plus de 50 km/h. Cela dure une bonne quarantaine de km. Pas mal de fois j'ai eu le zef de trois quarts dans le nez. Alors, on devient forçat de la route.

Une seule maison fermée sur 70 km, quelques brebis qui semblent égarées dans des prairies sans limites, une petite troupe de guanacos, ... pas un seul arbre, pas un seul abri, pas un point d'eau. La pampa est un désert vert.
Les 20 derniers kilomètres paraissent sans fin. C'est droit, tout droit, toujours tout droit. Un gentil guanaco m'a accompagné durant plus de trois kilomètres : il courait 200 mètres puis s'arrêtait, me regardait, attendait que je sois à sa hauteur, re-courait, s'arrêtait, me regardait ... Au bout d'une dizaine de fois, le guanaco a fini par traverser la piste.

Guanacos

Une vision à l'horizon : un camion traverse le paysage de droite à gauche. C'est le carrefour attendu avec la route pavée qui joint La Esperanza à El Calafate. C'est le lieu-dit El Cerrito où se trouve une autre bâtisse des services de l'Equipement. Mais c'est la seule. Je suis autorisé à mettre la tente un peu à l'abri du vent qui souffle ... de plus en plus fort.

J'arrive à midi pile. Je voulais continuer un peu vers El Calafate mais le vent souffle juste en plein dans l'axe de la route et ... dans le mauvais sens. Je vais donc attendre demain matin en espérant que ça se calmera un peu.
Tout l'après-midi, le vent a soufflé de l'ouest. L'anémomètre indique régulièrement une quarantaine de kilomètres par heure.
Tapi Aike - El Cerrito 71 km +497 m -306 m 7h15-12h

PS : Accueil déplorable de l'employé pensionnaire de la maison de l'Equipement où je suis. Alors que la maison fait plus de 300 m2 avec une énorme salle à manger et cuisine, il a jeté dehors le couple de jeunes cyclistes français qui sont ensuite partis faire du stop pour El Calafate. Alors qu'il fait un vent violent permanent, j'ai pu mettre ma tente à côté de la niche du chien. L'employé, chaque fois qu'il entre et sort de la maison ferme à clefs. Aucune proposition de sa part pour ne serait-ce que donner un peu d'eau chaude. Comme quoi, le même jour, je rencontre Damien généreux et accueillant, et je rencontre un bizarre bipède.

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Jeudi 15 novembre 2018 - Fureur du vent ... EL Calafate
Nuit très tourmentée dans ma tente contre la niche du chien de l'employé de l'Equipement. Le vent est toujours en furie. Même protégée par les murs, la toile de tente claque dans tous les sens. Des chenilles viennent se réfugier. Attention où l'on marche ! Le repas du soir est écourté car le réchaud à essence est trop léger pour rester stable face aux rafales de vent qui emportent réchaud et gamelle ! La boite de thon fera l'affaire.

5 heures du matin, les premières lueurs de l'aurore arrivent. Mais, surtout, le vent est inexistant. Vite, il faut ranger, rouler et compresser le duvet, s'habiller en cycliste pour le grand froid, remettre de l'ordre dans les sacoches qui ont servi d'arrimage à la tente posée sur le ciment. Adios, bonhomme mal élevé qui n'a pas compris que l'accueil était une vertu cardinale dans ces lieux où il n'y a rien mais rien de rien.
L'aurore est superbe mais qu'est ce qu'il fait froid ! Je mets sur moi tout ce que j'ai avec la cagoule, les gants, les moufles, la polaire, l'anorak. Et je commence à pédaler sans ... le vent ! Miracle ! ... Pas très longtemps ! Je n'ai pas fait cinq cents mètres que la soufflerie se met en branle. Je vais l'avoir en permanence de 5h30 du matin à 12h. Mais pas par derrière, non, d'abord de trois quart gauche puis plein pot de face. Ce sera la journée galère du forçat de la route ! Pas très agréable dans ces conditions de pédaler d'autant que le paysage est toujours la pampa argentine.

Le trafic sur la route asphaltée est quasi nul jusque vers 9h. Mais il y a beaucoup plus de véhicules venant de l'Ouest donc de direction opposée. Quelques pick up venant de l'Est me croisent sans même un regard vers le cycliste blafard qui pousse son engin avec beaucoup d'énergie pour non pas lutter contre le vent qui est en pleine forme, mais pour essayer de ne pas dépasser une dépense énergétique supérieure à 75% de ses possibilités.
37 km passent. Et là, une cuesta est signalée. Après, c'est la descente ! On va se régaler ! ... sauf qu'il faut toujours appuyer sur les pédales, mettre les petites vitesses pour avancer ! Et là, en descente, les conditions deviennent dantesques. Non seulement il faut pédaler pour avancer en descendant, mais le vent met un malin plaisir à vous regarder droit dans les yeux et à vous faire trembler de peur. Les manches de l'anorak claquent comme un drapeau dans le vent, le guidon va de droite à gauche comme une boussole qui a perdu le Nord, le cycliste commence à perdre l'équilibre. Rien ne va plus. Un coup de frein rapide stoppe le Mulet.

Pause lucidité : j'ai fait 55 km depuis 5h15 ce matin. Il est environ midi. Il reste encore 45 kilomètres pour atteindre El Calafate mais avec le vent qui forcit et les rafales en plein nez, la dépense énergétique du bipède qui appuie sur les pédales compte tenu que cela fait deux jours que ledit bipède mange en survie, ne saurait faire oublier au cerveau que la balade n'est pas finie, que le périple doit durer encore près d'un bon mois. Aussi, décision est prise de continuer à pédaler mais en levant le bras dès lors qu'un véhicule me double. Très vite, au premier signe, un camionneur s'arrête. Le vélo est chargé à l'arrière d'une énorme remorque. Le conducteur est ravie de rendre service. Le tracteur Renault est un excellent véhicule selon lui. Pour donner une idée de la puissance du vent alors que la route est presque plate, la consommation instantanée est de 52 litres pour 100 km alors que sans vent, me dit le conducteur, elle est de 32 litres.
Arrivée à El Calafate, direction l'hôtel "El Calafate" où j'ai décidé de passer deux nuits pour, demain, récupérer de cette journée terrible.
El Cerrito-El Calafate 55 km en vélo, 40 km en camion +729 m -1123 m 5h15 - 13h

