Amérique du Sud

Patagonie 2020

Après avoir bouclé mon chainon manquant en Patagonie

La Patagonie surprend toujours ! 4 voyages dont 3 à vélo. Magie des paysages rencontrés ... Météo exceptionnellement capricieuse et parfois extrême ! La Carretera austral est un classique du cyclotourisme, mais jamais très facile car très rares doivent être ceux qui la parcourent dans d'excellentes conditions. Il y a toujours quelque chose qui ne facilite pas le bipède qui la parcourt à vélo : un soleil très cuisant (rare), une pluie qui peut être drue voire cinglante, parfois de la neige, un vent qui peut être épouvantable (rafales paralysantes), un ripîo roulement à billes (sur pas mal de portions), une tôle ondulée fracassante (fréquemment), des crevaisons à répétition (et oui ! ...), un porte-bagage démembré à force de sauter sur la piste (ça arrive !), une chaine qui casse, un pneu crevassé, un pédalier qui bloque ... un cable qui ... la soif qui ... la faim qui ... la tente qui ... le réchaud qui ... ! Impréparation ? Pas nécessairement.

Le petit chainon manquant de mes parcours que j'ai fini par boucler en janvier 2020 - Coyhaique-Puerto Yungay - m'a fait vivre beaucoup de tous ces tracas de cycliste. Le tout est d'arriver à dépasser les difficultés et de pouvoir avancer à nouveau en pédalant tant bien que mal. A dire vrai, le parcours de la Carretera austral à vélo est plus une performance qu'un voyage contemplatif. Le nez dans le guidon est une constante. Lever la tête en pédalant oui c'est possible sur les portions roulantes sans trop d'effort. Elles sont rares. On est le plus souvent arc-bouté sur le guidon pour tenir ferme l'engin à deux roues. Lever la tête pour admirer la Nature environnante ne peut être qu'une position de courte durée car la nuque se raidit et ... les yeux ont besoin de bien voir où l'on met la roue avant ...

La portion Coyhaique - El Chalten est très spectaculaire. Pour l'habitué de la montagne, il y a là un condensé de tous les étages altitudinaux avec en plus les énormes glaciers proches, et une Nature foisonnante sur des superficies totalement inhabituelles. Les lacs argentins au Nord de Bariloche et peut-être surtout les lacs Chiliens au Nord de Puerto Montt sont un régal pour pédaler sans trop d'efforts. La montée de Puerto Natales vers El Calafate puis El Chalten avec en ligne de mire les massifs du Paine et du Fitz Roy procure d'exceptionnelles sensations par la grande magnificence de ces paysages. Mais ... Monsieur le Vent s'invite souvent ...

L'accueil des Patagons, rares et surtout dans les grosses bourgades, est toujours fait de passion et de partage. Ils veulent entendre que la Patagonie est un pays unique, dur, vivant, sauvage, attachant. Partout où je suis passé, beaucoup d'interrogations : pourquoi le vélo ? "Tu n'as pas assez d'argent pour te payer une moto ?" ... Le vélo, un luxe de nanti ... à moins que ... un peu maso ... Certainement de tout ça et de bien d'autres choses encore ...

4 février 2020

 

Patagonie 2020

La Carretera Austral ! Je vais finir par la connaître par son petit nom ! Troisième virée tout là-bas, tout loin ... Trois avions ! Aïe le bilan carbone ... mais je dois compenser avec le vélo non ? J'y retourne ... pour essayer de boucler ce que je n'ai pas pu finir en décembre dernier à cause d'un vilain petit bout de cable de dérailleur qui ...

Cette fois, le troisième avion c'est non pas Santiago - Puerto Montt mais Santiago - Balmaceda. Balmaceda ... c'est où ? Tout près de Coyhaique, une chouette petite ville où j'étais passé il y a deux ans. Billet d'avions avec LATAM, la très belle compagnie chilienne que j'ai utilisée lors de mes voyages au Chili. Toujours des complications avec les avions ... Le billet pris, quelques mois après, LATAM m'informe que le vol Santiago - Balmaceda est annulé ! On finit par trouver une solution : passer une nuit à Santiago airport pour prendre l'avion le lendemain matin de bonne heure. Bon ... Et puis, lors des jours de réclame de fin novembre, je m'aperçois que l'avion annulé est en service à l'heure et au jour qui était soi-disant ... annulé. Coups de téléphones multiples pour arriver à trouver quelqu'un qui m'écoute ... No problem ! « Exceptionnellement » on consent à me remettre sur le vol « annulé ». Ouf, histoire de Ouf ! Ca m'évitera une nuit à Santiago airport ! L'avion c'est toujours ce qu'il y a de plus compliqué pour un cycliste ...

Au fait ... départ le 12 janvier 2020 pour Balmaceda à 50 km du départ vélo de Coyhaique

2020 Coyhaique - Puerto Yungaï ... aller-retour ...

Avant le départ ...

Chaine remplacée, jante arrière d'origine changée, patins de frein tout neufs, le vélo doit être prêt ! Je l'écoute comme on surveille un convalescent. De temps à autre, même avec la chaine neuve, mes pédales sursautent. Bizarre. Pascal, docteur vélo d'Oloron, me dit que ça vient des pignons qu'il faut changer. Il me met une cassette 11 x 34 à neuf vitesses. Je reprends le vélo et au premier effort en côte, clac ... plus de chaine. L'attache rapide a cédé. Mieux vaut que ça arrive ici ! ... Le vélo, vite remis sur pattes, doit être testé. C'était hier. Ce matin une pluie fine ressemblant à de la neige fondue me fait hésiter. La neige est à 800 mètres d'altitude. Pourtant, avant de mettre le Mulet dans son carton, je dois vérifier que tout est en ordre. Sans trop réfléchir, je pars faire un tour. Les doigts prennent un petit onglet pas très agréable. Ca pèle dur ! Plateaux, pignons, tout passe bien. J'ai l'impression que le vélo avance tout seul ! Sympa d'avoir du matériel en état. Je retourne trempé à la maison. Tout est en ordre. Le Mulet est démonté, mis au cachot cartonné ...

L'emballage carton est ce qu'il y a de plus protecteur pour le transport du vélo en avion même si la plupart du temps le carton arrive complètement éventré. Le recours aux marchands de cycles permet de récupérer les emballages de vélos neufs. Avant, j'utilisais les cartons d'Air France mais l'agence a disparu de l'aéroport de Pau. Lorsque les cartons sont très grands, il vaut mieux les recouper pour éviter d'être refoulé lors de parcours en avion de faible contenance notamment à cause de l'accès en soute, voire comme cela m'était arrivé à l'aéroport de Barcelonne, d'être trop large pour le contrôle en machine. Cette fois, j'ai taillé le carton pour un gabarit 173 cm x 83 cm x 20 cm, avec la roue avant, le guidon, la selle, la béquille, démontées, les pédales retournées, le tout bien calé avec ma tente, mon matelas coquille d'oeufs, le casque. Plus possible pour le Mulet de bouger le moindre pignon.

Dimanche 12 janvier 2020 - Départ toujours un peu stressant pour ... le vélo

Réveil en sursaut dans la nuit ! J'ai oublié de dégonfler les pneus ! ... Coups de cutter pour défaire les attaches du carton. La roue arrière restée fixée consent à tourner jusqu'à ce que la valve soit à portée. Pchitt ... Ouf ! Sinon le risque d'éclatement est grand en raison des changements de pression en soute (encore que lors de mon retour du Kenya les pneus étaient restés gonflés et étaient entiers à l'arrivée - mais j'avais averti à l'embarquement).

Etape à Léguevin près de Toulouse chez ma fille Laure pour célébrer de manière un peu anticipée l'anniversaire de Ninon (8 ans) et de mon gendre Pierre. Mon fils Thomas avec Nadine étaient de la fête. Raclette réussie et patisseries excellentes !

Ce dimanche, Pierre me conduit à Blagnac.

L'avion ... tête à l'envers pour le cycliste !

Todo esta bien ... pour le moment !

Toujours premier ... au guichet d'enregistrement ... Ca permet la causette avec un jeune joueur de rugby au parcours étonnant : né d'un père hollandais mais français de naissance, parents hôtelier en Savoie, coureurs de pays dont Etats-Unis, Espagne, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud ... ce joueur de rugby a été recruté dans l'équipe de Pau en octobre, mais fait aussi partie de l'équipe division 1 d'Espagne. C'est pour cela qu'il prend le même avion que moi pour Madrid. Il est aussi en deuxième année de l'école supérieure de commerce de Pau. Bref, un garçon qui a beaucoup d'atouts. Son nom : j'ai entendu quelque chose comme « Bruinsman ... ». A retenir puisque dans tous les pays où il est passé, on l'a pris de suite dans l'équipe nationale.

L'employée au guichet est équatorienne. Je lui parle de son beau pays. Le vélo ne l'effraie pas. Pour une fois, on ne me dit pas que le vélo risque ne pas partir car l'avion est petit ... 100 euros avec, pour la première fois, nul besoin de le récupérer à Santiago du Chili pour réembarquer dans un avion LATAM de ligne intérieure. Par précaution, elle me dit de me renseigner tout de même à Madrid.

Près du comptoir d'enregistrement à Toulouse, un comptoir Avia où je vois qu'ils vendent des cartons pour les vélos. Renseignement pris c'est 35 euros ! Mieux vaut aller chez son cycliste en récupérer un gratis.

Au passage du portique pour bagages hors normes je dis à l'employée que ce serait plus que bien si le vélo pouvait prendre le même avion que moi. In petto, l'employée hurle le numéro du vol Iberia. Il ne manquait plus que le répétiteur mais ... il devait être loin !

Embarquement du Mulet à Toulouse

Le vélo a réussi à passer mais en diagonale par la porte étroite de la soute. Un bon début ! Le Bombardier est plein comme un oeuf.

Le survol des Pyrénées est agrémenté de belles couleurs rougeoyantes. On passe un peu à l'Est de la vallée d'Ossau : je reconnais le Moule de Jaout dont le sommet enneigé est éclairé par une douce couleur orangée, les montagnes de Gourette, la vallée du Soussouéou bien originale par les falaises de la Tume - une belle discordance géologique, mais l'avion a soudainement viré à droite pour filer pile au-dessus du Pic du Midi d'Ossau. Cette fois, je ne le verrai pas. L'atterrissage à Madrid est toujours très long : il faut rouler pas moins d'un bon quart d'heure avant de stopper. Impressionnantes les surfaces goudronnées de cet aéroport. Puis jeu de pistes pour prendre le train-navette qui mène au nouvel aéroport et trouver après près d'une demi heure de marche le terminal S. A noter que le vol Iberia Toulouse-Madrid ne donne plus de boisson et de sandwitch que contre monnaie sonnante.

Passage au-dessus des Pyrénées

1ère étape Madrid

Lundi 13 janvier 2020 - Avions ... toujours vérifier

Vol LATAM Madrid - Santiago du Chili dans un boeing 787-9 en apparence en pleine forme (c'est le cas pour les moteurs) mais qui avait dû faire des kilomètres si j'en juge le siège où j'étais qui n'avait plus d'amortisseurs même dans le dossier. Ca grinçait de partout. Dans les toilettes, un engin métallique avait dû être oublié car ça claquait des castagnettes tout le temps au plafond ...

Heureusement que j'ai vérifié au comptoir LATAM de Madrid si je devais ou non récupérer les bagages à Santiago : affirmatif me dit l'agent LATAM m'expliquant qu'il fallait d'abord passer la douane puis les migrations.

Vol sans histoire. Grande classe des hôtesses, nourriture moyenne, boissons itou. Arrivée à l'heure prévue avec donc 4 heures de décalage avec la France. Les sacoches arrivent en premier puis le carton vélo qui déborde beaucoup dans les virages du tapis roulant. Un peu explosé aux poignées et au centre, je comble vite avec du collant solide que j'emporte toujours dans la sacoche cabine.

Direction le change. Un employé qui n'en est pas un (il se fait ainsi un peu de pesos) me guide pour le réenregistrement des bagages et du change. Efficace. Du coup je lui donne 5000 pesos (en gros 6 euros) mais ... il me dit que ce n'est rien. Je lui dit que cela fait 6 euros. Il ne pipe plus mot et me salue avec une bonne poignée de main.

L'avion pour Balmaceda est un 320, Airbus bien sûr. On longe la cordillère pour aller plein Sud, mais cette fois je ne verrai pas les volcans Villarica et Osorno car il n'y a pas d'escale à Puerto Montt. Avion direct donc : on dirait en France une ligne d'aménagement du territoire. Le vélo a encore pris un bon coup avec une poignée toute déchirée, mais au moins il est là. Je piste comme indiqué par Martha la tenancière du logement qui m'abrite à Coyhaique, Valencia transfert une navette qui - aïe - ne peut pas contenir le carton vélo. Je rouspète dis que l'on avait téléphoné à l'agence pour s'assurer que tout allait bien se passer (j'avais appris par coeur la traduction espagnole) ... et puis je vois que quelques minutes après une navette de l'agence plus grande arrive pour moi tout seul ! Efficace tout de même. Chez Martha et son mari - qui viennent d'avoir leur deuxième fille (4 mois) - la réception est parfaite. Je remonte vite le vélo, va vite acheter un peu de vivres pour demain, va vite trouver un restaurant car la journée a été maigre en nourriture, vais vite me doucher, ranger les sacoches, pour essayer de prendre encore un peu de temps pour écrire quelques mots sur le site. Allez dodo. Demain matin 6h30 petit-déjeuner et - enfin - 100 km à pédaler ... si tout va bien !

Mardi 14 janvier 2020 - Villa Cerro Castillo - Une bonne entrée en matière

Couché tard, levé tôt avec la petite musique de la pluie qui tombe sur les tôles ondulées des appentis attenant à l'hôtel familial de Martha. Hier la température était chaude. Ce matin petite pluie fine température acceptable, passage quasi glacial dans la réserve naturelle des Huemuls, pluie plus sévère avec vent de face patagonien pour les 25 derniers kilomètres. Voilà ... c'est la Patagonie !

Départ de Huemul Patagon

La sortie de Coyhaique est facile. On prend la Carretera austral jusqu'à l'embranchement au bout de 40 kilomètres qui sépare la Carretera austral de la route qui mène à l'aéroport de Balmaceda et en Argentine. Trafic intense sur ces premiers kilomètres : taxis et petits bus roulent à vive allure pour atteindre l'aéroport dans les temps. Il faut dire qu'il y a quatre grandes portions de travaux où l'on ne peut rouler que de manière alternée en gros tous les quarts d'heure. Le cycliste, lui, après avoir demandé la permission à l'employé qui fait la circulation, passe tranquillement sur la voie en travaux.

J'avais déjà fait cette étape jusqu'à Villa Cerro Castillo lors de ma première venue sur la carretera austral, dans des conditions de temps qui m'avaient fait jeter l'éponge après. Aujourd'hui, j'ai redécouvert les immenses prairies où l'on coupe un foin étonnamment dense, les bordures de route fleuries naturellement avec ce que chez nous on appelle des lupins mauves et blancs et des immenses fleurs bleues qui font penser à des vipérines géantes, les très beaux espaces forestiers de la réserve naturelle des huemuls, une espèce intermédiaire entre chevreuil et cervidé. Mais je n'en ai pas vu alors que Martha l'hôtelière a pu en photographier sur le bord de la route depuis sa voiture. Faut dire que si j'ai pu passer entre les gouttes la plupart du temps, dans la réserve des huemuls le temps était vraiment froid et ... de pire en pire avec à la fois la pluie qui est devenue assez cinglante, et Monsieur le vent patagonien qui est venu me dire bonjour avec des rafales à bien tenir le guidon et l'équilibre durant les vingt cinq derniers kilomètres. Mon arrivée trempée s'est fait remarquée en entrant dans un restaurant que je croyais être un hôtel. J'ai fini par trouver l'hostal El Rodéo, sans étoile, mais avec un poële à bois allumé fort agréable quand on arrive pas mal mouillé.

Ce fut une étape fort honorable en guise de mise en train. Une dénivellation cumulée positive de 1595 m, 98 km, et des conditions météos patagoniennes mais mais pas extrêmes comme j'ai pu en trouver les années passées.

Coyhaique - Villa Cerro Castillo, 98 km, +1595 m -1553 m

Mercredi 15 janvier 2020 - Chelenko Hot Spring – Le ripio et les bosses …

Diner pantagruélique hier soir au restaurant Villarica à Villa Cerro Castillo. Villarica nom du volcan chilien en activité mais, comme je l'ai vu, avec un minuscule cratère. Ca fume et parfois on voit la lave incandescente rouge. Hier soir Lomo a la pobre agrémenté d'un beau flacon de bière blonde. Il fallait ça pour préparer la journée d'aujourd'hui.

Psychologiquement, c'était là à 3 km de Villa Cerro Castillo que j'avais jeté l'éponge pour continuer la Carretera austral que j'avais parcouru depuis Puerto Montt sous des abats d'eau et avec le fameux vent Patagonien. J'avais bifurqué vers l'Argentine. Aujourd'hui, je retrouve presque mes coups de pédale d'il y a deux ans, reconnaissant les moindres passages. Il fallait donc dépasser les 3 km. Lever à 6h15, le poêle à bois est déjà allumé. Un café au lait, un yaourt, trois biscuits et le départ est donné. Le temps est moyen mais il ne pleut pas. Le vent par contre tourbillonne un peu.

La massif du Cerro Castillo est encapuchonné

La sortie de Villa Cerro Castillo est cimentée

Le ripio est assez éprouvant

L'arrosage n'arrange pas les choses

C'est parti ! Sur 15 km le ripio a été cimenté. Mais les bosses sont omniprésentes avec des montées raides voire très raides (petit-petit) qui, sur le ripio, énerve un peu le cycliste car ce ripio est toujours constitué de ronds cailloux non tassés de 3 à 5 cm. Le paysage à la sortie de Villa Cerro Castillo est splendide avec les belles montagnes acérées qui bordent le petit village. La ronde des camions et des pick up est sans interruption car d'énormes travaux sont en cours pour, à terme, aplanir un maximum la carretera austral. Je me croyais en Chine où les terrassements énormes suppriment des pans de montagne entiers.

Des cyclistes de toutes nationalités me suivent, me dépassent, me croisent. Etonnant ce ballet des vélos sur cet itinéraire. J'ai croisé un couple de français d'Ardèche. Les kilomètres de ripio durci par les va-et-vient des engins de travaux publics cassent un peu l'ambiance des magnifiques paysages du départ. On longe plusieurs très belles lagunas. Mais le temps passe ! Rouler entre 4 et 5 km/h avec le vent de face et les coups de boutoir des rafales, c'est pas terrible pour les kilomètres gagnés.

Je pensais camper quelque part. Alors que j'avançais sans trop de conviction pour choisir un emplacement, une pancarte au milieu de nulle part indique un hôtel : Chelenko hot spring. Surprise ! C'est un tout nouvel établissement au fond des bois sur les bords du Rio Murta dont je serai un des tout premiers pensionnaires. Après une rude journée de pédalage en ripio, un bon lit permet de mieux récupérer. Mais le wifi n'est pas encore installé.

Au total, ma barrière psychologique de mon arrêt d'il y a deux ans, a été dépassée. Mais cette étape est d'un bon niveau et pour le vélo et pour le cyclste. Demain je rejoins Puerto Rio Tranquilo.

Villa Cerro Castillo - Hôtel Chelenko bordant le rio Murta, 81 km +1007 m -1120 m

Jeudi 16 janvier 2020 - Puerto Rio Tranquilo - Vélo ... bateau

Compatible ? Complémentaire aujourd'hui. Les employés de l'hôtel Chelenko ont voulu prendre en photo devant l'hôtel le premier client de l'hôtel ... Départ sans vent (mais oui ça arrive ...) sur une « presque route » qui est une belle chaussée empierrée aux cailloux fort pointus et donc aussi ce que l'on nomme aussi une piste tape-cul et tôle ondulée. Mais à la lumière toute douce du matin, au calme apaisant du lever du jour sans pluie sans vent, le pédalage est un régal. Oublié le ripio (pour aujourd'hui). Ca monte un peu toujours avec les fameuses bosses pentues mais l'envers des bosses est un bonheur. On avance sans pédaler même si ça secoue pas mal. Il faut faire très attention aux dérapages lorsqu'on est un peu trop sur le bas-côté car la piste penche du mauvais côté et la chute est rapide.

On ne joue pas dans la même cour, hé Mulet !

 

Beaucoup de forêts de lengas emplis de lichens, remplacées au fur et à mesure que l'on descend en dénivellation par des semblants de prairies jonchées de troncs brûlés, témoignage des pratiques qui, pour récupérer des surfaces d'herbe, consistaient à mettre le feu à la forêt. Peu ou pas de maisons et de cabanes occupées, peu ou pas de bétail hormis quelques vaches brunes et des beaux moutons à la laine fournie. Je demande à un gaucho qui menait deux chevaux si je pouvais le prendre avec mon « kodak », il réajuste le béret et me fait un grand sourire. Clic-clac.

Lago général Carrera

La journée vélo est courte aujourd'hui : joindre Puerto Rio Tranquilo. Quelques 45 kilomètres. Mais quelques sacrées rampes encore dont la seule portion pavée où j'ai failli mettre pied à terre tellement l'inclinaison était coriace. Puerto Rio Tranquilo, un curieux village très prisée des touristes. De fait, il y a beaucoup de possibilités de découvertes et de pratiques : glaciers, rafting, canoë, et ... le tour des Capilla de Marmol.

C'est LA curiosité du coin : des falaises érodées qui font penser à des piliers d'église et à des sculptures naturelles ressemblant à des stalagmites. Pour y aller, c'est le hors-bord avec 20 personnes vêtues d'un gilet de sauvetage. Un quart d'heure à vitesse « normale » pour l'approche, une bonne heure de glissade dans ce labyrinthe rocheux très évocateur par les formes à des têtes d'animaux. Le lago Général Carrera a une couleur magnifique du vert émeraude au bleu turquoise selon les endroits avec des points blanchâtres dues au vent. Le retour se fait à fond les manettes. Tout le monde met le poncho, s'accroche aux poignées. Le bateau remonte contre le vent. D'énormes sauts font cogner la coque et hurler les passagers. L'arrivée provoque soulagement et rires fous. Ca a décoiffé !

J'ai trouvé une auberge très occupée par les back packers, d'une propreté remarquable : Hospedaje Bellavista. Une seule possibilité : dormir dans un dortoir de quatre.

Journée douce comme on peut en avoir quelques fois en Patagonie.

Hôtel Cheleko - Puerto Rio Tranquilo, 45 km +575 m -565 m

Vendredi 17 janvier 2020 - Puerto Bertrand, de la tôle …

... ondulée tout le long ! très dure comme du ciment. Etape éprouvante pour le vélo qui a failli perdre une sacoche et qui, lors d'une descente un peu raide et donc rapide, avec le soleil au zénith qui effaçait le relief des creux et des bosses, s'est mis à sauter tout seul comme un cabri fou au point que la chaine a déraillé, le guidon est parti en avant, mais le bonhomme est resté en selle.

Parti ce matin de l'Hospedaje Bella Vista avec un copieux petit-déjeuner préparé par la patronne dont deux énormes merveilles bien gonflées, j'ai eu la surprise de cette étape à trous et à bosses sur plus de 70 km ! On longe le lago General Carrera mais avec les fameuses montées-descentes tracées pour les engins militaires donc des versants symétriques où l'on est obligé de monter petit petit à la limite de la perte d'équilibre (un peu moins de 4 km/h).

On traverse les forêts de lengas avec de temps à autre des ouvertures sur les paysages du lago General Carrera. Une bande de quatre cyclistes me suit, me dépasse, que je redépasse, et que je perds de vue. Au bout d'une cinquantaine de kilomètres, on atteint un carrefour de pistes : à gauche elle permet de passer au Sud du lac Général Carrera pour joindre notamment Chile Chico ; à droite on part vers Puerto Bertrand et Cochrane. C'est là que ça passe aujourd'hui. Mais une énorme et longue pente se profile. L'équipe des quatre jeunes cyclistes a l'air de tirer la langue. Dur, dur mais « ça le fait » ! En plus de la tôle ondulée la pluie s'est « invitée ». Par deux fois j'ai mis le poncho. Quelques vaches sur la piste. On passe sur plusieurs ponts qui permettent de traverser les multiples cours d'eau qui alimentent le lac.

Lago general Carrera

Puerto Bertrand est un tout petit village au bord du lac du même nom. J'ai pris la première chambre trouvée. Tout est un peu plus cher qu'ailleurs mais c'est peut-être le prix à payer pour maintenir des habitants dans des coins aussi reculés et aussi difficiles d'accès.

