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Samedi 21 janvier 2017 - San Martin de los Andes dodo resto

Journée de repos et de lessive aussi ! Chaud, très chaud mais avec un petit vent agréable. Il faut bâcher non pour la pluie comme sur la Carretera Austral mais pour le soleil. Dédé et les extrêmes ... L'étape d'hier a laissé quelques traces ... rougeâtres sur le nez, les avant-bras, les cuisses. Aussi, je suis resté un maximum à l'ombre : dodo dans la tente et sous les arbres, régalo dans un resto chic avec du cordero/salade et un beau verre de vin rouge. La lessive a été faite avec du savon : c'est mieux que rien, avec de nombreux rinçages. Bref, rien de bien intéressant.
San Martin de los Andes est comme toutes les stations un peu huppées et à la mode, un lieu où l'on se montre, où l'on fait beaucoup de bruit pour attirer l'oeil. La pollution des véhicules est accablante : fumées noires, pots d'échappement sans silencieux et donc sans trop de filtres. Il faut dire que le bruit ne semble pas être un souci majeur. Toute la nuit les noctambules passaient et repassaient avec des voitures trafiquées pour qu'on les entende le plus possible. Apparemment, ça ne gène personne. Le chic du chic est de conduire un petit 4x4 haut sur pattes, aux couleurs vives, avec des chromes partout, décapoté, et qui, à l'accélération fait un bruit de gros camion ce qui surprend tellement que tout le monde se retourne et ... le chauffeur de l'engin bombe le torse. Un vrai truc pour homme politique en mal d'élection.
Vite sous la tente et ... à demain.

Dimanche 22 janvier 2017 - Junin de los Andes, au carré mais avec piscine naturelle

Je n'ai pas entendu la montre sonner ce matin. Au camping de San Martin de los Andes, tout le monde dort. Je déguste le yaourt vanille qui me sert de petit-déjeuner, range tout mon barda dans les quatre sacoches soigneusement identifiées, plie matelas et tente, et harnache le Mulet.

La route est asphaltée mais pleine de rustines et de creux. La distance avec Junin de Los Andes n'est que de 40 kilomètres. Le pédalage se fait à l'économie. Le paysage s'ouvre notablement comme si on entrait dans des vallées et vallons à la fois moins pentus, moins boisés - beaucoup de grands prés barbelés avec les vaches éparpillées sur tout l'espace, un petit peu plus habités. Toujours de longues lignes droites, et, chose assez nouvelle, des 4x4 de bonne cylindrée, ronflant à vitesse très élevée, et tirant une remorque avec un bateau. D'autres avaient des kayaks sur le toit. Tout ce beau monde se rendait aussi au club de golf située à une bonne quinzaine de kilomètres de San Martin. Etonnant de voir un golf rasé de frais sans une herbe qui dépasse, au milieu d'une Nature livrée à elle-même.
Et puis, dans une longue ligne droite, clignant des yeux pour ne pas me faire trop aveugler par le soleil, une vision extraordinaire : un cône magnifique couvert de neige. Une vision réconfortante pour un montagnard ! Le Volcan Lanin dans toute sa majesté.

La ruta 40 traverse Junin de los Andes qui s'est construit en quadrats de part et d'autre de cet axe. Avec une particularité toutefois : la proximité du rio Chimehuin qui est la plage naturelle où vont se baigner les centaines de familles de ce gros village.

C'est dimanche, tout est calme, trop calme. Mais c'est parce qu'il fait chaud. Le réveil aura lieu vers 20h quand tout le monde est rentré du bain. Alors, la place centrale devient le point de rencontre avec des musiques, des danses. Un petit tour à l'Office du tourisme qui est ouvert toute la journée du dimanche. Comme souvent, les renseignements sont précis sauf qu'ils ne sont pas à jour. L'établissement recommandé est complet. Le gardien téléphone et me trouve un hostel. Sympas des gens comme cela !
Tout est très chaud. Une supérette est ouverte. J'y trouve de la crème pour se protéger des ultraviolets. Je prends la Nivea indice 50 pour les bébés : il me faut ça avec le cagnard qu'il fait.
Demain, assez grosse étape pour passer si possible la frontière argentino-chilienne au Paso Tromen, avec du ripio sur toute la partie qui traverse le parc national Lanin.
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Lundi 23 janvier 2017 - 180° sur le volcan Lanin

Nuit reposante à Junin de los Andes. Ce matin, comme bien souvent, je pars sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller quiconque, après avoir avalé un café léger et une tartine beurrée. Le Mulet a couché dehors avec sur sa selle une charlotte pour éviter qu'elle se mouille en cas de pluie. La route 40 est vide de circulation à cette heure. Il ne fait pas froid.

J'avance avec rapidité et aisance. Ca ne monte pas encore. Je laisse la 40 5 kilomètres après Junin pour continuer plein Nord jusqu'à Malleo puis obliquer plein Ouest pour grimper tranquillement jusqu'à 10 kilomètres avant le paso Mamuil Malal (appelé encore paso Tromen). C'est un régal de se faufiler un peu comme les rios dans les creux de ces vallons qui deviennent disproportionnés par rapport à ce que l'on connaît dans nos montagnes européennes. Du bétail dans les prés, des prairies, des lièvres (qui comme les hérissons en France laissent un lourd tribu à la route), des rapaces qui suivent le vélo durant quelques centaines de mètres.

*

La montée est paisible durant une soixantaine de kilomètres avec presque en permanence la vision magnifique du volcan Lanin coiffé de neige tout particulièrement versant Sud qui culmine à 3747 mètres.
Arrivé à l'entrée du parc national Lanin, l'asphalte est terminée. La route internationale continue par une piste devenue, du fait des très nombreux passages de véhicules, de la tôle ondulée (comme on dit en Afrique) qui est terrible pour le cycliste et pour la résistance du vélo. C'est une décision des autorités du parc national de ne pas asphalter à l'intérieur du parc. Ce parc abrite pas mal de forêts d'Araucarias. La poussière émise par les véhicules est très dense. 10 kilomètres à galérer avec quelques dérapages qui m'ont fichu par terre. J'ai poussé un coup de gueule (ça soulage !) lorsque, pédalant tant bien que mal au milieu de la piste qui était le plus compacté, deux voitures m'ont pris en tenaille en accélérant sous un flot de poussière. Imbéciles ou ignorants ...
Arrivé au poste de contrôles argentin, près d'un kilomètre de queue de véhicules ! Bonheur d'être en vélo ... Je dépasse tout le monde, et, casque sur la tête pour qu'on reconnaisse le cycliste, j'ai toutes les facilités pour passer le contrôle migratoire, la douane, la police. Deux kilomètres de ripio plus loin, c'est au tour du Chili. Et, là, c'est plus corsé : plus d'une heure de queue ... Et puis ... le goudron est là. Je vérifie le vélo. Apparemment tout est en ordre. Seul le guidon a tendance à se défiler un peu vers l'avant, et pourtant j'ai serré un maximum. Camper par là ? Rien qui me plaise. Je prolonge un peu puis encore un peu pour aboutir à la petite bourgade de Curarrehue. Une auberge me tend les bras. Je ne résiste pas. La crème solaire Nivea indice 50 a l'air d'avoir été efficace. Le nez pèle un peu mais bon ... pas grave.