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Vendredi 16 novembre 2018 - El Calafate, regards croisés
Pour les touristes, la ville de El Calafate est quasiment idéale. Aéroport avec accès international via Buenos Aires, sites mondialement réputés moyennant quelques petites heures de bus tout confort : glacier Perito Moreno qui, chaque jour, relargue des bribes de son glacier qui, à la différence de la plupart, augmente de volume ; massif des Torres del Paine au Chili à trois quatre heures de bus, massif du Fitz Roy avec ses sommets uniques au monde et son climat très capricieux, les glaciers continentaux immenses et peu fréquentés. La ville d'El Calafate a un choix d'auberges, d'hôtels, de restaurants qui peut satisfaire les clientèles les plus diversement fortunées. Tout est fait pour le touriste. Sans compter sa situation très abritée des terribles vents patagoniens en bordure du lac Argentino à la couleur vert émeraude étincelante. Paysage de carte postale ... Le touriste est bien.
Mais, quand on essaie de parler avec des habitants des lieux, la réalité est tout autre. Certes, on reconnait le caractère exceptionnel de la géographie locale : la Nature reste la principale attraction. Les gens arrivent à El Calafate sac au dos, valises roulantes, motos aux sacoches bien gonflées, sacs énormes de voyage. Les cars et les petits bus se suivent quasiment à la queue leu leu pour cueillir les touristes à leur hôtel, à leur auberge, à leur lieu de villégiature, pour les mener aux sites habituels classiques et merveilleux à la fois. Mais, en dehors de ce regard du confort touristique, la réalité quotidienne pour les habitants permanents n'est pas si iddylique. Une constante : les travailleurs de El Calafate sont venus là pour le travail. Enorme avantage peut-être du fait de la manne touristique mais pas très satisfaisant pour vivre là à l'année. Ces travailleurs d'El Calafate sont pour beaucoup étrangers (non argentins de naissance et/ou de culture).

Je suis frappé d'avoir entendu aujourd'hui deux témoignages qui vont dans le même sens. La tenancière de l'hôtel "El Calafate" remarquablement organisé, qui est polonaise et qui espère pouvoir retourner très rapidement dans son pays car ici à El Calafate quand on aime le cinéma, il n'y a pas de cinéma, quand on veut avoir des divertissements culturels, il n'y a que la Nature, quand on aime faire du vélo, il y a ce vent épouvantable qui inhibe toute envie de pédaler pour se promener. Il y a encore ce restaurant tenu par des chinois, de facture culinaire remarquable par la fraicheur des produits proposés, par la qualité gustative de ses viandes. Et pourtant, là encore, le chinois tenancier avoue que la Chine lui manque, même après vingt cinq ans de vie en Argentine : la cuisine n'est pas la même, la culture n'est pas la même. Seul le travail les maintient encore là à El Calafate.

Et pourtant, le touriste est très bien à El Calafate. Cité quasi idéale pour lui : confort, attractivité de sites prestigieux d'accès aisés, coût de la vie quotidienne abordable. Paradoxes de ces regards croisés ...

Samedi 17 novembre 2018 - Tranquilo sauf la fin ! ... La Leona
Soucieux du temps et surtout du vent, ma nuit fut entrecoupée de regards à la fenêtre. Ce matin malgré les annonces météo d'averses, il fait beau et il fera toujours beau tout le long du trajet jusqu'à La Leona. Mais en Patagonie le beau temps sur les photos ne veut pas dire pas de vent. Bon, ce matin en partant de l'hôtel El Calafate (à recommander), les sacoches sont pleines (trop) avec de la survie pour plusieurs jours. Joindre El Chalten est très évident - il n'y a qu'une route - mais très incertain pour le cycliste du fait d'Eole qui est imprévisible. Je caracole dans la ville encore tout endormie, monte aux trois ronds-points pour prendre l'unique route desservant l'aéroport et le reste de l'Argentine. Très peu de circulation, je roule avec bonheur. Comme c'est facile quand Eole est encore endormi ! 35 km pour arriver au carrefour de la Route 40 qui mène à La Leona puis à El Chalten après. Les bus petits et grands pointent le nez avec la cargaison de touristes pour voir le massif du Fitz Roy, ce sommet magnifique que Lionnel Terray avait grimpé pour la première fois en 1952.

Après ce carrefour, la route sinue plein Nord. Le paysage reste bien sûr la pampa mais avec de très belles fenêtres sur le lac Argentino et la chaine andine enneigée à l'Ouest.

Haut de El Calafate

Lago Argentino

Lago Argentino

Fitz Roy

Tout est clôturé partout avec des barbelés soigneusement cloués sur des piquets tous les mètres. Mais quasiment aucun bétail. Quelques rares chevaux, des vaches avec leurs veaux, quelques moutons. Et, vision surprenante, un gros animal de pelage beige emprisonné sur une clôture de fils de fer barbelés. Je m'approche pour essayer de le libérer. C'est un Guanaco qui, malheureusement pour lui, s'est fait cisailler l'arrière-train en essayant de sauter la clôture.Tout le corps est entier sauf la tête dont il ne reste que les os. Un peu plus loin, un autre guanaco mort le ventre ouvert. Le Puma a cette habitude de ne dévorer que l'estomac.
Les kilomètres défilent sans problème aucun jusqu'au 80ème. Et c'est alors que Monsieur le vent a souhaité encore souffler fort en travers, de face, dans tous les sens. Me voilà encore à faire du vélo béquille et du 5 km/h pour contrer le vent de face. J'ai décidé d'aller jusqu'à la Leona, tétu comme une mule, quoi qu'il vente. Les 30 kms restants ont été faits cahin caha en essayant d'optimiser l'énergie dépensée : pas d'à coups, enrouler les mouvements, faire le dos rond, éviter les cisaillements de guidon ... Je me rends compte que les trois repas mangés à El Calafate où je me suis goinfré de très gros morceaux de viande, ont été très efficaces pour me redonner la pèche.
La Leona est en réalité un hôtel de campagne, classé historique aujourd'hui en Argentine. C'est un relais étape pour les cars qui vont à El Chalten. Il y a quelques chambres et un camping. J'ai pu avoir une chambre tout confort. Idéal pour bien récupérer pour demain. Car demain l'étape peut être la plus problématique de ce que j'ai fait. Sans vent, pas de difficulté hormis le kilométrage. Mais avec le vent dans le nez (la route est principalement orientée Ouest) ce sera quasiment impossible (120 km dont 95 avec le vent violent de face). Je verrai bien ...


6h30 - 15h 111 km +717 m -618 m El Calafate - La Leona

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Dimanche 18 novembre 2018 - Insupportables rafales de vent ... El Chalten

La Leona, un parador qui est cet hôtel de campagne classé, c'est isolé dans la pampa argentine à cent kilomètres à la ronde, mais c'est très confortable. J'ai eu droit à un petit déjeuner spécial puisque partant à 5h30. Toute la nuit, les tôles de la toiture ont grincé. Les rafales de vent ont persisté toute la nuit. Ce matin, le drapeau argentin pité à dix mètres claque. J'harnache le Mulet qui a maintenant plus de 4 jours de vivres. Le départ se fait sur du ripio très pentu mais on est vite sur le goudron. 25 km pour atteindre la bifurcation vers El Chalten puis 95 km de ligne droite Ouest pour atteindre le Chamonix de la Patagonie, El Chalten.