Demain j'espère atteindre Cochrane où je ferai une halte d'un jour

Puerto Rio Tranquilo - Puerto Bertrand, 71 km +1107 m -1100 m

Samedi 18 janvier 2020 - Cochrane - Sublime Rio Baker ... panne !

De Puerto Bertrand à Cochrane : 49 km. Etape courte. Mais ... départ juste un peu avant Pierre, l'italien solitaire qui a occupé la même auberge. D'emblée, la piste est meilleure mais montre les dents avec des portions aux pentes terribles qu'il faut très vite (au sens propre) descendre. On comprend qu'on ait envie d'applanir un peu. C'est toujours une succession de « montagnes russes » entrecoupées d'assez longues portions plus tranquilles.

Le Rio Baker nait du lago Bertrand. Son débit est exceptionnel au point évidemment d'attirer les investisseurs pour des descentes en canoë, en rafts, pour la pêche (au saumon ...), mais aussi pour la construction d'un énorme réservoir qui ennoierait des dizaines de milliers d'hectares entre Puerto Bertrand et La Caleta Tortel pour une énergie électrique qui alimenterait toute la région de la capitale chilienne. L'opposition est forte, heureusement quand on voit la beauté somptueuse des paysages du Rio Baker.

Au bout d'une descente très gravillonnée en virage (c'est dans les virages que la tôle ondulée est la plus recouverte de gros graviers), la vitesse saute et ... bloque. Un rapide examen m'oblige à démonter mon barda arrière pour décoincer deux maillons de la chaine qui, avec les rebonds du vélo, étaient allés au-delà du plus petit pignon. Rien de bien grave. La piste continue de monter dur puis de descendre dur. On longe par les hauteurs le beau Rio Baker. Des agences de pêche, de rafting, de canoë sont implantées ça et là. Il faut dire que les lieux apparaissent paradisiaques. Je commence à sentir que les cailloux deviennent de plus en plus gros : c'est ma roue arrière qui doit se dégonfler un peu. 50 coups de pompe. Espérons que ça tiendra ... Quinze kilomètres environ avant l'arrivée à Cochrane, une drôle de sensation m'envahit : mes pédales ne tournent plus, bloquées. La chaine a dû se coincer. Pas étonnant avec cette piste qui doit massacrer pas mal de matériel puisqu'on ne fait que sauter. Mais là, ce n'est plus la roue arrière, c'est un blocage de la chaine entre les plateaux du pédalier. Je mets beaucoup de temps à trouver la solution et la raison de ce blocage. Un caillou - lors d'une descente un peu musclée - a eu la bonne idée de percuter apparemment assez violemment le plateau médian au point de faire un creux légèrement percé et, revers du creux, faire un cône acéré du côté du petit plateau. Le hasard des changements de vitesse entre plateaux a fait qu'un maillon de chaine s'est pris dans ce cône acéré du plateau médian, bloquant tout pédalage et tout changement de vitesse. Ayant réussi à libérer le maillon et à refaire tourner les pédales, j'ai terminé les 15 derniers kilomètres en utilisant seulement le tout petit plateau.

Cochrane est une petite ville. Trouver un réparateur de vélo doit être possible. Le patron de l'auberge téléphone à un ami réparateur. L'examen de la bête indique que la meilleure solution est de changer le plateau médian abimé ainsi que la chaine (avant de partir j'avais fait changer tous les pignons, la chaine, le dérailleur avant). Il téléphone à Coyhaique pour obtenir les pièces qui pourraient être transportées par bus demain dimanche, pièces qu'il me montera dès réception. A défaut, on limera l'excroissance métallique du plateau médian. Rien n'est sûr à l'heure où j'écris ces lignes. J'avais prévu une pause cycliste d'un jour. Elle tombe ... à pic !

Puerto Bertrand - Cochrane, 49 km +917 m -962 m

Dimanche 19 janvier 2020 - Cochrane, l'attention ... même le dimanche

Aujourd'hui c'était prévu jour de repos. Agréable de rester un peu plus tard au lit, de se faire servir une petit-déjeuner classique mais avec aussi des oeufs brouillés, tout près de la cuisinière à bois qui donne plus que de la chaleur, une odeur, une ambiance.

La réalité c'est aussi cette inconnue qui mange le cerveau avec cette panne de pédalier, qui vous met totalement dépendant de personnes que vous ne connaissez pas, qui ont un abord sympathique mais seront-elles efficaces pour me permettre de repartir confiant dans le matériel qui doit être ou changé ou réparé du mieux possible ?

La chaine de solidarité a fonctionné : le patron de l'hospedaje Raices, Alejandro, qui téléphone à un ami réparateur de cycle, Thomas, qui téléphone à un ami fournisseur de matériel vélo à Coyhaique qui lui-même téléphone à un réparateur vélo de Coyhaique pour savoir s'il a le plateau médian shimano 32 dents qui ensuite - c'est le week-end - envoie ledit plateau à la gare routière de Coyhaique pour qu'un bus transporte le colis sans délai aujourd'hui dimanche à Cochrane, puis Thomas le réparateur de vélo de Cochrane qui est allé par deux fois à la gare routière de Cochrane ne sachant pas quel bus et à quelle heure le colis arriverait, Thomas qui à 18h30 - c'est dimanche - démonte mon pédalier, met le nouveau plateau, fait les réglages de cable et me rend le vélo prêt à partir. Magnifique ! Merci à tous !

Eglise de Cochrane

Autre réalité : ce matin l'intuition me conduit à tater le pneu arrière. Bien m'en a pris : il est quasiment dégonflé. Je démonte tout, teste la chambre à air dans un sceau d'eau, trouve le tout petit trou. Rustine autocollante mais par précaution je mets une chambre à air neuve.

Tomkins qui a acheté des milliers d'ha pour préserver la Patagonie

Ce soir, le miracle a eu lieu. Demain, départ pour la dernière liaison qui, au total, m'aura fait boucler un très bel ensemble de parcours patagoniens tant au Chili qu'en Argentine. Mais Puerto Yungay est encore loin (j'espère deux jours de vélo sans panne !) et puis le retour sera probablement plus dur à assurer compte tenu des pentes descendues depuis Coyhaique qu'il faudra ... remonter.

Les réseaux wifi devraient être inexistants pour les quelques jours qui viennent.

Lundi 20 janvier 2020 - Le Mulet aux abois ! …

Le patron du restaurant Nirrantal à Cochrane me disait de regarder dehors le ciel : il identifiait les barres blanchâtres comme des reliquats de fumées venant d'Australie. Il disait que ces fumées faisaient un halo général dans l'atmosphère qui modifiait la visibilité en la drappant d'un flou réduisant la netteté.

Lever à 6h30 pour petit-déjeuner espéré à 7h30. Mais la maison ne fait les petits-déjeuners qu'à partir de 8 heures. On m'a préparé deux sandwitchs et une banane. Manquent les oeufs brouillés et le café chaud …

Surprise en chargeant les sacoches : le porte-bagage arrière a un segment cassé net à une jointure ! Diable ... sans doute encore un effet de la tôle ondulée et des sauts brutaux à répétition. Je vais finir par admettre que le vélo commence à rendre l'âme ... J'arrime un peu différemment la sacoche arrière droite en déplaçant les attaches. Pas terrible mais pas d'autre solution. Je file rejoindre la Carretera austral lisse mais oui ... durant un petit kilomètre. Les tressautements recommencent. Je fais bigrement attention à ne pas trop secouer le Mulet et ... 12 kilomètres plus loin le pneu arrière !... Le sort s'acharne sur ce vélo : crevé ! et pourtant changé neuf d'hier. Je vérifie qu'il n'y a pas quoi que ce soit dans l'enveloppe du pneu qui occasionnerait une crevaison, monte une nouvelle chambre à air neuve achetée hier à Thomas le réparateur de vélos. Un cycliste solitaire arrive, français d'Auberviliers, qui compte joindre Ushuaia. Il parle beaucoup. Je le laisse filer. Je gonfle autant que je peux et je repars encore plus précautionneux. J'ai l'impression que le Mulet va me lâcher : pas bon les pannes à répétition. Je gamberge pas mal en évaluant les scenarios possibles : nouvelles crevaisons, porte-bagages qui cassent, dérailleurs qui bloquent ou chaine qui casse ... et le bonhomme qui reste en plan sur cette piste quasiment déserte ... Je retourne à Cochrane ? Je continue jusqu'à Tortel ? jusqu'à Puerto Yungay but ultime fixé ? Et revenir comment si les ennuis continuent ? …

Les coups de pédales sont ceux d'un robot : j'avance quand même vers le Sud, longeant quelques lagunas, me faisant sévèrement empoussiéré par les autos, motos, camions, bus.

Tiens, deux vélos allongés : ce sont deux chiliennes qui me proposent de manger un peu. Bonne idée ! Discussions en forme d'onomatopées mais on arrive à se comprendre. Bien sûr, elles veulent m'entendre dire que le Chili est le pays d'Amérique du Sud que je préfère ! Elles parcourent quelques portions de la Carretera austral en flânant à vélo par petites étapes.

Il est 14h30, j'ai fait une soixantaine de kilomètres avec toujours de solides montées-descentes. Je continue encore un peu pour trouver un lieu où mettre la tente. J'écris dans la tente après m'être fait pas mal attaqué par les tavanons qui ressemblent aux taons de chez nous. La tente montée en bordure d'un torrent sera mon hâvre de paix.

Le pneu arrière du vélo est encore gonflé ... Consultation de Maps.Me le logiciel de cartographie gratuit qui a la fonction GPS sans réseau avec des fonds de carte très documentées. Je ne suis qu'à une cinquantaine de km et de Puerto Yungay et de Caleta Tortel. Pour Puerto Yungay il y a pas mal de dénivellation « symétrique » que je dois parcourir dans les deux sens puisque Puerto Yungay est le but ultime de ma balade - rejoignant mon point d'arrivée de l'an dernier. Pour Caleta Tortel, beaucoup moins de dénivellation. Quoi choisir ? C'est le Mulet qui me le dira demain car pour les deux itinéraires il y a un tronc commun de 33 km : on verra donc selon le comportement du vélo.

Cochrane - Campement, 72 km +1021 m -1043 m

Mardi 21 janvier 2020 - Puerto Yungay, objectif atteint !

En imaginant ce parcours, je voulais combler le tronçon de la Carretera austral que je n'avais pas pu faire l'an dernier. Aujourd'hui, c'est fait. J'ai atteint Puerto Yungay.

Pourtant ce n'était pas gagné avec les péripéties du Mulet.

 

 

Ce matin, réveil à 5h30 sous la tente pour éviter les attaques des tavanons et des moustiques. Café chaud avec l'eau grise de la rivière bouillie avec le réchaud à gaz, rangement des sacoches, pliage de la tente mouillée. J'enfourche le vélo vers 6h30.

La piste est plus roulante que les jours précédents même si ça secoue quand même. On longe d'abord le rio Cochrane puis à nouveau le rio Baker dans toute sa majesté avec un débit tourbillonnant impressionnant. J'ai 33 kilomètres pour atteindre le carrefour pour se diriger soit vers Caleta Tortel soit vers Puerto Yungay. Le Mulet n'ayant pas crevé dans cette première partie, j'opte sans hésiter pour Puerto Yungay. Mais ... là, ça monte dur, très dur dans les premiers kilomètres. J'ai presque dû mettre pied à terre. On entre dans une gorge profonde, la piste ne permettant pas le roulage de deux véhicules côte à côte. Quelques 4x4 montent pour probablement prendre le ferry qui, de Puerto Yungay, permet aux véhicules d'atteindre Rio Bravo afin de rallier Villa O'Higgins, beau petit village du bout du monde : c'est la fin de la Carretera austral « fin del mundo ». Ensuite pour joindre l'Argentine par le Sud, c'est la fameuse traversée tout terrain qui permet de joindre El Chalten et le superbe massif du Fitz Roy.

J'ai une vingtaine de kilomètres à faire pour atteindre Puerto Yungay, en gros une bonne dizaine de kilomètres de montée. On longe la laguna Caiquen, les rios Vagabundo et Camino. Un convoi de voitures, de bus, de camions arrive en sens inverse : c'est l'arrivée du ferry. Donc ... on approche !

Panneau de bienvenue à « Puerto Yungay » ! Je n'ai pas crevé et mes sacoches sont toujours sur le vélo malgré la cassure du porte-bagage.

A l'embarcadère, la dame qui m'avait hébergé l'an dernier me reconnait. J'ai droit à une chambre et à une douche chaude. Ici c'est le pays oublié : pour avoir l'électricité il faut un groupe électrogène, le téléphone ne peut fonctionner qu'avec Claro, pas d'internet donc pas de wifi, pas de restaurant, juste une petite boutique tenue par mon hôtelière qui vend des sandwitchs, quelques boissons, de très bons empanadas.

Demain, je fais à l'envers la vingtaine de kilomètres pour revenir au carrefour et aller à Caleta Tortel. Croisons les doigts pour que le vélo reste tranquile !

Campement - Puerto Yungay, 55 km +766 m -798 m

22 Janvier 2020

Beaucoup de soucis. Depuis Cochrane j'ai campé puis ai réussi à atteindre Puerto Yungay sans probleme... mon vrai objectif du voyage! Ce matin départ de Puerto Yungay pour revenir par Caleta Tortel. Au bout de 30 km nouvelle crevaison arrière. Je réussis à atteindre Caleta Tortel où je squatte la seule bibliothèque qui permet d'accéder à internet.
Mon souci maintenant c'est les crevaisons répétées. Si mon pneu est toujours gonflé demain matin je tente de revenir à Cochrane dans deux jours. Si pneu dégonflé demain matin je prends un bus à 16 h pour Cochrane. A Cochrane j'essaierai de faire ressouder le porte bagage. A Cochrane j'aviserai pour la suite. Je ne comprends pas pourquoi je crève tant. Pourtant chaque crevaison est bien un trou! Mon enveloppe arrière est peut-être un peu grande ...Mais mon objectif est atteint en ayant pu rejoindre en vélo Puerto Yungay

Mercredi 22 janvier 2020 – Caleta Tortel, le vélo n'est pas resté tranquille !

Départ tôt ce matin au lever du jour. Tout est calme. Pas de vent, pas de pluie. Rien que le bruit des roues sur les gravillons de la piste. J'ai vérifié le Mulet, mis une rustine sur la chambre crevée, nettoyé la chaine, brosser les pignons, les roulettes de dérailleur, mis un peu d'huile au téflon sur la chaine, gonflé les pneus à 4 bars. De bons raidillons chauffent dur les mollets. Pas une voiture, pas de camion. Un seul bipède dehors. Une pente se fait remarquer car elle est pavée sur environ 400 mètres, d'une raideur qui fait pédaler sans réfléchir à autre chose qu'essayer de tenir le guidon sans trop faire de gauche-droite. La remontée de la bonne dizaine de kilomètres puis de la descente ne sont pas de tout repos. Les freins sont activées souvent car les cailloux sont toujours aussi gros et déstabilisants. Le carrefour avec la Caleta Tortel pointe son nez. A gauche toute ! La piste est de plus en plus secouante. Le Mulet saute pas mal avec les pneus gonflés fort. Et ... la jante arrière qui touche ... les cailloux ! Incroyable récidive. Je défais conscienceusement tout le paquetage arrière pour extraire la chambre, retouche tout le fond du pneu pour vérifier qu'il n'y a pas de pointe coupante, remonte avec une chambre à air rustinée, pompe, pompe jusqu'à ne plus pouvoir. Caleta Tortel est encore à 25 kilomètres de piste bondissante. Je me fais léger comme si cela pouvait avoir un effet sur le pneu. Caleta Tortel est atteint après une dernière rude montée. Le gonflage tient. La rotonde d'arrivée de la route cul de sac est archi pleine de véhicules. C'est un village dont les rues sont des passerelles en bois avec des marches d'escalier dans tous les sens. Bien sûr il faut descendre tout en bas des centaines de mètres de passerelles et d'escaliers pour avoir une chambre chez Estelle, une adresse conseillée par le cycliste français qui parle beaucoup.

Inutile de dire dans quel état psychologique me met l'incertitude permanente de la bonne marche du vélo. Je me renseigne sur les bus qui pourraient accepter les vélos. Mais d'un autre côté, je me dis que je voudrais bien retourner à bicyclette au moins jusqu'à Cochrane !

Pas d'internet possible sauf aux heures d'ouverture de la bibliothèque municipale située à 2 km de passerelle. Il faudra attendre Cochrane les Amis pour avoir les nouvelles pas très drôles de mon avancée. Maintenant, ... il pleut, c'est près de 20h. Dodo ! On verra demain

Puerto Yungay - Caleta Tortel, 46 km +766 m -684 m

Jeudi 23 janvier 2020 - Cochrane retrouvée

Toute la nuit à La Caleta Tortel les tôles des toits ont été martelées par de la grosse pluie. Combinée aux sonores très sonores ronflements de mon voisin de chambre, le climat local pour dormir n'était pas très proprice. Coussin, bras, couverture sur les oreilles ont fini par avoir raison de cette stéréo pas très agréable.

Ce matin 5h30 c'est toujours la grosse pluie. Je me lève sans bruit, m'habille en cycliste, entrouvre la porte, ... pas bon. La baie de la Caleta Tortel est quasiment invisible noyée dans le brouillard généralisé. On ne voit ... rien. J'attends une bonne heure : pas de répit. Vers 7h30, une accalmie. J'en profite pour faire mes centaines de marche d'escalier en portant tour à tour deux sacoches avant puis deux sacoches arrières avec tente et matelas arrimés. Le Mulet est resté à mi-chemin sur une plateforme de l'escalier. Le pneu est gonflé ! Je monte le tout place de la rotonde, cul de sac du village. Je trouve un abri un peu discret pour éviter la pluie sur le Mulet, et ... indécis, attends, attends ... et la pluie ne cesse pas.

Un petit autobus arrive vers les 10 heures. A tout à hasard - histoire de parler - je demande au chauffeur s'il prendrait des vélos. Il me répond que tout dépend du nombre de passagers. Je lui montre le Mulet. Il me demande si je peux le faire maigrir en sortant les sacoches et la roue avant. ... J'ai donc une solution. Le vélo compte pour une personne ... Au moins je serai sûr d'atteindre Cochrane au sec. Deux heures plus tard, le scénario météo est toujours le même. Il fait jour mais on y voit à peine à 100 mètres à la ronde. Deux heures après, le chauffeur me fait signe de passer à la caisse. Je fais maigrir le Mulet de tout le paquetage et de la roue avant. Je me cale dans le petit bus.

Solides amortisseurs, même ainsi les vibrations de la piste raisonnent. Je reconnais bien sûr à travers les glaces un peu embuées quelques points-clefs de mon passage aller : le carrefour pour Puerto Yungay, mon lieu de campement.

Arrivée à Cochrane gare routière. Je remonte le vélo, les sacoches et file au deuxième niveau pour savoir si des bus partent pour Coyhaique emportant les vélos. Deux compagnies le permettent chaque jour avec départ à 6h30 et à 7h pour environ 7 heures de voyage. C'est loin Coyhaique ! Finalement, on en fait du chemin à vélo ! Compte tenu des incertitudes de mon bicycle et du faible intérêt de faire à l'envers ce que l'on a déjà fait à l'endroit, j'opte pour le retour en bus. L'hospedaje Raices m'accueillent à nouveau pour une nuit.

Demain lever aux aurores pour filer tranquille en bus alors que le beau temps relatif que j'ai eu pour rallier Puerto Yungay semble disparu pour le crachin et le vilain voile nuageux qui fait de la Patagonie un peu le paysage de chez nous ... quand il fait très mauvais ...

Vendredi 24 janvier 2020 - Samedi 25 janvier 2020 : Coyhaique, le bus ce n'est pas si mal pour revenir !

En arrivant en début d'après-midi à Coyhaique, ce samedi, je me dis que, quand même, le morceau du chainon qui me manquait, à vélo, Coyhaique - Puerto Yungay fait traverser des paysages somptueux. Je m'en suis rendu compte en faisant en sens inverse par bus ce parcours. Il faut dire que, en gros, le beau temps a été de la partie. En bus, on a le temps de voir beaucoup mieux les paysages qu'en vélo car, sur des pistes ripio + tôles ondulées + pentes très fortes, on a le plus souvent le nez dans le guidon. Finalement, d'avoir pris le bus depuis Caleta Tortel me fait apprécier encore plus cette région de Patagonie. Inutile de dire que là ce sont plus les immensités, les variétés de la Nature que les gens - il n'y en a que très peu - et leurs activités, qui sont assez exceptionnelles.

Hier vendredi je pensais prendre le bus un peu comme on prend un ticket au dernier moment. Sauf que les deux bus de 40 places qui faisaient la liaison Cochrane-Coyhaique étaient complets. « Il faut acheter le billet la veille » soit au Terminal de bus soit par internet.

Lorsque j'ai raconté brièvement mes péripéties avec les crevaisons, le mari de ma logeuse m'a dit que la Carretera austral était réputée pour être la « mangeuse de pneus », quel que soit le véhicule.

Après avoir remonté la roue avant (sinon le chauffeur de bus ne prenait pas le vélo), je file à l'agence LATAM de Coyhaique et trouve une étiquette indiquant que depuis novembre 2019 l'agence est définitivement fermée. Encore des suppressions comme pour Air France. La solution est de téléphoner à l'agence « centrale ». Ayant pris ma réservation chez LATAM France, je pouvais penser que ça serait plus facile de modifier la date de mon retour en France en parlant français. LATAM France est impossible à joindre par téléphone les samedi et dimanche. LATAM Chili finit par décrocher au coup de téléphone de ma logeuse. Une bonne heure passe. Tout semble bien se passer pour changer la date de retour sauf que, sur les trois avions, deux sont Latam et un Iberia. Or Iberia ne répond pas, donc Latam ne peut pas finaliser le changement. On pourrait penser qu'à l'aéroport de Balmaceda je pourrai modifier la réservation : impossible après renseignement pris. Directement par internet ? Il y a bien une telle option sur le site Latam mais quand on clique, l'opération s'arrête net indiquant que seul l'appel téléphonique à l'agence centrale LATAM peut ... Le serpent se mord la queue, et le client ne sait plus que faire ...

Dimanche 26 janvier 2020 - Episode 1 - De la course de haies pour changer une réservation d'avion

Au lever du lit, ce matin, une magnifique couleur rosée du ciel ! C'est décidé, je file à l'aéroport de Balmacéda à quelque 50 kilomètres au moyen d'une navette de Transfert Valencia. C'est la seule toute petite sortie de crise d'hier avec Latam. Si, à l'aéroport, je ne peux pas trouver de solution ou faire un peu bouger les choses alors je suis condamné à rester jusqu'au 4 février, sans avoir envie de faire grand chose.

Comme d'habitude, la queue devant les guichets d'enregistrement LATAM est énorme : près d'une centaine d'individus. Comment vais-je bien pouvoir présenter mon cas alors que, en plus, il ne s'agit pas d'enregistrement pour un vol mais d'un changement de date ? En observant bien les allées et venues des différents employés LATAM derrière les guichets et devant le tapis roulant emportant les bagages, je vois que les manutentionnaires des bagages ne sont pas trop à la peine. Je décide alors d'essayer d'appliquer la fable de la Fontaine Le Lion et le Rat et donc le « on a souvent besoin d'un plus petit que soi ». J'avance ... à pas de ... et fais un signe à un manutentionnaire au visage sympathique. Je lui présente mon cas en lui demandant de l'aide, en lui expliquant ma situation. De suite, il va raconter mon histoire à une employée de l'enregistrement. Paola écoute patiemment ma demande, puis me dit que la solution ne peut être trouvée qu'en téléphonant au « fameux » numéro central de LATAM. Je réponds que cela a déjà été fait hier sans résultat. Je trouve alors un argument qui va être déterminant. Mon papa a 95 ans et a besoin de moi. Paola fait alors le « fameux » numéro de téléphone de LATAM, explique tout. La réponse est toujours la même. Iberia qui fait le troisième vol Madrid-Toulouse n'ayant pas donné de réponse, LATAM ne peut pas finaliser le changement de date. Paola alors fait un autre numéro de téléphone, me fait signe de m'asseoir au fond du hall. La file de la centaine de personnes pour l'enregistrement LATAM étant épuisée, Paola me fait signe. Le départ serait le mardi 28 janvier MAIS ce ne pourra se faire que si IBERIA donne l'accord. On convient que lorsque LATAM recevra l'accord espéré d'IBERIA, elle téléphone à Martha, ma logeuse pour régler financièrement le changement de date.