Au total, l'étape a été une bonne étape avec une montée magnifique jusqu'au parc Lanin. Après, ce furent vraiment les travaux forcés pendant 10 kilomètres. Pas un autre cycliste sauf dans les pick up. Le Volcan Lanin trône entre Chili et Argentine. On le côtoie sur le flanc Nord au paso Tromen. 107 kilomètres de plus aujourd'hui. Demain, tranquilo direction Pucon, toute petite étape mais pour atteindre une région probablement très belle ... s'il continue à faire beau car je suis revenu au ... Chili.
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Mardi 24 janvier 2017 - Pucon au pied du volcan Villarica

Vaut mieux avoir les poches bien remplies pour survivre à Pucon. Bariloche, Villa La Angostura, San Martin de los Andes, c'est d'un niveau nettement inférieur et pourtant ! ... C'est un choc de passer des tout petits villages ou hameaux comme Curarrehue où l'on cherche juste le petit confort de l'eau chaude et de la douche, à ces monuments de richesse rencontrés dans des villes comme Pucon avec toute la force ostentatoire que représentent des porches cayenne, des belles voitures américaines anciennes relookées, les plus gros 4x4 de toutes les marques possibles. Evidemment, avec mon Mulet, ... je ne dépareille pas trop puisque je suis le seul et unique spécimen de la maison à deux roues.
Quand j'ai ouvert les yeux ce matin, devinez ce que j'ai vu par la fenêtre ? ... du gris partout ! A croire que le Chili ne veut pas se montrer. J'ai préparé le poncho au cas où ... mais finalement la balade matinale s'est passée sans flotte. Peu de kilomètres me séparaient de Pucon (une quarantaine). Toujours un peu nécessaire de passer les vitesses pour les quelques bosses à franchir. Chose originale : le parcours entre Curarrehue et Pucon est semé de maisons de part et d'autre de la route, à croire que l'on peut construire un peu comme on veut. Le bois est roi ici pour construire, avec toutefois une qualité qu'il faut reconnaître : les assemblages sont souvent ingénieux, de qualité et dans certains cas assez artistiques. Ainsi, on utilise le bois massif plus que le bois taillé : les poutres sont des troncs, les cloisons sont des plateaux de bois non délignés se recouvrant sans emboîtement. Le tout est très souvent vernis d'une teinte chaude très agréable à l'oeil. A Pucon, tous les magasins, tous les restaurants sont ainsi habillés.

Trouver un camping me semblait dans mes moyens. Pourquoi ne pas tenter une chambre puisque j'ai prévu de rester trois nuits à Pucon. L'Office du tourisme est toujours un peu rassurant : toujours possible, toujours libre, toujours pas cher. Mais quand on arrive aux adresses indiquées, on déchante vite. Et pourtant la chance aidant, on tombe sur des personnes qui "connaissent" et, d'adresse en adresse, on finit par tomber sur le mouton à cinq pattes : pas cher, propre, central, calme, accueillant. Du coup, j'ai signé pour trois nuits.

Etonnante cette ville, au bord d'un lac, au pied d'un volcan chapeauté de neige - le volcan Villarica - avec un nombre de restaurants, d'échoppes de produits très chers qui semblent faire des affaires et qui recherchent du personnel par des affichettes blanches collées aux vitrines. On est dans un autre monde. Heureusement qu'il y a le grand marché central où l'on retrouve là les classiques avec les étals bien connus de tous les pays et, bien sûr, à l'étage supérieur du marché, le vrai restaurant populaire où l'on mange au moins aussi bien que dans les estaminets feutrés pour dix fois moins chers. On s'y sent mieux ... sauf que normalement de là-haut, on devrait voir le volcan Villarica puisque Pucon est au pied ! Du gris partout ... Juste dans la soirée, les hautes pressions semblent vouloir balayer les nuages. Et, juste avant de me coucher, l'apparition a lieu : les nuages ont du mal à partir mais on voit bien que des émanations du cratère sont toujours présentes. Ca respire là-haut !
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Mercredi 25 - Jeudi 26 janvier 2017 - Le volcan Villarica ... gravi

Hier, mercredi 25, j'avais programmé de monter au cratère du volcan Villarica avec l'agence Aguaventura créée par des français. Nous sommes partis à 6h30 pour 40 minutes de bus avec entrée dans le parc national du volcan jusqu'au départ d'un télésiège. Mais le panache de fumerolles très épais qui sort du cratère, en raison de vents rabattants, couvre toute la partie montante à partir de la neige. Même avec les masques à gaz que nous avions, nous n'aurions rien vu et la qualité des masques ne paraissait pas suffisante pour se risquer dans cette purée chimique. Sage décision : on redescend et on reporte à demain.
Demain c'est aujourd'hui jeudi. Même formalités de départ mais le volcan émet un panache plus vertical qu'hier. Le groupe de 12 s'engage dans la montée : 1200 mètres de dénivelée dont plus de la moitié sur névés assez pentus. Il y a foule sur le Villarica. Jamais je n'ai vu autant de monde sur une montagne. Ca serpente de partout à la queue leu leu. Arrêts toutes les heures. Les pas tracés dans la neige sont très espacés. Les crampons sont laissés dans le sac. Le piolet assure l'équilibre. Peu à peu, la grimpette se fait avec les 150 derniers mètres de dénivellation en rocher (de la lave plus ou moins éclatée).

L'approche du cratère est très courte dès que l'on a atteint le haut du cône volcanique. Le cratère fait tout au plus une centaine de mètres de diamètre. Le magma se trouve à une cinquantaine de mètres en-dessous de la crête. Magnifique, comme tous les volcans en activité ! Le grondement permanent plus ou moins fort, le susbtrat rocheux qui est ébranlé, les mouvements de la lave en fusion qui de temps à autre explose illuminant d'un rouge vif les profondeurs, le perpétuel va et vient de la lave qui surgit en surface et repart dans le ventre de la terre, la terre qui parle, qui vibre, qui respire ... On est au coeur de la Vie ... et pourtant, il faut redescendre ...

Si la montée a été raide avec même un petit éboulement de rochers qui n'a atteint personne, la descente a été un peu fun comme on dit maintenant. Pour descendre les névés assez raides, l'agence a imaginé les descendre en tobogans par des canaules creusées par les multiples passages, chaque descendeur devant s'équiper d'une très épaisse salopette doublée aux fesses d'une très épaisse toile sanglée aux cuisses et à la taille, d'un anorak tout aussi épais, de mouffles, la descente s'effectuant assis sur une raquette en plastique (une sorte de luge). La direction doit être assurée avec les pieds et avec le piolet en appui. Pas très convaincu par tout ça (il faut en plus porter tout ce matériel ...), je m'exécute. Les guides sont tout contents de nous voir ainsi déambuler avec plus ou moins de réussite et ... quelques rochers aussi à éviter. Bref, un truc d'agence. La bonne vieille ramasse en appui sur le piolet est tout de même plus pratique.
Le panorama du haut du volcan est très étendu, sauf que les fumerolles font une épaisseur relativement dense qui blanchit un peu l'horizon. On peut voir bien sûr les volcans alentours dont le Jaime (mais je n'ai pas pu voir le Lanin). Curiosité : l'entrée dans le parc national du volcan est très défendue, payante, et on y voit une station de ski de piste dont une des gares d'arrivée de télésièges a été emportée par la dernière coulée de lave le 3 mars 2015.
Trois condors sont venus nous rendre visite.
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Vendredi 27 janvier 2017 - Licanray, l'improbable ... oui

Réveil tranquilou ce matin. Petite étape d'une soixantaine de kilomètres aujourd'hui. Je quitte Eliana de l'Ospedaje Rukapillan après une petite souflette de sa part parce que j'avais lavé du linge et que c'était ... interdit. J'ai découvert que dans un Ospedaje on pouvait utiliser la cuisine. Je file doucement en moulinant vers la petite ville de Villarica. Mais, des choses bizarres se passent : ma chaîne saute. Le dérailleur arrière change tout seul de vitesse, le dérailleur avant le copie mais pas en même temps. Curieux ! Je continue me disant que c'est la saleté qui a dû s'incruster et qu'un bon nettoyage réglera tout ça.