Le vent forcit avec le lever du jour, puis devient vite insupportable dès lors qu'on prend la direction Ouest. C'est alors tout un travail intérieur pour la pensée qui refuse de voir les coups de boutoir reçus par le vent, mais qui régule l'énergie à mettre dans les coups de pédale avec l'aide précieuse des changements de vitesse et de plateaux. Optimiser la dépense énergétique donc faciliter le pédalage malgré l'ennemi extérieur qui vous oblige à vous adapter.
Cela dure ... 80 kilomètres.

Massif du Fitz Roy

Fitz Roy

Massif du Fitz Roy

On n'apprécie plus le paysage du beau lac Viedma lui aussi vert émeraude. On roule tellement lentement (entre 5 et 10 km/h maxi) qu'on mémorise pas mal de petits détails qui intriguent parfois. D'abord l'énorme quantité de criquets (ou sauterelles) qui se font trucider sur la chaussée, ensuite la curieuse même direction empruntée par les chenilles (les mêmes que celles que j'avais vues à El Cerrito) pour traverser la route : toutes prennent la direction Sud-Ouest. Elles sont isolées pas en file indienne. Parti à 5h30 je n'ai fait que 80 kilomètres à 13 h. Les rafales m'ont parfois totalement déporté de la chaussée. A plusieurs reprises, j'ai été éjectée sur le bas-côté droit avec même une fois un déport total du vélo (sur lequel j'étais) de 40 cm comme si on avait poussé avec une facilité déconcertante vélo et bonhomme !
Des véhicules passent tout en respectant le cycliste qui essaie de rester sur la partie droite de la chaussée. Un 4x4 aménagé avec une cellule de couchage à l'arrière s'est arrêté sur le bas-côté droit. Un couple de jeunes français de la Drome prend une photo du Fitz Roy qui se trouve à 50 km. Le bipède français cycliste les intrigue. ls sont partis pour un an de congé sabbatique. Ils me proposent de me porter à El Chalten ! J'avoue que j'ai été très content de la proposition car, à l'évidence, gagner El Chalten avec les conditions de vent qui persistaient devenaient quasiment impossible.
Les sommets sont exceptionnellement enneigés avec des corniches énormes. A croire que c'est de la neige tombée très récemment ! El Chalten grouille de marcheurs, sacs au dos, batons au pas cadencé. Le site est exceptionnel c'est vrai mais la petite cité d'El Chalten est un agglomérat de constructions plus ou moins finies, sans aucune conception urbaine d'ensemble. Les hôtels sont quasiment tous plein. J'ai beaucoup de difficultés à me loger, mais j'ai fini par une excellente adresse au confort irréprochable : le Puma. Après cette journée éprouvante, la récupération sera ainsi assurée. Un malin a cru très intelligent de me dégonfler le pneu arrière quand je m'enquêtais d'une disponibilité hôtelière. Je pensais que c'était crevé, donc j'ai changé la chambre à air après avoir dû enlever sacoches, tente, matelas. Pas sympa le mec qui m'a dégonflé le pneu ...

5h30 - 15h 120 km dont 80 km en vélo et 40 km en voiture, +599 m -506 m La Leona - El Chalten

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Lundi 19 novembre 2018 - El Chalten sous la pluie c'est comme Chamonix sous la pluie
Pas terrible !Tout est bouché, l'horizon se limite aux maisons proches. On a un peu l'impression d'une ville far-west où tout le monde peut faire ce qu'il veut comme il veut, et cela sans aucune régulation collective ni schéma cohérent d'infrastructures. El Chalten serait le parfait contre-exemple pour des étudiants en aménagement du territoire.
A travers les vitres de la fenêtre, on voit passer des sortes de somnambules marchant vite pour raccourcir le temps à passer sous les gouttes. Engoncés dans des doudounes, le capuchon ou le bonnet qui laisse à peine dépasser le nez, un énorme sac à dos avec les chaussures de montagne qui pendouillent de chaque côté du sac, le duvet roulé sous le sac, la tente accrochée tout en haut de cet assemblage qui brinquebale au rythme des pas, et un petit sac à dos ventral. Beaucoup dévorent en marchant un énorme sandwich, et tiennent dans l'autre main une grande bouteille d'eau. Tout ce petit monde se dirige vers la gare routière dont la salle d'attente, trop petite, sert de refuge. Sans doute en ont-ils marre des conditions météorologiques d'El Chalten !
J'espérais pouvoir photographier les énormes corniches de neige que j'ai vues hier en arrivant ! Que nenni ! La montagne est restée cachée toute la journée.
Demain, les prévisions météo sont encore plus mauvaises avec même une possible neige annoncée. Je vais donc filer vers le Chili par une succession de vélo, bateau, camping, vélo cross (passage obligé de 7 km de sentier montant en forêt) piste, bateau, piste pour atteindre Villa O'Higgins. Cela en deux jours si tout va bien c'est-à-dire si je suis à l'heure pour le bateau de 16 h demain mardi, et si la navigation est possible (tributaire de la hauteur des vagues). J'ai donc pris les billets pour les deux bateaux de mardi soir et de mercredi soir à El Chalten, voulant partir de ce piège doré (car je suis très bien logé) d'El Chalten. En fait, dans ces lieux, c'est bien le beau temps qui reste exceptionnel ...

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Mardi 20 novembre 2018 - Objectif atteint mais ... des cataractes

De nombreuses coupures de courant à El Chalten durant la nuit. C'est El Viento qui fait des siennes. Je n'ai pas beaucoup dormi car les deux jours qui arrivent sont une succession d'épisodes qui se complètent, qui sont très différents, et que je dois absolument accomplir. Le petit déjeuner est rapidement ingurgité.