Morale de l'histoire : - être persévérant, - s'adresser à un plus petit que soi peut, peut-être, enchainer un déblocage de situation, - le tout avec sourire et mort dans l'âme.

Mais ... ce soir dimanche toujours aucune certitude : IBERIA aurait-elle supprimée toute possibité de connection téléphonique les samedi et dimanche ?

Lundi 27 janvier 2020 - Episode 2 - LATAM IBERIA, le chaud et le ... froid

D'après Paola, l'employée LATAM du comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Balmacéda, mon dossier est présenté comme prioritaire auprès d'IBERIA. Les 24 heures annoncées pour la réponse du départ mardi 28 janvier sont maintenant passées. Aujourd'hui lundi 27 janvier 14h toujours aucune confirmation par mail du changement de date pour le retour. Je fais téléphoner à nouveau Martha mon hôtellière au téléphone central LATAM qui doit expliquer à nouveau la situation (ce n'est pas la même personne que la première fois). Réponse toujours aussi claire : pas de réponse de Ibéria donc pas de possibilité de finaliser le dossier. Peut-on téléphoner directement à Iberia ? C'est LATAM qui a fait le billet global pour les deux compagnies, c'est LATAM qui peut seule contacter Iberia : une réponse sera donnée dans un délai de 16 heures. J'essaie de contacter LATAM France. Le contact est en français. Mais on me demande de taper 1, ce que je fais et ... la communication se coupe. On essaie alors d'avoir Paola de LATAM qui avait mis le dossier priroitaire. On réussit à l'avoir. On lui raconte les contacts avec LATAM. Elle dit qu'elle va faire pression ... Fin de la journée du lundi 27 janvier. Fin de l'épisode 3.

Mardi 28 janvier 2020 - Episode 3 - Les affres de la ré-organisation des compagnies aériennes

Attendre le mail de confirmation du changement de date de retour ... Ca n'en finit pas. Avec Martha, l'hôtelière, on téléphone à nouveau au standard téléphonique de LATAM. Plus d'une heure d'explication. La dame du standard (une nouvelle), Cinthya Garcia, cherche la solution et au bout du bout annonce un surcoût à payer de 2747 euros ! .... Ca pourrait être risible si on n'avait pas affaire à la compagnie aérienne chilienne major. C'est 2,7 fois le prix que j'ai payé pour l'aller-retour lors de la réservation. Manifestement elle a pu se tromper. Mais non. Elle justifie ce prix en disant que les prix varient selon les périodes. Même pas en first class. Martha a l'idée de demander le nom à l'employée et de lui demander de lui passer la superviseur. Du coup, Madame Cinthya Garcia raccroche sans passer le ou la superviseur.

Que faire ?

Le téléphone sonne : c'est Paola de LATAM qui vient s'enquérir de la suite du dossier. On lui explique en deux mots qu'on arrête la demande en raison du surcoût exorbitant de 2747 euros. Elle dit qu'elle va nous rappeler. Une heure plus tard, Paola annonce pour un départ demain mercredi et une arrivée à Toulouse jeudi un surcoût de 220 euros ! Entre 2747 euros et 220 euros, pas d'hésitation, j'accepte. Une heure de plus et je reçois un mail de confirmation de Madame la superviseur des billets passagers de LATAM.

Le miracle a eu lieu.

Reste à essayer de comprendre pourquoi six ou sept employés n'ont jamais pu trouver de solution, prétextant une absence de réponse d'Iberia pour le troisième avion Madrid-Toulouse, pourquoi subitement une employée a trouvé une solution mais à 2747 euros, alors que l'intervention volontaire d'une personne auprès de la superviseur a non seulement eu un résultat quasi inespéré et à un tarif qui paraît plus acceptable ?

La réorganisation centralisatrice des compagnies est sans doute à pointer du doigt (je rappelle qu'à Puerto Montt avec l'agence locale LATAM la modification de date avec les mêmes compagnies LATAM et Iberia s'était faite dans la minute) mais la volonté individuelle des personnes est aussi à incriminer. Bon vent pour ceux qui vont demander des changements de dates de retour. Je précise que j'avais pris des billets modifiables.

Demain matin, la navette doit passer entre 7h30 et 8h pour un départ avion à 11h. Espérons que le carton vélo pourra rentrer dans le véhicule ...

Mercredi 29 janvier 2020 - La Patagonie me retiendrait-elle ?

Quand on fait un voyage - qui plus est en vélo - on peut découvrir des situations ou des modes de fonctionnement qui sont absolument à améliorer.

Le modernisme fait que l'on informatise tout (acceptable) mais que via internet on peut donc imaginer que tout un chacun aura un ordinateur branché sur un réseau qui fonctionne avec une organisation du travail très segmentée mais complémentaire. On a une compétence limitée et dès lors que le client sort de son champ de compétence on passe le relais à l'autre « spécialiste » (un peu comme au téléphone on doit cliquer sur choix 1, choix 2 ...). Et on croit que ça va fonctionner. C'est oublier au moins deux choses : les informaticiens programment et appliquent ce qu'on leur dit de faire mais ... il y a des bugs : les clics ne marchent pas toujours ; les gens ne sont pas suffisamment au fait de toutes ces subtilités - même les employé(e)s chargé(e)s d'appliquer ces techniques - et donc le vulgum pecus qui est en bout de chaine au fin fond de sa campagne est désemparé, d'autant plus que la réorganisation centralisatrice liée à la généralisation de l'informatique et de l'internet oublie encore beaucoup trop de territoires ! On supprime les agences locales qui étaient très efficaces car pouvant régler rapidement les questions, et le citoyen ne sait plus à quel saint se vouer.

Illustration encore ce matin à l'enregistrement de mon retour.

Sueurs froides ce matin lors de la mise du carton-vélo dans la navette : juste juste ! le chauffeur a forcé un peu pour fermer la porte. Bon début ! A l'aéroport de Balmacéda, près de 200 personnes font la queue aux guichets LATAM. Je me faufile par la droite avec mon grand paquetage et à l'annonce « adelante » je pousse le chariot devant le nez de la guichetière. Je présente le nouveau code de réservation reçu hier soir par mail. Le visage de l'employée se fixe, se fige, les yeux ouvrent grands ... pas moyen d'aller plus loin. La guichetière voyant que c'était Paola de chez LATAM qui avait fait le changement avec la superviseur, téléphone à Paola qui est en repos. Coups de téléphone à répétition avec également le service central LATAM, le service informatique ... invitation à aller m'asseoir au bout du hall ... Le Mulet est dressé droit comme I. Au bout de deux bonnes heures, le site LATAM accepte ma carte Visa, puis l'imprimante finit par cracher les trois billets correspondant aux trois avions avec, pour les bagages, les tickets Santiago-Madrid-Toulouse qui feront aller directement à Toulouse vélo et sacoches. La guichetière soulagée sort de son bureau et vient m'embrasser. Je la remercie et lui dis de remercier Paola. J'ai maintenant le césame. Carton-vélo et sacoches filent sur le tapis roulant.

Que tout est compliqué alors que LATAM était jusqu'à ces suppressions d'agences locales une compagnie très souple pour répondre aux demandes des clients. Finalement si UNE employée un peu zélée - Paola - n'avait pas forcé les habitudes, les pratiques de ses collègues, la modification de réservation n'aurait pas été possible. J'ai payé 220 euros comme convenu mais rien de plus pour le vélo - alors qu'à Puerto Montt l'employée LATAM m'avait fait payer la première fois 200 dollars US pour le vélo au retour, mais 70 euros pour l'aller. Finalement, c'est sans prix ... Dur, dur quand même toutes ces incertitudes. Bon, je reviens en France. Je suis à Santiago ... pour le moment !

Rencontre : une Vie à trouver !

En attente à l'aéroport de Santiago, j'entends quatre africains d'origine employés au Service de transport des handicapés à l'aéroport. Je leur demande leur origine africaine. La réponse se fait dans un français parfait. Intrigué, je creuse un peu. L'origine africaine est lointaine, de la génération des grands-parents. Le plus loquace a fait des études universitaires jusqu'en Master à Haïti son pays d'origine où se trouve toute sa famille. Après les terribles catastrophes, il a décidé d'aller trouver une vie ailleurs car, catholique, il ne voulait pas rester en Haïti trop imprégné de pratiques contraires à ses valeurs. Le Chili l'accueille mais dans des conditions matérielles juste de survie. Employé à l'aéroport, il gagne l'équivalent de 350 euros par mois, partage une chambre pour 150 euros par mois, doit s'alimenter et ... vivre un peu avec le reste, soit très peu, le coût de l'alimentation étant globalement l'équivalent du coût moyen français. Il voudrait aider sa famille en Haïti mais ne peut pas pour le moment. Situation difficile à entendre surtout quand on voit le niveau de français parlé. Il a passé un premier test pour le Canada (en français) mais on lui demandait 500 dollars pour continuer de remplir son dossier pour qu'on lui propose un travail. N'ayant pas l'argent. Il a dû arrêter sa démarche. Il est certain qu'il aura bientôt une Vie meilleure.

Jeudi 30 janvier 2020 - Terminus à 24h …

Que d'économies de plastique à faire quand on voit les fast food des aéroports qui proposent tout emballées empaquetées dans des contenants à jeter, des nourritures très transformées …

Voyage aérien Santiago du Chili - Madrid dans un très beau 787-9 aux sièges non éventrés comme celui que j'ai eu à l'aller, même si l'intervalle entre les places est toujours fait pour des nains ... Quand on est habitué aux légumes du jardin, à la viande de chez Lespoune, aux fromages de la vallée d'Aspe, la nourriture donnée dans les avions est sans saveur, tellement décomposée, recomposée qu'on mange parce qu'il faut manger un peu. En revanche le vin rouge chilien servi est très correct mais désoiffe à peine !

De l'autre côté du couloir une dame avec un enfant handicapé avait un chien qui est resté toute la nuit sans aucune manifestation. Le matin, ... il était toujours vivant !

Le commandant de bord était un petit bout de femme qui a donc su manoeuvrer cet engin énorme d'appareil et nous conduire à bon port. Respect !

Le décalage horaire de quatre heures nous a fait atterrir à Madrid à 12h. Clics, clics téléphone, internet, déambulation dans cette grosse ville renouvelée chaque jour. L'attente est longue jusque vers 22h25, heure de départ du troisième avion pour Blagnac. Est-ce l'effet préventif lié au coronavirus ? Tous les employés du contrôle des bagages ont le nez enfermé dans un masque avec filtre ! Les magasins de luxe sont très présents. Beaucoup de passagers en attente tournent dans tous les sens pour viser le bon endroit pour entrer dans leur avion. Cosmopolitisme et excentrisme !

Le dernier avion Madrid - Toulouse est très tard. Je vois le vélo entrer dans la soute à bagages. Le vol sera rapide avec plus d'un quart d'heure d'avance sur l'horaire prévu à l'arrivée. Le taxi Econavette me conduit à Léguevin chez Laure. Je rentre à pas de loup. La nuit sera douce ...

Ma voiture est là. J'emmène Ninon à l'école, et rentre à Eysus. Les yeux sont encore un peu embués. Je ne suis pas encore dans les Pyrénées. Je ne suis plus tout à fait en Patagonie ...

 

26 janvier 2020 - Entre Coyhaique et Balmaceda
  21 janvier 2020 - Objectif atteint !
 
18 janvier 2020 - le ripio le plus mauvais, les cailloux qui partent comme des flèches
18 janvier 2020 - Les somptueux paysages du Rio Baker
16 janvier 2020 - Retour de la capilla de Marmol ... le hors bord à fond les manettes !

14 janvier 2020 Le mauvais temps a parfois du bon ! Entre Coyhaique et Villa Cerro Castillo

 

← Patagonie 2017 - 1

(suite Patagonie 2017 - 1)

Patagonie 2017 - 2

Samedi 21 janvier 2017 - San Martin de los Andes dodo resto

Journée de repos et de lessive aussi ! Chaud, très chaud mais avec un petit vent agréable. Il faut bâcher non pour la pluie comme sur la Carretera Austral mais pour le soleil. Dédé et les extrêmes ... L'étape d'hier a laissé quelques traces ... rougeâtres sur le nez, les avant-bras, les cuisses. Aussi, je suis resté un maximum à l'ombre : dodo dans la tente et sous les arbres, régalo dans un resto chic avec du cordero/salade et un beau verre de vin rouge. La lessive a été faite avec du savon : c'est mieux que rien, avec de nombreux rinçages. Bref, rien de bien intéressant.
San Martin de los Andes est comme toutes les stations un peu huppées et à la mode, un lieu où l'on se montre, où l'on fait beaucoup de bruit pour attirer l'oeil. La pollution des véhicules est accablante : fumées noires, pots d'échappement sans silencieux et donc sans trop de filtres. Il faut dire que le bruit ne semble pas être un souci majeur. Toute la nuit les noctambules passaient et repassaient avec des voitures trafiquées pour qu'on les entende le plus possible. Apparemment, ça ne gène personne. Le chic du chic est de conduire un petit 4x4 haut sur pattes, aux couleurs vives, avec des chromes partout, décapoté, et qui, à l'accélération fait un bruit de gros camion ce qui surprend tellement que tout le monde se retourne et ... le chauffeur de l'engin bombe le torse. Un vrai truc pour homme politique en mal d'élection.
Vite sous la tente et ... à demain.

Dimanche 22 janvier 2017 - Junin de los Andes, au carré mais avec piscine naturelle

Je n'ai pas entendu la montre sonner ce matin. Au camping de San Martin de los Andes, tout le monde dort. Je déguste le yaourt vanille qui me sert de petit-déjeuner, range tout mon barda dans les quatre sacoches soigneusement identifiées, plie matelas et tente, et harnache le Mulet.

La route est asphaltée mais pleine de rustines et de creux. La distance avec Junin de Los Andes n'est que de 40 kilomètres. Le pédalage se fait à l'économie. Le paysage s'ouvre notablement comme si on entrait dans des vallées et vallons à la fois moins pentus, moins boisés - beaucoup de grands prés barbelés avec les vaches éparpillées sur tout l'espace, un petit peu plus habités. Toujours de longues lignes droites, et, chose assez nouvelle, des 4x4 de bonne cylindrée, ronflant à vitesse très élevée, et tirant une remorque avec un bateau. D'autres avaient des kayaks sur le toit. Tout ce beau monde se rendait aussi au club de golf située à une bonne quinzaine de kilomètres de San Martin. Etonnant de voir un golf rasé de frais sans une herbe qui dépasse, au milieu d'une Nature livrée à elle-même.
Et puis, dans une longue ligne droite, clignant des yeux pour ne pas me faire trop aveugler par le soleil, une vision extraordinaire : un cône magnifique couvert de neige. Une vision réconfortante pour un montagnard ! Le Volcan Lanin dans toute sa majesté.

La ruta 40 traverse Junin de los Andes qui s'est construit en quadrats de part et d'autre de cet axe. Avec une particularité toutefois : la proximité du rio Chimehuin qui est la plage naturelle où vont se baigner les centaines de familles de ce gros village.

C'est dimanche, tout est calme, trop calme. Mais c'est parce qu'il fait chaud. Le réveil aura lieu vers 20h quand tout le monde est rentré du bain. Alors, la place centrale devient le point de rencontre avec des musiques, des danses. Un petit tour à l'Office du tourisme qui est ouvert toute la journée du dimanche. Comme souvent, les renseignements sont précis sauf qu'ils ne sont pas à jour. L'établissement recommandé est complet. Le gardien téléphone et me trouve un hostel. Sympas des gens comme cela !
Tout est très chaud. Une supérette est ouverte. J'y trouve de la crème pour se protéger des ultraviolets. Je prends la Nivea indice 50 pour les bébés : il me faut ça avec le cagnard qu'il fait.
Demain, assez grosse étape pour passer si possible la frontière argentino-chilienne au Paso Tromen, avec du ripio sur toute la partie qui traverse le parc national Lanin.

Lundi 23 janvier 2017 - 180° sur le volcan Lanin

Nuit reposante à Junin de los Andes. Ce matin, comme bien souvent, je pars sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller quiconque, après avoir avalé un café léger et une tartine beurrée. Le Mulet a couché dehors avec sur sa selle une charlotte pour éviter qu'elle se mouille en cas de pluie. La route 40 est vide de circulation à cette heure. Il ne fait pas froid.

J'avance avec rapidité et aisance. Ca ne monte pas encore. Je laisse la 40 5 kilomètres après Junin pour continuer plein Nord jusqu'à Malleo puis obliquer plein Ouest pour grimper tranquillement jusqu'à 10 kilomètres avant le paso Mamuil Malal (appelé encore paso Tromen). C'est un régal de se faufiler un peu comme les rios dans les creux de ces vallons qui deviennent disproportionnés par rapport à ce que l'on connaît dans nos montagnes européennes. Du bétail dans les prés, des prairies, des lièvres (qui comme les hérissons en France laissent un lourd tribu à la route), des rapaces qui suivent le vélo durant quelques centaines de mètres.

*

La montée est paisible durant une soixantaine de kilomètres avec presque en permanence la vision magnifique du volcan Lanin coiffé de neige tout particulièrement versant Sud qui culmine à 3747 mètres.
Arrivé à l'entrée du parc national Lanin, l'asphalte est terminée. La route internationale continue par une piste devenue, du fait des très nombreux passages de véhicules, de la tôle ondulée (comme on dit en Afrique) qui est terrible pour le cycliste et pour la résistance du vélo. C'est une décision des autorités du parc national de ne pas asphalter à l'intérieur du parc. Ce parc abrite pas mal de forêts d'Araucarias. La poussière émise par les véhicules est très dense. 10 kilomètres à galérer avec quelques dérapages qui m'ont fichu par terre. J'ai poussé un coup de gueule (ça soulage !) lorsque, pédalant tant bien que mal au milieu de la piste qui était le plus compacté, deux voitures m'ont pris en tenaille en accélérant sous un flot de poussière. Imbéciles ou ignorants ...
Arrivé au poste de contrôles argentin, près d'un kilomètre de queue de véhicules ! Bonheur d'être en vélo ... Je dépasse tout le monde, et, casque sur la tête pour qu'on reconnaisse le cycliste, j'ai toutes les facilités pour passer le contrôle migratoire, la douane, la police. Deux kilomètres de ripio plus loin, c'est au tour du Chili. Et, là, c'est plus corsé : plus d'une heure de queue ... Et puis ... le goudron est là. Je vérifie le vélo. Apparemment tout est en ordre. Seul le guidon a tendance à se défiler un peu vers l'avant, et pourtant j'ai serré un maximum. Camper par là ? Rien qui me plaise. Je prolonge un peu puis encore un peu pour aboutir à la petite bourgade de Curarrehue. Une auberge me tend les bras. Je ne résiste pas. La crème solaire Nivea indice 50 a l'air d'avoir été efficace. Le nez pèle un peu mais bon ... pas grave.

Au total, l'étape a été une bonne étape avec une montée magnifique jusqu'au parc Lanin. Après, ce furent vraiment les travaux forcés pendant 10 kilomètres. Pas un autre cycliste sauf dans les pick up. Le Volcan Lanin trône entre Chili et Argentine. On le côtoie sur le flanc Nord au paso Tromen. 107 kilomètres de plus aujourd'hui. Demain, tranquilo direction Pucon, toute petite étape mais pour atteindre une région probablement très belle ... s'il continue à faire beau car je suis revenu au ... Chili.

Mardi 24 janvier 2017 - Pucon au pied du volcan Villarica

Vaut mieux avoir les poches bien remplies pour survivre à Pucon. Bariloche, Villa La Angostura, San Martin de los Andes, c'est d'un niveau nettement inférieur et pourtant ! ... C'est un choc de passer des tout petits villages ou hameaux comme Curarrehue où l'on cherche juste le petit confort de l'eau chaude et de la douche, à ces monuments de richesse rencontrés dans des villes comme Pucon avec toute la force ostentatoire que représentent des porches cayenne, des belles voitures américaines anciennes relookées, les plus gros 4x4 de toutes les marques possibles. Evidemment, avec mon Mulet, ... je ne dépareille pas trop puisque je suis le seul et unique spécimen de la maison à deux roues.
Quand j'ai ouvert les yeux ce matin, devinez ce que j'ai vu par la fenêtre ? ... du gris partout ! A croire que le Chili ne veut pas se montrer. J'ai préparé le poncho au cas où ... mais finalement la balade matinale s'est passée sans flotte. Peu de kilomètres me séparaient de Pucon (une quarantaine). Toujours un peu nécessaire de passer les vitesses pour les quelques bosses à franchir. Chose originale : le parcours entre Curarrehue et Pucon est semé de maisons de part et d'autre de la route, à croire que l'on peut construire un peu comme on veut. Le bois est roi ici pour construire, avec toutefois une qualité qu'il faut reconnaître : les assemblages sont souvent ingénieux, de qualité et dans certains cas assez artistiques. Ainsi, on utilise le bois massif plus que le bois taillé : les poutres sont des troncs, les cloisons sont des plateaux de bois non délignés se recouvrant sans emboîtement. Le tout est très souvent vernis d'une teinte chaude très agréable à l'oeil. A Pucon, tous les magasins, tous les restaurants sont ainsi habillés.

Trouver un camping me semblait dans mes moyens. Pourquoi ne pas tenter une chambre puisque j'ai prévu de rester trois nuits à Pucon. L'Office du tourisme est toujours un peu rassurant : toujours possible, toujours libre, toujours pas cher. Mais quand on arrive aux adresses indiquées, on déchante vite. Et pourtant la chance aidant, on tombe sur des personnes qui "connaissent" et, d'adresse en adresse, on finit par tomber sur le mouton à cinq pattes : pas cher, propre, central, calme, accueillant. Du coup, j'ai signé pour trois nuits.

Etonnante cette ville, au bord d'un lac, au pied d'un volcan chapeauté de neige - le volcan Villarica - avec un nombre de restaurants, d'échoppes de produits très chers qui semblent faire des affaires et qui recherchent du personnel par des affichettes blanches collées aux vitrines. On est dans un autre monde. Heureusement qu'il y a le grand marché central où l'on retrouve là les classiques avec les étals bien connus de tous les pays et, bien sûr, à l'étage supérieur du marché, le vrai restaurant populaire où l'on mange au moins aussi bien que dans les estaminets feutrés pour dix fois moins chers. On s'y sent mieux ... sauf que normalement de là-haut, on devrait voir le volcan Villarica puisque Pucon est au pied ! Du gris partout ... Juste dans la soirée, les hautes pressions semblent vouloir balayer les nuages. Et, juste avant de me coucher, l'apparition a lieu : les nuages ont du mal à partir mais on voit bien que des émanations du cratère sont toujours présentes. Ca respire là-haut !

Mercredi 25 - Jeudi 26 janvier 2017 - Le volcan Villarica ... gravi

Hier, mercredi 25, j'avais programmé de monter au cratère du volcan Villarica avec l'agence Aguaventura créée par des français. Nous sommes partis à 6h30 pour 40 minutes de bus avec entrée dans le parc national du volcan jusqu'au départ d'un télésiège. Mais le panache de fumerolles très épais qui sort du cratère, en raison de vents rabattants, couvre toute la partie montante à partir de la neige. Même avec les masques à gaz que nous avions, nous n'aurions rien vu et la qualité des masques ne paraissait pas suffisante pour se risquer dans cette purée chimique. Sage décision : on redescend et on reporte à demain.
Demain c'est aujourd'hui jeudi. Même formalités de départ mais le volcan émet un panache plus vertical qu'hier. Le groupe de 12 s'engage dans la montée : 1200 mètres de dénivelée dont plus de la moitié sur névés assez pentus. Il y a foule sur le Villarica. Jamais je n'ai vu autant de monde sur une montagne. Ca serpente de partout à la queue leu leu. Arrêts toutes les heures. Les pas tracés dans la neige sont très espacés. Les crampons sont laissés dans le sac. Le piolet assure l'équilibre. Peu à peu, la grimpette se fait avec les 150 derniers mètres de dénivellation en rocher (de la lave plus ou moins éclatée).

L'approche du cratère est très courte dès que l'on a atteint le haut du cône volcanique. Le cratère fait tout au plus une centaine de mètres de diamètre. Le magma se trouve à une cinquantaine de mètres en-dessous de la crête. Magnifique, comme tous les volcans en activité ! Le grondement permanent plus ou moins fort, le susbtrat rocheux qui est ébranlé, les mouvements de la lave en fusion qui de temps à autre explose illuminant d'un rouge vif les profondeurs, le perpétuel va et vient de la lave qui surgit en surface et repart dans le ventre de la terre, la terre qui parle, qui vibre, qui respire ... On est au coeur de la Vie ... et pourtant, il faut redescendre ...

