Amérique du Sud

Patagonie 2020

Après avoir bouclé mon chainon manquant en Patagonie

La Patagonie surprend toujours ! 4 voyages dont 3 à vélo. Magie des paysages rencontrés ... Météo exceptionnellement capricieuse et parfois extrême ! La Carretera austral est un classique du cyclotourisme, mais jamais très facile car très rares doivent être ceux qui la parcourent dans d'excellentes conditions. Il y a toujours quelque chose qui ne facilite pas le bipède qui la parcourt à vélo : un soleil très cuisant (rare), une pluie qui peut être drue voire cinglante, parfois de la neige, un vent qui peut être épouvantable (rafales paralysantes), un ripîo roulement à billes (sur pas mal de portions), une tôle ondulée fracassante (fréquemment), des crevaisons à répétition (et oui ! ...), un porte-bagage démembré à force de sauter sur la piste (ça arrive !), une chaine qui casse, un pneu crevassé, un pédalier qui bloque ... un cable qui ... la soif qui ... la faim qui ... la tente qui ... le réchaud qui ... ! Impréparation ? Pas nécessairement.

Le petit chainon manquant de mes parcours que j'ai fini par boucler en janvier 2020 - Coyhaique-Puerto Yungay - m'a fait vivre beaucoup de tous ces tracas de cycliste. Le tout est d'arriver à dépasser les difficultés et de pouvoir avancer à nouveau en pédalant tant bien que mal. A dire vrai, le parcours de la Carretera austral à vélo est plus une performance qu'un voyage contemplatif. Le nez dans le guidon est une constante. Lever la tête en pédalant oui c'est possible sur les portions roulantes sans trop d'effort. Elles sont rares. On est le plus souvent arc-bouté sur le guidon pour tenir ferme l'engin à deux roues. Lever la tête pour admirer la Nature environnante ne peut être qu'une position de courte durée car la nuque se raidit et ... les yeux ont besoin de bien voir où l'on met la roue avant ...

La portion Coyhaique - El Chalten est très spectaculaire. Pour l'habitué de la montagne, il y a là un condensé de tous les étages altitudinaux avec en plus les énormes glaciers proches, et une Nature foisonnante sur des superficies totalement inhabituelles. Les lacs argentins au Nord de Bariloche et peut-être surtout les lacs Chiliens au Nord de Puerto Montt sont un régal pour pédaler sans trop d'efforts. La montée de Puerto Natales vers El Calafate puis El Chalten avec en ligne de mire les massifs du Paine et du Fitz Roy procure d'exceptionnelles sensations par la grande magnificence de ces paysages. Mais ... Monsieur le Vent s'invite souvent ...

L'accueil des Patagons, rares et surtout dans les grosses bourgades, est toujours fait de passion et de partage. Ils veulent entendre que la Patagonie est un pays unique, dur, vivant, sauvage, attachant. Partout où je suis passé, beaucoup d'interrogations : pourquoi le vélo ? "Tu n'as pas assez d'argent pour te payer une moto ?" ... Le vélo, un luxe de nanti ... à moins que ... un peu maso ... Certainement de tout ça et de bien d'autres choses encore ...

4 février 2020

 

Patagonie 2020

La Carretera Austral ! Je vais finir par la connaître par son petit nom ! Troisième virée tout là-bas, tout loin ... Trois avions ! Aïe le bilan carbone ... mais je dois compenser avec le vélo non ? J'y retourne ... pour essayer de boucler ce que je n'ai pas pu finir en décembre dernier à cause d'un vilain petit bout de cable de dérailleur qui ...

Cette fois, le troisième avion c'est non pas Santiago - Puerto Montt mais Santiago - Balmaceda. Balmaceda ... c'est où ? Tout près de Coyhaique, une chouette petite ville où j'étais passé il y a deux ans. Billet d'avions avec LATAM, la très belle compagnie chilienne que j'ai utilisée lors de mes voyages au Chili. Toujours des complications avec les avions ... Le billet pris, quelques mois après, LATAM m'informe que le vol Santiago - Balmaceda est annulé ! On finit par trouver une solution : passer une nuit à Santiago airport pour prendre l'avion le lendemain matin de bonne heure. Bon ... Et puis, lors des jours de réclame de fin novembre, je m'aperçois que l'avion annulé est en service à l'heure et au jour qui était soi-disant ... annulé. Coups de téléphones multiples pour arriver à trouver quelqu'un qui m'écoute ... No problem ! « Exceptionnellement » on consent à me remettre sur le vol « annulé ». Ouf, histoire de Ouf ! Ca m'évitera une nuit à Santiago airport ! L'avion c'est toujours ce qu'il y a de plus compliqué pour un cycliste ...

Au fait ... départ le 12 janvier 2020 pour Balmaceda à 50 km du départ vélo de Coyhaique

2020 Coyhaique - Puerto Yungaï ... aller-retour ...

Avant le départ ...

Chaine remplacée, jante arrière d'origine changée, patins de frein tout neufs, le vélo doit être prêt ! Je l'écoute comme on surveille un convalescent. De temps à autre, même avec la chaine neuve, mes pédales sursautent. Bizarre. Pascal, docteur vélo d'Oloron, me dit que ça vient des pignons qu'il faut changer. Il me met une cassette 11 x 34 à neuf vitesses. Je reprends le vélo et au premier effort en côte, clac ... plus de chaine. L'attache rapide a cédé. Mieux vaut que ça arrive ici ! ... Le vélo, vite remis sur pattes, doit être testé. C'était hier. Ce matin une pluie fine ressemblant à de la neige fondue me fait hésiter. La neige est à 800 mètres d'altitude. Pourtant, avant de mettre le Mulet dans son carton, je dois vérifier que tout est en ordre. Sans trop réfléchir, je pars faire un tour. Les doigts prennent un petit onglet pas très agréable. Ca pèle dur ! Plateaux, pignons, tout passe bien. J'ai l'impression que le vélo avance tout seul ! Sympa d'avoir du matériel en état. Je retourne trempé à la maison. Tout est en ordre. Le Mulet est démonté, mis au cachot cartonné ...