A 7 h, le poncho enfilé, les sur-chaussures pour la pluie collées aux pieds, polaire, anorak, cagoule, gants, moufles mis, le Mulet chargé à mort met les sabots dans l'eau. Le départ est rude. Il ne faut pas se tromper de chemin : direction le Lago del Desierto à 38 km. Pas beaucoup de distance certes mais des conditions de pire en pire. Aux grands classiques de la Patagonie : pluie avec bourrasques, vent tourbillonnant et rafales déstabilisantes. s'ajoute aujourd'hui de la neige tombée cette nuit mais heureusement pas sur la piste que je prends, très caillouteuse et pas mal dégradée par les 4x4 et les bus qui conduisent les touristes au ... désert. J'ai calculé que je devrais être à l'heure pour prendre le bateau qui me fera traverser le Lago del Desierto sous réserve d'aucun ennui mécanique ou de crevaison. Avec le vent dans le nez (aujourd'hui la météo a prédit une vent venant du Nord donc je le reçois en pleine figure), j'ai calculé 8 heures pour les 38 km ce qui me ferait arriver à 15 h pour le bateau à 16h30. En réalité, je suis arrivé à 11 h malgré la piste très cassante pour le vélo. L'explication est assez simple : la grande majorité des passages se situaient en forêt avec des courbes multiples. Là, le vent était considérablement diminué alors que dans les passages très ouverts je recevais tout en pleine poire. Je suis donc arrivé tôt mais trempé !

La gendarmerie a un avant-toit sous lequel j'ai pu m'abriter un peu. Au bout de deux heures à faire le planton, les gendarmes m'ont fait entrer pour me réchauffer. Vient l'heure du casse-croûte gendarmesque. J'ai été invité à partager leur repas : sympas les gendarmes argentins (ceux-là au moins) : une assiette de pâtes mélangées à de la viande et un petit coup de vin rouge. Du coup, je leur ai fait du café avec les dosettes Carte Noire que je m'emporte toujours.

Le temps passe. Quelques petits groupes encapuchonnés partent avec un guide faire un tour en bateau (il tombe toujours des seaux d'eau). Vient l'heure de mon bateau. J'étais vraiment tout seul avec le pilote et l'employé de service (pour l'accostage, le positionnement des passagers, la sécurité, le nettoyage.) Le catamaran file sur les vagues, très stable. On n'y voit Rien ! Tout est bouché. Les cataractes continuent de tomber.

Lago del Desierto

Accostage à la pointe Nord du Lago del Desierto. La police des frontières argentine est là. En Argentine, ce sont les gendarmes qui assurent aussi la douane du moins là. Je réussi à fair tamponner la sortie d'Argentine avec la date de demain parce que j'ai dit que je partais à 6 h. Et j'ai demandé si je pouvais me mettre sous un abri vu le ciel qui était entrain de nous tomber sur la tête. Après un refus catégorique, je dis au commandant que j'avais déjeuné avec Juan, le commandant de la gendarmerie de la pointe Sud du Lago del Desierto. Résultat : je suis dans une cabane en bois mais avec un toit étanche. Mon matelas et le duvet sont allongés à mes pieds sous le linge des gendarmes qui essaie de sécher.

Demain étape cross au réveil avec 7 km de sentier de montagne à grimper avec mon vélo puis 15 km de piste normalement roulante pour prendre un autre bateau à 17 h (3 heures de navigation) puis une piste de 7 km pour joindre mon havre du jour Villa O'Higgins.

El Chalten - Lago Desierto : 37 km (7h - 11h) ; Lago Desierto Pointe Sud - Lago Desierto Pointe Nord : bateau (17h - 17h30)

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Mercredi 21 novembre 2018 - Programme chargé mais tenu ... Villa O'Higgins

(J'écris à Candelario Mancilla. Il est 14h. J'attends le bateau qui doit me conduire après trois heures de traversée à Villa O'Higgins au terme de ces deux jours assez exceptionnels depuis El Chalten).

Dans la cabane en bois de la gendarmerie argentine, j'ai dormi comme un loir au point que je n'ai pas entendu la sonnerie du réveil. Je voulais partir à 6 h ! J'ai ouvert les yeux à 6h15. Rapide petit-déjeuner : yaourt, fruit, amandes au miel, eau. J'ai une journée assez exceptionnelle physiquement. Le sentier dans la forêt est très pentu durant 7 km. La pluie a cessé mais les abats d'eau de ces derniers jours ont transformé le sentier avec passages de ruisselets sur branches et troncs d'arbre (très fréquents), avec des acrobaties sur torrent et sur marécages. Inutile de dire qu'on peut péter les plombs facilement dans ces conditions avec la nécessité de transbahuter un vélo de 50 kg.

Mon objectif est ce matin d'arriver à l'heure pour le bateau (17 h). Le ciel s'est pas mal dégagé dans la nuit. Mais frayeur lorsque j'ai ouvert la porte de la cabane : la neige est tombée très bas au point que je me demande si je vais pouvoir franchir le col transfrontalier ! Je n'ai eu que de l'eau, pas de neige.

Mais l'horizon est resté bouché, alors que l'on voit habituellement avec le ciel dégagé le magnifique Fitz Roy. Je n'ai pu saisir en photos que quelques sommets proches saupoudrés de neige.

Je me suis préparé mentalement à ce passage de 7 km. Interdit donc d'exploser car, en plus, il n'y a pas un bipède alentour. Les quelque 50 kg du vélo suscitent pas mal d'efforts de poussée et de levage. Souvent, le sentier passe sur d'énormes racines qui constituent autant de marches à franchir, quand ce ne sont pas des troncs d'arbres tombés qu'il faut enjamber. La concentration et le dosage de l'effort quand on ne peut faire appel qu'à soi, sont impératifs. Pour les deux tiers des 7 km de grimpette, je fais trois aller-retour par tronçons de 200 m à 500 m : les deux sacoches avant, puis les deux sacoches arrière, puis le vélo. Ceci pour les portions les plus pentues ou les plus délicates à franchir (troncs sur torrent, canaules trop étroites pour passer vélo avec sacoches).

Je n'ose pas regarder ma montre. Je suis tout concentré sur cette fichue montée que je dois impérativement gravir. La pente finit par s'atténuer mais le sol est maintenant gorgé d'eau. Le sentier a disparu. Tout est marécageux. Impossible de passer en une fois avec vélo et sacoches. Il faut un peu ruser en plaçant les vieux morceaux de branches et de troncs trouvés sur place pour éviter un maximum de mettre les pieds dans l'eau.

Je n'ai plus grand chose de sec. J'ai tout de même réussi à ne pas trop mouiller mes seules petites chaussures Millet. Je crois en avoir terminé avec ce fichu sentier ! ... Que c'est long 7 km dans de telles conditions. Mais il ne pleut pas et il n'y a pas un souffle de vent : merci le Ciel. La forêt se fait plus clairsemée, un éclat de soleil, et bientôt les panneaux frontaliers.