Si la montée a été raide avec même un petit éboulement de rochers qui n'a atteint personne, la descente a été un peu fun comme on dit maintenant. Pour descendre les névés assez raides, l'agence a imaginé les descendre en tobogans par des canaules creusées par les multiples passages, chaque descendeur devant s'équiper d'une très épaisse salopette doublée aux fesses d'une très épaisse toile sanglée aux cuisses et à la taille, d'un anorak tout aussi épais, de mouffles, la descente s'effectuant assis sur une raquette en plastique (une sorte de luge). La direction doit être assurée avec les pieds et avec le piolet en appui. Pas très convaincu par tout ça (il faut en plus porter tout ce matériel ...), je m'exécute. Les guides sont tout contents de nous voir ainsi déambuler avec plus ou moins de réussite et ... quelques rochers aussi à éviter. Bref, un truc d'agence. La bonne vieille ramasse en appui sur le piolet est tout de même plus pratique.
Le panorama du haut du volcan est très étendu, sauf que les fumerolles font une épaisseur relativement dense qui blanchit un peu l'horizon. On peut voir bien sûr les volcans alentours dont le Jaime (mais je n'ai pas pu voir le Lanin). Curiosité : l'entrée dans le parc national du volcan est très défendue, payante, et on y voit une station de ski de piste dont une des gares d'arrivée de télésièges a été emportée par la dernière coulée de lave le 3 mars 2015.
Trois condors sont venus nous rendre visite.

Vendredi 27 janvier 2017 - Licanray, l'improbable ... oui

Réveil tranquilou ce matin. Petite étape d'une soixantaine de kilomètres aujourd'hui. Je quitte Eliana de l'Ospedaje Rukapillan après une petite souflette de sa part parce que j'avais lavé du linge et que c'était ... interdit. J'ai découvert que dans un Ospedaje on pouvait utiliser la cuisine. Je file doucement en moulinant vers la petite ville de Villarica. Mais, des choses bizarres se passent : ma chaîne saute. Le dérailleur arrière change tout seul de vitesse, le dérailleur avant le copie mais pas en même temps. Curieux ! Je continue me disant que c'est la saleté qui a dû s'incruster et qu'un bon nettoyage réglera tout ça.

Villarica a l'air plus abordable et plus sympathique que Pucon, trop Saint-Trop. Il est presque midi. Un petit creux me conduit dans un tout petit marché chez les indiens Mapuche. Je confonds tortilla avec la signification de l'omelette en espagnol sauf qu'au Chili l'équivalent est paella. Très sympas, les mapuche rient de la méprise et me font de vrais oeufs brouillés. Je file ensuite vers Licanray le but prévu d'aujourd'hui. Mais ... ça craque et ca saute de plus en plus. La chaîne fait des siennes. Au bout de quelques bosses, je finis par m'arrêter pour examiner la bête. Et ... un maillon de la chaîne est éclaté prêt à sauter donc à casser la chaîne et ... à ne plus pouvoir pédaler. Sans doute les multiples soubresauts et chocs subis au cours des ripios ! Je dois réparer absolument ! J'ai bien les maillons rapides mais je casse le dérive-chaîne en serrant trop fort. J'essaie de serrer un maximum avec la pince pour éviter que saute le maillon. Je roule tant bien que mal sans trop tirer sur les pédales à petite vitesse. Ca continue de sauter mais j'arrive à éviter que ça change tout seul de plateau en étant sur le moyen plateau mais en tirant la manette pour faire comme si on était sur le grand plateau. Ainsi, ça ne peut pas passer tout seul sur le petit plateau. Et ... je finis par arriver à Licanray, espérant y trouver un réparateur de vélos. J'ai pu repérer quelques noms basques de propriété dont Ibarena et Dancharinea ... et aussi quelques jougs comme ceux auxquels on attelait les vaches quand on était petits à Louhossoa.

Je demande à plusieurs reprises s'il y a un mécanicien cycliste. Je tourne en rond jusqu'au moment où je tombe sur des vélos en location. Et c'est alors que l'improbable arrive. Les loueurs de vélo téléphonent au mécano mais il est à Valdivia. Une voiture s'arrête. Un couple regarde mon engin à deux roues et, connaissant les loueurs de vélo, ne voyant pas de solution, me propose de m'emmener avec le vélo chez eux un peu en dehors de Licanray pour ensuite trouver un réparateur cycliste. C'est un couple d'avocats de Santiago, Gonzalo et Cecilia, qui a une incroyable et magnifique propriété sur les bords du lac Calafquen. Le vélo rentre dans la Honda du couple. Je me cale à l'arrière. Je suis ... leur invité : déjeuner, baignade, dîner, coucher. On part en voiture à Conaripe 15 km plus loin car il y aurait un mécano. Fausse piste. On revient, on téléphone et c'est pour trouver à Villarica donc 45 kilomètres en amont, un réparateur cycliste qui, voyant rapidement le problème, défait la goupille défaillante du maillon de chaîne et la remet à sa place avec un dérive-chaîne. Un coup de pince. Tout est remis en place. Gratis ! L'avocat Gonzalo refait les kilomètres pour joindre sa demeure à Licanray. Il me prête un maillot et je pique du nez dans le lac Calafquen aux eaux à 20°C. Je suis invité pour le diner et j'ai droit à une magnifique chambre. Incroyable mais vrai ! Adorable couple avec la grand-mère, une fille avec son mari et leur bébé. Une situation que jamais je n'aurai pu imaginer. Et pourtant c'est une réalité ! Improbable mais pourtant vrai !

Samedi 28 janvier 2017 - Panguipulli ... j'ai eu chaud !

Un joli nom Panguipulli ? Une petite cinquantaine de kilomètres entre la maison de mes hôtes avocats et le joli nom. Très sympathique a été l'accueil de Gonzalo et Cecilia sur tous les plans : matériel bien sûr, convivial, serviable jusqu'à faire 100 km de voiture pour me dépanner et me prêter son propre maillot de bain. Qualité de l'accueil, de la cuisine, de l'hébergement. Souci de mettre à l'aise l'invité. Et, qualité de plus en plus rare, savoir-vivre de moins en moins rencontré : alors que je pensais partir sur la pointe des pieds ce matin, Gonzalo et Cecilia s'étaient levés plus tôt qu'à leur habitude pour me préparer le petit-déjeuner et me dire au revoir. Ils veulent faire le chemin de Saint-Jacques de Saint-Jean-Pied-de-Port à Santiago de Compostelle. Peut-être à la revoyure ?

La pompe ! Instrument essentiel ! Je retourne voir si elle n'est pas restée dans la voiture de Gonzalo. Rien. Dommage car c'était une pompe ancienne Lapiz que j'avais trouvée à Emaüs en alu, fine et longue qui me permettait de gonfler à près de 4 bars, ce que ne peuvent pas faire facilement les petites pompes plastiques que l'on a habituellement. Sans doute n'a-t-elle pas tenu le choc des chaos du ripio. La chaîne semble aller bien mais ... la roue arrière fait faire un peu de godille au vélo avec des à coups à chaque tour de roue. Encore une tuile ? De fait, le pneu est fragilisé par une entaille assez longue qui a pour conséquence une hernie qui provoque ce mouvement latéral de godille. Panique à bord du Mulet ! Le risque d'éclatement est réel. J'ai bien un morceau de pneu emporté pour faire une emplâtre provisoire, j'ai une chambre à air mais je n'ai plus de pompe. Je dégonfle un peu mais pas trop car ça augmente la probabilité de crevaison et ... je n'ai plus de pompe.

La route est calme, toujours un peu bosselée, longe le lac Calafquen par le Nord et l'Ouest. Elle est très agréable à rouler avec un temps parfait pour le cycliste : frais, pas de vent, nuages sans pluie. Je pédale à ... pas de loup ! sans mettre d'à coups, passe les vitesses avec une légèreté de doigtée jamais vue. La campagne ressemble un peu plus à nos campagnes françaises habituelles avec certes des troupeaux paissant dans les prés (vaches à robe brun foncé très uniforme, brebis à la tête renfrognée, peu de chevaux) mais avec aussi des prairies à foin (un tracteur fauche avec le mouvement de cisaillement de lame de côté comme on faisait chez nous il y a quelques décennies) et des cultures de blé (tout doré) et de pommes de terre. D'énormes barrières en bois clôturent les parcelles, de la dimension d'une panne faîtière pour chaque élément de clôture. Le bois n'est pas rare. Je passe devant un énorme rucher de plus d'une centaine de ruches Langstroth très colorées.
Des cyclistes me doublent. Je leur demande s'il y a un réparateur de vélo à Panguipulli : au premier feu, à droite, 3ème quadra. Au bout d'une longue descente arrivant dans la ville, je suis la consigne et tombe sur deux réparateurs de vélo à 50 mètres l'un de l'autre. J'expose mon problème. Le mécanicien touche du doigt le bombement du pneu, voit la coupure, me demande la dimension (26 pouces c'est une dimension qui permet d'être dépanné dans tous les pays), pose la jante dont il refaisait le rayonnage, et se met au chevet du Mulet. On pite l'arrière sur un support fait maison. On dégonfle, on desserre les cables de frein V brake, on dévisse l'axe. La roue est prestement déshabillée, la jante bien essuyée, le nouveau pneu monté avec l'ancienne chambre à l'air. Tout est remis en ordre en cinq minutes. Le Mulet agrippe un peu le garde-boue en roulant. Tout simplement parce que la tige gauche qui doit tenir le garde-boue est branlante seulement tenue par une attache rapide en nylon. On s'occupera de ça une autre fois ! et ... bien sûr j'achète une pompe !

Ouf ! J'ai eu chaud tout de même car sans une pompe j'étais vraiment coincé si jamais j'avais éclaté ou crevé. Panguipulli est très animé. Située au bord du lac du même nom, c'est un peu une ville du style de Villa la Angostura. Le Chili a, comme l'Argentine, sa route des 7 lacs. C'est celle que j'ai entreprise depuis Pucon. Sauf que demain je vais aller voir un peu côté Pacifique et joindre dans deux jours la ville portuaire de Valdivia.

Dimanche 29 janvier 2017 - Lanco, un village qui veut vivre

De Panguipulli à Lanco, 55 kilomètres de route asphaltée sans problème. Quelques raidillons mais dans l'ensemble une route tortillarde qui traverse une campagne que l'on pourrait croire connue. Sortir de Panguipulli c'est d'abord remonter un long ruban de quelques kilomètres assez pentu qui réchauffe vite les mollets. Peu de voitures, quelques cars, la Nature est pour le cycliste : odeurs, chants des oiseaux, lumière du jour grandissant. J'ai dû bricoler un peu pour éviter le frottement du pneu arrière sur le garde-boue. Economisons le Mulet, on entre dans une prochaine paisible période de pré-retraite. Mais, pour autant, il doit me conduire au terme du voyage à Puerto Montt.

Grandit bientôt le chant d'une chorale accompagnée de quelques guitares. Une trentaine de personnes endimanchées est sur un parcage de bus, tournée vers le soleil levant, chantant probablement une complainte au jour naissant. La campagne ressemble beaucoup à ce qu'on trouve dans les piémonts montagneux de nos contrées : des prés, des prairies, beaucoup de bois, des champs. Dans ce secteur, l'avoine est fréquente, et, en arrivant vers Lanco, on trouve encore du maïs. Originalité : j'ai croisé un élevage de lamas.

Lanco n'est pas très engageant. L'entrée de la bourgade se fait par l'axe routier principal (Est-Ouest) qui bute sur la route panaméricaine (Nord-Sud) en passant par la plaza de Armas. Peu de magasins, peu ou pas de restaurants, d'hôtels, d'auberges. Les maisons sont positionnées en quadrats. Je fais deux fois le tour de la place principale : on a l'impression d'une ville quasi morte. C'est dimanche certes mais l'absence de panneaux indiquant des lieux d'hébergement et de casse-croûte est curieuse. J'interroge et après longue réflexion on finit par m'indiquer une pension dans quatre quadrats sur la gauche. Ce sera la seule et bonne adresse parfaite pour un "cycliste wifi". La tenancière me présente sa fille, son gendre, ses trois petits-enfants. Tout est familial. Au bout de la rue, une musique un peu forte : c'est la fiesta au village depuis trois jours. Des stands "naturels" sont alignés vantant notamment les mérites des jus de fruit, de tous les produits dérivés du miel. Je discute un peu des abeilles avec un papi qui se vante d'avoir 82 ans sans aucune maladie depuis ... grâce aux produits de la ruche : propolis, pollen, miel. Un passionné qui a fait une bonne vingtaine d'affichettes vantant les bienfaits et les malheurs des abeilles aujourd'hui. Les journées sont festives depuis 3 jours donc ... beaucoup de monde assis aux multiples bars qui proposent outre les boissons de très appétissantes grillades. Pas mal de stands artisanaux vantant l'identité mapuche.

Une voie ferrée ancienne à l'écartement "européen" traverse la ville. Désaffectée, elle aurait principalement servi au transport du charbon.
Demain, direction Sud-Ouest pour la ville de Valdivia, pour un petit clin d'oeil à la côte Pacifique avant de revenir sur la route chilienne des 7 lacs.

Lundi 30 janvier 2017 - Valdivia, le Pacifique est proche

Grosse ville Valdivia ! Ca détone un peu par rapport à toutes les bourgades où je suis passé dans ce périple un peu éclectique. Je suis parti de Lanco très tranquille ce matin : un peu plus de 70 km à faire sur des vraies routes. C'est au fond reposant. Le plafond nuageux était quand même un peu bas. Pleuvra ? Pleuvra pas ? J'ai eu quelques gouttes qui m'ont fait douter : mettre ou ne pas mettre le poncho ? Je ne l'ai pas mis pour forcer le sort. Plus j'allais vers le Sud plus j'avais devant moi un ciel de plus en plus clair. En allant ainsi vers le Pacifique, le relief s'aplanit considérablement. Les quelques 20 kilomètres passés sur la panaméricaine ont été un vrai régal contrairement à d'autres morceaux de cette route 5 qui traverse les Amériques du Nord au Sud. Il y avait une vraie chaussée pour cycliste à droite des bandes de roulement pour les véhicules. Un péage ? Le cycliste ne paie pas. Une cloche tintinabule à ma gauche. Je vois ... un petit train des villes me dépasser sur la bande autoroutière. Il devait rouler au maximum à 40 km/h. Etonnant Chili !

La campagne est maintenant un peu semblable à ce qu'on a l'habitude de rencontrer le plus souvent : champs ouverts, grandes prairies, un peu de bétail, des clôtures arborées pour couper le vent. Mais aussi des travailleurs journaliers assis en rangs d'oignons devant un champ cultivé, qui attendent le signal pour commencer la récolte. En approchant de Valdivia, on traverse à plusieurs reprises de très beaux écosystèmes fluviaux (et lacustres). On longe le rio Cayumapu (qui se jette dans le Rio Cruces qui lui-même rencontre le Rio Valdivia puis l'océan Pacifique). On a de très beaux systèmes aqueux avec des eaux peu profondes nappées de nénuphars fleuris.

J'ai sorti trois fois la précieuse tablette qui m'indique ma position latitude/longitude sur fond de carte google maps, voyant précisément ainsi quelle route prendre lorsqu'il y a hésitation dans un carrefour sans panneau indicateur. Direction la plaza de armas pour être dans le centre-ville au coeur de "toutes les commodités" : office du tourisme, hostels, magasins de toutes sortes, marché ... Non sans mal, je finis par trouver un hostel tout vieux en planches et en tôles avec des dimensions de chambre et de salle d'eau (partagée) qui pourraient être celle d'un sous-marin. La place est comptée ! Mais c'est calme et propre. Un petit tour vers la place centrale très arborée où tous les bancs sont occupés, avec des chanteurs d'occasion qui tentent la chansonnette accompagnés d'une musique enregistrée. Une rue piétonne descend vers le Rio Valdivia. c'est la cohue avec un attroupement : un lion de mer cabotine, quémandant un peu de gourmandises au public qui le surplombe. Juste à côté se tient le marché aux poissons et aux crustacés. Les cormorans sont aux aguets, pités sur un radeau de fortune. Le marché aux poissons est immense, tout en longueur d'un côté avec, de l'autre côté, le marché aux légumes, aux épices, aux fruits. Les quais du port sont une attraction prisée du public avec des dizaines de vedettes qui proposent des virées sur les Rios qui entourent la ville de Valdivia. Il y a encore une très imposante exposition du Museum d'Histoire Naturelle du Chili sur les baleines, les dauphins, les orques mais avec des reproductions assez grossières et sans grande information sur les comportements. Un pendule de Foucault géant, prouvant le mouvement de rotation de la terre, est encore installé dans une très grande enceinte de verre, dont les dimensions sont vraisemblablement proches du pendule de Foucault du Panthéon de Paris.
En fin d'après-midi, le ciel est ... devenu bleu !

Mardi 31 janvier 2017 - Los Lagos par la vallée du Rio Calle Calle

Très jolie étape de liaison pour rejoindre la région des 7 lacs chiliens. Avant de la trouver ... la vallée ... je me suis bien sûr fourvoyé dans la grosse ville de Valdivia. Le panneautage est vraiment déficient. Sans doute est-ce réservé aux initiés donc aux locaux ? J'ai finalement trouvé un cycliste qui devait aller au boulot qui m'a mis sur le droit chemin. Je signale que, pour une fois, google maps donne des indications qui doivent dater ... car même les noms de certaines rues et route n'existent plus. Il n'y a pourtant pas de Farc dans la Région ! (souvenir éreintant de la Colombie où c'est volontairement que la cartographie Google Maps a été faussée ...). La vallée trouvée, on est dans un petit paradis de verdure. On longe en réalité les méandres du Rio Calle Calle avec de superbes points de vue sur ce Rio au débit imposant. C'est l'heure des foins. Ca semble même tardif pour la coupe car gigantesques sont les tiges coupées. Un très grand champ de blé a été un peu abîmé par les tourbillons du vent qui ont provoqué des sculptures en creux parfois assez esthétiques. Très belle couleur dorée foncée. Le blé est mur pour être moissonné.

La route serpente au gré des divagations du Rio avec la voie de chemin de fer qui fait moins de contours. Aujourd'hui, il semble que seule une utilisation touristique lui est affectée par un train à vapeur qui relie Valdivia à Antiluhé, une bourgade à une dizaine de kilomètres avant d'atteindre Los Lagos, le train s'arrêtant de temps à autre pour la ... photo !

Les chiliens font des routes qui épousent le relief. Ainsi, après des kilomètres de chaussée assez plane, on tombe subitement sur des bosses à au moins 13% de pente sur une distance assez courte (de 500 m à 2000 m) puis, par sorte de symétrie, une descente tout aussi raide. Quelques kilomètres avant d'atteindre Los Lagos, on imagine les indiens Mapuche sur les hauteurs visionnant un paysage montueux sur des dizaines de kilomètres. Je n'ai pas vu un seul cheval aujourd'hui.
La télévision est constamment sur les incendies qui affectent le Chili depuis une bonne dizaine de jours. On a l'impression que le salut vient de l'étranger : super tanker, illiouchine, hélicoptères venus avec un Antonov ... En attendant les feux progressent toujours en raison notamment du vent et de l'absence de pluie. Les pompiers français venus participer à la lutte sont à l'honneur à la télévision chilienne.
Los Lagos est une cité carrefour. La panaméricaine y passe pour rejoindre le Sud, ici Puerto Montt. Cité avec pas mal de commerces de toutes sortes, elle est animée par une assez grande activité d'artisanat traditionnel (tricotage, sculptures sur bois, tissage ...). Demain, je traverse la panaméricaine pour aller vers le Sud-Est rejoindre le Lago Ranco, un des 7 lacs de la ruta chilienne de sietelagos.

Mercredi 1er février 2017 - Futrono, la douce

Pas mécontent de revenir dans les terres après avoir juste dit bonjour au Lion des mers à Valdivia. Ce n'était pas trop mal quand même la petite auberge où j'ai passé la nuit à Los Lagos presque au milieu de la panaméricaine. Ce qui est incontestable est la gentillesse de la quasi totalité des personnes qui m'ont accueilli tant en Argentine qu'au Chili. Ce matin, la patronne de l'hôtel voyant que je voulais partir aux aurores m'a demandé d'aller frapper à sa porte pour qu'elle me prépare le petit-déjeuner (très succinct au demeurant : un café et 3 biscuits) et m'ouvre la porte pour sortir. Le gymkhana auquel je me livre pour sortir des zones habitées me fait rire à chaque fois car, systématiquement, je prends les rues à l'envers ... mais je finis toujours sur le droit chemin.
Et là, il est droit mais droit à l'infiniiii ! Pendant une quarantaine de kilomètres, je pouvais bloquer le guidon et lire le journal ! C'est un peu comme lorsqu'on traverse les Landes. Il n'y avait quasiment personne dans cette portion d'itinéraire où, néanmoins, on peut observer de très volumineuses et longues rangées d'eucalyptus plantés tous les cinq mètres et en quinconce d'un rang à l'autre. C'est plat, plat, plat avec de temps à autre de grandes étendues de foin que deux tracteurs sont entrain de faucher, et d'immenses champs de blé pas encore mûr.

Au kilomètre 12 de mon itinéraire d'aujourd'hui, une carrière qui prouve que l'on est sur des terrains morainiques, la coupe de la carrière montrant une accumulation (hauteur d'au moins 15 mètres) de grosses pierres, de galets le tout poli et enchassé dans un sable épais très rugueux. Ces moraines glaciaires permettent l'existence de ces lacs chiliens (et probablement argentins qui se trouvent juste de l'autre côté de l'axe andin à ce niveau - les sietelagos argentins). C'est notre collègue Laugénie qui, dans sa thèse, avait caractérisé ces terrains morainiques, ce que confirme notre autre collègue Jean-Pierre Tihay. Très intéressant !

Quelques kilomètres avant Futrono, deux bosses très raides à grimper puis descentes tout aussi raides. On arrive en vue du lago Ranco et de la petite ville de Futrono. Calme et paisible, sans trop de touristes, Futrono n'a rien à voir avec Villa Angostura, San Martin de los Andes, Pucon ... C'est une bourgade qui a les pieds dans l'eau du lac, qui respire la tranquillité. J'ai fini par y trouver, après un tour à l'Office du tourisme toujours aussi ... optimiste (tout ce qu'on m'a dit était faux), une auberge qui a des chambres refaites à neuf : sympa ! avec un bon matelas : encore plus sympa ! Ce qui est remarquable ici c'est l'ambiance du soir sans aucun vent, l'abri procuré par la cuvette du lac expliquant sans doute en partie cela. Ce soir, tout est bleu alors que lorsque je suis arrivé le plafond était gris et bas. Dans le ciel, un petit bruit : un parapente à moteur (très peu bruyant, ce qui est rare) survole Futrono. Sur le lac, des scooters, du ski nautique. On a l'impression que tout est toléré. Il faut dire qu'il y a très peu de monde ...

Jeudi 2 février 2017 - Lago Ranco et ... la chaine casse

Quel bonheur d'avoir dormi dans un bon lit ! L'auberge de Futrono est pleine de monde. Les escaliers craquent un peu. Je déguste un yaourt et un café chaud. Le vélo est sorti sur la pointe des pieds. Les sacoches installées, j'enfile la polaire car il ne fait pas chaud du tout. Le plafond nuageux est très bas, pas un bout de ciel bleu. Je file direction un patelin qui a le même nom que le lac que je vais contourner : lago Ranco. Que c'est agréable une belle route asphaltée lisse, sans trous et sans voiture ! On est dans la région des lacs avec de belles moraines glaciaires et donc aussi avec des bosses à franchir. C'est un territoire Mapuche. L'île au milieu du lac est habitée par eux. Les noms de lieux sont des noms anciens qui ont trait à leur culture. Je retiens le plus facile Llifen un village bien sûr très marqué par l'empreinte touristique comme tous les villages du bord du lac Ranco.

Le déroulé de la route est extrêmement agréable : il fait frais, pas de soleil, très peu de circulation. ... Je vois même sur ma droite deux petits avions à côté de vaches qui broutent dans le pré. Un beau petit aérodrome est là au milieu de nulle part ! Christian pourra venir avec l'avion qu'il a fabriqué faire un petit tour en Patagonie Chilienne, mesurer le degré de pollution de l'air !
Et puis ... le dérailleur arrière change de vitesse tout seul et ... le dérailleur avant l'imite. Aïe ! J'ai déjà eu ça. Ce n'est pas bon ! Un arrêt s'impose pour constater que le maillon faible qui avait été remis en place à Villarica est à nouveau déboité. Je sors la pince, repousse tant bien que mal la toute petite goupille pour qu'elle maintienne les deux plaques du maillon de chaîne, et repars. J'ai fait une quarantaine de kilomètres depuis Futrono. Pas un chat, que des arbres et des prés, pas de maison. Dans une montée de bosse, elle me lâche ... qui ? ... la chaîne qui ... casse !