L'emballage carton est ce qu'il y a de plus protecteur pour le transport du vélo en avion même si la plupart du temps le carton arrive complètement éventré. Le recours aux marchands de cycles permet de récupérer les emballages de vélos neufs. Avant, j'utilisais les cartons d'Air France mais l'agence a disparu de l'aéroport de Pau. Lorsque les cartons sont très grands, il vaut mieux les recouper pour éviter d'être refoulé lors de parcours en avion de faible contenance notamment à cause de l'accès en soute, voire comme cela m'était arrivé à l'aéroport de Barcelonne, d'être trop large pour le contrôle en machine. Cette fois, j'ai taillé le carton pour un gabarit 173 cm x 83 cm x 20 cm, avec la roue avant, le guidon, la selle, la béquille, démontées, les pédales retournées, le tout bien calé avec ma tente, mon matelas coquille d'oeufs, le casque. Plus possible pour le Mulet de bouger le moindre pignon.

Dimanche 12 janvier 2020 - Départ toujours un peu stressant pour ... le vélo

Réveil en sursaut dans la nuit ! J'ai oublié de dégonfler les pneus ! ... Coups de cutter pour défaire les attaches du carton. La roue arrière restée fixée consent à tourner jusqu'à ce que la valve soit à portée. Pchitt ... Ouf ! Sinon le risque d'éclatement est grand en raison des changements de pression en soute (encore que lors de mon retour du Kenya les pneus étaient restés gonflés et étaient entiers à l'arrivée - mais j'avais averti à l'embarquement).

Etape à Léguevin près de Toulouse chez ma fille Laure pour célébrer de manière un peu anticipée l'anniversaire de Ninon (8 ans) et de mon gendre Pierre. Mon fils Thomas avec Nadine étaient de la fête. Raclette réussie et patisseries excellentes !

Ce dimanche, Pierre me conduit à Blagnac.

L'avion ... tête à l'envers pour le cycliste !

Todo esta bien ... pour le moment !

Toujours premier ... au guichet d'enregistrement ... Ca permet la causette avec un jeune joueur de rugby au parcours étonnant : né d'un père hollandais mais français de naissance, parents hôtelier en Savoie, coureurs de pays dont Etats-Unis, Espagne, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud ... ce joueur de rugby a été recruté dans l'équipe de Pau en octobre, mais fait aussi partie de l'équipe division 1 d'Espagne. C'est pour cela qu'il prend le même avion que moi pour Madrid. Il est aussi en deuxième année de l'école supérieure de commerce de Pau. Bref, un garçon qui a beaucoup d'atouts. Son nom : j'ai entendu quelque chose comme « Bruinsman ... ». A retenir puisque dans tous les pays où il est passé, on l'a pris de suite dans l'équipe nationale.

L'employée au guichet est équatorienne. Je lui parle de son beau pays. Le vélo ne l'effraie pas. Pour une fois, on ne me dit pas que le vélo risque ne pas partir car l'avion est petit ... 100 euros avec, pour la première fois, nul besoin de le récupérer à Santiago du Chili pour réembarquer dans un avion LATAM de ligne intérieure. Par précaution, elle me dit de me renseigner tout de même à Madrid.

Près du comptoir d'enregistrement à Toulouse, un comptoir Avia où je vois qu'ils vendent des cartons pour les vélos. Renseignement pris c'est 35 euros ! Mieux vaut aller chez son cycliste en récupérer un gratis.

Au passage du portique pour bagages hors normes je dis à l'employée que ce serait plus que bien si le vélo pouvait prendre le même avion que moi. In petto, l'employée hurle le numéro du vol Iberia. Il ne manquait plus que le répétiteur mais ... il devait être loin !

Embarquement du Mulet à Toulouse

Le vélo a réussi à passer mais en diagonale par la porte étroite de la soute. Un bon début ! Le Bombardier est plein comme un oeuf.

Le survol des Pyrénées est agrémenté de belles couleurs rougeoyantes. On passe un peu à l'Est de la vallée d'Ossau : je reconnais le Moule de Jaout dont le sommet enneigé est éclairé par une douce couleur orangée, les montagnes de Gourette, la vallée du Soussouéou bien originale par les falaises de la Tume - une belle discordance géologique, mais l'avion a soudainement viré à droite pour filer pile au-dessus du Pic du Midi d'Ossau. Cette fois, je ne le verrai pas. L'atterrissage à Madrid est toujours très long : il faut rouler pas moins d'un bon quart d'heure avant de stopper. Impressionnantes les surfaces goudronnées de cet aéroport. Puis jeu de pistes pour prendre le train-navette qui mène au nouvel aéroport et trouver après près d'une demi heure de marche le terminal S. A noter que le vol Iberia Toulouse-Madrid ne donne plus de boisson et de sandwitch que contre monnaie sonnante.

Passage au-dessus des Pyrénées

1ère étape Madrid

Lundi 13 janvier 2020 - Avions ... toujours vérifier

Vol LATAM Madrid - Santiago du Chili dans un boeing 787-9 en apparence en pleine forme (c'est le cas pour les moteurs) mais qui avait dû faire des kilomètres si j'en juge le siège où j'étais qui n'avait plus d'amortisseurs même dans le dossier. Ca grinçait de partout. Dans les toilettes, un engin métallique avait dû être oublié car ça claquait des castagnettes tout le temps au plafond ...

Heureusement que j'ai vérifié au comptoir LATAM de Madrid si je devais ou non récupérer les bagages à Santiago : affirmatif me dit l'agent LATAM m'expliquant qu'il fallait d'abord passer la douane puis les migrations.

Vol sans histoire. Grande classe des hôtesses, nourriture moyenne, boissons itou. Arrivée à l'heure prévue avec donc 4 heures de décalage avec la France. Les sacoches arrivent en premier puis le carton vélo qui déborde beaucoup dans les virages du tapis roulant. Un peu explosé aux poignées et au centre, je comble vite avec du collant solide que j'emporte toujours dans la sacoche cabine.

Direction le change. Un employé qui n'en est pas un (il se fait ainsi un peu de pesos) me guide pour le réenregistrement des bagages et du change. Efficace. Du coup je lui donne 5000 pesos (en gros 6 euros) mais ... il me dit que ce n'est rien. Je lui dit que cela fait 6 euros. Il ne pipe plus mot et me salue avec une bonne poignée de main.