Et ... côté Chili, une piste, une vraie, large avec certes plein de gros cailloux et de trous énormes mais au moins je peux monter sur la selle et pédaler ! Ma montre indique 11h. Finalement, j'ai mis moins de temps que j'avais estimé. Il me reste une quinzaine de km pour atteindre Candelario Mancilla, la police et la douane chilienne. La descente de cette piste est très cahotique avec de sévères rampes à monter. Je croise trois couples anglais et français qui font le trajet inverse du mien. Au troisième km après Candelario Mancilla, ils s'arrêtent tous les 10 m ou poussent le vélo.

La police des frontières chilienne est très tatillonne. Pas de difficulté pour mettre le tampon d'entrée au Chili. Mais cette police des frontières est très regardante pour les fruits, les légumes, la viande. Alors qu'il me restait une pauvre pomme, j'ai eu droit à une fouille complète de mes sacoches. Un peu énervé par cet excès de zèle, j'ai balancé la pomme dans la poubelle. Et j'ai eu droit à une leçon bien apprise sur les interdictions de produits à entrer au Chili : armes, alcools, légumes, fruits, charcuterie, drogue ... Au bout d'un moment voyant qu'il fouillait jusqu'au fond des sacoches, je lui ai dit qu'il ne trouverait pas de drogue. Du coup, il s'est arrêté et ... m'a souhaité ... la bienvenue au Chili. Attitudes et comportements très différents entre la PAF argentine et la PAF chilienne !

J'écris sur le ponton d'embarquement de Candelario Mancilla. L'eau devant moi est verte avec des teintes plus sombres au passage des nuages. La neige tombée cette nuit fond peu à peu. Le rythme du clapotis commence à bercer le cycliste qui attend le bateau de 17 h.

Oies de Patagonie

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

(Je complète depuis Villa O'Higgins)
Le bateau "Robinson Crusoe" est pile à l'heure. Il revient d'une virée aux glaciers continentaux. Embarquement du Mulet à la force des poignées après une descente d'escaliers sur le ponton. Le moteur se met en route.

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

Ca y est, je vais pouvoir atteindre Villa O'Higgins ce soir. C'était prévu mais presque inespéré. Après trois heures de navigation sur le lago O'Higgins, l'accostage se fait un peu laborieusement. Je dois remonter quatre jeux d'escaliers avec le vélo et prendre une piste en montagnes russes de 7 km pour atteindre le village. Je finis par trouver l'auberge El Mosco où je prends une chambre confortable pour deux nuits. Il est 21 h. Journée remarquable pour moi, bien remplie.

Pointe Nord Lago del Desierto - frontière Argentine Chili : 7 km vélo cross (6h30 - 11h) ; Frontière Argentine-Chili - Candelario Mancilla : 20 km (11h-13h) ; Bateau Candelario Mancilla - Puerto Bahamondes (17h-20h) ; Puerto Bahamondes - Villa O'Higgins : 7 km (20h-21h)

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Jeudi 22 novembre 2018 - Le cocon El Mosco ... Villa O'Higgins

Journée récupération. Un très bon lit (merci El Mosco, l'auberge classique des cyclotouristes), une nourriture abondante et qui cale bien, de la boisson multiple ... Ce matin j'ai flâné et ... j'ai trouvé une carte Chip (Sim) pour le tout nouveau téléphone acheté à Santiago ayant oublié le mien dans la voiture à Toulouse. Alors qu'à El Chalten, pas de connexion possible en raison du téléphone qui n'avait pas quatre bandes, ici pas de problème. On met 4000 pesos (en gros 5 euros) et ça marche pour SMS, téléphone, internet durant 15 jours, renouvelable.
Villa O'Higgins est un village un peu far-west avec des bâtisseurs de la débrouille qui utilisent beaucoup le bois non dégrossi pour réaliser charpente, menuiseries, murs. On trouve tous les goûts avec une impression de vrac où tout semble possible. Une piscine d'une centaine de mètres barre une des rues principales, l'eau tombée ces derniers jours ne parvenant pas à s'évacuer. Le centre-bourg est pavé. Une plaza de armas est monumentalisée par des galeries aériennes couvertes en bois et disposées en étoile. Une petite église est accolée elle aussi tout en bois (on dirait "bardeaux de bois" ou "tavaillons" en France) avec un autel fait en bois massif. C'est un village du bout du monde.

C'est la fin de la classique Carretera austral qui relie Puerto Montt à Villa O'Higgins. Après,, au Sud, c'est le grand lac O'Higgins qui, en bateau, permet d'explorer les glaciers continentaux et d'accoster à Candelario Mancilla puis de gagner la frontière argentine par la piste que j'ai empruntée hier.
Beaucoup d'auberges, hostel, cabanas s'y trouvent du fait de l'attractivité que constituent cette carretera austral et les glaciers continentaux. Mais c'est loin de l'attractivité d'El Chalten et de El Calafate. Les habitants sont très accueillants. Ainsi une épicière a passé au moins trois quarts d'heure pour rendre la carte chip de téléphone opérationnelle. Lorsqu'un commerçant n'a pas ce que vous lui demandez, il vous indique chez qui vous pouvez trouver ce produit. On ne sent pas de concurrence mais plutôt une entraide mutuelle. Beaucoup de bricolage quand même associé aussi à une certaine inventivité peut-être artistique diraient certains. Néanmoins, tout ne marche pas toujours. Ainsi, le compresseur de gonflage des pneus de l'unique station service est en panne sans que l'employé n'indique ni ne cherche à réaliser une réparation ...
Beaucoup de cyclotouristes français et québécois à El Mosco, dont Dominique que Patrick m'avait indiqué sur ce site comme un cycliste que je devrais rencontrer sur mon chemin. Les "cyclos" se connaissent d'abord et surtout par les relations écrites de Voyage forum ou de sites particuliers sur des voyages faits à vélo.
Demain, départ assez tôt pour espérer atteindre Rio Bravo ou mieux Puerto Yungay après la traversée en ferry entre les deux lieux-dits à 19 h. La tenancière m'a assuré qu'elle me préparerait le petit-déjeuner pour 6h30. Rien donc de bien exceptionnel aujourd'hui sinon un peu de répit, de repos, de récupération, de respiration. Le tout dans une ambiance calme et détendue. Au fait ... bourrasques de pluie bien sûr. Demain, il faudra encore s'équiper en zombi de la tête au pieds pour jouer la grenouille ...