Je reste étonnamment calme même si je sais que là ça devient très sérieux et que la solution sera de me faire embarquer sur un pickup avec le Mulet. Le pouce levé, deux pickup passent sans ralentir.
Je dois trouver une solution. Je démonte bien la chaîne, déploie la trousse à outils, sort le dérive-chaîne en partie cassé, sort encore les deux attaches rapides que j'ai emportées au cas où ? ... et commence à essayer de repousser la goupille sertie avec le dérive-chaîne qui ne pousse plus droit. Quelques aller-retours de la vis sans trop forcer. Je démonte, je remonte quatre ou cinq fois le maillon de chaîne dans tous les sens possibles. Trois cyclistes passent sur des vélos de course : pas un bonjour alors qu'ils me voient affairé avec cette chaîne. Puis, un clic ... c'est où tout bon ou tout cassé. C'est tout bon ! Inespéré ! Et en une petite minute l'attache rapide est installée, la chaîne remise en ordre ... Quelques coups de pédales tout doux ... ça a l'air d'aller. Et ... Je rejoins en pédalant, comme si je marchais sur des oeufs, Lago Ranco.
Inutile de dire que si j'ai pleinement apprécié le paysage durant les quarante premiers kilomètres avec les belles courbures du lac que l'on est obligé de suivre, et à ma gauche de très belles forêts très anciennes avec beaucoup d'arbres morts, après l'épisode de la chaîne cassée, ce sont plus mes oreilles qui travaillaient que mes yeux. J'écoutais le moindre signe donné par chaque maillon qui travaillait.

Arrivé à Lago Ranco, j'ai pu trouver une chambre, non sans mal, et ... je suis allé à la fiesta de la Candelaria. Beaucoup de stands minuscules un peu semblables à nos marchés de campagne avec beaucoup beaucoup de monde. Brochettes grillées, un petit tour à la plage où, bien sûr, le sable est plutôt un peu rugueux. Et procession de la Vierge portée comme de coutume par des habitants du lieu. La messe qui a suivi s'est faite dans une église trop petite. La ferveur est étonnante. Curieux : le sermon est entrecoupé de questions auxquelles les fidèles présents répondent immédiatement en masse. Très sympathique et très émouvante cette cérémonie de Nuestra Senora de la Candelaria.

Vendredi 3 février 2017 - Osorno, la pluie arrive, la pluie est là

Terrible cette propension à déverser subitement un déluge d'eau sauf dans les régions du Chili où les incendies font d'énormes ravages. Toute la nuit, à Lago Ranco, les grosses gouttes cognaient sur les toitures en tôle ondulée. Ce matin, petit déjeuner rapide et ... poncho, sur-chaussures. La tenancière était surprise que malgré tout je veuille partir. Durant une cinquantaine de kilomètres, jusqu'à la panaméricaine, ce sont des seaux d'eau qui sont tombés. Inutile d'épiloguer. Rien à dire d'autant que les nuages me frôlaient la moustache dès les premiers tours de roues.

 

Trois ou quatre bosses à franchir puis une grande et "belle" route en construction d'au moins 15 mètres de chaussée. L'objectif est probablement de rendre l'accès très facile aux véhicules pour la route des lacs. Rio Bueno est traversé, puis direction la panaméricaine jusqu'à Osorno sur une vingtaine de kilomètres.
Je craignais pour le vélo. J'avais la veille bien brossé la chaîne, nettoyé les roulettes, graissé à l'huile fine les maillons. Aucun problème de transmission. La chaîne a tenu. Croisons les doigts que ça dure encore trois jours.

Les chiliens semblent très tolérants. Celui qui veut faire quelque chose le fait, si ça gène ou dérange, c'est celui qui est gêné qui modifie son comportement. Je me gare sur l'herbe du trottoir ? Personne ne trouve à redire. Quand, chez un commerçant, on ne trouve pas le produit que l'on veut, alors le commerçant indique chez quel commerçant on peut le trouver. Il y a plein de petits boulots (dans les cités les plus importantes) : de la vente de brochettes que l'on fait cuire au bord de la rue, aux ventes de recharges de téléphone, de fruits, de légumes, de lunettes de soleil, de petits bijoux, de boissons, au cireur de chaussures, aux chanteurs et aux musiciens qui font la manche ... Les policiers sont dans les rues, discutant avec les gens tout en surveillant autour. Des leçons à prendre ? Très certainement ...
Ce soir, les seaux d'eaux ont repris.

Samedi 4 février 2017 - Lago Llanquilhué - presque parfait

Osorno n'est pas si désagréable qu'on peut le dire ou le lire. Ma logeuse était folle de Paris. Elle m'a montré, ravie, sa petite tour Eiffel en plastique que son frère lui avait rapportée de Paris. Elle était fière d'avoir un français dans son auberge. Petit déjeuner prévu à 8h (c'est tard mais les distances sont moins longues et moins dures maintenant). Personne sauf un client qui vient de Coquimbo pour assister à un mariage (2 journées complètes de bus). Puis l'amoureuse de Paris vient et ne sait que faire pour que le cycliste mange suffisamment.

Départ rapide sans la pluie ! La sortie d'Osorno a été bien étudiée hier avec google maps. Je ne me suis pas fourvoyé comme d'habitude dans les grandes villes. Très plaisante la balade à vélo durant une cinquantaine de kilomètres : pas froid, pas de pluie, pas de soleil, peu de circulation, chaussée quasi parfaite. L'objectif est d'être sur le bord du lac Llanquilhué qui est une merveille d'après ce qu'on peut lire. Comme il ne me reste plus que trois jours de vélo, je dois trouver un point de chute sur le bord du lac pour ce soir sachant que demain soir j'ai prévu d'être à Puerto Varas pour, lundi, finir la boucle du périple à Puerto Montt.

Ce sera Puerto Octay, un village qui ne paie pas de mine mais qui présente à mes yeux beaucoup de qualités : il est au bord du lac donc avec accès au lac, il présente un panorama grandiose sur les deux volcans qui se trouvent à l'opposé du lac : le volcan Osorno et le volcan Calbuco, il est assez peu fréquenté, il possède juste ce qu'il faut comme restaurant, auberge. Les gens se baignent tranquillement au bord du lac. Pas de vent, du soleil ! ... La vue sur les volcans est encore un peu ... bouchée mais peut-être que ce soir le grand nettoyage se fera ?
Et ... trois heures après, le ciel s'est dégagé : beau, le volcan Osorno, cône parfait comme le Villarica. Caloté de neige (et probablement de glace) il ne fume pas. Pas très loin, le volcan Calbuco mais qui n'a pas, et de loin, l'allure de l'Osorno ou du Villarica. Je n'ai plus le temps de grimper l'Osorno.
Un seul défaut : le village mériterait un bon nettoyage des rues et des chemins. Dommage que dans un cadre aussi idyllique, il n'y ait pas ce minimum de prise de conscience d'avoir un village propre.

Rien au vélo ? ... Ben, c'est qu'il n'y a pas eu de soucis aujourd'hui. Je suis aux petits soins avec chaîne et dérailleurs. Pédaler comme si j'avais des oeufs aux pédales, changer de vitesse en faisant roue libre et du bout des doigts, ... il faut que le Mulet me porte encore deux jours !
Curiosité : c'est la première fois qu'à l'auberge on me demande le PDI, le document de la police aux frontières qui montre qu'on n'est pas entré clandestinement. Pourquoi ? Mystère ...

Dimanche 5 février 2017 - Puerto Varas ... Ca sent l'écurie !

C'est pour demain l'écurie ... Aujourd'hui, je continue ma route des lacs chiliens qui - c'est mon opinion - est beaucoup plus agréable, dans un paysage plus aéré avec quelques volcans pointus et enneigés que les sietelagos argentins. Même si les lacs argentins font partie de tout ce qu'il y a de plus beau à voir dans ce pays. Un point commun à tous les lacs chiliens : le temps - quand il ne pleut pas - est vraiment très agréable avec, pour tous les lacs, à peu près la même température de l'ordre de 25°C sans vent mais avec une toute petite brise qui fait apprécier la bière ou la glace. Le potentiel touristique des lacs chiliens est loin d'être saturé. Calme, tranquillité, sentiment d'être partout en sécurité ... c'est vraiment appréciable. Les piétons sont rois en ville, les véhicules s'arrêtant dès que la pointe du pied touche le goudron ...

Ce matin, départ un peu tardif (8h30) et envie de profiter doucement du paysage du lago Llanquilhué que je longe sur sa partie Nord et Ouest. Mais, dès la sortie de la ville, ça grimpe sec. Au moins trois grosses bosses dont une qui assurément a une pente de plus de 13%. Moraines glaciaires ? Certainement si j'en crois les coupes visibles de la route qui mettent à jour les galets enchassés dans du très gros gravier sableux. Les deux volcans Osorno et Calbuco n'ont pas encore quitté leur manteau de la nuit. De très belles demeures datant du siècle dernier avec la forte présence allemande, sont plantées face à un paysage sublime avec l'immense lac et les volcans en fond de scène. De très grands prés sont fauchés, des élevages, des fundos sont éparpillés ici et là le long de ce plateau morainique. Quelques chapelles tout en bois ponctuent la route. Et ... un lodge de classe au plus bel endroit tout neuf, tout vernis ...

A Frutillar, tournant à droite à 90° pour joindre la ruta 5 qui, en 20 kilomètres de ruban autoroutier me mène à Puerto Varas, toujours au bord du lac Llanquilhué. Je fais sonner le péage puisque, ne payant pas, j'ai coupé le rayon mouchard. Pas grave, je lève le bras pour dire au revoir ...
Puerto Varas c'est un peu le Biarritz de mon enfance en pleine saison estivale : des gens partout mais avec des glaces, des sucettes, des gâteaux, déambulant insouciants sur la plage et ses abords. Mais pas encore la grosse fortune que l'on peut sentir par exemple à Pucon. A Puerto Varas, les gens s'étalent un peu partout, un peu n'importe comment. Des baignades mais surtout de la bronzette. Beaucoup de jeunes sac au dos ! Plus qu'ailleurs où je suis passé. La place centrale est bondée avec des piétons qui passent quelques minutes à écouter des musiciens jouant de la flûte andine ou jouant de la grosse caisse, avec les pieds qui martèlent en rythme les cymbales pitées sur le haut de la grosse caisse. Mais dès que le chapeau commence à circuler pour récolter quelques monnaies, un courant humain tout d'un coup se met en mouvement pour échapper au ... chapeau.

Journée assez relaxe malgré les bosses et les quelque 50 kilomètres. Demain, c'est le final, le retour à Puerto Montt.

Lundi 6 et mardi 7 février 2017 - Puerto Montt - clin d'oeil du soleil

Dernier jour de ce long périple. Une trentaine de kilomètres encore mais comme toujours il importe de rester concentré jusqu'au bout pour ne négliger aucun petit détail. C'est une obligation pour le solitaire. Le départ de Puerto Varas se fait sous un petit vent frisquet mais après quelques tours de pédales, le rythme doux, régulier, sans à coups, est retrouvé. Je ne pense même plus que je bouge les jambes. La tête est ailleurs me remémorant ce tour un peu fou que je viens de faire : les durs moments de la Carretera avec cette flotte et ces gros cailloux qui prenaient un malin plaisir à me faire déraper, basculer et quelques fois chuter, ces beaux paysages après Coyhaque marqués par le massif du Cerro Castillo, le trou noir de Los Antigos où je me sentais bloqué mais aussi les aides inattendues qui m'ont permis de m'échapper au Nord à Bariloche, puis ce retour par un redémarrage à vélo pour les circuits lacustres argentins et chiliens, l'ascension originale du volcan Villarica, l'arrivée sous un soleil éclatant à Puerto Montt.

1886 km de pédalage au compteur dont 730 km environ sur la Carretera Austral. Je vois même au loin vers le Sud-Sud-Est les montagnes enneigées des parcs nationaux Hornopiren et Pumalin. La Patagonie chilienne peut donc montrer ses beaux atours ! La baie de Reloncavi a même coloré ses eaux d'un bleu profond et intense.

Maria m'ouvre la porte de l'auberge où j'ai laissé quelques affaires pour le retour dont le précieux carton pour le vélo. Ce pauvre emballage, éclaté par le manutentionnaire de l'aéroport de Toulouse, est transpercé de toutes parts. J'avais un peu anticipé ce genre de problème en emportant un gros rouleau de toile collante. Collant à l'intérieur, collant à l'extérieur, petit à petit, le carton reprend de l'allure et finit par ressembler à un éclopé certes mais à un vrai emballage qui n'attend plus que le vélo. Méthodiquement, le dépeçage commence : dégonflage des pneus, détente du frein avant, enlèvement de la roue avant, de la selle, du guidon que l'on aligne sur le cadre avec des petits tendeurs, inversion des pédales, dévissage de la béquille, mise en place du tube pvc de 50 pour éviter l'écrasement des bras de la fourche avant en cas de choc ou de tassement par d'autres bagages, alignement de la roue avant le long du cadre, l'ensemble finissant par être ficelé comme un rôti pour, au cas où, éviter la perte de morceaux de vélo avec, chose bien sûr improbable, un éventuel crash du carton.

Le mari de Maria a un problème de tronçonneuse qui ne démarre pas. C'est une très belle Stihl avec une lame de 45 cm et qui a l'air de n'avoir jamais servi. Un peu d'essence, vérification du filtre à air, du bon contact de la bougie, starter, interrupteur sur On, poignet d'accélération appuyée, un coup et ... ça pétouille puis ça s'arrête. Normal. Starter repoussé, poignée d'accélération appuyée, un autre coup et ... ça marche. Le moteur fait un bruit d'enfer. La chaîne ne bouge pas. J'actionne le bras de sécurité pour déverrouiller l'embrayage de la chaîne et ... la chaîne s'enclenche. Todo va bene.
Il faut juste un peu tendre la chaîne. Tout est en ordre. Le mari de Maria, tout heureux, part au boulot après avoir congratulé le pseudo sorcier qui l'a dépanné.
Le fils de Maria, Antonio, qui doit me conduire à l'aéroport demain matin, est mal en point. Il a passé une nuit blanche, se plaint d'une douleur vive en bas du dos. Direction le médecin qui diagnostique un probable calcul dans les reins. Aïe ! dans tous sens du terme : pour Antonio d'abord - car une colique néphrétique ... on s'en souvient ! - et puis pour moi et le vélo demain ! Une heure après être revenu du cabinet médical, retour chez le docteur qui ordonne un scanner en urgence à l'hôpital. J'essaie d'interroger Maria, soucieuse, pour ... demain matin car le Mulet ne peut pas rentrer dans n'importe quelle voiture ! Réponse : taxi. Encore un truc qui ne va pas se régler facilement ... Trois heures après, le malade est rentré à la maison. Le scanner a permis d'identifier un calcul de 3 mm mais ... Antonio va mieux. Il me dit qu'il est sous morphine. Normal qu'il se sente mieux ! Il m'assure que demain matin ça ira, le médecin lui ayant donné des comprimés pour dilater l'uretère.

Mercredi - jeudi 8-9 février 2017 - 3 avions +200 dollars

Mercredi matin, lever à 7h car je ne sais pas comment est Antonio avec ses calculs au rein bien visibles sur l'image du scanner. Car la morphine est efficace mais ne dure qu'un temps pour ne plus sentir la douleur. Maria me dit que tout va bien. Antonio sort de sa chambre souriant. Donc ... il va pouvoir me conduire à l'aéroport de Puerto Montt. J'ai une urgence à ne pas oublier : faire tamponner par la douane de l'aéroport le papier "officiel" qu'un douanier m'a obligé de remplir pour le vélo lors de mon arrivée à Santiago. Le problème est que, contrairement à ce que le douanier de Santiago m'avait dit, il n'y a pas de douanier à Puerto Montt. Deuxième surprise : si à l'aller j'ai payé un supplément de 75 euros pour le transport du vélo, on me demande maintenant 200 dollars. Je peste de toutes mes forces mais rien n'y fait. Le seul avantage est que je n'ai pas à récupérer vélo et sacoches à Santiago pour les ré-enregistrer pour Madrid et Toulouse, les deux avions suivants. Le Chili est finalement un pays très cher. Par exemple, pour une petite assiette à dessert de crudités (salade + moitié de petit avocat), deux oeufs brouillés et 33 cl d'eau gazeuse le coût est de 15 euros (9500 pesos chiliens).

Le premier vol Puerto Montt - Santiago se fait avec un A320-200. Grosse qualité chilienne : les manutentionnaires à l'aéroport sont très attentifs à veiller au respect maximal des bagages. Le carton-vélo a été mené de champ (le vélo en position droite et à l'endroit) depuis l'enregistrement jusqu'au tapis roulant conduisant à la soute de l'avion. A Santiago, cette fois, le transfert est facilité n'ayant plus de bagage avec moi à réenregistrer. Mais, reste toujours le problème du papier "officiel" de la douane que je dois faire absolument tamponner pour sortir du Chili. Je passe les formalités pour les migrations, la police et cherche la douane ... On me fait descendre au rez-de-chaussée : pas de douane. après multiples demandes et aller-retours, je finis par trouver une petite fenêtre avec deux douaniers. Je leur montre le papier "officiel" signé et tamponné à l'aller par leur collègue. Ils ne connaissent pas ce papier qui, me dit-on, est une nouvelle formalité. Ils me demandent où est le vélo ? Ben ... dans le transit des bagages ! Un douanier compréhensif prend le fameux papier et me dit que c'est bon, que tout va bien. C'est peut-être ça aussi le Chili ...

Deuxième avion de nuit Santiago - Madrid : un superbe boeing 787-900 très haut de plafond, très long, avec deux réacteurs, mais aménagé de façon pas très pratique, avec des rangées de sièges 3-3-3 ce qui obligent aux 2-2 personnes côté hublot à déranger celui assis côté couloir. Ca peut paraître anodin mais en réalité assez embêtant pour celui qui est dérangé. Etude de cas : j'avais un siège côté hublot. Mais ... un couple avec un enfant souhaitait être avec 3 sièges côté hublot. Moi, le bon samaritan, ne voit aucun inconvénient à changer de place, sauf ... que je me retrouve côté couloir avec une dame et sa petite fille côté hublot. Et ... deux montées de moutarde au nez du cycliste. Quand on a le plateau du dîner devant soi, que la petite demande à aller faire pipi, on est obligé de faire l'équilibre pour laisser passer et ne pas tout renverser. Anodin mais ça s'est produit à trois reprises (pourtant la petite n'a pas de prostate ...) en moins d'une heure. Deuxième poussée d'adrénaline (et j'ai dû me faire violence pour me taire), alors que l'on traversait la cordillère des Andes avec un éclairage sublime de coucher de soleil, le volet du hublot de la petite était fermé, la maman et la petite regardant chacune de leur côté un dessin animé différent. Je me tordais dans tous les sens pour essayer de capturer avec mon appareil de photo l'Aconcagua au soleil couchant. Mais, comment, avec des paysages pareillement éclairés, on n'ait pas l'esprit captivé par un tel spectacle ? Non, le dessin animé sur le petit écran est plus captivant.
Troisième avion : Madrid - Toulouse. C'est toujours le même Embraer qui fait la liaison. Embarquement par bus. Montée rapide de l'avion en altitude avec temps superbe sur des paysages illuminés par les sommets enneigés. Le passage des Pyrénées est exceptionnel. On passe exactement au-dessus des montagnes entre vallée d'Aspe et vallée d'Ossau avec une vision rare de l'Ossau enneigé pris sous cet angle à 9000 mètres. Là, j'ai pu prendre des photos l'avion n'étant qu'à moitié rempli, et pouvant donc me déplacer de hublot en hublot.

L'heure de vérité au tapis roulant des bagages : Il faut trouver une pièce de 1 euro pour le chariot ... Les sacoches arrivent donc espoir peut-être pour le vélo. Je file au tapis pour les bagages de dimension exceptionnelle. Des skis, puis ça ferme. Sonnerie, et ... le tapis se met de nouveau en route. Là-bas, je vois un carton avec le dessin du vélo mais ... encore une fois tout ouvert. J'avais heureusement tout ficelé à l'intérieur. Rapide inspection : tout a l'air complet. Je remets du collant pour fermer à peu près en attendant mon fils Thomas qui doit venir me chercher.
J'oubliais : à Toulouse comme pour la traversée des Pyrénées, un ciel radieux !

Un grand merci à toute la famille et à tous les Amis qui m'ont encouragé au cours de ce périple un peu particulier où j'ai parfois eu des conditions météorologiques exécrables.

La Carretera Austral est aujourd'hui, de mon point de vue, assez inintéressante à parcourir pour un cycliste de Puerto Montt à Coyhaque. La raison ? Les très nombreux travaux de terrassement qui n'en finissent pas avec le dépôt de très gros gravillons non damés sur des kilomètres qui rendent très difficiles le pédalage notamment dans les très fortes pentes que l'on rencontre. Ajouté à cela, un très mauvais temps comme j'ai eu qui empêche souvent toute visibilité du paysage avec un plafond nuageux très bas, une pluie qui nécessite le poncho, des rafales de vent ... le plaisir du cycliste devient vite très limité. En revanche, il faut recommander fortement le très beau circuit des lacs de la Patagonie argentine et chilienne au Nord de Bariloche et de Puerto Montt avec toutefois un passage ardu dans la traversée du parc national Lanin. La montée au cratère et la vision des projections de lave incandescente du volcan Villarica restent le clou du voyage, à ... recommander fortement.


2018 - Retour en Patagonie

Mardi 6 novembre 2018 - Stress pour l'avion ...

Demain, embarquement à Toulouse pour un premier avion jusqu'à Madrid. Puis deuxième avion jusqu'à Santiago du Chili. Puis troisième avion jusqu'à Puerto Montt. C'est du déjà vécu, donc cool ! ... Sauf que les conditions des compagnies ont changé. Si les deux derniers avions c'est avec LATAM, la compagnie chilienne, le premier avion est avec Air Nostrum filiale d'Iberia. Par habitude, je précise toujours que j'ai un vélo à transporter, avant l'enregistrement. Par habitude aussi lorsqu'il y a plusieurs compagnies, j'avertis toujours la première compagnie car c'est au premier avion qu'on fait l'enregistrement pour les trois vols. Donc, coup de fil à Iberia (Air Nostrum) qui me dit que l'avion de Toulouse est petit ... J'ai beau dire que je connais cet avion que j'ai déjà pris et que le carton-vélo entre dans la soute sans difficulté, l'opérateur refuse d'inscrire que j'ai un vélo, et que, de plus, comme c'est LATAM qui fait le plus long trajet entre Toulouse et Puerto Montt, je dois m'adresser à LATAM avec ... récupération du vélo à Madrid - s'il entre dans la soute - et ré-enregistrement du vélo chez LATAM. Patience ! Je réussis à joindre LATAM par téléphone qui me dit de suite que je dois voir avec Iberia au premier enregistrement de Toulouse, et que, de toutes façons, je devrai récupérer le vélo à Santiago du Chili pour le ré-enregistrer pour le vol de Puerto Montt. ... Tempête sous un crââne !

A l'aéroport de Toulouse-Blagnac, un seul guichet pour tous les opérateurs mais la réponse est qu'ils ne peuvent pas mettre sur mon billet électronique le carton-vélo. "A voir le jour du départ" me dit-on.

Donc, ce soir j'en suis là (las !). Je me dis que l'important est que, quelles que soient les modalités d'enregistrement des compagnies, le vélo arrive à Puerto Montt en même temps que moi. Normalement, c'est faisable car j'ai pris cinq heures de battement entre les changements d'avion. Mais c'est tout de même anormal que les employés des compagnies soient si peu informés des conditions de transport des vélos, d'autant que les modalités changent souvent avec un prix de transport des vélos qui augmente fort tous les ans !