L'avion pour Balmaceda est un 320, Airbus bien sûr. On longe la cordillère pour aller plein Sud, mais cette fois je ne verrai pas les volcans Villarica et Osorno car il n'y a pas d'escale à Puerto Montt. Avion direct donc : on dirait en France une ligne d'aménagement du territoire. Le vélo a encore pris un bon coup avec une poignée toute déchirée, mais au moins il est là. Je piste comme indiqué par Martha la tenancière du logement qui m'abrite à Coyhaique, Valencia transfert une navette qui - aïe - ne peut pas contenir le carton vélo. Je rouspète dis que l'on avait téléphoné à l'agence pour s'assurer que tout allait bien se passer (j'avais appris par coeur la traduction espagnole) ... et puis je vois que quelques minutes après une navette de l'agence plus grande arrive pour moi tout seul ! Efficace tout de même. Chez Martha et son mari - qui viennent d'avoir leur deuxième fille (4 mois) - la réception est parfaite. Je remonte vite le vélo, va vite acheter un peu de vivres pour demain, va vite trouver un restaurant car la journée a été maigre en nourriture, vais vite me doucher, ranger les sacoches, pour essayer de prendre encore un peu de temps pour écrire quelques mots sur le site. Allez dodo. Demain matin 6h30 petit-déjeuner et - enfin - 100 km à pédaler ... si tout va bien !

Mardi 14 janvier 2020 - Villa Cerro Castillo - Une bonne entrée en matière

Couché tard, levé tôt avec la petite musique de la pluie qui tombe sur les tôles ondulées des appentis attenant à l'hôtel familial de Martha. Hier la température était chaude. Ce matin petite pluie fine température acceptable, passage quasi glacial dans la réserve naturelle des Huemuls, pluie plus sévère avec vent de face patagonien pour les 25 derniers kilomètres. Voilà ... c'est la Patagonie !

Départ de Huemul Patagon

La sortie de Coyhaique est facile. On prend la Carretera austral jusqu'à l'embranchement au bout de 40 kilomètres qui sépare la Carretera austral de la route qui mène à l'aéroport de Balmaceda et en Argentine. Trafic intense sur ces premiers kilomètres : taxis et petits bus roulent à vive allure pour atteindre l'aéroport dans les temps. Il faut dire qu'il y a quatre grandes portions de travaux où l'on ne peut rouler que de manière alternée en gros tous les quarts d'heure. Le cycliste, lui, après avoir demandé la permission à l'employé qui fait la circulation, passe tranquillement sur la voie en travaux.

J'avais déjà fait cette étape jusqu'à Villa Cerro Castillo lors de ma première venue sur la carretera austral, dans des conditions de temps qui m'avaient fait jeter l'éponge après. Aujourd'hui, j'ai redécouvert les immenses prairies où l'on coupe un foin étonnamment dense, les bordures de route fleuries naturellement avec ce que chez nous on appelle des lupins mauves et blancs et des immenses fleurs bleues qui font penser à des vipérines géantes, les très beaux espaces forestiers de la réserve naturelle des huemuls, une espèce intermédiaire entre chevreuil et cervidé. Mais je n'en ai pas vu alors que Martha l'hôtelière a pu en photographier sur le bord de la route depuis sa voiture. Faut dire que si j'ai pu passer entre les gouttes la plupart du temps, dans la réserve des huemuls le temps était vraiment froid et ... de pire en pire avec à la fois la pluie qui est devenue assez cinglante, et Monsieur le vent patagonien qui est venu me dire bonjour avec des rafales à bien tenir le guidon et l'équilibre durant les vingt cinq derniers kilomètres. Mon arrivée trempée s'est fait remarquée en entrant dans un restaurant que je croyais être un hôtel. J'ai fini par trouver l'hostal El Rodéo, sans étoile, mais avec un poële à bois allumé fort agréable quand on arrive pas mal mouillé.

Ce fut une étape fort honorable en guise de mise en train. Une dénivellation cumulée positive de 1595 m, 98 km, et des conditions météos patagoniennes mais mais pas extrêmes comme j'ai pu en trouver les années passées.

Coyhaique - Villa Cerro Castillo, 98 km, +1595 m -1553 m

Mercredi 15 janvier 2020 - Chelenko Hot Spring – Le ripio et les bosses …

Diner pantagruélique hier soir au restaurant Villarica à Villa Cerro Castillo. Villarica nom du volcan chilien en activité mais, comme je l'ai vu, avec un minuscule cratère. Ca fume et parfois on voit la lave incandescente rouge. Hier soir Lomo a la pobre agrémenté d'un beau flacon de bière blonde. Il fallait ça pour préparer la journée d'aujourd'hui.

Psychologiquement, c'était là à 3 km de Villa Cerro Castillo que j'avais jeté l'éponge pour continuer la Carretera austral que j'avais parcouru depuis Puerto Montt sous des abats d'eau et avec le fameux vent Patagonien. J'avais bifurqué vers l'Argentine. Aujourd'hui, je retrouve presque mes coups de pédale d'il y a deux ans, reconnaissant les moindres passages. Il fallait donc dépasser les 3 km. Lever à 6h15, le poêle à bois est déjà allumé. Un café au lait, un yaourt, trois biscuits et le départ est donné. Le temps est moyen mais il ne pleut pas. Le vent par contre tourbillonne un peu.

La massif du Cerro Castillo est encapuchonné

La sortie de Villa Cerro Castillo est cimentée

Le ripio est assez éprouvant

L'arrosage n'arrange pas les choses

C'est parti ! Sur 15 km le ripio a été cimenté. Mais les bosses sont omniprésentes avec des montées raides voire très raides (petit-petit) qui, sur le ripio, énerve un peu le cycliste car ce ripio est toujours constitué de ronds cailloux non tassés de 3 à 5 cm. Le paysage à la sortie de Villa Cerro Castillo est splendide avec les belles montagnes acérées qui bordent le petit village. La ronde des camions et des pick up est sans interruption car d'énormes travaux sont en cours pour, à terme, aplanir un maximum la carretera austral. Je me croyais en Chine où les terrassements énormes suppriment des pans de montagne entiers.

Des cyclistes de toutes nationalités me suivent, me dépassent, me croisent. Etonnant ce ballet des vélos sur cet itinéraire. J'ai croisé un couple de français d'Ardèche. Les kilomètres de ripio durci par les va-et-vient des engins de travaux publics cassent un peu l'ambiance des magnifiques paysages du départ. On longe plusieurs très belles lagunas. Mais le temps passe ! Rouler entre 4 et 5 km/h avec le vent de face et les coups de boutoir des rafales, c'est pas terrible pour les kilomètres gagnés.

Je pensais camper quelque part. Alors que j'avançais sans trop de conviction pour choisir un emplacement, une pancarte au milieu de nulle part indique un hôtel : Chelenko hot spring. Surprise ! C'est un tout nouvel établissement au fond des bois sur les bords du Rio Murta dont je serai un des tout premiers pensionnaires. Après une rude journée de pédalage en ripio, un bon lit permet de mieux récupérer. Mais le wifi n'est pas encore installé.