Villarica a l'air plus abordable et plus sympathique que Pucon, trop Saint-Trop. Il est presque midi. Un petit creux me conduit dans un tout petit marché chez les indiens Mapuche. Je confonds tortilla avec la signification de l'omelette en espagnol sauf qu'au Chili l'équivalent est paella. Très sympas, les mapuche rient de la méprise et me font de vrais oeufs brouillés. Je file ensuite vers Licanray le but prévu d'aujourd'hui. Mais ... ça craque et ca saute de plus en plus. La chaîne fait des siennes. Au bout de quelques bosses, je finis par m'arrêter pour examiner la bête. Et ... un maillon de la chaîne est éclaté prêt à sauter donc à casser la chaîne et ... à ne plus pouvoir pédaler. Sans doute les multiples soubresauts et chocs subis au cours des ripios ! Je dois réparer absolument ! J'ai bien les maillons rapides mais je casse le dérive-chaîne en serrant trop fort. J'essaie de serrer un maximum avec la pince pour éviter que saute le maillon. Je roule tant bien que mal sans trop tirer sur les pédales à petite vitesse. Ca continue de sauter mais j'arrive à éviter que ça change tout seul de plateau en étant sur le moyen plateau mais en tirant la manette pour faire comme si on était sur le grand plateau. Ainsi, ça ne peut pas passer tout seul sur le petit plateau. Et ... je finis par arriver à Licanray, espérant y trouver un réparateur de vélos. J'ai pu repérer quelques noms basques de propriété dont Ibarena et Dancharinea ... et aussi quelques jougs comme ceux auxquels on attelait les vaches quand on était petits à Louhossoa.

Je demande à plusieurs reprises s'il y a un mécanicien cycliste. Je tourne en rond jusqu'au moment où je tombe sur des vélos en location. Et c'est alors que l'improbable arrive. Les loueurs de vélo téléphonent au mécano mais il est à Valdivia. Une voiture s'arrête. Un couple regarde mon engin à deux roues et, connaissant les loueurs de vélo, ne voyant pas de solution, me propose de m'emmener avec le vélo chez eux un peu en dehors de Licanray pour ensuite trouver un réparateur cycliste. C'est un couple d'avocats de Santiago, Gonzalo et Cecilia, qui a une incroyable et magnifique propriété sur les bords du lac Calafquen. Le vélo rentre dans la Honda du couple. Je me cale à l'arrière. Je suis ... leur invité : déjeuner, baignade, dîner, coucher. On part en voiture à Conaripe 15 km plus loin car il y aurait un mécano. Fausse piste. On revient, on téléphone et c'est pour trouver à Villarica donc 45 kilomètres en amont, un réparateur cycliste qui, voyant rapidement le problème, défait la goupille défaillante du maillon de chaîne et la remet à sa place avec un dérive-chaîne. Un coup de pince. Tout est remis en place. Gratis ! L'avocat Gonzalo refait les kilomètres pour joindre sa demeure à Licanray. Il me prête un maillot et je pique du nez dans le lac Calafquen aux eaux à 20°C. Je suis invité pour le diner et j'ai droit à une magnifique chambre. Incroyable mais vrai ! Adorable couple avec la grand-mère, une fille avec son mari et leur bébé. Une situation que jamais je n'aurai pu imaginer. Et pourtant c'est une réalité ! Improbable mais pourtant vrai !

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Samedi 28 janvier 2017 - Panguipulli ... j'ai eu chaud !

Un joli nom Panguipulli ? Une petite cinquantaine de kilomètres entre la maison de mes hôtes avocats et le joli nom. Très sympathique a été l'accueil de Gonzalo et Cecilia sur tous les plans : matériel bien sûr, convivial, serviable jusqu'à faire 100 km de voiture pour me dépanner et me prêter son propre maillot de bain. Qualité de l'accueil, de la cuisine, de l'hébergement. Souci de mettre à l'aise l'invité. Et, qualité de plus en plus rare, savoir-vivre de moins en moins rencontré : alors que je pensais partir sur la pointe des pieds ce matin, Gonzalo et Cecilia s'étaient levés plus tôt qu'à leur habitude pour me préparer le petit-déjeuner et me dire au revoir. Ils veulent faire le chemin de Saint-Jacques de Saint-Jean-Pied-de-Port à Santiago de Compostelle. Peut-être à la revoyure ?

La pompe ! Instrument essentiel ! Je retourne voir si elle n'est pas restée dans la voiture de Gonzalo. Rien. Dommage car c'était une pompe ancienne Lapiz que j'avais trouvée à Emaüs en alu, fine et longue qui me permettait de gonfler à près de 4 bars, ce que ne peuvent pas faire facilement les petites pompes plastiques que l'on a habituellement. Sans doute n'a-t-elle pas tenu le choc des chaos du ripio. La chaîne semble aller bien mais ... la roue arrière fait faire un peu de godille au vélo avec des à coups à chaque tour de roue. Encore une tuile ? De fait, le pneu est fragilisé par une entaille assez longue qui a pour conséquence une hernie qui provoque ce mouvement latéral de godille. Panique à bord du Mulet ! Le risque d'éclatement est réel. J'ai bien un morceau de pneu emporté pour faire une emplâtre provisoire, j'ai une chambre à air mais je n'ai plus de pompe. Je dégonfle un peu mais pas trop car ça augmente la probabilité de crevaison et ... je n'ai plus de pompe.

La route est calme, toujours un peu bosselée, longe le lac Calafquen par le Nord et l'Ouest. Elle est très agréable à rouler avec un temps parfait pour le cycliste : frais, pas de vent, nuages sans pluie. Je pédale à ... pas de loup ! sans mettre d'à coups, passe les vitesses avec une légèreté de doigtée jamais vue. La campagne ressemble un peu plus à nos campagnes françaises habituelles avec certes des troupeaux paissant dans les prés (vaches à robe brun foncé très uniforme, brebis à la tête renfrognée, peu de chevaux) mais avec aussi des prairies à foin (un tracteur fauche avec le mouvement de cisaillement de lame de côté comme on faisait chez nous il y a quelques décennies) et des cultures de blé (tout doré) et de pommes de terre. D'énormes barrières en bois clôturent les parcelles, de la dimension d'une panne faîtière pour chaque élément de clôture. Le bois n'est pas rare. Je passe devant un énorme rucher de plus d'une centaine de ruches Langstroth très colorées.
Des cyclistes me doublent. Je leur demande s'il y a un réparateur de vélo à Panguipulli : au premier feu, à droite, 3ème quadra. Au bout d'une longue descente arrivant dans la ville, je suis la consigne et tombe sur deux réparateurs de vélo à 50 mètres l'un de l'autre. J'expose mon problème. Le mécanicien touche du doigt le bombement du pneu, voit la coupure, me demande la dimension (26 pouces c'est une dimension qui permet d'être dépanné dans tous les pays), pose la jante dont il refaisait le rayonnage, et se met au chevet du Mulet. On pite l'arrière sur un support fait maison. On dégonfle, on desserre les cables de frein V brake, on dévisse l'axe. La roue est prestement déshabillée, la jante bien essuyée, le nouveau pneu monté avec l'ancienne chambre à l'air. Tout est remis en ordre en cinq minutes. Le Mulet agrippe un peu le garde-boue en roulant. Tout simplement parce que la tige gauche qui doit tenir le garde-boue est branlante seulement tenue par une attache rapide en nylon. On s'occupera de ça une autre fois ! et ... bien sûr j'achète une pompe !