Il est 17h. Le Mulet est démonté bien calé dans son emballage cartonné d'Air France (dernière fois certainement que j'utilise un tel carton car Air France a décidé de fermer son comptoir à Pau). Les sacoches sont bouclées. Le tout est dans la voiture, entré avec l'aide amicale d'Elie. Demain, je file donc chez mon fils Thomas à Aigrefeuille où Gérard Cabessut me rejoindra pour me conduire à l'aéroport de Blagnac. La solidarité entre cyclistes est totale. Gérard et son épouse Gisèle ont remonté en vélo la Carretera Austral. Le cheval mécanique restera bien sage chez mon fils Thomas jusqu'au retour.

Mercredi 7 novembre 2018 - on pense à tout ...

sauf au téléphone portable qu'on oublie dans la ... voiture ! La guigne ... Gérard Cabessut était pile à l'heure du rendez-vous chez le Fiston à Aigrefeuille. Il me conduit avec le 3008 à l'aéroport, sans embouteillage. C'est alors que le portable est resté au pied du passager. L'enregistrement du vélo se passe plutôt bien avec un long calcul des hôtesses pour faire payer le moins cher possible. Je m'en tire, à titre exceptionnel, avec 45 euros pour le carton-vélo (dans le sens du retour avec les mêmes compagnies ce fut ... 200 euros en 2007 !). Sympas ! Mais elles ne savent pas si je dois récupérer les bagages à Santiago du Chili : "faudra voir avec l'hôtesse de l'avion". Curieux de voir que le personnel ad'hoc n'est pas en mesure de préciser les choses ... Je suis en attente de l'avion pour Madrid.
Le vélo est entré en soute à Toulouse, avec pas mal de précautions de la part des manutentionnaires.


Peut-être ont-ils vu que je les prenais en photos ... Madrid a un aéroport nouveau sans fin. Des centaines d'hectares cimentés pour joindre au bout d'un bon quart d'heure d'avion roulant, le terminal 4 puis le terminal 4S. Là encore tout est faux pour la réservation de billets que j'avais faite : au lieu du T4 prévu je dois aller au T4S. Heureusement que je n'ai pas à me trimbaler le carton-vélo ! Une bonne "salade de montagne" (salade oui beaucoup, fromage de chèvre pas mal, pelures de jambon ... à chercher) avec un joli verre de vin rouge, ça rassure ! et puis ... si je n'ai pas de téléphone, j'ai du réseau ici ...


Mon prochain avion pour Santiago du Chili est à 23h55. Enormément de monde dans cet aéroport. A peine croyable de voir ainsi comment les espagnols ont tordu le cou à la crise de ces vingt dernières années !

Jeudi 8 novembre 2018 - L'avion c'est toujours un peu long surtout quand il y en a plusieurs ...

Finalement j'ai dû tout récupérer de mes bagages en soute à Santiago du Chili. Mais avant ... il a fallu passer la police : une queue de plus de 300 personnes pour se faire tamponner sur le passeport l'entrée au Chili. Après, je récupère carton-vélo et sacoches. C'est la première fois que le carton-vélo est encore à peu près en bon état mis à part deux déchirures d'une trentaine de centimètres. Mais j'avais prévu en emportant en cabine un gros rouleau de collant. Je rencontre Fabien et sa compagne qui recousent tant bien que mal les déchirures faites à l'emballage de leur vélo. Ils fileront de Puerto Montt vers la Terre de Feu.
Ascenseur pour monter au troisième étage et là ... encore une kyrielle de personnes qui doivent embarquer sur LATAM. Quelles que soient les destinations de LATAM, il y a guichet unique. Quel est l'intérét pour moi d'un nouvel enregistrement pour Puerto Montt alors que que les étiquettes sont collées depuis Toulouse pour que tous les bagages arrivent à Puerto Montt ? Aucun, car le passage en douane s'est fait sans aucun contrôle ni aucune nouvelle formalité, et l'enregistrement LATAM s'est fait en regardant simplement ce qui m'a été donné à Toulouse. Bravo Blagnac ! Du bon boulot avec "juste" 45 euros de paiement pour le vélo. Le vélo est parti avec un employé qui m'a dit qu'il savait que c'était fragile ...
Commence alors la course à la carte SIM pour le téléphone nouveau que j'ai dû acheter à Madrid sous la forte insistance de mes enfants. Achat de carte Sim possible mais fonctionnelle juste au Chili et non en Argentine où il faudra une carte SIM spécifique. Je cours d'un opérateur à l'autre et finis par aboutir à un marchand qui vend un peu de tout et qui veut me vendre un forfait en promotion bien sûr pour 7 jours. Ils ne vendent pas de cartes SIM opérationnelle en Argentine. Elles sont à acheter en Argentine. C'est là que ça se complique. Car je passerai la frontière Chili-Argentine le deuxième jour de vélo mais avec une traversée dans la pampa sans aucun magasin quelconque, et ce durant au moins trois jours. C'est seulement arrivé à El Calafate que je vais pouvoir espérer trouver la carte idoine pour que je puisse pour les jours suivants envoyer des sms à la famille.
L'attente de l'avion pour Puerto Montt est longue mais finalement les cinq heures d'intervalle entre les avions m'ont été nécessaires. J'ai pu changer euros pour pesos chiliens avec apparemment un bon taux : 732 pesos pour 1 euro alors qu'à Toulouse on proposait 632 pesos pour 1 euro.


Envol de Santiago du Chili

Volcan Villarica au premier plan et volcan Osorno en arrière-plan

Arrivée à Puerto Montt dans la crasse et la pluie alors qu'il faisait un temps magnifique depuis Santiago. J'ai pu admirer la chaine andine et même reconnaitre le volcan Villarica dont quelques fumerolles s'échappaient du cône enneigé. Le vélo est remonté, le carton laissé chez Maria Zulema qui m'accueille avec son mari et son fils venu me chercher à l'aéroport avec un gros Dodge. Pas fâché quand même d'être arrivé !
Croisons les doigts pour que demain le bateau parte puis je rejoins Puerto Natales au Sud après 4 jours de bateau pour ensuite tout remonter en vélo (je l'espère ! ...) jusqu'à Puerto Chacabuco d'où je reprendrai un autre bateau pour Puerto Montt. Mais ça c'est le film que je me suis fait avant de toucher du doigt la réalité du terrain. Donc pas de wifi donc de possibilités de liaisons sur le site avant Puerto Natales dans 4 jours.

Vendredi 9 novembre 2018 - Le grand bazar de l'embarquement Navimag

Lever de bonne heure ce vendredi matin pour bien ranger les affaires dans les sacoches prévues. C'est toujours la même disposition (arrière gauche vêtements, arrière droit couchage, pharmacie, devant gauche nourriture boissons gamelle, devant droit protection froid et pluie, sous selle outillage, sacoche-guidon argent papier photo, sous guidon réchaud essence).
Maria a préparé un petit déjeuner. Photo du départ par Alfredo le mari de Maria. Rendez-vous pour le 12 décembre au soir. Ciao !
La pluie s'est un peu calmée. Je file vers l'Hôtel Holiday In pour l'enregistrement Navimag la compagnie qui fait le trajet ferry jusqu'à Puerto Natales. Hôtel de luxe avec pas mal de personnel à l'entrée, pour vous renseigner (c'est au 2ème étage donc au 1er chez nous), et vous dire avec un beau sourire que ce n'est pas ouvert ! mais ... que le personnel vient dans une heure. Ouf ! L'enregistrement est juste une formalité pour probablement faire au passager les recommandations d'usage (heure d'embarquement, lieu, rendez-vous aux bureaux de l'embarcadère, sacoches enlevées ...). On me donne un papier attestant que je suis bien passé et que je suis bien sur la liste. Dans le hall d'entrée de l'hôtel, mon vélo a été précieusement gardé par le réceptionnaire de l'hôtel. Des japonais partent avec de grosses valises. Le récepitonniste leur ouvre grands les portes avec un magnifique sourire. Lle chauffeur du minicar s'affaire pour caser tout le bardas nippon.
Je quitte les lieux vers 10h30. Petit tour à la casa de cambio pour changer euros contre pesos argentins. La curiosité est qu'on change d'abord euros en pesos chiliens puis pesos chiliens en pesos argentins. On doit y perdre pas mal mais c'est ainsi. Puis je pars à la recherche de mes quelques vivres de survie. Un jeune fait la quête pour la Croix-Rouge devant un supermercado. J'en profite pour lui confier mon vélo le temps de faire quelques provisions. Il est tellement content qu'il me donne plein de bonbons en remerciement. De mon côté, je lui ai un peu alourdi sa boite métallique ronde qu'il agite d'une poignée saccadée pour bien attirer l'oreille des passants. Classique mais efficace.
Je file sous un petit crachin intermittent sur la route qui conduit à l'embarcadère Navimag (14,5 km selon l'employé Navimag de ce matin). Une cote très sévère m'a surpris à Angelmo avec obligation de démultipler au maximum. Des camions et des voitures sont derrière. Je dois zigzaguer pour faire passer le tout petit plateau, je glisse de la roue avant mais finis par me rattraper d'un sérieux coup de rein. La route devient un peu plus large et le camion finit par passer sa deuxième vitesse. Le haut de la cote est là mais quelle suée subite ! Le Mulet s'est régalé.
A l'embarcadère, l'Evangelistas n'est pas amarré. Les bureaux Navimag sont 500 mètres plus loin. J'apprends que le ferry a eu du retard, qu'il appareillera non pas à 16h mais à 21h, et qu'il arrivera à Puerto Natales lundi non pas à midi mais vers 17h. Donc, plus d'hésitation pour moi. Lundi soir je dors à Puerto Natalès.
L'aire de chargement Navimag est un immense parking où les camions et les voitures se font peser et mesurer. Devant, d'énormes bigbags de plus de 2,5 tonnes attendent alignés. Un employé me dit que c'est de l'alimentation pour les ... saumons, non pas chiliens mais chinois ! Le commerce mondial n'est pas très compatible avec le produire et consommer local !

De l'alimentation pour les saumons ... de Chine !

L'Evangelistas, le ferry Navimag de Puerto Montt à Puerto Natales

Le chargement des deux niveaux du ferry est très long : beaucoup de grandes semi-remorques sont poussées à reculons avec une dextérité de conduite qui force l'admiration. Et ... le Mulet a été conduit à l'arrière quillé tout seul la roue avant plantée dans d'énormes arceaux métalliques. Pas bon ça Mulet ! J'alerte vite le régulateur en chef de l'embarquement qui compatit et fait rentrer le vélo bien à l'abri. Le départ de l'Evangelistas finit par se faire un peu après 21h.

Samedi 10 novembre 2018 - Magnifique canal Messier
Nuit somme toute tranquille sur le ferry. Je suis allongé dans un lit au creux d'une banquette confortable. Ces banquettes sont alignées de part et d'autre d'un long dédale de couloirs à angle droit. Le matelas assez large, très long, avec un lit de draps et de couverture qui ne sentent pas le refuge de montagne, d'un oreiller tout doux, l'ensemble fermé par un rideau qui isole bien du couloir. Le tout est agrémenté d'une lampe de chevet suffisante. Tout pour bien dormir.

Le jour se lève sur le golfe de Corcovado. Les montagnes volcaniques défilent à l'Est. Le soleil est présent, mangeant peu à peu les nuages blancs accrochés aux flancs des sommets.

La causette finit par se faire avec quelques français et espagnols intrigués par ce bipède déguisé en cycliste. Le Mulet est le seul vélo emporté sur le bateau. Le paysage défile, magnifique et varié : des flancs de montagne tapissés de forêts probablement impénétrables, de la neige sur les hauteurs. Attention cette nuit où le ferry est obligé de joindre l'océan Pacifique. Ca risque secouer un peu.

Dimanche 11 novembre 2018 - Canal Messier -1000 m

Excellente nuit ! L'océan Pacifique a été de bonne humeur. Quasiment pas de roulis ni de tangage. "Exceptionnel" nous a dit le commandant. Ce matin, on se réveille dans le golfe de Penas, énorme bassin qui sert de transition entre le Pacifique et les fjords. On est entré dans le canal Messier (un français) qui est une fosse pouvant atteindre plus de mille mètres de profondeur bordée par deux chaînons montagneux parsemés d'îles toutes inhabitées.

On louvoie à l'intérieur d'un chevelu de fjords. L'éclairage matinal accentue le relief sous le ciel bleu naissant. Beau temps ! Inespéré ! Le cargo Léonidas enfourché dans une épine rocheuse se présente comme une sculpture mécanique rouillée qui résiste à l'usure du temps. Sa cargaison de sucre aurait constitué une enveloppe d'eau douce qui aurait permis la croissance de quelques arbres dans sa coque. Les feuilles vertes apparaissent tout à côté des déjections de guano maculant les cheminées du bateau rouillé.

Le Captain Leonidas

Une visite de la cabine de pilotage nous informe des instruments principaux qui aident aux manoeuvres : suivi cartographique avec positionnement GPS en continu du ferry, contrôle directionnel par un volant d'une précision à la minute, profondeur en continu avec limite de navigabilité à -10 mètres, vitesse en noeuds (on navigue à 15 noeuds soit environ 25 km/h). Et une surprise : deux téléphones jumelés. L'un avec indication "baleine", l'autre avec indication "dauphin". Est-ce un procédé de communication de l'Office du tourisme ? Aucun cétacé vu pour le moment.

Puerto Eden, un village (le seul du canal Messier) de 250 patagoniens accessible seulement par voie maritime. On largue l'ancre à 800 mètres du bord. Deux petites barques à moteur prennent le ravitaillement pour le village. Une passagère descend ici. Ce serait la dernière implantation indigène. Les habitants vivent de la pêche artisanale. Aucun tourisme.

Puerto Eden

Le ferry est relativement petit (120 m de long pour 25 mètres de large, 5 mètres de tirant d'eau, trois niveaux pour passagers). Il est quasiment plein avec 125 personnes. On fait rapidement connaissance. Pas mal de francophones (français, suisses, belges). Mais, unique, aucun chinois, aucun japonais. La traversée ne doit pas être assez rapide ... Comme souvent, le monde étant très petit, je fais la connaissance de collègues universitaires, de pyrénéens ... et même d'un anglais qui a habité Montory (tout près d'Oloron-Sainte-Marie).

Lundi 12 novembre 2018 - Puerto Natales, fidèle à la tradition ...
Horizon bouché ce matin, nuages très bas, vaguelettes blanchies par l'écume. Le ferry avance, sûr de lui dans la suite en zigzag du cheminement vers Puerto Natales. Le jour se lève à peine. Dans la cuisine, le personnel du navire s'active pour nous préparer un petit-déjeuner fumant. On supporte la polaire et le reste. La vision semble s'élargir sur les flancs des montagnes. La grosse boule du soleil n'arrive pas encore à percer. De la pluie intermittente, et ... du vent ! On semble payer le très beau temps de navigation d'hier. L'anémomètre m'indique des rafales fréquentes de coups de vent qui empêchent d'avancer. Je mesure 85,7 km/h.

Un petit bateau de pêche nous croise à vive allure comme un hors bord, dans l'autre sens du vent, celui qui pousse dans le dos. Le ciel semble pourtant augmenter de volume.

Les hauts des montagnes bordant le fjord apparaissent, mais se recouvrent tout aussi vite. La neige est fixée sur les fausses tours du Paine dont le tiers inférieur est visible du ferry.
La navigation se fait dans le brouillard, la pluie, les rafales de vent entre de multiples îles. Le bateau se faufile bien. Dans une étroiture, des parois jaunâtres un peu surplombantes. Trois condors s'envolent !

Ce sont les seuls rapaces que nous aurons vus. L'arrivée à Puerto Natales se fait à 14h30 dans un embouteillage de vents contraires et tourbillonnants. Le ferry a attendu deux bonnes heures avant de pouvoir accoster. Il faisait des ronds dans l'eau.

Puerto Natales

Une fois amarré, le ferry a d'abord libéré tout le premier niveau de chargement de véhicules avant de faire basculer la rampe pivotante du deuxième niveau. Ns bagages sont descendus avec une nacelle. Une bonne heure d'attente. On est enfin libéré vers 17h30. Bilan : excellent voyage avec Navimag, une qualité de service digne des croisières les plus chères. Seul bémol : la rusticité des pratiques de chargement/déchargement des bagages des passagers.
Ostal Estrellita del Sur est l'auberge que j'avais repérée au cas où ... Car je pensais qu'on arriverait à midi et donc engager le Mulet sur la route de Cerro Castillo. Madame Véronique me propose un lit dans un dortoir partagé. Je fais encore quelques courses pour anticiper mes risques de famine pour les 3-4 jours qui vont suivre. Un bon restaurant et le bonhomme est rassuré. Le temps a l'air encore de tenir sans pluie et sans vent ce soir.
Pas de réseau wifi jusqu'à El Calafate soit d'ici 3 à 4 jours.

Mardi 13 novembre 2018 - un peu de vélo béquille ... Tapi Aike
Estrellito del Sur c'est pas mal pas cher mais beaucoup de monde avec 3 personnes par chambres. Dortoir partagé ! Réveil à 5h30 ce matin pour un petit déjeuner rapide. Puis une photo du cycliste en situation par la tenancière ravie de voir un français. Puerto Natales est encore endormie quand j'enfile le dédale des rues à angle droit. Pas de souci pour prendre les sens interdits. La route est pavée d'énorme carrés de béton. C'est assez roulant avec tout de même quelques bosses.

Massif du Paine

65 km après, Cerro Castillo est un hameau carrefour pour aller aux Torres del Paine et pour rallier l'Argentine à 7 km de là. J'ai eu un petit creux : je commande deux oeufs brouillés qui me requinquent. Sympa sauf le prix : l'équivalent de 5,50 euros. Je dis au patron que c'est trop cher. Il me fait 20% ...

Difficulté à la police. Je n'ai pas le papier attestant du passage à l'immigration. Il a dû rester à Puerto Montt. Il faut le refaire à ... Puerto Natalès ! Je fais le désespéré, m'excuse et ... le tampon de sortie est mis ! Ouf ... La route pavée s'arrête à la frontière. Après c'est le ripio. Le tampon argentin est rapidement apposé sur le passeport. Je file espérant gagner Tapi Aike. Je ferai ainsi deux étapes prévues en une. Le ripio est désormais le seul chemin possible. Le Mulet a l'air assez content. Je pique une bonne suée quand même avec petite vitesse tout à gauche pendant quelques kilomètres. C'est la ... pampa comme on peut se l'imaginer. Rien seulement quelques rares brebis dont le pelage se confond avec l'herbe, quelques taureaux bien montés, trois nandous qui s'échappent vite dès que je veux les prendre en photo, un lièvre énorme qui détalle comme s'il avait eu la peur de sa vie, quelques volatiles qui s'apparentent à des oies mais dont le pelage dénote une espèce très différente de nos oies. Et puis un animal curieux apparaît sur la route que je n'avais jamais vu et qui s'est avancé vers moi. Il avait la corpulence d'une marmotte, avec un pelage superbe noir et blanc.

Zorrito

C'est un "Zorrino" d'après Damien, l'ouvrier en poste à l'Equipement de Tapi Aike qui m'accueille et me propose gratis un matelas dans une caravane de chantier, et une douche chaude.
Deux cyclistes français en couple arrivent, deux jeunes partis pour 6 mois de Ushuaia et qui veulent atteindre Cuzco au Pérou.
Bonne étape aujourd'hui. Je suis arrivé à Tapi Aike sans trop de vent contraire. Mais j'ai quand même fait un peu de vélo béquille - un terme qui m'est venu dans la tête en pédalant appuyé sur le vent de côté et qui me tenait penché à gauche tout en allant à peu près droit.
Demain pas sûr que ce soit les mêmes conditions ... Donc normalement pas de wifi avant El Calafate.

Puerto Natales - Tapi Aike 112 km +814 m -913 m 6h30-16h30

Mercredi 14 novembre 2018 - Un ripio très en relief ... El Cerrito

(J'écris sous ma tente un peu préservé du vent violent)
Dormir dans un conteneur de chantier au milieu des poules, du chat, du coq qui pousse la chansonnette plus tôt que prévu, n'est pas si terrible que ça !

Damien m'ouvre la porte de sa maison. Il a déjà mis l'eau à chauffer. Le café est vite prêt. Riz au lait, banane, empanada, et je quitte les lieux de Tapi Aike. Le vent est presque inexistant. Profitons-en ! Le ripio est très bien compacté, un peu trop même.

Les cailloux qui pointent font très mal aux pneus. Il faut viser les plus ronds et louvoyer au plus facile. La vision sur le massif du Paine à ma gauche m'accompagnera durant trois bonnes heures, des heures de cahots, de sursauts, de dérapages plus ou moins voulus. La piste est roulante mais sans cesse piégeuse car ça ... secoue dur ! On a intérêt à avoir un vélo solide. Un vent latéral mais dominant du sud-ouest allège les poussées lors des cotes et fait oublier les plats. Ca souffle fort. L'anémomètre indique des rafales à plus de 50 km/h. Cela dure une bonne quarantaine de km. Pas mal de fois j'ai eu le zef de trois quarts dans le nez. Alors, on devient forçat de la route.

Une seule maison fermée sur 70 km, quelques brebis qui semblent égarées dans des prairies sans limites, une petite troupe de guanacos, ... pas un seul arbre, pas un seul abri, pas un point d'eau. La pampa est un désert vert.
Les 20 derniers kilomètres paraissent sans fin. C'est droit, tout droit, toujours tout droit. Un gentil guanaco m'a accompagné durant plus de trois kilomètres : il courait 200 mètres puis s'arrêtait, me regardait, attendait que je sois à sa hauteur, re-courait, s'arrêtait, me regardait ... Au bout d'une dizaine de fois, le guanaco a fini par traverser la piste.

Guanacos

Une vision à l'horizon : un camion traverse le paysage de droite à gauche. C'est le carrefour attendu avec la route pavée qui joint La Esperanza à El Calafate. C'est le lieu-dit El Cerrito où se trouve une autre bâtisse des services de l'Equipement. Mais c'est la seule. Je suis autorisé à mettre la tente un peu à l'abri du vent qui souffle ... de plus en plus fort.

J'arrive à midi pile. Je voulais continuer un peu vers El Calafate mais le vent souffle juste en plein dans l'axe de la route et ... dans le mauvais sens. Je vais donc attendre demain matin en espérant que ça se calmera un peu.
Tout l'après-midi, le vent a soufflé de l'ouest. L'anémomètre indique régulièrement une quarantaine de kilomètres par heure.
Tapi Aike - El Cerrito 71 km +497 m -306 m 7h15-12h

PS : Accueil déplorable de l'employé pensionnaire de la maison de l'Equipement où je suis. Alors que la maison fait plus de 300 m2 avec une énorme salle à manger et cuisine, il a jeté dehors le couple de jeunes cyclistes français qui sont ensuite partis faire du stop pour El Calafate. Alors qu'il fait un vent violent permanent, j'ai pu mettre ma tente à côté de la niche du chien. L'employé, chaque fois qu'il entre et sort de la maison ferme à clefs. Aucune proposition de sa part pour ne serait-ce que donner un peu d'eau chaude. Comme quoi, le même jour, je rencontre Damien généreux et accueillant, et je rencontre un bizarre bipède.

Jeudi 15 novembre 2018 - Fureur du vent ... EL Calafate
Nuit très tourmentée dans ma tente contre la niche du chien de l'employé de l'Equipement. Le vent est toujours en furie. Même protégée par les murs, la toile de tente claque dans tous les sens. Des chenilles viennent se réfugier. Attention où l'on marche ! Le repas du soir est écourté car le réchaud à essence est trop léger pour rester stable face aux rafales de vent qui emportent réchaud et gamelle ! La boite de thon fera l'affaire.

5 heures du matin, les premières lueurs de l'aurore arrivent. Mais, surtout, le vent est inexistant. Vite, il faut ranger, rouler et compresser le duvet, s'habiller en cycliste pour le grand froid, remettre de l'ordre dans les sacoches qui ont servi d'arrimage à la tente posée sur le ciment. Adios, bonhomme mal élevé qui n'a pas compris que l'accueil était une vertu cardinale dans ces lieux où il n'y a rien mais rien de rien.
L'aurore est superbe mais qu'est ce qu'il fait froid ! Je mets sur moi tout ce que j'ai avec la cagoule, les gants, les moufles, la polaire, l'anorak. Et je commence à pédaler sans ... le vent ! Miracle ! ... Pas très longtemps ! Je n'ai pas fait cinq cents mètres que la soufflerie se met en branle. Je vais l'avoir en permanence de 5h30 du matin à 12h. Mais pas par derrière, non, d'abord de trois quart gauche puis plein pot de face. Ce sera la journée galère du forçat de la route ! Pas très agréable dans ces conditions de pédaler d'autant que le paysage est toujours la pampa argentine.