Au total, ma barrière psychologique de mon arrêt d'il y a deux ans, a été dépassée. Mais cette étape est d'un bon niveau et pour le vélo et pour le cyclste. Demain je rejoins Puerto Rio Tranquilo.

Villa Cerro Castillo - Hôtel Chelenko bordant le rio Murta, 81 km +1007 m -1120 m

Jeudi 16 janvier 2020 - Puerto Rio Tranquilo - Vélo ... bateau

Compatible ? Complémentaire aujourd'hui. Les employés de l'hôtel Chelenko ont voulu prendre en photo devant l'hôtel le premier client de l'hôtel ... Départ sans vent (mais oui ça arrive ...) sur une « presque route » qui est une belle chaussée empierrée aux cailloux fort pointus et donc aussi ce que l'on nomme aussi une piste tape-cul et tôle ondulée. Mais à la lumière toute douce du matin, au calme apaisant du lever du jour sans pluie sans vent, le pédalage est un régal. Oublié le ripio (pour aujourd'hui). Ca monte un peu toujours avec les fameuses bosses pentues mais l'envers des bosses est un bonheur. On avance sans pédaler même si ça secoue pas mal. Il faut faire très attention aux dérapages lorsqu'on est un peu trop sur le bas-côté car la piste penche du mauvais côté et la chute est rapide.

On ne joue pas dans la même cour, hé Mulet !

 

Beaucoup de forêts de lengas emplis de lichens, remplacées au fur et à mesure que l'on descend en dénivellation par des semblants de prairies jonchées de troncs brûlés, témoignage des pratiques qui, pour récupérer des surfaces d'herbe, consistaient à mettre le feu à la forêt. Peu ou pas de maisons et de cabanes occupées, peu ou pas de bétail hormis quelques vaches brunes et des beaux moutons à la laine fournie. Je demande à un gaucho qui menait deux chevaux si je pouvais le prendre avec mon « kodak », il réajuste le béret et me fait un grand sourire. Clic-clac.

Lago général Carrera

La journée vélo est courte aujourd'hui : joindre Puerto Rio Tranquilo. Quelques 45 kilomètres. Mais quelques sacrées rampes encore dont la seule portion pavée où j'ai failli mettre pied à terre tellement l'inclinaison était coriace. Puerto Rio Tranquilo, un curieux village très prisée des touristes. De fait, il y a beaucoup de possibilités de découvertes et de pratiques : glaciers, rafting, canoë, et ... le tour des Capilla de Marmol.

C'est LA curiosité du coin : des falaises érodées qui font penser à des piliers d'église et à des sculptures naturelles ressemblant à des stalagmites. Pour y aller, c'est le hors-bord avec 20 personnes vêtues d'un gilet de sauvetage. Un quart d'heure à vitesse « normale » pour l'approche, une bonne heure de glissade dans ce labyrinthe rocheux très évocateur par les formes à des têtes d'animaux. Le lago Général Carrera a une couleur magnifique du vert émeraude au bleu turquoise selon les endroits avec des points blanchâtres dues au vent. Le retour se fait à fond les manettes. Tout le monde met le poncho, s'accroche aux poignées. Le bateau remonte contre le vent. D'énormes sauts font cogner la coque et hurler les passagers. L'arrivée provoque soulagement et rires fous. Ca a décoiffé !

J'ai trouvé une auberge très occupée par les back packers, d'une propreté remarquable : Hospedaje Bellavista. Une seule possibilité : dormir dans un dortoir de quatre.

Journée douce comme on peut en avoir quelques fois en Patagonie.

Hôtel Cheleko - Puerto Rio Tranquilo, 45 km +575 m -565 m

Vendredi 17 janvier 2020 - Puerto Bertrand, de la tôle …

... ondulée tout le long ! très dure comme du ciment. Etape éprouvante pour le vélo qui a failli perdre une sacoche et qui, lors d'une descente un peu raide et donc rapide, avec le soleil au zénith qui effaçait le relief des creux et des bosses, s'est mis à sauter tout seul comme un cabri fou au point que la chaine a déraillé, le guidon est parti en avant, mais le bonhomme est resté en selle.

Parti ce matin de l'Hospedaje Bella Vista avec un copieux petit-déjeuner préparé par la patronne dont deux énormes merveilles bien gonflées, j'ai eu la surprise de cette étape à trous et à bosses sur plus de 70 km ! On longe le lago General Carrera mais avec les fameuses montées-descentes tracées pour les engins militaires donc des versants symétriques où l'on est obligé de monter petit petit à la limite de la perte d'équilibre (un peu moins de 4 km/h).

On traverse les forêts de lengas avec de temps à autre des ouvertures sur les paysages du lago General Carrera. Une bande de quatre cyclistes me suit, me dépasse, que je redépasse, et que je perds de vue. Au bout d'une cinquantaine de kilomètres, on atteint un carrefour de pistes : à gauche elle permet de passer au Sud du lac Général Carrera pour joindre notamment Chile Chico ; à droite on part vers Puerto Bertrand et Cochrane. C'est là que ça passe aujourd'hui. Mais une énorme et longue pente se profile. L'équipe des quatre jeunes cyclistes a l'air de tirer la langue. Dur, dur mais « ça le fait » ! En plus de la tôle ondulée la pluie s'est « invitée ». Par deux fois j'ai mis le poncho. Quelques vaches sur la piste. On passe sur plusieurs ponts qui permettent de traverser les multiples cours d'eau qui alimentent le lac.

Lago general Carrera

Puerto Bertrand est un tout petit village au bord du lac du même nom. J'ai pris la première chambre trouvée. Tout est un peu plus cher qu'ailleurs mais c'est peut-être le prix à payer pour maintenir des habitants dans des coins aussi reculés et aussi difficiles d'accès.

Demain j'espère atteindre Cochrane où je ferai une halte d'un jour

Puerto Rio Tranquilo - Puerto Bertrand, 71 km +1107 m -1100 m

Samedi 18 janvier 2020 - Cochrane - Sublime Rio Baker ... panne !

De Puerto Bertrand à Cochrane : 49 km. Etape courte. Mais ... départ juste un peu avant Pierre, l'italien solitaire qui a occupé la même auberge. D'emblée, la piste est meilleure mais montre les dents avec des portions aux pentes terribles qu'il faut très vite (au sens propre) descendre. On comprend qu'on ait envie d'applanir un peu. C'est toujours une succession de « montagnes russes » entrecoupées d'assez longues portions plus tranquilles.