Ouf ! J'ai eu chaud tout de même car sans une pompe j'étais vraiment coincé si jamais j'avais éclaté ou crevé. Panguipulli est très animé. Située au bord du lac du même nom, c'est un peu une ville du style de Villa la Angostura. Le Chili a, comme l'Argentine, sa route des 7 lacs. C'est celle que j'ai entreprise depuis Pucon. Sauf que demain je vais aller voir un peu côté Pacifique et joindre dans deux jours la ville portuaire de Valdivia.
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Dimanche 29 janvier 2017 - Lanco, un village qui veut vivre

De Panguipulli à Lanco, 55 kilomètres de route asphaltée sans problème. Quelques raidillons mais dans l'ensemble une route tortillarde qui traverse une campagne que l'on pourrait croire connue. Sortir de Panguipulli c'est d'abord remonter un long ruban de quelques kilomètres assez pentu qui réchauffe vite les mollets. Peu de voitures, quelques cars, la Nature est pour le cycliste : odeurs, chants des oiseaux, lumière du jour grandissant. J'ai dû bricoler un peu pour éviter le frottement du pneu arrière sur le garde-boue. Economisons le Mulet, on entre dans une prochaine paisible période de pré-retraite. Mais, pour autant, il doit me conduire au terme du voyage à Puerto Montt.

Grandit bientôt le chant d'une chorale accompagnée de quelques guitares. Une trentaine de personnes endimanchées est sur un parcage de bus, tournée vers le soleil levant, chantant probablement une complainte au jour naissant. La campagne ressemble beaucoup à ce qu'on trouve dans les piémonts montagneux de nos contrées : des prés, des prairies, beaucoup de bois, des champs. Dans ce secteur, l'avoine est fréquente, et, en arrivant vers Lanco, on trouve encore du maïs. Originalité : j'ai croisé un élevage de lamas.

Lanco n'est pas très engageant. L'entrée de la bourgade se fait par l'axe routier principal (Est-Ouest) qui bute sur la route panaméricaine (Nord-Sud) en passant par la plaza de Armas. Peu de magasins, peu ou pas de restaurants, d'hôtels, d'auberges. Les maisons sont positionnées en quadrats. Je fais deux fois le tour de la place principale : on a l'impression d'une ville quasi morte. C'est dimanche certes mais l'absence de panneaux indiquant des lieux d'hébergement et de casse-croûte est curieuse. J'interroge et après longue réflexion on finit par m'indiquer une pension dans quatre quadrats sur la gauche. Ce sera la seule et bonne adresse parfaite pour un "cycliste wifi". La tenancière me présente sa fille, son gendre, ses trois petits-enfants. Tout est familial. Au bout de la rue, une musique un peu forte : c'est la fiesta au village depuis trois jours. Des stands "naturels" sont alignés vantant notamment les mérites des jus de fruit, de tous les produits dérivés du miel. Je discute un peu des abeilles avec un papi qui se vante d'avoir 82 ans sans aucune maladie depuis ... grâce aux produits de la ruche : propolis, pollen, miel. Un passionné qui a fait une bonne vingtaine d'affichettes vantant les bienfaits et les malheurs des abeilles aujourd'hui. Les journées sont festives depuis 3 jours donc ... beaucoup de monde assis aux multiples bars qui proposent outre les boissons de très appétissantes grillades. Pas mal de stands artisanaux vantant l'identité mapuche.

Une voie ferrée ancienne à l'écartement "européen" traverse la ville. Désaffectée, elle aurait principalement servi au transport du charbon.
Demain, direction Sud-Ouest pour la ville de Valdivia, pour un petit clin d'oeil à la côte Pacifique avant de revenir sur la route chilienne des 7 lacs.
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Lundi 30 janvier 2017 - Valdivia, le Pacifique est proche

Grosse ville Valdivia ! Ca détone un peu par rapport à toutes les bourgades où je suis passé dans ce périple un peu éclectique. Je suis parti de Lanco très tranquille ce matin : un peu plus de 70 km à faire sur des vraies routes. C'est au fond reposant. Le plafond nuageux était quand même un peu bas. Pleuvra ? Pleuvra pas ? J'ai eu quelques gouttes qui m'ont fait douter : mettre ou ne pas mettre le poncho ? Je ne l'ai pas mis pour forcer le sort. Plus j'allais vers le Sud plus j'avais devant moi un ciel de plus en plus clair. En allant ainsi vers le Pacifique, le relief s'aplanit considérablement. Les quelques 20 kilomètres passés sur la panaméricaine ont été un vrai régal contrairement à d'autres morceaux de cette route 5 qui traverse les Amériques du Nord au Sud. Il y avait une vraie chaussée pour cycliste à droite des bandes de roulement pour les véhicules. Un péage ? Le cycliste ne paie pas. Une cloche tintinabule à ma gauche. Je vois ... un petit train des villes me dépasser sur la bande autoroutière. Il devait rouler au maximum à 40 km/h. Etonnant Chili !

La campagne est maintenant un peu semblable à ce qu'on a l'habitude de rencontrer le plus souvent : champs ouverts, grandes prairies, un peu de bétail, des clôtures arborées pour couper le vent. Mais aussi des travailleurs journaliers assis en rangs d'oignons devant un champ cultivé, qui attendent le signal pour commencer la récolte. En approchant de Valdivia, on traverse à plusieurs reprises de très beaux écosystèmes fluviaux (et lacustres). On longe le rio Cayumapu (qui se jette dans le Rio Cruces qui lui-même rencontre le Rio Valdivia puis l'océan Pacifique). On a de très beaux systèmes aqueux avec des eaux peu profondes nappées de nénuphars fleuris.

J'ai sorti trois fois la précieuse tablette qui m'indique ma position latitude/longitude sur fond de carte google maps, voyant précisément ainsi quelle route prendre lorsqu'il y a hésitation dans un carrefour sans panneau indicateur. Direction la plaza de armas pour être dans le centre-ville au coeur de "toutes les commodités" : office du tourisme, hostels, magasins de toutes sortes, marché ... Non sans mal, je finis par trouver un hostel tout vieux en planches et en tôles avec des dimensions de chambre et de salle d'eau (partagée) qui pourraient être celle d'un sous-marin. La place est comptée ! Mais c'est calme et propre. Un petit tour vers la place centrale très arborée où tous les bancs sont occupés, avec des chanteurs d'occasion qui tentent la chansonnette accompagnés d'une musique enregistrée. Une rue piétonne descend vers le Rio Valdivia. c'est la cohue avec un attroupement : un lion de mer cabotine, quémandant un peu de gourmandises au public qui le surplombe. Juste à côté se tient le marché aux poissons et aux crustacés. Les cormorans sont aux aguets, pités sur un radeau de fortune. Le marché aux poissons est immense, tout en longueur d'un côté avec, de l'autre côté, le marché aux légumes, aux épices, aux fruits. Les quais du port sont une attraction prisée du public avec des dizaines de vedettes qui proposent des virées sur les Rios qui entourent la ville de Valdivia. Il y a encore une très imposante exposition du Museum d'Histoire Naturelle du Chili sur les baleines, les dauphins, les orques mais avec des reproductions assez grossières et sans grande information sur les comportements. Un pendule de Foucault géant, prouvant le mouvement de rotation de la terre, est encore installé dans une très grande enceinte de verre, dont les dimensions sont vraisemblablement proches du pendule de Foucault du Panthéon de Paris.
En fin d'après-midi, le ciel est ... devenu bleu !
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Mardi 31 janvier 2017 - Los Lagos par la vallée du Rio Calle Calle