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Vendredi 23 novembre 2018 - Le Mulet n'a plus que 3 vitesses (sur 27) ... Puerto Yungay

Ce matin à 6h30, mon petit-déjeuner était prêt, le feu allumé dans le poêle. El Mosco est très bien tenu. Dehors c'est moins gratifiant. Départ avec poncho et le reste pour supporter la pluie. En revanche, le vent n'a plus du tout la même force qu'en Argentine. Je file en direction de Rio Bravo pour espérer prendre le dernier ferry de 19 h afin d'atteindre Puerto Yungay. La piste est très caillouteuse mais tassée. Seuls les pneus trouvent très sévère de rouler sur des cailloux assez gros et surtout parfois très pointus. Le paysage traversé aujourd'hui est assez unique par l'étendue des forêts quasiment inexploitées et des tourbières fantastiques qu'on y trouve. Je borde le Rio Bravo une énorme rivière au débit impressionnant. Mais la piste a parfois des soubresauts redoutables avec au détour d'un virage des pentes à franchir que probablement peu de cyclistes grimpent sans pousser le vélo.

Très peu de circulation sur cette piste où se croiser entre véhicule et vélo oblige de mordre sur le bas-côté c'est-à-dire à s'arrêter tout net pour éviter de se planter dans la végétation. Deux camions citernes descendent vers Villa O'Higgins. Moi je monte au sens propre du terme vers Rio Bravo. Le croisement m'oblige à effectuer quelques gestes un peu rapides et ... CLAC ! le cable du dérailleur arrière que j'ai actionné peut-être un peu rudement pour passer la toute petite vitesse et ne pas chuter, se rompt ! Ca ne m'est jamais arrivé ! J'ai un cable Shimano de rechange. Le système Shimano Deore XT pour l'enfiler à hauteur de la poignée, paraît simple. Je parviens à fixer le dérailleur arrière mais ... les manettes n'actionnent rien du tout. Apparemment je n'ai pas fait d'erreur de montage. Mais sans doute la tête du cable n'était-elle pas au bon gabarit ? Il faut donc rouler sans pouvoir changer de vitesse ! Je réussis à bricoler pour que j'ai tout de même trois vitesses disponibles. J'ai les trois plateaux qui marchent encore. Donc, j'ai calé la chaîne sur le pignon le plus grand, et ainsi je peux sur les fortes pentes pédaler petit avec le petit plateau et le grand pignon, et je passerai le moyen plateau et le grand plateau pour aller ensuite un peu moins lentement. Ca m'oblige à faire tourner les manivelles très vite, ce que n'aimeront pas trop les fessiers soumis à des frictions inhabituelles. Le système me donne donc 3 possibilités de vitesses au lieu de 27.
Vers le 80ème km je sens un caillou taper la jante sous la roue arrière. Pas bon ... Ca se répète un peu plus loin. Le pneu se dégonfle lentement mais surement. Deuxième problème de vélo aujourd'hui ! La guigne ! Quand une galère arrive, elle n'arrive souvent jamais seule ! J'ai regonflé une bonne huitaine de fois avant d'arriver à l'embarcadère Rio Bravo. Il était 17h30. Le ferry arrivant pour repartir à 19 h, j'ai changé la chambre à air.

Refuge de Rio Bravo


La traversée en ferry jusqu'à Puerto Yungay dure trente minutes, est gratuite. Trois voitures et un vélo ... Le commandant m'offre un café chaud ! Au débarcadère de Puerto Yungay, un refuge ouvert à tous permet de passer la nuit un peu abrité. Mais une petite épicerie, presque cachée, propose des empanadas, des oeufs brouillés. C'est exactement ce qu'il me faut. Et ... je pose la question d'une "habitacion" possible ? Deux motards arrivent, très sympathiques. Nous partagerons la même "casita" chez l'épicière.
Demain samedi, je pensais aller à Tortel mais aux dires de l'épicière il n'y a pas de réparateur cycliste. C'est un village de pêcheurs. Je dois trouver une autre solution.

7h - 17h15 103 km +1010 m -1332 m Villa O'Higgins - Rio Bravo, et traversée ferry Rio Bravo - Puerto Yungay 30 minutes

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Samedi 24 novembre 2018 - Le dérailleur me lâche ! solution de repli .... bateau pour Puerto Natales
La nuit porte conseil ? Il me semble avoir eu quelques signes dont je dois tenir compte : rouler avec 3 vitesses au lieu de 27 m'oblige à mouliner très vite les pédales ce qui irrite pas mal les fessiers et provoque une gène qui, avec les répétitions de friction, devient un vrai handicap voire une impossibilité de rester assis sur la selle. Tous les cyclistes ont connu cela un jour. La gène est bien réelle même après une nuit de repos. Or les deux jours qui me sont nécessaires pour joindre Cochrane afin de faire réparer ou changer le dérailleur, se déroulent sur un itinéraire avec des pentes à répétition qui ne peuvent qu'aggraver la gène : facteur pas très favorable pour continuer. Deuxième signe mais moins déterminant : le mauvais temps tempétueux est toujours là et le paysage reste bouché, quelques rares éclaircies exceptés. Et, troisième signe, de Puerto Yungay où je suis, tous les samedi, part un ferry pour Puerto Natales qui passe par des fjords différents de ceux vus à l'aller de Puerto Montt à Puerto Natales. Or, aujourd'hui, c'est samedi, le ferry est bien là, il est amarré et part ce soir à 20 h pour une traversée de 44 h.


Cette convergence d'éléments défavorables (rupture du dérailleur et ses incidences), et favorable (présence du bateau Austral Broom pour Puerto Natales), m'a décidé de prendre le billet du bateau et donc d'arrêter ma progression vers le Nord.
A l'heure où j'écris ces lignes, je suis dans le ferry. Le Mulet est tout penaud à l'abri d'une énorme remorque. J'avais bien prévu cette solution de repli mais c'était la moins attendue ...

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25-29 novembre 2018 - Bateau et ... bateau !
Le ferry d'Austral Broom ressemble à un long cigare bleu et blanc. Très rustique, il n'a que des banquettes avion pour passer la nuit.

La nourriture est sommaire. Je me fais remarquer car je quémande un peu plus à manger : on m'octroie une part supplémentaire. Les deux motards chiliens Pedro et Ari Khan m'accompagnent finalement après être allés se faire photographier devant le panneau indiquant le bout de la carretera austral à Villa O'Higgins. Très sympathiques ces deux-là. On échange adresses mail. Au petit matin, c'est la halte à Puerto Eden, ce village indigène patagonien seulement ravitaillé par les ferries.

Puerto Eden

On peut descendre du bateau et arpenter les passerelles qui connectent les petites maisons de bois. Quelques villageois montent pour aller à Puerto Natales, la ville la plus proche.