Le trafic sur la route asphaltée est quasi nul jusque vers 9h. Mais il y a beaucoup plus de véhicules venant de l'Ouest donc de direction opposée. Quelques pick up venant de l'Est me croisent sans même un regard vers le cycliste blafard qui pousse son engin avec beaucoup d'énergie pour non pas lutter contre le vent qui est en pleine forme, mais pour essayer de ne pas dépasser une dépense énergétique supérieure à 75% de ses possibilités.
37 km passent. Et là, une cuesta est signalée. Après, c'est la descente ! On va se régaler ! ... sauf qu'il faut toujours appuyer sur les pédales, mettre les petites vitesses pour avancer ! Et là, en descente, les conditions deviennent dantesques. Non seulement il faut pédaler pour avancer en descendant, mais le vent met un malin plaisir à vous regarder droit dans les yeux et à vous faire trembler de peur. Les manches de l'anorak claquent comme un drapeau dans le vent, le guidon va de droite à gauche comme une boussole qui a perdu le Nord, le cycliste commence à perdre l'équilibre. Rien ne va plus. Un coup de frein rapide stoppe le Mulet.

Pause lucidité : j'ai fait 55 km depuis 5h15 ce matin. Il est environ midi. Il reste encore 45 kilomètres pour atteindre El Calafate mais avec le vent qui forcit et les rafales en plein nez, la dépense énergétique du bipède qui appuie sur les pédales compte tenu que cela fait deux jours que ledit bipède mange en survie, ne saurait faire oublier au cerveau que la balade n'est pas finie, que le périple doit durer encore près d'un bon mois. Aussi, décision est prise de continuer à pédaler mais en levant le bras dès lors qu'un véhicule me double. Très vite, au premier signe, un camionneur s'arrête. Le vélo est chargé à l'arrière d'une énorme remorque. Le conducteur est ravie de rendre service. Le tracteur Renault est un excellent véhicule selon lui. Pour donner une idée de la puissance du vent alors que la route est presque plate, la consommation instantanée est de 52 litres pour 100 km alors que sans vent, me dit le conducteur, elle est de 32 litres.
Arrivée à El Calafate, direction l'hôtel "El Calafate" où j'ai décidé de passer deux nuits pour, demain, récupérer de cette journée terrible.
El Cerrito-El Calafate 55 km en vélo, 40 km en camion +729 m -1123 m 5h15 - 13h

Vendredi 16 novembre 2018 - El Calafate, regards croisés
Pour les touristes, la ville de El Calafate est quasiment idéale. Aéroport avec accès international via Buenos Aires, sites mondialement réputés moyennant quelques petites heures de bus tout confort : glacier Perito Moreno qui, chaque jour, relargue des bribes de son glacier qui, à la différence de la plupart, augmente de volume ; massif des Torres del Paine au Chili à trois quatre heures de bus, massif du Fitz Roy avec ses sommets uniques au monde et son climat très capricieux, les glaciers continentaux immenses et peu fréquentés. La ville d'El Calafate a un choix d'auberges, d'hôtels, de restaurants qui peut satisfaire les clientèles les plus diversement fortunées. Tout est fait pour le touriste. Sans compter sa situation très abritée des terribles vents patagoniens en bordure du lac Argentino à la couleur vert émeraude étincelante. Paysage de carte postale ... Le touriste est bien.
Mais, quand on essaie de parler avec des habitants des lieux, la réalité est tout autre. Certes, on reconnait le caractère exceptionnel de la géographie locale : la Nature reste la principale attraction. Les gens arrivent à El Calafate sac au dos, valises roulantes, motos aux sacoches bien gonflées, sacs énormes de voyage. Les cars et les petits bus se suivent quasiment à la queue leu leu pour cueillir les touristes à leur hôtel, à leur auberge, à leur lieu de villégiature, pour les mener aux sites habituels classiques et merveilleux à la fois. Mais, en dehors de ce regard du confort touristique, la réalité quotidienne pour les habitants permanents n'est pas si iddylique. Une constante : les travailleurs de El Calafate sont venus là pour le travail. Enorme avantage peut-être du fait de la manne touristique mais pas très satisfaisant pour vivre là à l'année. Ces travailleurs d'El Calafate sont pour beaucoup étrangers (non argentins de naissance et/ou de culture).

Je suis frappé d'avoir entendu aujourd'hui deux témoignages qui vont dans le même sens. La tenancière de l'hôtel "El Calafate" remarquablement organisé, qui est polonaise et qui espère pouvoir retourner très rapidement dans son pays car ici à El Calafate quand on aime le cinéma, il n'y a pas de cinéma, quand on veut avoir des divertissements culturels, il n'y a que la Nature, quand on aime faire du vélo, il y a ce vent épouvantable qui inhibe toute envie de pédaler pour se promener. Il y a encore ce restaurant tenu par des chinois, de facture culinaire remarquable par la fraicheur des produits proposés, par la qualité gustative de ses viandes. Et pourtant, là encore, le chinois tenancier avoue que la Chine lui manque, même après vingt cinq ans de vie en Argentine : la cuisine n'est pas la même, la culture n'est pas la même. Seul le travail les maintient encore là à El Calafate.

Et pourtant, le touriste est très bien à El Calafate. Cité quasi idéale pour lui : confort, attractivité de sites prestigieux d'accès aisés, coût de la vie quotidienne abordable. Paradoxes de ces regards croisés ...

Samedi 17 novembre 2018 - Tranquilo sauf la fin ! ... La Leona
Soucieux du temps et surtout du vent, ma nuit fut entrecoupée de regards à la fenêtre. Ce matin malgré les annonces météo d'averses, il fait beau et il fera toujours beau tout le long du trajet jusqu'à La Leona. Mais en Patagonie le beau temps sur les photos ne veut pas dire pas de vent. Bon, ce matin en partant de l'hôtel El Calafate (à recommander), les sacoches sont pleines (trop) avec de la survie pour plusieurs jours. Joindre El Chalten est très évident - il n'y a qu'une route - mais très incertain pour le cycliste du fait d'Eole qui est imprévisible. Je caracole dans la ville encore tout endormie, monte aux trois ronds-points pour prendre l'unique route desservant l'aéroport et le reste de l'Argentine. Très peu de circulation, je roule avec bonheur. Comme c'est facile quand Eole est encore endormi ! 35 km pour arriver au carrefour de la Route 40 qui mène à La Leona puis à El Chalten après. Les bus petits et grands pointent le nez avec la cargaison de touristes pour voir le massif du Fitz Roy, ce sommet magnifique que Lionnel Terray avait grimpé pour la première fois en 1952.

Après ce carrefour, la route sinue plein Nord. Le paysage reste bien sûr la pampa mais avec de très belles fenêtres sur le lac Argentino et la chaine andine enneigée à l'Ouest.

Haut de El Calafate

Lago Argentino

Lago Argentino

Fitz Roy

Tout est clôturé partout avec des barbelés soigneusement cloués sur des piquets tous les mètres. Mais quasiment aucun bétail. Quelques rares chevaux, des vaches avec leurs veaux, quelques moutons. Et, vision surprenante, un gros animal de pelage beige emprisonné sur une clôture de fils de fer barbelés. Je m'approche pour essayer de le libérer. C'est un Guanaco qui, malheureusement pour lui, s'est fait cisailler l'arrière-train en essayant de sauter la clôture.Tout le corps est entier sauf la tête dont il ne reste que les os. Un peu plus loin, un autre guanaco mort le ventre ouvert. Le Puma a cette habitude de ne dévorer que l'estomac.
Les kilomètres défilent sans problème aucun jusqu'au 80ème. Et c'est alors que Monsieur le vent a souhaité encore souffler fort en travers, de face, dans tous les sens. Me voilà encore à faire du vélo béquille et du 5 km/h pour contrer le vent de face. J'ai décidé d'aller jusqu'à la Leona, tétu comme une mule, quoi qu'il vente. Les 30 kms restants ont été faits cahin caha en essayant d'optimiser l'énergie dépensée : pas d'à coups, enrouler les mouvements, faire le dos rond, éviter les cisaillements de guidon ... Je me rends compte que les trois repas mangés à El Calafate où je me suis goinfré de très gros morceaux de viande, ont été très efficaces pour me redonner la pèche.
La Leona est en réalité un hôtel de campagne, classé historique aujourd'hui en Argentine. C'est un relais étape pour les cars qui vont à El Chalten. Il y a quelques chambres et un camping. J'ai pu avoir une chambre tout confort. Idéal pour bien récupérer pour demain. Car demain l'étape peut être la plus problématique de ce que j'ai fait. Sans vent, pas de difficulté hormis le kilométrage. Mais avec le vent dans le nez (la route est principalement orientée Ouest) ce sera quasiment impossible (120 km dont 95 avec le vent violent de face). Je verrai bien ...


6h30 - 15h 111 km +717 m -618 m El Calafate - La Leona

Dimanche 18 novembre 2018 - Insupportables rafales de vent ... El Chalten

La Leona, un parador qui est cet hôtel de campagne classé, c'est isolé dans la pampa argentine à cent kilomètres à la ronde, mais c'est très confortable. J'ai eu droit à un petit déjeuner spécial puisque partant à 5h30. Toute la nuit, les tôles de la toiture ont grincé. Les rafales de vent ont persisté toute la nuit. Ce matin, le drapeau argentin pité à dix mètres claque. J'harnache le Mulet qui a maintenant plus de 4 jours de vivres. Le départ se fait sur du ripio très pentu mais on est vite sur le goudron. 25 km pour atteindre la bifurcation vers El Chalten puis 95 km de ligne droite Ouest pour atteindre le Chamonix de la Patagonie, El Chalten.

Le vent forcit avec le lever du jour, puis devient vite insupportable dès lors qu'on prend la direction Ouest. C'est alors tout un travail intérieur pour la pensée qui refuse de voir les coups de boutoir reçus par le vent, mais qui régule l'énergie à mettre dans les coups de pédale avec l'aide précieuse des changements de vitesse et de plateaux. Optimiser la dépense énergétique donc faciliter le pédalage malgré l'ennemi extérieur qui vous oblige à vous adapter.
Cela dure ... 80 kilomètres.

Massif du Fitz Roy

Fitz Roy

Massif du Fitz Roy

On n'apprécie plus le paysage du beau lac Viedma lui aussi vert émeraude. On roule tellement lentement (entre 5 et 10 km/h maxi) qu'on mémorise pas mal de petits détails qui intriguent parfois. D'abord l'énorme quantité de criquets (ou sauterelles) qui se font trucider sur la chaussée, ensuite la curieuse même direction empruntée par les chenilles (les mêmes que celles que j'avais vues à El Cerrito) pour traverser la route : toutes prennent la direction Sud-Ouest. Elles sont isolées pas en file indienne. Parti à 5h30 je n'ai fait que 80 kilomètres à 13 h. Les rafales m'ont parfois totalement déporté de la chaussée. A plusieurs reprises, j'ai été éjectée sur le bas-côté droit avec même une fois un déport total du vélo (sur lequel j'étais) de 40 cm comme si on avait poussé avec une facilité déconcertante vélo et bonhomme !
Des véhicules passent tout en respectant le cycliste qui essaie de rester sur la partie droite de la chaussée. Un 4x4 aménagé avec une cellule de couchage à l'arrière s'est arrêté sur le bas-côté droit. Un couple de jeunes français de la Drome prend une photo du Fitz Roy qui se trouve à 50 km. Le bipède français cycliste les intrigue. ls sont partis pour un an de congé sabbatique. Ils me proposent de me porter à El Chalten ! J'avoue que j'ai été très content de la proposition car, à l'évidence, gagner El Chalten avec les conditions de vent qui persistaient devenaient quasiment impossible.
Les sommets sont exceptionnellement enneigés avec des corniches énormes. A croire que c'est de la neige tombée très récemment ! El Chalten grouille de marcheurs, sacs au dos, batons au pas cadencé. Le site est exceptionnel c'est vrai mais la petite cité d'El Chalten est un agglomérat de constructions plus ou moins finies, sans aucune conception urbaine d'ensemble. Les hôtels sont quasiment tous plein. J'ai beaucoup de difficultés à me loger, mais j'ai fini par une excellente adresse au confort irréprochable : le Puma. Après cette journée éprouvante, la récupération sera ainsi assurée. Un malin a cru très intelligent de me dégonfler le pneu arrière quand je m'enquêtais d'une disponibilité hôtelière. Je pensais que c'était crevé, donc j'ai changé la chambre à air après avoir dû enlever sacoches, tente, matelas. Pas sympa le mec qui m'a dégonflé le pneu ...

5h30 - 15h 120 km dont 80 km en vélo et 40 km en voiture, +599 m -506 m La Leona - El Chalten

Lundi 19 novembre 2018 - El Chalten sous la pluie c'est comme Chamonix sous la pluie
Pas terrible !Tout est bouché, l'horizon se limite aux maisons proches. On a un peu l'impression d'une ville far-west où tout le monde peut faire ce qu'il veut comme il veut, et cela sans aucune régulation collective ni schéma cohérent d'infrastructures. El Chalten serait le parfait contre-exemple pour des étudiants en aménagement du territoire.
A travers les vitres de la fenêtre, on voit passer des sortes de somnambules marchant vite pour raccourcir le temps à passer sous les gouttes. Engoncés dans des doudounes, le capuchon ou le bonnet qui laisse à peine dépasser le nez, un énorme sac à dos avec les chaussures de montagne qui pendouillent de chaque côté du sac, le duvet roulé sous le sac, la tente accrochée tout en haut de cet assemblage qui brinquebale au rythme des pas, et un petit sac à dos ventral. Beaucoup dévorent en marchant un énorme sandwich, et tiennent dans l'autre main une grande bouteille d'eau. Tout ce petit monde se dirige vers la gare routière dont la salle d'attente, trop petite, sert de refuge. Sans doute en ont-ils marre des conditions météorologiques d'El Chalten !
J'espérais pouvoir photographier les énormes corniches de neige que j'ai vues hier en arrivant ! Que nenni ! La montagne est restée cachée toute la journée.
Demain, les prévisions météo sont encore plus mauvaises avec même une possible neige annoncée. Je vais donc filer vers le Chili par une succession de vélo, bateau, camping, vélo cross (passage obligé de 7 km de sentier montant en forêt) piste, bateau, piste pour atteindre Villa O'Higgins. Cela en deux jours si tout va bien c'est-à-dire si je suis à l'heure pour le bateau de 16 h demain mardi, et si la navigation est possible (tributaire de la hauteur des vagues). J'ai donc pris les billets pour les deux bateaux de mardi soir et de mercredi soir à El Chalten, voulant partir de ce piège doré (car je suis très bien logé) d'El Chalten. En fait, dans ces lieux, c'est bien le beau temps qui reste exceptionnel ...

Mardi 20 novembre 2018 - Objectif atteint mais ... des cataractes

De nombreuses coupures de courant à El Chalten durant la nuit. C'est El Viento qui fait des siennes. Je n'ai pas beaucoup dormi car les deux jours qui arrivent sont une succession d'épisodes qui se complètent, qui sont très différents, et que je dois absolument accomplir. Le petit déjeuner est rapidement ingurgité.

A 7 h, le poncho enfilé, les sur-chaussures pour la pluie collées aux pieds, polaire, anorak, cagoule, gants, moufles mis, le Mulet chargé à mort met les sabots dans l'eau. Le départ est rude. Il ne faut pas se tromper de chemin : direction le Lago del Desierto à 38 km. Pas beaucoup de distance certes mais des conditions de pire en pire. Aux grands classiques de la Patagonie : pluie avec bourrasques, vent tourbillonnant et rafales déstabilisantes. s'ajoute aujourd'hui de la neige tombée cette nuit mais heureusement pas sur la piste que je prends, très caillouteuse et pas mal dégradée par les 4x4 et les bus qui conduisent les touristes au ... désert. J'ai calculé que je devrais être à l'heure pour prendre le bateau qui me fera traverser le Lago del Desierto sous réserve d'aucun ennui mécanique ou de crevaison. Avec le vent dans le nez (aujourd'hui la météo a prédit une vent venant du Nord donc je le reçois en pleine figure), j'ai calculé 8 heures pour les 38 km ce qui me ferait arriver à 15 h pour le bateau à 16h30. En réalité, je suis arrivé à 11 h malgré la piste très cassante pour le vélo. L'explication est assez simple : la grande majorité des passages se situaient en forêt avec des courbes multiples. Là, le vent était considérablement diminué alors que dans les passages très ouverts je recevais tout en pleine poire. Je suis donc arrivé tôt mais trempé !

La gendarmerie a un avant-toit sous lequel j'ai pu m'abriter un peu. Au bout de deux heures à faire le planton, les gendarmes m'ont fait entrer pour me réchauffer. Vient l'heure du casse-croûte gendarmesque. J'ai été invité à partager leur repas : sympas les gendarmes argentins (ceux-là au moins) : une assiette de pâtes mélangées à de la viande et un petit coup de vin rouge. Du coup, je leur ai fait du café avec les dosettes Carte Noire que je m'emporte toujours.

Le temps passe. Quelques petits groupes encapuchonnés partent avec un guide faire un tour en bateau (il tombe toujours des seaux d'eau). Vient l'heure de mon bateau. J'étais vraiment tout seul avec le pilote et l'employé de service (pour l'accostage, le positionnement des passagers, la sécurité, le nettoyage.) Le catamaran file sur les vagues, très stable. On n'y voit Rien ! Tout est bouché. Les cataractes continuent de tomber.

Lago del Desierto

Accostage à la pointe Nord du Lago del Desierto. La police des frontières argentine est là. En Argentine, ce sont les gendarmes qui assurent aussi la douane du moins là. Je réussi à fair tamponner la sortie d'Argentine avec la date de demain parce que j'ai dit que je partais à 6 h. Et j'ai demandé si je pouvais me mettre sous un abri vu le ciel qui était entrain de nous tomber sur la tête. Après un refus catégorique, je dis au commandant que j'avais déjeuné avec Juan, le commandant de la gendarmerie de la pointe Sud du Lago del Desierto. Résultat : je suis dans une cabane en bois mais avec un toit étanche. Mon matelas et le duvet sont allongés à mes pieds sous le linge des gendarmes qui essaie de sécher.

Demain étape cross au réveil avec 7 km de sentier de montagne à grimper avec mon vélo puis 15 km de piste normalement roulante pour prendre un autre bateau à 17 h (3 heures de navigation) puis une piste de 7 km pour joindre mon havre du jour Villa O'Higgins.

El Chalten - Lago Desierto : 37 km (7h - 11h) ; Lago Desierto Pointe Sud - Lago Desierto Pointe Nord : bateau (17h - 17h30)

Mercredi 21 novembre 2018 - Programme chargé mais tenu ... Villa O'Higgins

(J'écris à Candelario Mancilla. Il est 14h. J'attends le bateau qui doit me conduire après trois heures de traversée à Villa O'Higgins au terme de ces deux jours assez exceptionnels depuis El Chalten).

Dans la cabane en bois de la gendarmerie argentine, j'ai dormi comme un loir au point que je n'ai pas entendu la sonnerie du réveil. Je voulais partir à 6 h ! J'ai ouvert les yeux à 6h15. Rapide petit-déjeuner : yaourt, fruit, amandes au miel, eau. J'ai une journée assez exceptionnelle physiquement. Le sentier dans la forêt est très pentu durant 7 km. La pluie a cessé mais les abats d'eau de ces derniers jours ont transformé le sentier avec passages de ruisselets sur branches et troncs d'arbre (très fréquents), avec des acrobaties sur torrent et sur marécages. Inutile de dire qu'on peut péter les plombs facilement dans ces conditions avec la nécessité de transbahuter un vélo de 50 kg.

Mon objectif est ce matin d'arriver à l'heure pour le bateau (17 h). Le ciel s'est pas mal dégagé dans la nuit. Mais frayeur lorsque j'ai ouvert la porte de la cabane : la neige est tombée très bas au point que je me demande si je vais pouvoir franchir le col transfrontalier ! Je n'ai eu que de l'eau, pas de neige.

Mais l'horizon est resté bouché, alors que l'on voit habituellement avec le ciel dégagé le magnifique Fitz Roy. Je n'ai pu saisir en photos que quelques sommets proches saupoudrés de neige.

Je me suis préparé mentalement à ce passage de 7 km. Interdit donc d'exploser car, en plus, il n'y a pas un bipède alentour. Les quelque 50 kg du vélo suscitent pas mal d'efforts de poussée et de levage. Souvent, le sentier passe sur d'énormes racines qui constituent autant de marches à franchir, quand ce ne sont pas des troncs d'arbres tombés qu'il faut enjamber. La concentration et le dosage de l'effort quand on ne peut faire appel qu'à soi, sont impératifs. Pour les deux tiers des 7 km de grimpette, je fais trois aller-retour par tronçons de 200 m à 500 m : les deux sacoches avant, puis les deux sacoches arrière, puis le vélo. Ceci pour les portions les plus pentues ou les plus délicates à franchir (troncs sur torrent, canaules trop étroites pour passer vélo avec sacoches).

Je n'ose pas regarder ma montre. Je suis tout concentré sur cette fichue montée que je dois impérativement gravir. La pente finit par s'atténuer mais le sol est maintenant gorgé d'eau. Le sentier a disparu. Tout est marécageux. Impossible de passer en une fois avec vélo et sacoches. Il faut un peu ruser en plaçant les vieux morceaux de branches et de troncs trouvés sur place pour éviter un maximum de mettre les pieds dans l'eau.

Je n'ai plus grand chose de sec. J'ai tout de même réussi à ne pas trop mouiller mes seules petites chaussures Millet. Je crois en avoir terminé avec ce fichu sentier ! ... Que c'est long 7 km dans de telles conditions. Mais il ne pleut pas et il n'y a pas un souffle de vent : merci le Ciel. La forêt se fait plus clairsemée, un éclat de soleil, et bientôt les panneaux frontaliers.

Et ... côté Chili, une piste, une vraie, large avec certes plein de gros cailloux et de trous énormes mais au moins je peux monter sur la selle et pédaler ! Ma montre indique 11h. Finalement, j'ai mis moins de temps que j'avais estimé. Il me reste une quinzaine de km pour atteindre Candelario Mancilla, la police et la douane chilienne. La descente de cette piste est très cahotique avec de sévères rampes à monter. Je croise trois couples anglais et français qui font le trajet inverse du mien. Au troisième km après Candelario Mancilla, ils s'arrêtent tous les 10 m ou poussent le vélo.

La police des frontières chilienne est très tatillonne. Pas de difficulté pour mettre le tampon d'entrée au Chili. Mais cette police des frontières est très regardante pour les fruits, les légumes, la viande. Alors qu'il me restait une pauvre pomme, j'ai eu droit à une fouille complète de mes sacoches. Un peu énervé par cet excès de zèle, j'ai balancé la pomme dans la poubelle. Et j'ai eu droit à une leçon bien apprise sur les interdictions de produits à entrer au Chili : armes, alcools, légumes, fruits, charcuterie, drogue ... Au bout d'un moment voyant qu'il fouillait jusqu'au fond des sacoches, je lui ai dit qu'il ne trouverait pas de drogue. Du coup, il s'est arrêté et ... m'a souhaité ... la bienvenue au Chili. Attitudes et comportements très différents entre la PAF argentine et la PAF chilienne !

J'écris sur le ponton d'embarquement de Candelario Mancilla. L'eau devant moi est verte avec des teintes plus sombres au passage des nuages. La neige tombée cette nuit fond peu à peu. Le rythme du clapotis commence à bercer le cycliste qui attend le bateau de 17 h.

Oies de Patagonie

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

(Je complète depuis Villa O'Higgins)
Le bateau "Robinson Crusoe" est pile à l'heure. Il revient d'une virée aux glaciers continentaux. Embarquement du Mulet à la force des poignées après une descente d'escaliers sur le ponton. Le moteur se met en route.

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

Ca y est, je vais pouvoir atteindre Villa O'Higgins ce soir. C'était prévu mais presque inespéré. Après trois heures de navigation sur le lago O'Higgins, l'accostage se fait un peu laborieusement. Je dois remonter quatre jeux d'escaliers avec le vélo et prendre une piste en montagnes russes de 7 km pour atteindre le village. Je finis par trouver l'auberge El Mosco où je prends une chambre confortable pour deux nuits. Il est 21 h. Journée remarquable pour moi, bien remplie.