Très jolie étape de liaison pour rejoindre la région des 7 lacs chiliens. Avant de la trouver ... la vallée ... je me suis bien sûr fourvoyé dans la grosse ville de Valdivia. Le panneautage est vraiment déficient. Sans doute est-ce réservé aux initiés donc aux locaux ? J'ai finalement trouvé un cycliste qui devait aller au boulot qui m'a mis sur le droit chemin. Je signale que, pour une fois, google maps donne des indications qui doivent dater ... car même les noms de certaines rues et route n'existent plus. Il n'y a pourtant pas de Farc dans la Région ! (souvenir éreintant de la Colombie où c'est volontairement que la cartographie Google Maps a été faussée ...). La vallée trouvée, on est dans un petit paradis de verdure. On longe en réalité les méandres du Rio Calle Calle avec de superbes points de vue sur ce Rio au débit imposant. C'est l'heure des foins. Ca semble même tardif pour la coupe car gigantesques sont les tiges coupées. Un très grand champ de blé a été un peu abîmé par les tourbillons du vent qui ont provoqué des sculptures en creux parfois assez esthétiques. Très belle couleur dorée foncée. Le blé est mur pour être moissonné.

La route serpente au gré des divagations du Rio avec la voie de chemin de fer qui fait moins de contours. Aujourd'hui, il semble que seule une utilisation touristique lui est affectée par un train à vapeur qui relie Valdivia à Antiluhé, une bourgade à une dizaine de kilomètres avant d'atteindre Los Lagos, le train s'arrêtant de temps à autre pour la ... photo !

Les chiliens font des routes qui épousent le relief. Ainsi, après des kilomètres de chaussée assez plane, on tombe subitement sur des bosses à au moins 13% de pente sur une distance assez courte (de 500 m à 2000 m) puis, par sorte de symétrie, une descente tout aussi raide. Quelques kilomètres avant d'atteindre Los Lagos, on imagine les indiens Mapuche sur les hauteurs visionnant un paysage montueux sur des dizaines de kilomètres. Je n'ai pas vu un seul cheval aujourd'hui.
La télévision est constamment sur les incendies qui affectent le Chili depuis une bonne dizaine de jours. On a l'impression que le salut vient de l'étranger : super tanker, illiouchine, hélicoptères venus avec un Antonov ... En attendant les feux progressent toujours en raison notamment du vent et de l'absence de pluie. Les pompiers français venus participer à la lutte sont à l'honneur à la télévision chilienne.
Los Lagos est une cité carrefour. La panaméricaine y passe pour rejoindre le Sud, ici Puerto Montt. Cité avec pas mal de commerces de toutes sortes, elle est animée par une assez grande activité d'artisanat traditionnel (tricotage, sculptures sur bois, tissage ...). Demain, je traverse la panaméricaine pour aller vers le Sud-Est rejoindre le Lago Ranco, un des 7 lacs de la ruta chilienne de sietelagos.
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Mercredi 1er février 2017 - Futrono, la douce

Pas mécontent de revenir dans les terres après avoir juste dit bonjour au Lion des mers à Valdivia. Ce n'était pas trop mal quand même la petite auberge où j'ai passé la nuit à Los Lagos presque au milieu de la panaméricaine. Ce qui est incontestable est la gentillesse de la quasi totalité des personnes qui m'ont accueilli tant en Argentine qu'au Chili. Ce matin, la patronne de l'hôtel voyant que je voulais partir aux aurores m'a demandé d'aller frapper à sa porte pour qu'elle me prépare le petit-déjeuner (très succinct au demeurant : un café et 3 biscuits) et m'ouvre la porte pour sortir. Le gymkhana auquel je me livre pour sortir des zones habitées me fait rire à chaque fois car, systématiquement, je prends les rues à l'envers ... mais je finis toujours sur le droit chemin.
Et là, il est droit mais droit à l'infiniiii ! Pendant une quarantaine de kilomètres, je pouvais bloquer le guidon et lire le journal ! C'est un peu comme lorsqu'on traverse les Landes. Il n'y avait quasiment personne dans cette portion d'itinéraire où, néanmoins, on peut observer de très volumineuses et longues rangées d'eucalyptus plantés tous les cinq mètres et en quinconce d'un rang à l'autre. C'est plat, plat, plat avec de temps à autre de grandes étendues de foin que deux tracteurs sont entrain de faucher, et d'immenses champs de blé pas encore mûr.

Au kilomètre 12 de mon itinéraire d'aujourd'hui, une carrière qui prouve que l'on est sur des terrains morainiques, la coupe de la carrière montrant une accumulation (hauteur d'au moins 15 mètres) de grosses pierres, de galets le tout poli et enchassé dans un sable épais très rugueux. Ces moraines glaciaires permettent l'existence de ces lacs chiliens (et probablement argentins qui se trouvent juste de l'autre côté de l'axe andin à ce niveau - les sietelagos argentins). C'est notre collègue Laugénie qui, dans sa thèse, avait caractérisé ces terrains morainiques, ce que confirme notre autre collègue Jean-Pierre Tihay. Très intéressant !

Quelques kilomètres avant Futrono, deux bosses très raides à grimper puis descentes tout aussi raides. On arrive en vue du lago Ranco et de la petite ville de Futrono. Calme et paisible, sans trop de touristes, Futrono n'a rien à voir avec Villa Angostura, San Martin de los Andes, Pucon ... C'est une bourgade qui a les pieds dans l'eau du lac, qui respire la tranquillité. J'ai fini par y trouver, après un tour à l'Office du tourisme toujours aussi ... optimiste (tout ce qu'on m'a dit était faux), une auberge qui a des chambres refaites à neuf : sympa ! avec un bon matelas : encore plus sympa ! Ce qui est remarquable ici c'est l'ambiance du soir sans aucun vent, l'abri procuré par la cuvette du lac expliquant sans doute en partie cela. Ce soir, tout est bleu alors que lorsque je suis arrivé le plafond était gris et bas. Dans le ciel, un petit bruit : un parapente à moteur (très peu bruyant, ce qui est rare) survole Futrono. Sur le lac, des scooters, du ski nautique. On a l'impression que tout est toléré. Il faut dire qu'il y a très peu de monde ...
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Jeudi 2 février 2017 - Lago Ranco et ... la chaine casse

Quel bonheur d'avoir dormi dans un bon lit ! L'auberge de Futrono est pleine de monde. Les escaliers craquent un peu. Je déguste un yaourt et un café chaud. Le vélo est sorti sur la pointe des pieds. Les sacoches installées, j'enfile la polaire car il ne fait pas chaud du tout. Le plafond nuageux est très bas, pas un bout de ciel bleu. Je file direction un patelin qui a le même nom que le lac que je vais contourner : lago Ranco. Que c'est agréable une belle route asphaltée lisse, sans trous et sans voiture ! On est dans la région des lacs avec de belles moraines glaciaires et donc aussi avec des bosses à franchir. C'est un territoire Mapuche. L'île au milieu du lac est habitée par eux. Les noms de lieux sont des noms anciens qui ont trait à leur culture. Je retiens le plus facile Llifen un village bien sûr très marqué par l'empreinte touristique comme tous les villages du bord du lac Ranco.