L'accostage à Puerto Natales est assez rapide. Il est 14h30. Je me mets le premier sur la ligne de départ car je voudrais prendre le seul bateau hebdomadaire qui permet d'atteindre Puerto Montt. Je n'ai que trois heures pour pouvoir acheter un billet. Je traverse la ville pour rallier le Terminal de bus dont les bâtiments tout modernes abritent pas mal de bureaux de compagnies de bus mais aussi l'Office du tourisme et Navimag, la compagnie maritime. Par chance, il y a de la place sur le bateau Evangelistas - le même que celui de l'aller. Le tarif est trois fois plus cher pour les non chiliens comme pour le ferry d'Austral Broom. Le Mulet est gratis. Les formalités d'embarquement étant bouclées, je peux contacter la famille par Whatsapp (via le réseau Intel) et mettre à jour le site. L'embarquement est à 21h. Donc, un peu de temps pour un bon restaurant : agneau patagonien, frites, verre de vin Malbec.
L'Evangelistas est arrivé avec beaucoup de retard à Puerto Natales en raison de conditions météorologiques difficiles. Le déchargement des multiples remorques de camions est un ballet spectaculaire de tracteurs du port maniés comme des bolides de course. J'emménage pour 4 nuits avec l'arrivée vendredi matin 30 novembre à Puerto Montt.

Beaucoup de français dans ce bateau : Kamel, médecin cycliste que j'avais rencontré à Villa O'Higgins et qui, après avoir atteint El Chalten dans le sens Nord-Sud, a pris un bus pour Puerto Natales ; Dominique et Jean-Noël, un couple étonnant qui voyage depuis 2 mois au Chili et qui va repartir très vite au Japon. Il faut dire qu'elle fut guide à Nouvelles Frontières . Son mari est un artiste en photographie et magnifie chaque photo par des choix d'éclairage, de composition, d'angle de prise de vue, de choix de focale.

Les conditions météorologiques semblent s'améliorer. Et ... trois jets d'eau sortent de l'eau !

Baleines de Minke

Trois petites baleines se suivent : toujours magnifiques ces apparitions. Ce sont des baleines de Minke. Pas mal d'albatros recherchent leur pitance. Quelques dauphins font des bonds pour s'écarter du ferry. Mais, peu d'oiseaux.

On croise quelques rares bateaux dont un d'un institut de recherche marine. Le vaisseau rouillé du Captain Leonidas est toujours à sa place.

La baie des Penas marque l'entrée dans l'océan Pacifique avec une houle nettement plus forte qu'à l'aller. On suggère fortement la prise de cachet pour le mal de mer. Kamel, le docteur cycliste, me propose une pilule qui serait très efficace. Je me laisse faire.

Finalement le passage par l'océan Pacifique s'est révélé pas si houleux que ce qui avait été prédit. La nuit fut à peu près normale. Mais le matin ... très mauvais temps !

Comme on est bien dans le bateau ... La journée de jeudi a été un peu longue car pas possible de sortir sur le pont ... Pour passer le temps, on nous a montré la fabrication du maté ... Bôf ! Ca ne supplantera pas le café.

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Vendredi 30 novembre - La fête ! ... Puerto Montt
Oui c'est ma fête aujourd'hui. Réveil à 6 h ce matin pour le petit-déjeuner à 7 h. L'Evangelistas a accosté depuis déjà deux heures. Le ballet des norias de tracteurs qui désengorgent le ferry a réveillé tout le monde. Beau temps ! Oui ! à Puerto Montt mais pas mal de vent bien sûr. La sortie du bateau est très encadrée par les mesures de sécurité. Je finis par pédaler (enfin !) sur du bitume avec grande modestie mais avec un mouvement de manivelles qui fait penser à certains coureurs très forts du tour de France, la vitesse maximale atteinte étant ... 15 km/h. L'arrivée chez Maria Zulema ma logeuse se fait avec un accueil toujours très sympathique. Alfredo, le mari de Maria, me conduit de suite chez un réparateur cycliste hors pair. L'atelier est presque net comme une salle blanche ! L'examen de la bête (le dérailleur) est sans appel : le dérailleur doit être changé. Mais, un oeil plus précis du docteur cycliste semble apercevoir un petit bout à l'intérieur du trou de passage du cable. Il faut opérer ! Le boitier de la manette du dérailleur Shimano deore XT est ouvert. Le docteur revient sur son diagnostic : la tête du cable cassé est resté coincée à l'intérieur du boitier et empêche le système des cliquets de fonctionner. Docteur cycliste réussit à extraire le coupable du non fonctionnement du dérailleur. On remonte alors le boitier, on enfile le cable dérailleur, on le fixe à l'arrière. quatre tours de pédales et le cliquetis des neuf passages de vitesse fait un doux bruit aux oreilles de Dédé ! Ainsi est illustrée la leçon qu'un petit bout (de cable) de quelques millimètres peut avoir d'énormes effets (sur des ... km).

LATAM, la compagnie aérienne a-t-elle une officine à Puerto Montt ? Je veux anticiper mon retour en France. Seule l'île de Chiloë m'est inconnue et est réputée pour les quantités de pluie qui l'arrosent. J'ai pris assez d'eau et de vent. Un peu d'apaisement fera du bien au bipède. J'avance mon retour au dimanche 2 décembre pour arriver à Toulouse le 3 décembre en fin d'après-midi. Ce soir, avec quelques français du bateau, on dîne ensemble à Puerto Montt.

Finalement, pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression que j'ai eu de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

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1-3 décembre 2018 - De la tronçonneuse au B 787-9

Le retour à Puerto Montt m'a fait retrouver le bricolage. Alfredo, le mari de Maria Zulema qui me loge, a un problème de tronçonneuse. Il y a deux ans, déjà, j'avais dû lui montrer comment elle fonctionnait. Toute neuve alors, elle n'a pas beaucoup servi depuis. La famille Zulema a l'impression d'avoir acheté une machine qui n'est pas d'origine. Je me transforme en docteur Stilh. La chaîne est détendue d'au moins trois centimètres. Je montre comment retendre le support de chaîne. Puis, les réservoirs d'huile de chaîne et d'essence sont vides. Ah ! il faut de l'essence ? Non ... d'un mélange à 3% ... Allons chercher ce qu'il faut. Le pick up Toyota a un volant dur à tourner. Pas de mélange en vente. Il faut se le faire ... et ... l'huile de chaîne n'est pas la même que l'huile du mélange ... Finalement, starter à fond, ça pète une fois puis s'arrête. Starter au milieu : la tronçonneuse démarre. La chaîne ne tourne pas : déblocage de la sécurité. Youpie ! ça tourne, ça fait beaucoup de bruit ... Les yeux d'Alfredo regardent la machine comme si un miracle venait de se produire. Puis, il faut couper de grosses branches qui menacent la toiture et débordent chez le voisin. La machine fait le travail sans difficulté et avec efficacité. Le cycliste est devenu magicien. En réalité, la tronçonneuse est une excellente Stilh avec une lame de coupe de 40 centimètres et un gros moteur.