Le Rio Baker nait du lago Bertrand. Son débit est exceptionnel au point évidemment d'attirer les investisseurs pour des descentes en canoë, en rafts, pour la pêche (au saumon ...), mais aussi pour la construction d'un énorme réservoir qui ennoierait des dizaines de milliers d'hectares entre Puerto Bertrand et La Caleta Tortel pour une énergie électrique qui alimenterait toute la région de la capitale chilienne. L'opposition est forte, heureusement quand on voit la beauté somptueuse des paysages du Rio Baker.

Au bout d'une descente très gravillonnée en virage (c'est dans les virages que la tôle ondulée est la plus recouverte de gros graviers), la vitesse saute et ... bloque. Un rapide examen m'oblige à démonter mon barda arrière pour décoincer deux maillons de la chaine qui, avec les rebonds du vélo, étaient allés au-delà du plus petit pignon. Rien de bien grave. La piste continue de monter dur puis de descendre dur. On longe par les hauteurs le beau Rio Baker. Des agences de pêche, de rafting, de canoë sont implantées ça et là. Il faut dire que les lieux apparaissent paradisiaques. Je commence à sentir que les cailloux deviennent de plus en plus gros : c'est ma roue arrière qui doit se dégonfler un peu. 50 coups de pompe. Espérons que ça tiendra ... Quinze kilomètres environ avant l'arrivée à Cochrane, une drôle de sensation m'envahit : mes pédales ne tournent plus, bloquées. La chaine a dû se coincer. Pas étonnant avec cette piste qui doit massacrer pas mal de matériel puisqu'on ne fait que sauter. Mais là, ce n'est plus la roue arrière, c'est un blocage de la chaine entre les plateaux du pédalier. Je mets beaucoup de temps à trouver la solution et la raison de ce blocage. Un caillou - lors d'une descente un peu musclée - a eu la bonne idée de percuter apparemment assez violemment le plateau médian au point de faire un creux légèrement percé et, revers du creux, faire un cône acéré du côté du petit plateau. Le hasard des changements de vitesse entre plateaux a fait qu'un maillon de chaine s'est pris dans ce cône acéré du plateau médian, bloquant tout pédalage et tout changement de vitesse. Ayant réussi à libérer le maillon et à refaire tourner les pédales, j'ai terminé les 15 derniers kilomètres en utilisant seulement le tout petit plateau.

Cochrane est une petite ville. Trouver un réparateur de vélo doit être possible. Le patron de l'auberge téléphone à un ami réparateur. L'examen de la bête indique que la meilleure solution est de changer le plateau médian abimé ainsi que la chaine (avant de partir j'avais fait changer tous les pignons, la chaine, le dérailleur avant). Il téléphone à Coyhaique pour obtenir les pièces qui pourraient être transportées par bus demain dimanche, pièces qu'il me montera dès réception. A défaut, on limera l'excroissance métallique du plateau médian. Rien n'est sûr à l'heure où j'écris ces lignes. J'avais prévu une pause cycliste d'un jour. Elle tombe ... à pic !

Puerto Bertrand - Cochrane, 49 km +917 m -962 m

Dimanche 19 janvier 2020 - Cochrane, l'attention ... même le dimanche

Aujourd'hui c'était prévu jour de repos. Agréable de rester un peu plus tard au lit, de se faire servir une petit-déjeuner classique mais avec aussi des oeufs brouillés, tout près de la cuisinière à bois qui donne plus que de la chaleur, une odeur, une ambiance.

La réalité c'est aussi cette inconnue qui mange le cerveau avec cette panne de pédalier, qui vous met totalement dépendant de personnes que vous ne connaissez pas, qui ont un abord sympathique mais seront-elles efficaces pour me permettre de repartir confiant dans le matériel qui doit être ou changé ou réparé du mieux possible ?

La chaine de solidarité a fonctionné : le patron de l'hospedaje Raices, Alejandro, qui téléphone à un ami réparateur de cycle, Thomas, qui téléphone à un ami fournisseur de matériel vélo à Coyhaique qui lui-même téléphone à un réparateur vélo de Coyhaique pour savoir s'il a le plateau médian shimano 32 dents qui ensuite - c'est le week-end - envoie ledit plateau à la gare routière de Coyhaique pour qu'un bus transporte le colis sans délai aujourd'hui dimanche à Cochrane, puis Thomas le réparateur de vélo de Cochrane qui est allé par deux fois à la gare routière de Cochrane ne sachant pas quel bus et à quelle heure le colis arriverait, Thomas qui à 18h30 - c'est dimanche - démonte mon pédalier, met le nouveau plateau, fait les réglages de cable et me rend le vélo prêt à partir. Magnifique ! Merci à tous !

Eglise de Cochrane

Autre réalité : ce matin l'intuition me conduit à tater le pneu arrière. Bien m'en a pris : il est quasiment dégonflé. Je démonte tout, teste la chambre à air dans un sceau d'eau, trouve le tout petit trou. Rustine autocollante mais par précaution je mets une chambre à air neuve.

Tomkins qui a acheté des milliers d'ha pour préserver la Patagonie

Ce soir, le miracle a eu lieu. Demain, départ pour la dernière liaison qui, au total, m'aura fait boucler un très bel ensemble de parcours patagoniens tant au Chili qu'en Argentine. Mais Puerto Yungay est encore loin (j'espère deux jours de vélo sans panne !) et puis le retour sera probablement plus dur à assurer compte tenu des pentes descendues depuis Coyhaique qu'il faudra ... remonter.

Les réseaux wifi devraient être inexistants pour les quelques jours qui viennent.

Lundi 20 janvier 2020 - Le Mulet aux abois ! …

Le patron du restaurant Nirrantal à Cochrane me disait de regarder dehors le ciel : il identifiait les barres blanchâtres comme des reliquats de fumées venant d'Australie. Il disait que ces fumées faisaient un halo général dans l'atmosphère qui modifiait la visibilité en la drappant d'un flou réduisant la netteté.