Le déroulé de la route est extrêmement agréable : il fait frais, pas de soleil, très peu de circulation. ... Je vois même sur ma droite deux petits avions à côté de vaches qui broutent dans le pré. Un beau petit aérodrome est là au milieu de nulle part ! Christian pourra venir avec l'avion qu'il a fabriqué faire un petit tour en Patagonie Chilienne, mesurer le degré de pollution de l'air !
Et puis ... le dérailleur arrière change de vitesse tout seul et ... le dérailleur avant l'imite. Aïe ! J'ai déjà eu ça. Ce n'est pas bon ! Un arrêt s'impose pour constater que le maillon faible qui avait été remis en place à Villarica est à nouveau déboité. Je sors la pince, repousse tant bien que mal la toute petite goupille pour qu'elle maintienne les deux plaques du maillon de chaîne, et repars. J'ai fait une quarantaine de kilomètres depuis Futrono. Pas un chat, que des arbres et des prés, pas de maison. Dans une montée de bosse, elle me lâche ... qui ? ... la chaîne qui ... casse !

Je reste étonnamment calme même si je sais que là ça devient très sérieux et que la solution sera de me faire embarquer sur un pickup avec le Mulet. Le pouce levé, deux pickup passent sans ralentir.
Je dois trouver une solution. Je démonte bien la chaîne, déploie la trousse à outils, sort le dérive-chaîne en partie cassé, sort encore les deux attaches rapides que j'ai emportées au cas où ? ... et commence à essayer de repousser la goupille sertie avec le dérive-chaîne qui ne pousse plus droit. Quelques aller-retours de la vis sans trop forcer. Je démonte, je remonte quatre ou cinq fois le maillon de chaîne dans tous les sens possibles. Trois cyclistes passent sur des vélos de course : pas un bonjour alors qu'ils me voient affairé avec cette chaîne. Puis, un clic ... c'est où tout bon ou tout cassé. C'est tout bon ! Inespéré ! Et en une petite minute l'attache rapide est installée, la chaîne remise en ordre ... Quelques coups de pédales tout doux ... ça a l'air d'aller. Et ... Je rejoins en pédalant, comme si je marchais sur des oeufs, Lago Ranco.
Inutile de dire que si j'ai pleinement apprécié le paysage durant les quarante premiers kilomètres avec les belles courbures du lac que l'on est obligé de suivre, et à ma gauche de très belles forêts très anciennes avec beaucoup d'arbres morts, après l'épisode de la chaîne cassée, ce sont plus mes oreilles qui travaillaient que mes yeux. J'écoutais le moindre signe donné par chaque maillon qui travaillait.

Arrivé à Lago Ranco, j'ai pu trouver une chambre, non sans mal, et ... je suis allé à la fiesta de la Candelaria. Beaucoup de stands minuscules un peu semblables à nos marchés de campagne avec beaucoup beaucoup de monde. Brochettes grillées, un petit tour à la plage où, bien sûr, le sable est plutôt un peu rugueux. Et procession de la Vierge portée comme de coutume par des habitants du lieu. La messe qui a suivi s'est faite dans une église trop petite. La ferveur est étonnante. Curieux : le sermon est entrecoupé de questions auxquelles les fidèles présents répondent immédiatement en masse. Très sympathique et très émouvante cette cérémonie de Nuestra Senora de la Candelaria.
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Vendredi 3 février 2017 - Osorno, la pluie arrive, la pluie est là

Terrible cette propension à déverser subitement un déluge d'eau sauf dans les régions du Chili où les incendies font d'énormes ravages. Toute la nuit, à Lago Ranco, les grosses gouttes cognaient sur les toitures en tôle ondulée. Ce matin, petit déjeuner rapide et ... poncho, sur-chaussures. La tenancière était surprise que malgré tout je veuille partir. Durant une cinquantaine de kilomètres, jusqu'à la panaméricaine, ce sont des seaux d'eau qui sont tombés. Inutile d'épiloguer. Rien à dire d'autant que les nuages me frôlaient la moustache dès les premiers tours de roues.

 

Trois ou quatre bosses à franchir puis une grande et "belle" route en construction d'au moins 15 mètres de chaussée. L'objectif est probablement de rendre l'accès très facile aux véhicules pour la route des lacs. Rio Bueno est traversé, puis direction la panaméricaine jusqu'à Osorno sur une vingtaine de kilomètres.
Je craignais pour le vélo. J'avais la veille bien brossé la chaîne, nettoyé les roulettes, graissé à l'huile fine les maillons. Aucun problème de transmission. La chaîne a tenu. Croisons les doigts que ça dure encore trois jours.

Les chiliens semblent très tolérants. Celui qui veut faire quelque chose le fait, si ça gène ou dérange, c'est celui qui est gêné qui modifie son comportement. Je me gare sur l'herbe du trottoir ? Personne ne trouve à redire. Quand, chez un commerçant, on ne trouve pas le produit que l'on veut, alors le commerçant indique chez quel commerçant on peut le trouver. Il y a plein de petits boulots (dans les cités les plus importantes) : de la vente de brochettes que l'on fait cuire au bord de la rue, aux ventes de recharges de téléphone, de fruits, de légumes, de lunettes de soleil, de petits bijoux, de boissons, au cireur de chaussures, aux chanteurs et aux musiciens qui font la manche ... Les policiers sont dans les rues, discutant avec les gens tout en surveillant autour. Des leçons à prendre ? Très certainement ...
Ce soir, les seaux d'eaux ont repris.
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Samedi 4 février 2017 - Lago Llanquilhué - presque parfait

Osorno n'est pas si désagréable qu'on peut le dire ou le lire. Ma logeuse était folle de Paris. Elle m'a montré, ravie, sa petite tour Eiffel en plastique que son frère lui avait rapportée de Paris. Elle était fière d'avoir un français dans son auberge. Petit déjeuner prévu à 8h (c'est tard mais les distances sont moins longues et moins dures maintenant). Personne sauf un client qui vient de Coquimbo pour assister à un mariage (2 journées complètes de bus). Puis l'amoureuse de Paris vient et ne sait que faire pour que le cycliste mange suffisamment.

Départ rapide sans la pluie ! La sortie d'Osorno a été bien étudiée hier avec google maps. Je ne me suis pas fourvoyé comme d'habitude dans les grandes villes. Très plaisante la balade à vélo durant une cinquantaine de kilomètres : pas froid, pas de pluie, pas de soleil, peu de circulation, chaussée quasi parfaite. L'objectif est d'être sur le bord du lac Llanquilhué qui est une merveille d'après ce qu'on peut lire. Comme il ne me reste plus que trois jours de vélo, je dois trouver un point de chute sur le bord du lac pour ce soir sachant que demain soir j'ai prévu d'être à Puerto Varas pour, lundi, finir la boucle du périple à Puerto Montt.

Ce sera Puerto Octay, un village qui ne paie pas de mine mais qui présente à mes yeux beaucoup de qualités : il est au bord du lac donc avec accès au lac, il présente un panorama grandiose sur les deux volcans qui se trouvent à l'opposé du lac : le volcan Osorno et le volcan Calbuco, il est assez peu fréquenté, il possède juste ce qu'il faut comme restaurant, auberge. Les gens se baignent tranquillement au bord du lac. Pas de vent, du soleil ! ... La vue sur les volcans est encore un peu ... bouchée mais peut-être que ce soir le grand nettoyage se fera ?
Et ... trois heures après, le ciel s'est dégagé : beau, le volcan Osorno, cône parfait comme le Villarica. Caloté de neige (et probablement de glace) il ne fume pas. Pas très loin, le volcan Calbuco mais qui n'a pas, et de loin, l'allure de l'Osorno ou du Villarica. Je n'ai plus le temps de grimper l'Osorno.
Un seul défaut : le village mériterait un bon nettoyage des rues et des chemins. Dommage que dans un cadre aussi idyllique, il n'y ait pas ce minimum de prise de conscience d'avoir un village propre.