La maison de Maria Zulema est bondée. Elle me trouve une banquette pour dormir. Le dimanche 2 décembre au matin, Antonio, le fils du ménage, se réveille avec effort pour me conduire à l'aéroport. Le Mulet boudiné dans son carton est fixé aux ridelles du pick up. En route, au revoir Maria, Alfredo ! ... "Tu reviendras ?" ... Peut-être ! Il faut dire que la Patagonie est encore trop synonyme d'envies non satisfaites. LATAM, la compagnie chilienne, me fait payer 100 dollars le transport du vélo. C'était 200 dollars il y a deux ans. A l'aller c'était 75 euros il y a deux ans, c'était 45 euros cette fois-ci, avec exactement les mêmes compagnies (LATAM et Iberia). Allez comprendre la cohérence de tout cela !

Le Boeing 787-9 du trajet Santiago - Madrid est un avion neuf, remarquablement équipé pour le voyageur, très silencieux, mais avec des sièges un peu durs, une nourriture chiche, un service parfait. Un gros avantage : j'avais trois sièges pour moi. D'où une nuit allongée tranquille et reposante.

Toulouse est très encombrée. Pas de gilets jaunes en vue mais des informations radio surprenantes ... Il est 19 h ce lundi 3 décembre. Je ne suis plus en ... Patagonie profonde !

Urubu à tête rouge

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Réflexion ...

Pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

Le grand moment de ce voyage écourté a été la remontée des 7 km (avec au moins 500 mètres de dénivelée) du Lago del Desierto à la frontière chilienne avec la gestion de la pente, du sentier parfois disparu dans des parties marécageuses, et des 50 kg du vélo chargé. Les trois aller-retour (sacoches avant, sacoches arrière, vélo) ont été une bonne solution. La neige n'était pas très loin mais heureusement le passage du col frontalier a été possible.

Le pire moment de ce voyage a été lorsqu'il a fallu choisir entre continuer depuis Puerto Yungay en pédalant tout petit sur plusieurs centaines de km pour pouvoir éventuellement réparer, ou prendre le bateau qui était à mes pieds. La première solution était possible au plan physique mais non sans risque de devoir abandonner et alors galérer pour trouver des solutions et rejoindre Puerto Montt.

La deuxième option a été la plus évidente : un bateau jusqu'à Puerto Natales (le seul de la semaine et l'unique destination bateau depuis Puerto Yungay) puis un bateau pour Puerto Montt. C'était la solution la plus raisonnable.

Chaînon manquant (en jaune) dans le parcours prévu ... à faire en ... janvier 2020 ! ...


Le contexte

Deux voyages dans cette région du monde : un premier en 2016, avec Jean-Pierre Bourgard pour découvrir les grands classiques (Ushuaia, massif du Paine, glacier Perito Moreno, massif du Fitz Roy), un second en 2017 avec le vélo sur la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo.

Pourquoi revenir ?

La Patagonie est réellement une région du monde exceptionnelle : des paysages grandioses, des étendues sans fin, des massifs montagneux aux lumières magiques, une côte Pacifique ourlée de fjords, des glaciers vivants et croulants sous nos yeux, une météo fantasque mêlant rafales de vent et pluie à des éclairages solaires violets/rouges inconnus dans nos contrées européennes.

Et puis ... je n'ai pas pu boucler la Carretera Austral en 2017, noyé que je fus sous un déluge de pluie et de vent durant 11 jours sur les 13 passés sur cette Carretera Austral. J'avais jeté l'éponge à Villa Cerro Castillo en basculant vers l'Argentine pour trouver des conditions météorologiques plus favorables. J'avais découvert les magnifiques lacs argentins au Nord de Bariloche, et les grands lacs chiliens entre Pucon et Puerto Montt, gravi le volcan Villarica ! Alors ... j'ai imaginé un périple un peu original qui combinera traversées en bateaux et vélo pistes, routes, et ... même une traversée cross obligatoire au Nord du lago Desierto. La boucle "idéale" imaginée est résumée dans la carte suivante :

D'abord c'est une longue traversée en ferry de Puerto Montt à Puerto Natales (tracé vert sur la carte). Quatre jours le long des côtes de Patagonie en naviguant au milieu de fjords.

Puis, de Puerto Natales à El Calafate et à El Chalten en Argentine au pied du majestueux Fitz Roy, une bonne semaine de vélo, peut-être la plus dure de tout le périple. On est sur la route 40 avec juste quelques portions goudronnées, le plus souvent du ripio (de la piste) avec un vent quasi permanent et des rafales qui peuvent rendre impossible l'avancée en vélo (exemple d'avancée impossible). Il faudra alors prendre patience, s'arrêter (où l'on peut ...) et jouer avec les accalmies, ou, au pire, trouver un conducteur de pick up qui embarquera bonhomme et vélo.

Une deuxième partie après, je l'espère, deux jours de repos à El Chalten avec montée au pied du Fitz Roy. D'El Chalten à Cochrane, on doit obligatoirement traverser deux lacs. Facile ! Sauf que la météo peut être exécrable au point d'empêcher toute navigation et ... il n'y a de bateau que deux à trois jours de la semaine. Une redoutable portion de vélo cross au Nord du lago Desierto ... On arrive alors à Villa O'Higgins le tout début de la Carretera Austral mais par le Sud.

De Villa O'Higgins à Cochrane, c'est une succession de paysages lacustres avec juste un seul village - Tortel - qui a la particularité de n'être accessible que par des passerelles en bois.

Une troisième partie toujours en ripio permet de gagner le lago du General Carrera qui unit Chili et Argentine, un peu comme le lac Titicaca unit Pérou et Bolivie, ce lac que j'avais traversé en 2017 pour m'échapper du mauvais temps chilien. On rejoint alors Villa Cerro Castillo lieu de mon abandon en 2017 puis, par un bitume retrouvé, on atteint la grande ville de Coyhaique et enfin Puerto Chacabuco, un port où je reprendrai un ferry pour, suivant le temps qui me restera, ou joindre l'Ile de Chiloë ou joindre Puerto Montt.

Au cas où le bonhomme et le vélo seraient encore en pleine forme et, surtout, dans les temps, je filerai vers l'Ile de Chiloë par une traversée ferry d'une trentaine d'heures. Alors, ce serait un bonus du voyage, une balade tranquille de 3-4 jours avec de beaux aperçus en particulier sur les très originales églises en bois coloré, avant de joindre Puerto Montt. La boucle serait ... bouclée.

Tout ça ... c'est ce qui est imaginé ! Au total, ce serait de l'ordre de 1600 kilomètres. Mais que vont décider Monsieur le Vent et Madame la Pluie ? Météo Vent Pluie