Lever à 6h30 pour petit-déjeuner espéré à 7h30. Mais la maison ne fait les petits-déjeuners qu'à partir de 8 heures. On m'a préparé deux sandwitchs et une banane. Manquent les oeufs brouillés et le café chaud …

Surprise en chargeant les sacoches : le porte-bagage arrière a un segment cassé net à une jointure ! Diable ... sans doute encore un effet de la tôle ondulée et des sauts brutaux à répétition. Je vais finir par admettre que le vélo commence à rendre l'âme ... J'arrime un peu différemment la sacoche arrière droite en déplaçant les attaches. Pas terrible mais pas d'autre solution. Je file rejoindre la Carretera austral lisse mais oui ... durant un petit kilomètre. Les tressautements recommencent. Je fais bigrement attention à ne pas trop secouer le Mulet et ... 12 kilomètres plus loin le pneu arrière !... Le sort s'acharne sur ce vélo : crevé ! et pourtant changé neuf d'hier. Je vérifie qu'il n'y a pas quoi que ce soit dans l'enveloppe du pneu qui occasionnerait une crevaison, monte une nouvelle chambre à air neuve achetée hier à Thomas le réparateur de vélos. Un cycliste solitaire arrive, français d'Auberviliers, qui compte joindre Ushuaia. Il parle beaucoup. Je le laisse filer. Je gonfle autant que je peux et je repars encore plus précautionneux. J'ai l'impression que le Mulet va me lâcher : pas bon les pannes à répétition. Je gamberge pas mal en évaluant les scenarios possibles : nouvelles crevaisons, porte-bagages qui cassent, dérailleurs qui bloquent ou chaine qui casse ... et le bonhomme qui reste en plan sur cette piste quasiment déserte ... Je retourne à Cochrane ? Je continue jusqu'à Tortel ? jusqu'à Puerto Yungay but ultime fixé ? Et revenir comment si les ennuis continuent ? …

Les coups de pédales sont ceux d'un robot : j'avance quand même vers le Sud, longeant quelques lagunas, me faisant sévèrement empoussiéré par les autos, motos, camions, bus.

Tiens, deux vélos allongés : ce sont deux chiliennes qui me proposent de manger un peu. Bonne idée ! Discussions en forme d'onomatopées mais on arrive à se comprendre. Bien sûr, elles veulent m'entendre dire que le Chili est le pays d'Amérique du Sud que je préfère ! Elles parcourent quelques portions de la Carretera austral en flânant à vélo par petites étapes.

Il est 14h30, j'ai fait une soixantaine de kilomètres avec toujours de solides montées-descentes. Je continue encore un peu pour trouver un lieu où mettre la tente. J'écris dans la tente après m'être fait pas mal attaqué par les tavanons qui ressemblent aux taons de chez nous. La tente montée en bordure d'un torrent sera mon hâvre de paix.

Le pneu arrière du vélo est encore gonflé ... Consultation de Maps.Me le logiciel de cartographie gratuit qui a la fonction GPS sans réseau avec des fonds de carte très documentées. Je ne suis qu'à une cinquantaine de km et de Puerto Yungay et de Caleta Tortel. Pour Puerto Yungay il y a pas mal de dénivellation « symétrique » que je dois parcourir dans les deux sens puisque Puerto Yungay est le but ultime de ma balade - rejoignant mon point d'arrivée de l'an dernier. Pour Caleta Tortel, beaucoup moins de dénivellation. Quoi choisir ? C'est le Mulet qui me le dira demain car pour les deux itinéraires il y a un tronc commun de 33 km : on verra donc selon le comportement du vélo.

Cochrane - Campement, 72 km +1021 m -1043 m

Mardi 21 janvier 2020 - Puerto Yungay, objectif atteint !

En imaginant ce parcours, je voulais combler le tronçon de la Carretera austral que je n'avais pas pu faire l'an dernier. Aujourd'hui, c'est fait. J'ai atteint Puerto Yungay.

Pourtant ce n'était pas gagné avec les péripéties du Mulet.

 

 

Ce matin, réveil à 5h30 sous la tente pour éviter les attaques des tavanons et des moustiques. Café chaud avec l'eau grise de la rivière bouillie avec le réchaud à gaz, rangement des sacoches, pliage de la tente mouillée. J'enfourche le vélo vers 6h30.

La piste est plus roulante que les jours précédents même si ça secoue quand même. On longe d'abord le rio Cochrane puis à nouveau le rio Baker dans toute sa majesté avec un débit tourbillonnant impressionnant. J'ai 33 kilomètres pour atteindre le carrefour pour se diriger soit vers Caleta Tortel soit vers Puerto Yungay. Le Mulet n'ayant pas crevé dans cette première partie, j'opte sans hésiter pour Puerto Yungay. Mais ... là, ça monte dur, très dur dans les premiers kilomètres. J'ai presque dû mettre pied à terre. On entre dans une gorge profonde, la piste ne permettant pas le roulage de deux véhicules côte à côte. Quelques 4x4 montent pour probablement prendre le ferry qui, de Puerto Yungay, permet aux véhicules d'atteindre Rio Bravo afin de rallier Villa O'Higgins, beau petit village du bout du monde : c'est la fin de la Carretera austral « fin del mundo ». Ensuite pour joindre l'Argentine par le Sud, c'est la fameuse traversée tout terrain qui permet de joindre El Chalten et le superbe massif du Fitz Roy.

J'ai une vingtaine de kilomètres à faire pour atteindre Puerto Yungay, en gros une bonne dizaine de kilomètres de montée. On longe la laguna Caiquen, les rios Vagabundo et Camino. Un convoi de voitures, de bus, de camions arrive en sens inverse : c'est l'arrivée du ferry. Donc ... on approche !

Panneau de bienvenue à « Puerto Yungay » ! Je n'ai pas crevé et mes sacoches sont toujours sur le vélo malgré la cassure du porte-bagage.

A l'embarcadère, la dame qui m'avait hébergé l'an dernier me reconnait. J'ai droit à une chambre et à une douche chaude. Ici c'est le pays oublié : pour avoir l'électricité il faut un groupe électrogène, le téléphone ne peut fonctionner qu'avec Claro, pas d'internet donc pas de wifi, pas de restaurant, juste une petite boutique tenue par mon hôtelière qui vend des sandwitchs, quelques boissons, de très bons empanadas.

Demain, je fais à l'envers la vingtaine de kilomètres pour revenir au carrefour et aller à Caleta Tortel. Croisons les doigts pour que le vélo reste tranquile !

Campement - Puerto Yungay, 55 km +766 m -798 m

22 Janvier 2020

Beaucoup de soucis. Depuis Cochrane j'ai campé puis ai réussi à atteindre Puerto Yungay sans probleme... mon vrai objectif du voyage! Ce matin départ de Puerto Yungay pour revenir par Caleta Tortel. Au bout de 30 km nouvelle crevaison arrière. Je réussis à atteindre Caleta Tortel où je squatte la seule bibliothèque qui permet d'accéder à internet.
Mon souci maintenant c'est les crevaisons répétées. Si mon pneu est toujours gonflé demain matin je tente de revenir à Cochrane dans deux jours. Si pneu dégonflé demain matin je prends un bus à 16 h pour Cochrane. A Cochrane j'essaierai de faire ressouder le porte bagage. A Cochrane j'aviserai pour la suite. Je ne comprends pas pourquoi je crève tant. Pourtant chaque crevaison est bien un trou! Mon enveloppe arrière est peut-être un peu grande ...Mais mon objectif est atteint en ayant pu rejoindre en vélo Puerto Yungay

Mercredi 22 janvier 2020 – Caleta Tortel, le vélo n'est pas resté tranquille !