Rien au vélo ? ... Ben, c'est qu'il n'y a pas eu de soucis aujourd'hui. Je suis aux petits soins avec chaîne et dérailleurs. Pédaler comme si j'avais des oeufs aux pédales, changer de vitesse en faisant roue libre et du bout des doigts, ... il faut que le Mulet me porte encore deux jours !
Curiosité : c'est la première fois qu'à l'auberge on me demande le PDI, le document de la police aux frontières qui montre qu'on n'est pas entré clandestinement. Pourquoi ? Mystère ...
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Dimanche 5 février 2017 - Puerto Varas ... Ca sent l'écurie !

C'est pour demain l'écurie ... Aujourd'hui, je continue ma route des lacs chiliens qui - c'est mon opinion - est beaucoup plus agréable, dans un paysage plus aéré avec quelques volcans pointus et enneigés que les sietelagos argentins. Même si les lacs argentins font partie de tout ce qu'il y a de plus beau à voir dans ce pays. Un point commun à tous les lacs chiliens : le temps - quand il ne pleut pas - est vraiment très agréable avec, pour tous les lacs, à peu près la même température de l'ordre de 25°C sans vent mais avec une toute petite brise qui fait apprécier la bière ou la glace. Le potentiel touristique des lacs chiliens est loin d'être saturé. Calme, tranquillité, sentiment d'être partout en sécurité ... c'est vraiment appréciable. Les piétons sont rois en ville, les véhicules s'arrêtant dès que la pointe du pied touche le goudron ...

Ce matin, départ un peu tardif (8h30) et envie de profiter doucement du paysage du lago Llanquilhué que je longe sur sa partie Nord et Ouest. Mais, dès la sortie de la ville, ça grimpe sec. Au moins trois grosses bosses dont une qui assurément a une pente de plus de 13%. Moraines glaciaires ? Certainement si j'en crois les coupes visibles de la route qui mettent à jour les galets enchassés dans du très gros gravier sableux. Les deux volcans Osorno et Calbuco n'ont pas encore quitté leur manteau de la nuit. De très belles demeures datant du siècle dernier avec la forte présence allemande, sont plantées face à un paysage sublime avec l'immense lac et les volcans en fond de scène. De très grands prés sont fauchés, des élevages, des fundos sont éparpillés ici et là le long de ce plateau morainique. Quelques chapelles tout en bois ponctuent la route. Et ... un lodge de classe au plus bel endroit tout neuf, tout vernis ...

A Frutillar, tournant à droite à 90° pour joindre la ruta 5 qui, en 20 kilomètres de ruban autoroutier me mène à Puerto Varas, toujours au bord du lac Llanquilhué. Je fais sonner le péage puisque, ne payant pas, j'ai coupé le rayon mouchard. Pas grave, je lève le bras pour dire au revoir ...
Puerto Varas c'est un peu le Biarritz de mon enfance en pleine saison estivale : des gens partout mais avec des glaces, des sucettes, des gâteaux, déambulant insouciants sur la plage et ses abords. Mais pas encore la grosse fortune que l'on peut sentir par exemple à Pucon. A Puerto Varas, les gens s'étalent un peu partout, un peu n'importe comment. Des baignades mais surtout de la bronzette. Beaucoup de jeunes sac au dos ! Plus qu'ailleurs où je suis passé. La place centrale est bondée avec des piétons qui passent quelques minutes à écouter des musiciens jouant de la flûte andine ou jouant de la grosse caisse, avec les pieds qui martèlent en rythme les cymbales pitées sur le haut de la grosse caisse. Mais dès que le chapeau commence à circuler pour récolter quelques monnaies, un courant humain tout d'un coup se met en mouvement pour échapper au ... chapeau.

Journée assez relaxe malgré les bosses et les quelque 50 kilomètres. Demain, c'est le final, le retour à Puerto Montt.
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Lundi 6 et mardi 7 février 2017 - Puerto Montt - clin d'oeil du soleil

Dernier jour de ce long périple. Une trentaine de kilomètres encore mais comme toujours il importe de rester concentré jusqu'au bout pour ne négliger aucun petit détail. C'est une obligation pour le solitaire. Le départ de Puerto Varas se fait sous un petit vent frisquet mais après quelques tours de pédales, le rythme doux, régulier, sans à coups, est retrouvé. Je ne pense même plus que je bouge les jambes. La tête est ailleurs me remémorant ce tour un peu fou que je viens de faire : les durs moments de la Carretera avec cette flotte et ces gros cailloux qui prenaient un malin plaisir à me faire déraper, basculer et quelques fois chuter, ces beaux paysages après Coyhaque marqués par le massif du Cerro Castillo, le trou noir de Los Antigos où je me sentais bloqué mais aussi les aides inattendues qui m'ont permis de m'échapper au Nord à Bariloche, puis ce retour par un redémarrage à vélo pour les circuits lacustres argentins et chiliens, l'ascension originale du volcan Villarica, l'arrivée sous un soleil éclatant à Puerto Montt.

1886 km de pédalage au compteur dont 730 km environ sur la Carretera Austral. Je vois même au loin vers le Sud-Sud-Est les montagnes enneigées des parcs nationaux Hornopiren et Pumalin. La Patagonie chilienne peut donc montrer ses beaux atours ! La baie de Reloncavi a même coloré ses eaux d'un bleu profond et intense.

Maria m'ouvre la porte de l'auberge où j'ai laissé quelques affaires pour le retour dont le précieux carton pour le vélo. Ce pauvre emballage, éclaté par le manutentionnaire de l'aéroport de Toulouse, est transpercé de toutes parts. J'avais un peu anticipé ce genre de problème en emportant un gros rouleau de toile collante. Collant à l'intérieur, collant à l'extérieur, petit à petit, le carton reprend de l'allure et finit par ressembler à un éclopé certes mais à un vrai emballage qui n'attend plus que le vélo. Méthodiquement, le dépeçage commence : dégonflage des pneus, détente du frein avant, enlèvement de la roue avant, de la selle, du guidon que l'on aligne sur le cadre avec des petits tendeurs, inversion des pédales, dévissage de la béquille, mise en place du tube pvc de 50 pour éviter l'écrasement des bras de la fourche avant en cas de choc ou de tassement par d'autres bagages, alignement de la roue avant le long du cadre, l'ensemble finissant par être ficelé comme un rôti pour, au cas où, éviter la perte de morceaux de vélo avec, chose bien sûr improbable, un éventuel crash du carton.