Pointe Nord Lago del Desierto - frontière Argentine Chili : 7 km vélo cross (6h30 - 11h) ; Frontière Argentine-Chili - Candelario Mancilla : 20 km (11h-13h) ; Bateau Candelario Mancilla - Puerto Bahamondes (17h-20h) ; Puerto Bahamondes - Villa O'Higgins : 7 km (20h-21h)

Jeudi 22 novembre 2018 - Le cocon El Mosco ... Villa O'Higgins

Journée récupération. Un très bon lit (merci El Mosco, l'auberge classique des cyclotouristes), une nourriture abondante et qui cale bien, de la boisson multiple ... Ce matin j'ai flâné et ... j'ai trouvé une carte Chip (Sim) pour le tout nouveau téléphone acheté à Santiago ayant oublié le mien dans la voiture à Toulouse. Alors qu'à El Chalten, pas de connexion possible en raison du téléphone qui n'avait pas quatre bandes, ici pas de problème. On met 4000 pesos (en gros 5 euros) et ça marche pour SMS, téléphone, internet durant 15 jours, renouvelable.
Villa O'Higgins est un village un peu far-west avec des bâtisseurs de la débrouille qui utilisent beaucoup le bois non dégrossi pour réaliser charpente, menuiseries, murs. On trouve tous les goûts avec une impression de vrac où tout semble possible. Une piscine d'une centaine de mètres barre une des rues principales, l'eau tombée ces derniers jours ne parvenant pas à s'évacuer. Le centre-bourg est pavé. Une plaza de armas est monumentalisée par des galeries aériennes couvertes en bois et disposées en étoile. Une petite église est accolée elle aussi tout en bois (on dirait "bardeaux de bois" ou "tavaillons" en France) avec un autel fait en bois massif. C'est un village du bout du monde.

C'est la fin de la classique Carretera austral qui relie Puerto Montt à Villa O'Higgins. Après,, au Sud, c'est le grand lac O'Higgins qui, en bateau, permet d'explorer les glaciers continentaux et d'accoster à Candelario Mancilla puis de gagner la frontière argentine par la piste que j'ai empruntée hier.
Beaucoup d'auberges, hostel, cabanas s'y trouvent du fait de l'attractivité que constituent cette carretera austral et les glaciers continentaux. Mais c'est loin de l'attractivité d'El Chalten et de El Calafate. Les habitants sont très accueillants. Ainsi une épicière a passé au moins trois quarts d'heure pour rendre la carte chip de téléphone opérationnelle. Lorsqu'un commerçant n'a pas ce que vous lui demandez, il vous indique chez qui vous pouvez trouver ce produit. On ne sent pas de concurrence mais plutôt une entraide mutuelle. Beaucoup de bricolage quand même associé aussi à une certaine inventivité peut-être artistique diraient certains. Néanmoins, tout ne marche pas toujours. Ainsi, le compresseur de gonflage des pneus de l'unique station service est en panne sans que l'employé n'indique ni ne cherche à réaliser une réparation ...
Beaucoup de cyclotouristes français et québécois à El Mosco, dont Dominique que Patrick m'avait indiqué sur ce site comme un cycliste que je devrais rencontrer sur mon chemin. Les "cyclos" se connaissent d'abord et surtout par les relations écrites de Voyage forum ou de sites particuliers sur des voyages faits à vélo.
Demain, départ assez tôt pour espérer atteindre Rio Bravo ou mieux Puerto Yungay après la traversée en ferry entre les deux lieux-dits à 19 h. La tenancière m'a assuré qu'elle me préparerait le petit-déjeuner pour 6h30. Rien donc de bien exceptionnel aujourd'hui sinon un peu de répit, de repos, de récupération, de respiration. Le tout dans une ambiance calme et détendue. Au fait ... bourrasques de pluie bien sûr. Demain, il faudra encore s'équiper en zombi de la tête au pieds pour jouer la grenouille ...

Vendredi 23 novembre 2018 - Le Mulet n'a plus que 3 vitesses (sur 27) ... Puerto Yungay

Ce matin à 6h30, mon petit-déjeuner était prêt, le feu allumé dans le poêle. El Mosco est très bien tenu. Dehors c'est moins gratifiant. Départ avec poncho et le reste pour supporter la pluie. En revanche, le vent n'a plus du tout la même force qu'en Argentine. Je file en direction de Rio Bravo pour espérer prendre le dernier ferry de 19 h afin d'atteindre Puerto Yungay. La piste est très caillouteuse mais tassée. Seuls les pneus trouvent très sévère de rouler sur des cailloux assez gros et surtout parfois très pointus. Le paysage traversé aujourd'hui est assez unique par l'étendue des forêts quasiment inexploitées et des tourbières fantastiques qu'on y trouve. Je borde le Rio Bravo une énorme rivière au débit impressionnant. Mais la piste a parfois des soubresauts redoutables avec au détour d'un virage des pentes à franchir que probablement peu de cyclistes grimpent sans pousser le vélo.

Très peu de circulation sur cette piste où se croiser entre véhicule et vélo oblige de mordre sur le bas-côté c'est-à-dire à s'arrêter tout net pour éviter de se planter dans la végétation. Deux camions citernes descendent vers Villa O'Higgins. Moi je monte au sens propre du terme vers Rio Bravo. Le croisement m'oblige à effectuer quelques gestes un peu rapides et ... CLAC ! le cable du dérailleur arrière que j'ai actionné peut-être un peu rudement pour passer la toute petite vitesse et ne pas chuter, se rompt ! Ca ne m'est jamais arrivé ! J'ai un cable Shimano de rechange. Le système Shimano Deore XT pour l'enfiler à hauteur de la poignée, paraît simple. Je parviens à fixer le dérailleur arrière mais ... les manettes n'actionnent rien du tout. Apparemment je n'ai pas fait d'erreur de montage. Mais sans doute la tête du cable n'était-elle pas au bon gabarit ? Il faut donc rouler sans pouvoir changer de vitesse ! Je réussis à bricoler pour que j'ai tout de même trois vitesses disponibles. J'ai les trois plateaux qui marchent encore. Donc, j'ai calé la chaîne sur le pignon le plus grand, et ainsi je peux sur les fortes pentes pédaler petit avec le petit plateau et le grand pignon, et je passerai le moyen plateau et le grand plateau pour aller ensuite un peu moins lentement. Ca m'oblige à faire tourner les manivelles très vite, ce que n'aimeront pas trop les fessiers soumis à des frictions inhabituelles. Le système me donne donc 3 possibilités de vitesses au lieu de 27.
Vers le 80ème km je sens un caillou taper la jante sous la roue arrière. Pas bon ... Ca se répète un peu plus loin. Le pneu se dégonfle lentement mais surement. Deuxième problème de vélo aujourd'hui ! La guigne ! Quand une galère arrive, elle n'arrive souvent jamais seule ! J'ai regonflé une bonne huitaine de fois avant d'arriver à l'embarcadère Rio Bravo. Il était 17h30. Le ferry arrivant pour repartir à 19 h, j'ai changé la chambre à air.

Refuge de Rio Bravo


La traversée en ferry jusqu'à Puerto Yungay dure trente minutes, est gratuite. Trois voitures et un vélo ... Le commandant m'offre un café chaud ! Au débarcadère de Puerto Yungay, un refuge ouvert à tous permet de passer la nuit un peu abrité. Mais une petite épicerie, presque cachée, propose des empanadas, des oeufs brouillés. C'est exactement ce qu'il me faut. Et ... je pose la question d'une "habitacion" possible ? Deux motards arrivent, très sympathiques. Nous partagerons la même "casita" chez l'épicière.
Demain samedi, je pensais aller à Tortel mais aux dires de l'épicière il n'y a pas de réparateur cycliste. C'est un village de pêcheurs. Je dois trouver une autre solution.

7h - 17h15 103 km +1010 m -1332 m Villa O'Higgins - Rio Bravo, et traversée ferry Rio Bravo - Puerto Yungay 30 minutes

Samedi 24 novembre 2018 - Le dérailleur me lâche ! solution de repli .... bateau pour Puerto Natales
La nuit porte conseil ? Il me semble avoir eu quelques signes dont je dois tenir compte : rouler avec 3 vitesses au lieu de 27 m'oblige à mouliner très vite les pédales ce qui irrite pas mal les fessiers et provoque une gène qui, avec les répétitions de friction, devient un vrai handicap voire une impossibilité de rester assis sur la selle. Tous les cyclistes ont connu cela un jour. La gène est bien réelle même après une nuit de repos. Or les deux jours qui me sont nécessaires pour joindre Cochrane afin de faire réparer ou changer le dérailleur, se déroulent sur un itinéraire avec des pentes à répétition qui ne peuvent qu'aggraver la gène : facteur pas très favorable pour continuer. Deuxième signe mais moins déterminant : le mauvais temps tempétueux est toujours là et le paysage reste bouché, quelques rares éclaircies exceptés. Et, troisième signe, de Puerto Yungay où je suis, tous les samedi, part un ferry pour Puerto Natales qui passe par des fjords différents de ceux vus à l'aller de Puerto Montt à Puerto Natales. Or, aujourd'hui, c'est samedi, le ferry est bien là, il est amarré et part ce soir à 20 h pour une traversée de 44 h.


Cette convergence d'éléments défavorables (rupture du dérailleur et ses incidences), et favorable (présence du bateau Austral Broom pour Puerto Natales), m'a décidé de prendre le billet du bateau et donc d'arrêter ma progression vers le Nord.
A l'heure où j'écris ces lignes, je suis dans le ferry. Le Mulet est tout penaud à l'abri d'une énorme remorque. J'avais bien prévu cette solution de repli mais c'était la moins attendue ...

25-29 novembre 2018 - Bateau et ... bateau !
Le ferry d'Austral Broom ressemble à un long cigare bleu et blanc. Très rustique, il n'a que des banquettes avion pour passer la nuit.

La nourriture est sommaire. Je me fais remarquer car je quémande un peu plus à manger : on m'octroie une part supplémentaire. Les deux motards chiliens Pedro et Ari Khan m'accompagnent finalement après être allés se faire photographier devant le panneau indiquant le bout de la carretera austral à Villa O'Higgins. Très sympathiques ces deux-là. On échange adresses mail. Au petit matin, c'est la halte à Puerto Eden, ce village indigène patagonien seulement ravitaillé par les ferries.

Puerto Eden

On peut descendre du bateau et arpenter les passerelles qui connectent les petites maisons de bois. Quelques villageois montent pour aller à Puerto Natales, la ville la plus proche.

L'accostage à Puerto Natales est assez rapide. Il est 14h30. Je me mets le premier sur la ligne de départ car je voudrais prendre le seul bateau hebdomadaire qui permet d'atteindre Puerto Montt. Je n'ai que trois heures pour pouvoir acheter un billet. Je traverse la ville pour rallier le Terminal de bus dont les bâtiments tout modernes abritent pas mal de bureaux de compagnies de bus mais aussi l'Office du tourisme et Navimag, la compagnie maritime. Par chance, il y a de la place sur le bateau Evangelistas - le même que celui de l'aller. Le tarif est trois fois plus cher pour les non chiliens comme pour le ferry d'Austral Broom. Le Mulet est gratis. Les formalités d'embarquement étant bouclées, je peux contacter la famille par Whatsapp (via le réseau Intel) et mettre à jour le site. L'embarquement est à 21h. Donc, un peu de temps pour un bon restaurant : agneau patagonien, frites, verre de vin Malbec.
L'Evangelistas est arrivé avec beaucoup de retard à Puerto Natales en raison de conditions météorologiques difficiles. Le déchargement des multiples remorques de camions est un ballet spectaculaire de tracteurs du port maniés comme des bolides de course. J'emménage pour 4 nuits avec l'arrivée vendredi matin 30 novembre à Puerto Montt.

Beaucoup de français dans ce bateau : Kamel, médecin cycliste que j'avais rencontré à Villa O'Higgins et qui, après avoir atteint El Chalten dans le sens Nord-Sud, a pris un bus pour Puerto Natales ; Dominique et Jean-Noël, un couple étonnant qui voyage depuis 2 mois au Chili et qui va repartir très vite au Japon. Il faut dire qu'elle fut guide à Nouvelles Frontières . Son mari est un artiste en photographie et magnifie chaque photo par des choix d'éclairage, de composition, d'angle de prise de vue, de choix de focale.

Les conditions météorologiques semblent s'améliorer. Et ... trois jets d'eau sortent de l'eau !

Baleines de Minke

Trois petites baleines se suivent : toujours magnifiques ces apparitions. Ce sont des baleines de Minke. Pas mal d'albatros recherchent leur pitance. Quelques dauphins font des bonds pour s'écarter du ferry. Mais, peu d'oiseaux.

On croise quelques rares bateaux dont un d'un institut de recherche marine. Le vaisseau rouillé du Captain Leonidas est toujours à sa place.

La baie des Penas marque l'entrée dans l'océan Pacifique avec une houle nettement plus forte qu'à l'aller. On suggère fortement la prise de cachet pour le mal de mer. Kamel, le docteur cycliste, me propose une pilule qui serait très efficace. Je me laisse faire.

Finalement le passage par l'océan Pacifique s'est révélé pas si houleux que ce qui avait été prédit. La nuit fut à peu près normale. Mais le matin ... très mauvais temps !

Comme on est bien dans le bateau ... La journée de jeudi a été un peu longue car pas possible de sortir sur le pont ... Pour passer le temps, on nous a montré la fabrication du maté ... Bôf ! Ca ne supplantera pas le café.

Vendredi 30 novembre - La fête ! ... Puerto Montt
Oui c'est ma fête aujourd'hui. Réveil à 6 h ce matin pour le petit-déjeuner à 7 h. L'Evangelistas a accosté depuis déjà deux heures. Le ballet des norias de tracteurs qui désengorgent le ferry a réveillé tout le monde. Beau temps ! Oui ! à Puerto Montt mais pas mal de vent bien sûr. La sortie du bateau est très encadrée par les mesures de sécurité. Je finis par pédaler (enfin !) sur du bitume avec grande modestie mais avec un mouvement de manivelles qui fait penser à certains coureurs très forts du tour de France, la vitesse maximale atteinte étant ... 15 km/h. L'arrivée chez Maria Zulema ma logeuse se fait avec un accueil toujours très sympathique. Alfredo, le mari de Maria, me conduit de suite chez un réparateur cycliste hors pair. L'atelier est presque net comme une salle blanche ! L'examen de la bête (le dérailleur) est sans appel : le dérailleur doit être changé. Mais, un oeil plus précis du docteur cycliste semble apercevoir un petit bout à l'intérieur du trou de passage du cable. Il faut opérer ! Le boitier de la manette du dérailleur Shimano deore XT est ouvert. Le docteur revient sur son diagnostic : la tête du cable cassé est resté coincée à l'intérieur du boitier et empêche le système des cliquets de fonctionner. Docteur cycliste réussit à extraire le coupable du non fonctionnement du dérailleur. On remonte alors le boitier, on enfile le cable dérailleur, on le fixe à l'arrière. quatre tours de pédales et le cliquetis des neuf passages de vitesse fait un doux bruit aux oreilles de Dédé ! Ainsi est illustrée la leçon qu'un petit bout (de cable) de quelques millimètres peut avoir d'énormes effets (sur des ... km).

LATAM, la compagnie aérienne a-t-elle une officine à Puerto Montt ? Je veux anticiper mon retour en France. Seule l'île de Chiloë m'est inconnue et est réputée pour les quantités de pluie qui l'arrosent. J'ai pris assez d'eau et de vent. Un peu d'apaisement fera du bien au bipède. J'avance mon retour au dimanche 2 décembre pour arriver à Toulouse le 3 décembre en fin d'après-midi. Ce soir, avec quelques français du bateau, on dîne ensemble à Puerto Montt.

Finalement, pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression que j'ai eu de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

1-3 décembre 2018 - De la tronçonneuse au B 787-9

Le retour à Puerto Montt m'a fait retrouver le bricolage. Alfredo, le mari de Maria Zulema qui me loge, a un problème de tronçonneuse. Il y a deux ans, déjà, j'avais dû lui montrer comment elle fonctionnait. Toute neuve alors, elle n'a pas beaucoup servi depuis. La famille Zulema a l'impression d'avoir acheté une machine qui n'est pas d'origine. Je me transforme en docteur Stilh. La chaîne est détendue d'au moins trois centimètres. Je montre comment retendre le support de chaîne. Puis, les réservoirs d'huile de chaîne et d'essence sont vides. Ah ! il faut de l'essence ? Non ... d'un mélange à 3% ... Allons chercher ce qu'il faut. Le pick up Toyota a un volant dur à tourner. Pas de mélange en vente. Il faut se le faire ... et ... l'huile de chaîne n'est pas la même que l'huile du mélange ... Finalement, starter à fond, ça pète une fois puis s'arrête. Starter au milieu : la tronçonneuse démarre. La chaîne ne tourne pas : déblocage de la sécurité. Youpie ! ça tourne, ça fait beaucoup de bruit ... Les yeux d'Alfredo regardent la machine comme si un miracle venait de se produire. Puis, il faut couper de grosses branches qui menacent la toiture et débordent chez le voisin. La machine fait le travail sans difficulté et avec efficacité. Le cycliste est devenu magicien. En réalité, la tronçonneuse est une excellente Stilh avec une lame de coupe de 40 centimètres et un gros moteur.

La maison de Maria Zulema est bondée. Elle me trouve une banquette pour dormir. Le dimanche 2 décembre au matin, Antonio, le fils du ménage, se réveille avec effort pour me conduire à l'aéroport. Le Mulet boudiné dans son carton est fixé aux ridelles du pick up. En route, au revoir Maria, Alfredo ! ... "Tu reviendras ?" ... Peut-être ! Il faut dire que la Patagonie est encore trop synonyme d'envies non satisfaites. LATAM, la compagnie chilienne, me fait payer 100 dollars le transport du vélo. C'était 200 dollars il y a deux ans. A l'aller c'était 75 euros il y a deux ans, c'était 45 euros cette fois-ci, avec exactement les mêmes compagnies (LATAM et Iberia). Allez comprendre la cohérence de tout cela !

Le Boeing 787-9 du trajet Santiago - Madrid est un avion neuf, remarquablement équipé pour le voyageur, très silencieux, mais avec des sièges un peu durs, une nourriture chiche, un service parfait. Un gros avantage : j'avais trois sièges pour moi. D'où une nuit allongée tranquille et reposante.

Toulouse est très encombrée. Pas de gilets jaunes en vue mais des informations radio surprenantes ... Il est 19 h ce lundi 3 décembre. Je ne suis plus en ... Patagonie profonde !

Urubu à tête rouge

Réflexion ...

Pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

Le grand moment de ce voyage écourté a été la remontée des 7 km (avec au moins 500 mètres de dénivelée) du Lago del Desierto à la frontière chilienne avec la gestion de la pente, du sentier parfois disparu dans des parties marécageuses, et des 50 kg du vélo chargé. Les trois aller-retour (sacoches avant, sacoches arrière, vélo) ont été une bonne solution. La neige n'était pas très loin mais heureusement le passage du col frontalier a été possible.

Le pire moment de ce voyage a été lorsqu'il a fallu choisir entre continuer depuis Puerto Yungay en pédalant tout petit sur plusieurs centaines de km pour pouvoir éventuellement réparer, ou prendre le bateau qui était à mes pieds. La première solution était possible au plan physique mais non sans risque de devoir abandonner et alors galérer pour trouver des solutions et rejoindre Puerto Montt.

La deuxième option a été la plus évidente : un bateau jusqu'à Puerto Natales (le seul de la semaine et l'unique destination bateau depuis Puerto Yungay) puis un bateau pour Puerto Montt. C'était la solution la plus raisonnable.

Chaînon manquant (en jaune) dans le parcours prévu ... à faire en ... janvier 2020 ! ...


Le contexte

Deux voyages dans cette région du monde : un premier en 2016, avec Jean-Pierre Bourgard pour découvrir les grands classiques (Ushuaia, massif du Paine, glacier Perito Moreno, massif du Fitz Roy), un second en 2017 avec le vélo sur la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo.

Pourquoi revenir ?

La Patagonie est réellement une région du monde exceptionnelle : des paysages grandioses, des étendues sans fin, des massifs montagneux aux lumières magiques, une côte Pacifique ourlée de fjords, des glaciers vivants et croulants sous nos yeux, une météo fantasque mêlant rafales de vent et pluie à des éclairages solaires violets/rouges inconnus dans nos contrées européennes.

Et puis ... je n'ai pas pu boucler la Carretera Austral en 2017, noyé que je fus sous un déluge de pluie et de vent durant 11 jours sur les 13 passés sur cette Carretera Austral. J'avais jeté l'éponge à Villa Cerro Castillo en basculant vers l'Argentine pour trouver des conditions météorologiques plus favorables. J'avais découvert les magnifiques lacs argentins au Nord de Bariloche, et les grands lacs chiliens entre Pucon et Puerto Montt, gravi le volcan Villarica ! Alors ... j'ai imaginé un périple un peu original qui combinera traversées en bateaux et vélo pistes, routes, et ... même une traversée cross obligatoire au Nord du lago Desierto. La boucle "idéale" imaginée est résumée dans la carte suivante :

D'abord c'est une longue traversée en ferry de Puerto Montt à Puerto Natales (tracé vert sur la carte). Quatre jours le long des côtes de Patagonie en naviguant au milieu de fjords.

Puis, de Puerto Natales à El Calafate et à El Chalten en Argentine au pied du majestueux Fitz Roy, une bonne semaine de vélo, peut-être la plus dure de tout le périple. On est sur la route 40 avec juste quelques portions goudronnées, le plus souvent du ripio (de la piste) avec un vent quasi permanent et des rafales qui peuvent rendre impossible l'avancée en vélo (exemple d'avancée impossible). Il faudra alors prendre patience, s'arrêter (où l'on peut ...) et jouer avec les accalmies, ou, au pire, trouver un conducteur de pick up qui embarquera bonhomme et vélo.

Une deuxième partie après, je l'espère, deux jours de repos à El Chalten avec montée au pied du Fitz Roy. D'El Chalten à Cochrane, on doit obligatoirement traverser deux lacs. Facile ! Sauf que la météo peut être exécrable au point d'empêcher toute navigation et ... il n'y a de bateau que deux à trois jours de la semaine. Une redoutable portion de vélo cross au Nord du lago Desierto ... On arrive alors à Villa O'Higgins le tout début de la Carretera Austral mais par le Sud.

De Villa O'Higgins à Cochrane, c'est une succession de paysages lacustres avec juste un seul village - Tortel - qui a la particularité de n'être accessible que par des passerelles en bois.

Une troisième partie toujours en ripio permet de gagner le lago du General Carrera qui unit Chili et Argentine, un peu comme le lac Titicaca unit Pérou et Bolivie, ce lac que j'avais traversé en 2017 pour m'échapper du mauvais temps chilien. On rejoint alors Villa Cerro Castillo lieu de mon abandon en 2017 puis, par un bitume retrouvé, on atteint la grande ville de Coyhaique et enfin Puerto Chacabuco, un port où je reprendrai un ferry pour, suivant le temps qui me restera, ou joindre l'Ile de Chiloë ou joindre Puerto Montt.

Au cas où le bonhomme et le vélo seraient encore en pleine forme et, surtout, dans les temps, je filerai vers l'Ile de Chiloë par une traversée ferry d'une trentaine d'heures. Alors, ce serait un bonus du voyage, une balade tranquille de 3-4 jours avec de beaux aperçus en particulier sur les très originales églises en bois coloré, avant de joindre Puerto Montt. La boucle serait ... bouclée.

Tout ça ... c'est ce qui est imaginé ! Au total, ce serait de l'ordre de 1600 kilomètres. Mais que vont décider Monsieur le Vent et Madame la Pluie ? Météo Vent Pluie

 

Patagonie 2017 - 1

Carretera austral et Lacs argentins et chiliens

2 janvier - 9 février 2017

Récit d'un périple un peu particulier ...

Parti pour faire la Carretera Austral de Puerto Montt à El Chalten, j'ai fait en réalité deux ... voyages à vélo : le premier durant 730 km de la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo (5-15 janvier), le second durant 1130 km de Bariloche à Puerto Montt par les magnifiques lacs argentins et chiliens (19 janvier - 6 février). Le très mauvais temps durant 11 jours sur la Carretera Austral m'a fait rechercher un peu de soleil côté argentin ...


Puerto Montt - Villa Cerro Castillo - Chile Chico - Los Antiguos (5 - 16 janvier)

Jonction Los Antiguos - Bariloche (17-18 janvier)

Bariloche - Puerto Montt (19 janvier - 6 février)

J -1 Dimanche 1er janvier 2017 : Préparatifs dans le froid ...

Tout est blanc ce matin. Pas de neige toutefois pour conduire Dominique à la gare d'Oloron. La cuisinière à bois est chargée à fond. Dernière vérification du vélo par un tour du village glagla et .