Départ tôt ce matin au lever du jour. Tout est calme. Pas de vent, pas de pluie. Rien que le bruit des roues sur les gravillons de la piste. J'ai vérifié le Mulet, mis une rustine sur la chambre crevée, nettoyé la chaine, brosser les pignons, les roulettes de dérailleur, mis un peu d'huile au téflon sur la chaine, gonflé les pneus à 4 bars. De bons raidillons chauffent dur les mollets. Pas une voiture, pas de camion. Un seul bipède dehors. Une pente se fait remarquer car elle est pavée sur environ 400 mètres, d'une raideur qui fait pédaler sans réfléchir à autre chose qu'essayer de tenir le guidon sans trop faire de gauche-droite. La remontée de la bonne dizaine de kilomètres puis de la descente ne sont pas de tout repos. Les freins sont activées souvent car les cailloux sont toujours aussi gros et déstabilisants. Le carrefour avec la Caleta Tortel pointe son nez. A gauche toute ! La piste est de plus en plus secouante. Le Mulet saute pas mal avec les pneus gonflés fort. Et ... la jante arrière qui touche ... les cailloux ! Incroyable récidive. Je défais conscienceusement tout le paquetage arrière pour extraire la chambre, retouche tout le fond du pneu pour vérifier qu'il n'y a pas de pointe coupante, remonte avec une chambre à air rustinée, pompe, pompe jusqu'à ne plus pouvoir. Caleta Tortel est encore à 25 kilomètres de piste bondissante. Je me fais léger comme si cela pouvait avoir un effet sur le pneu. Caleta Tortel est atteint après une dernière rude montée. Le gonflage tient. La rotonde d'arrivée de la route cul de sac est archi pleine de véhicules. C'est un village dont les rues sont des passerelles en bois avec des marches d'escalier dans tous les sens. Bien sûr il faut descendre tout en bas des centaines de mètres de passerelles et d'escaliers pour avoir une chambre chez Estelle, une adresse conseillée par le cycliste français qui parle beaucoup.

Inutile de dire dans quel état psychologique me met l'incertitude permanente de la bonne marche du vélo. Je me renseigne sur les bus qui pourraient accepter les vélos. Mais d'un autre côté, je me dis que je voudrais bien retourner à bicyclette au moins jusqu'à Cochrane !

Pas d'internet possible sauf aux heures d'ouverture de la bibliothèque municipale située à 2 km de passerelle. Il faudra attendre Cochrane les Amis pour avoir les nouvelles pas très drôles de mon avancée. Maintenant, ... il pleut, c'est près de 20h. Dodo ! On verra demain

Puerto Yungay - Caleta Tortel, 46 km +766 m -684 m

Jeudi 23 janvier 2020 - Cochrane retrouvée

Toute la nuit à La Caleta Tortel les tôles des toits ont été martelées par de la grosse pluie. Combinée aux sonores très sonores ronflements de mon voisin de chambre, le climat local pour dormir n'était pas très proprice. Coussin, bras, couverture sur les oreilles ont fini par avoir raison de cette stéréo pas très agréable.

Ce matin 5h30 c'est toujours la grosse pluie. Je me lève sans bruit, m'habille en cycliste, entrouvre la porte, ... pas bon. La baie de la Caleta Tortel est quasiment invisible noyée dans le brouillard généralisé. On ne voit ... rien. J'attends une bonne heure : pas de répit. Vers 7h30, une accalmie. J'en profite pour faire mes centaines de marche d'escalier en portant tour à tour deux sacoches avant puis deux sacoches arrières avec tente et matelas arrimés. Le Mulet est resté à mi-chemin sur une plateforme de l'escalier. Le pneu est gonflé ! Je monte le tout place de la rotonde, cul de sac du village. Je trouve un abri un peu discret pour éviter la pluie sur le Mulet, et ... indécis, attends, attends ... et la pluie ne cesse pas.

Un petit autobus arrive vers les 10 heures. A tout à hasard - histoire de parler - je demande au chauffeur s'il prendrait des vélos. Il me répond que tout dépend du nombre de passagers. Je lui montre le Mulet. Il me demande si je peux le faire maigrir en sortant les sacoches et la roue avant. ... J'ai donc une solution. Le vélo compte pour une personne ... Au moins je serai sûr d'atteindre Cochrane au sec. Deux heures plus tard, le scénario météo est toujours le même. Il fait jour mais on y voit à peine à 100 mètres à la ronde. Deux heures après, le chauffeur me fait signe de passer à la caisse. Je fais maigrir le Mulet de tout le paquetage et de la roue avant. Je me cale dans le petit bus.

Solides amortisseurs, même ainsi les vibrations de la piste raisonnent. Je reconnais bien sûr à travers les glaces un peu embuées quelques points-clefs de mon passage aller : le carrefour pour Puerto Yungay, mon lieu de campement.

Arrivée à Cochrane gare routière. Je remonte le vélo, les sacoches et file au deuxième niveau pour savoir si des bus partent pour Coyhaique emportant les vélos. Deux compagnies le permettent chaque jour avec départ à 6h30 et à 7h pour environ 7 heures de voyage. C'est loin Coyhaique ! Finalement, on en fait du chemin à vélo ! Compte tenu des incertitudes de mon bicycle et du faible intérêt de faire à l'envers ce que l'on a déjà fait à l'endroit, j'opte pour le retour en bus. L'hospedaje Raices m'accueillent à nouveau pour une nuit.

Demain lever aux aurores pour filer tranquille en bus alors que le beau temps relatif que j'ai eu pour rallier Puerto Yungay semble disparu pour le crachin et le vilain voile nuageux qui fait de la Patagonie un peu le paysage de chez nous ... quand il fait très mauvais ...

Vendredi 24 janvier 2020 - Samedi 25 janvier 2020 : Coyhaique, le bus ce n'est pas si mal pour revenir !