Le mari de Maria a un problème de tronçonneuse qui ne démarre pas. C'est une très belle Stihl avec une lame de 45 cm et qui a l'air de n'avoir jamais servi. Un peu d'essence, vérification du filtre à air, du bon contact de la bougie, starter, interrupteur sur On, poignet d'accélération appuyée, un coup et ... ça pétouille puis ça s'arrête. Normal. Starter repoussé, poignée d'accélération appuyée, un autre coup et ... ça marche. Le moteur fait un bruit d'enfer. La chaîne ne bouge pas. J'actionne le bras de sécurité pour déverrouiller l'embrayage de la chaîne et ... la chaîne s'enclenche. Todo va bene.
Il faut juste un peu tendre la chaîne. Tout est en ordre. Le mari de Maria, tout heureux, part au boulot après avoir congratulé le pseudo sorcier qui l'a dépanné.
Le fils de Maria, Antonio, qui doit me conduire à l'aéroport demain matin, est mal en point. Il a passé une nuit blanche, se plaint d'une douleur vive en bas du dos. Direction le médecin qui diagnostique un probable calcul dans les reins. Aïe ! dans tous sens du terme : pour Antonio d'abord - car une colique néphrétique ... on s'en souvient ! - et puis pour moi et le vélo demain ! Une heure après être revenu du cabinet médical, retour chez le docteur qui ordonne un scanner en urgence à l'hôpital. J'essaie d'interroger Maria, soucieuse, pour ... demain matin car le Mulet ne peut pas rentrer dans n'importe quelle voiture ! Réponse : taxi. Encore un truc qui ne va pas se régler facilement ... Trois heures après, le malade est rentré à la maison. Le scanner a permis d'identifier un calcul de 3 mm mais ... Antonio va mieux. Il me dit qu'il est sous morphine. Normal qu'il se sente mieux ! Il m'assure que demain matin ça ira, le médecin lui ayant donné des comprimés pour dilater l'uretère.
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Mercredi - jeudi 8-9 février 2017 - 3 avions +200 dollars

Mercredi matin, lever à 7h car je ne sais pas comment est Antonio avec ses calculs au rein bien visibles sur l'image du scanner. Car la morphine est efficace mais ne dure qu'un temps pour ne plus sentir la douleur. Maria me dit que tout va bien. Antonio sort de sa chambre souriant. Donc ... il va pouvoir me conduire à l'aéroport de Puerto Montt. J'ai une urgence à ne pas oublier : faire tamponner par la douane de l'aéroport le papier "officiel" qu'un douanier m'a obligé de remplir pour le vélo lors de mon arrivée à Santiago. Le problème est que, contrairement à ce que le douanier de Santiago m'avait dit, il n'y a pas de douanier à Puerto Montt. Deuxième surprise : si à l'aller j'ai payé un supplément de 75 euros pour le transport du vélo, on me demande maintenant 200 dollars. Je peste de toutes mes forces mais rien n'y fait. Le seul avantage est que je n'ai pas à récupérer vélo et sacoches à Santiago pour les ré-enregistrer pour Madrid et Toulouse, les deux avions suivants. Le Chili est finalement un pays très cher. Par exemple, pour une petite assiette à dessert de crudités (salade + moitié de petit avocat), deux oeufs brouillés et 33 cl d'eau gazeuse le coût est de 15 euros (9500 pesos chiliens).

Le premier vol Puerto Montt - Santiago se fait avec un A320-200. Grosse qualité chilienne : les manutentionnaires à l'aéroport sont très attentifs à veiller au respect maximal des bagages. Le carton-vélo a été mené de champ (le vélo en position droite et à l'endroit) depuis l'enregistrement jusqu'au tapis roulant conduisant à la soute de l'avion. A Santiago, cette fois, le transfert est facilité n'ayant plus de bagage avec moi à réenregistrer. Mais, reste toujours le problème du papier "officiel" de la douane que je dois faire absolument tamponner pour sortir du Chili. Je passe les formalités pour les migrations, la police et cherche la douane ... On me fait descendre au rez-de-chaussée : pas de douane. après multiples demandes et aller-retours, je finis par trouver une petite fenêtre avec deux douaniers. Je leur montre le papier "officiel" signé et tamponné à l'aller par leur collègue. Ils ne connaissent pas ce papier qui, me dit-on, est une nouvelle formalité. Ils me demandent où est le vélo ? Ben ... dans le transit des bagages ! Un douanier compréhensif prend le fameux papier et me dit que c'est bon, que tout va bien. C'est peut-être ça aussi le Chili ...

Deuxième avion de nuit Santiago - Madrid : un superbe boeing 787-900 très haut de plafond, très long, avec deux réacteurs, mais aménagé de façon pas très pratique, avec des rangées de sièges 3-3-3 ce qui obligent aux 2-2 personnes côté hublot à déranger celui assis côté couloir. Ca peut paraître anodin mais en réalité assez embêtant pour celui qui est dérangé. Etude de cas : j'avais un siège côté hublot. Mais ... un couple avec un enfant souhaitait être avec 3 sièges côté hublot. Moi, le bon samaritan, ne voit aucun inconvénient à changer de place, sauf ... que je me retrouve côté couloir avec une dame et sa petite fille côté hublot. Et ... deux montées de moutarde au nez du cycliste. Quand on a le plateau du dîner devant soi, que la petite demande à aller faire pipi, on est obligé de faire l'équilibre pour laisser passer et ne pas tout renverser. Anodin mais ça s'est produit à trois reprises (pourtant la petite n'a pas de prostate ...) en moins d'une heure. Deuxième poussée d'adrénaline (et j'ai dû me faire violence pour me taire), alors que l'on traversait la cordillère des Andes avec un éclairage sublime de coucher de soleil, le volet du hublot de la petite était fermé, la maman et la petite regardant chacune de leur côté un dessin animé différent. Je me tordais dans tous les sens pour essayer de capturer avec mon appareil de photo l'Aconcagua au soleil couchant. Mais, comment, avec des paysages pareillement éclairés, on n'ait pas l'esprit captivé par un tel spectacle ? Non, le dessin animé sur le petit écran est plus captivant.
Troisième avion : Madrid - Toulouse. C'est toujours le même Embraer qui fait la liaison. Embarquement par bus. Montée rapide de l'avion en altitude avec temps superbe sur des paysages illuminés par les sommets enneigés. Le passage des Pyrénées est exceptionnel. On passe exactement au-dessus des montagnes entre vallée d'Aspe et vallée d'Ossau avec une vision rare de l'Ossau enneigé pris sous cet angle à 9000 mètres. Là, j'ai pu prendre des photos l'avion n'étant qu'à moitié rempli, et pouvant donc me déplacer de hublot en hublot.

L'heure de vérité au tapis roulant des bagages : Il faut trouver une pièce de 1 euro pour le chariot ... Les sacoches arrivent donc espoir peut-être pour le vélo. Je file au tapis pour les bagages de dimension exceptionnelle. Des skis, puis ça ferme. Sonnerie, et ... le tapis se met de nouveau en route. Là-bas, je vois un carton avec le dessin du vélo mais ... encore une fois tout ouvert. J'avais heureusement tout ficelé à l'intérieur. Rapide inspection : tout a l'air complet. Je remets du collant pour fermer à peu près en attendant mon fils Thomas qui doit venir me chercher.
J'oubliais : à Toulouse comme pour la traversée des Pyrénées, un ciel radieux !
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Un grand merci à toute la famille et à tous les Amis qui m'ont encouragé au cours de ce périple un peu particulier où j'ai parfois eu des conditions météorologiques exécrables.

La Carretera Austral est aujourd'hui, de mon point de vue, assez inintéressante à parcourir pour un cycliste de Puerto Montt à Coyhaque. La raison ? Les très nombreux travaux de terrassement qui n'en finissent pas avec le dépôt de très gros gravillons non damés sur des kilomètres qui rendent très difficiles le pédalage notamment dans les très fortes pentes que l'on rencontre. Ajouté à cela, un très mauvais temps comme j'ai eu qui empêche souvent toute visibilité du paysage avec un plafond nuageux très bas, une pluie qui nécessite le poncho, des rafales de vent ... le plaisir du cycliste devient vite très limité. En revanche, il faut recommander fortement le très beau circuit des lacs de la Patagonie argentine et chilienne au Nord de Bariloche et de Puerto Montt avec toutefois un passage ardu dans la traversée du parc national Lanin. La montée au cratère et la vision des projections de lave incandescente du volcan Villarica restent le clou du voyage, à ... recommander fortement.