En arrivant en début d'après-midi à Coyhaique, ce samedi, je me dis que, quand même, le morceau du chainon qui me manquait, à vélo, Coyhaique - Puerto Yungay fait traverser des paysages somptueux. Je m'en suis rendu compte en faisant en sens inverse par bus ce parcours. Il faut dire que, en gros, le beau temps a été de la partie. En bus, on a le temps de voir beaucoup mieux les paysages qu'en vélo car, sur des pistes ripio + tôles ondulées + pentes très fortes, on a le plus souvent le nez dans le guidon. Finalement, d'avoir pris le bus depuis Caleta Tortel me fait apprécier encore plus cette région de Patagonie. Inutile de dire que là ce sont plus les immensités, les variétés de la Nature que les gens - il n'y en a que très peu - et leurs activités, qui sont assez exceptionnelles.

Hier vendredi je pensais prendre le bus un peu comme on prend un ticket au dernier moment. Sauf que les deux bus de 40 places qui faisaient la liaison Cochrane-Coyhaique étaient complets. « Il faut acheter le billet la veille » soit au Terminal de bus soit par internet.

Lorsque j'ai raconté brièvement mes péripéties avec les crevaisons, le mari de ma logeuse m'a dit que la Carretera austral était réputée pour être la « mangeuse de pneus », quel que soit le véhicule.

Après avoir remonté la roue avant (sinon le chauffeur de bus ne prenait pas le vélo), je file à l'agence LATAM de Coyhaique et trouve une étiquette indiquant que depuis novembre 2019 l'agence est définitivement fermée. Encore des suppressions comme pour Air France. La solution est de téléphoner à l'agence « centrale ». Ayant pris ma réservation chez LATAM France, je pouvais penser que ça serait plus facile de modifier la date de mon retour en France en parlant français. LATAM France est impossible à joindre par téléphone les samedi et dimanche. LATAM Chili finit par décrocher au coup de téléphone de ma logeuse. Une bonne heure passe. Tout semble bien se passer pour changer la date de retour sauf que, sur les trois avions, deux sont Latam et un Iberia. Or Iberia ne répond pas, donc Latam ne peut pas finaliser le changement. On pourrait penser qu'à l'aéroport de Balmaceda je pourrai modifier la réservation : impossible après renseignement pris. Directement par internet ? Il y a bien une telle option sur le site Latam mais quand on clique, l'opération s'arrête net indiquant que seul l'appel téléphonique à l'agence centrale LATAM peut ... Le serpent se mord la queue, et le client ne sait plus que faire ...

Dimanche 26 janvier 2020 - Episode 1 - De la course de haies pour changer une réservation d'avion

Au lever du lit, ce matin, une magnifique couleur rosée du ciel ! C'est décidé, je file à l'aéroport de Balmacéda à quelque 50 kilomètres au moyen d'une navette de Transfert Valencia. C'est la seule toute petite sortie de crise d'hier avec Latam. Si, à l'aéroport, je ne peux pas trouver de solution ou faire un peu bouger les choses alors je suis condamné à rester jusqu'au 4 février, sans avoir envie de faire grand chose.

Comme d'habitude, la queue devant les guichets d'enregistrement LATAM est énorme : près d'une centaine d'individus. Comment vais-je bien pouvoir présenter mon cas alors que, en plus, il ne s'agit pas d'enregistrement pour un vol mais d'un changement de date ? En observant bien les allées et venues des différents employés LATAM derrière les guichets et devant le tapis roulant emportant les bagages, je vois que les manutentionnaires des bagages ne sont pas trop à la peine. Je décide alors d'essayer d'appliquer la fable de la Fontaine Le Lion et le Rat et donc le « on a souvent besoin d'un plus petit que soi ». J'avance ... à pas de ... et fais un signe à un manutentionnaire au visage sympathique. Je lui présente mon cas en lui demandant de l'aide, en lui expliquant ma situation. De suite, il va raconter mon histoire à une employée de l'enregistrement. Paola écoute patiemment ma demande, puis me dit que la solution ne peut être trouvée qu'en téléphonant au « fameux » numéro central de LATAM. Je réponds que cela a déjà été fait hier sans résultat. Je trouve alors un argument qui va être déterminant. Mon papa a 95 ans et a besoin de moi. Paola fait alors le « fameux » numéro de téléphone de LATAM, explique tout. La réponse est toujours la même. Iberia qui fait le troisième vol Madrid-Toulouse n'ayant pas donné de réponse, LATAM ne peut pas finaliser le changement de date. Paola alors fait un autre numéro de téléphone, me fait signe de m'asseoir au fond du hall. La file de la centaine de personnes pour l'enregistrement LATAM étant épuisée, Paola me fait signe. Le départ serait le mardi 28 janvier MAIS ce ne pourra se faire que si IBERIA donne l'accord. On convient que lorsque LATAM recevra l'accord espéré d'IBERIA, elle téléphone à Martha, ma logeuse pour régler financièrement le changement de date.

Morale de l'histoire : - être persévérant, - s'adresser à un plus petit que soi peut, peut-être, enchainer un déblocage de situation, - le tout avec sourire et mort dans l'âme.

Mais ... ce soir dimanche toujours aucune certitude : IBERIA aurait-elle supprimée toute possibité de connection téléphonique les samedi et dimanche ?

Lundi 27 janvier 2020 - Episode 2 - LATAM IBERIA, le chaud et le ... froid

D'après Paola, l'employée LATAM du comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Balmacéda, mon dossier est présenté comme prioritaire auprès d'IBERIA. Les 24 heures annoncées pour la réponse du départ mardi 28 janvier sont maintenant passées. Aujourd'hui lundi 27 janvier 14h toujours aucune confirmation par mail du changement de date pour le retour. Je fais téléphoner à nouveau Martha mon hôtellière au téléphone central LATAM qui doit expliquer à nouveau la situation (ce n'est pas la même personne que la première fois). Réponse toujours aussi claire : pas de réponse de Ibéria donc pas de possibilité de finaliser le dossier. Peut-on téléphoner directement à Iberia ? C'est LATAM qui a fait le billet global pour les deux compagnies, c'est LATAM qui peut seule contacter Iberia : une réponse sera donnée dans un délai de 16 heures. J'essaie de contacter LATAM France. Le contact est en français. Mais on me demande de taper 1, ce que je fais et ... la communication se coupe. On essaie alors d'avoir Paola de LATAM qui avait mis le dossier priroitaire. On réussit à l'avoir. On lui raconte les contacts avec LATAM. Elle dit qu'elle va faire pression ... Fin de la journée du lundi 27 janvier. Fin de l'épisode 3.

Mardi 28 janvier 2020 - Episode 3 - Les affres de la ré-organisation des compagnies aériennes

Attendre le mail de confirmation du changement de date de retour ... Ca n'en finit pas. Avec Martha, l'hôtelière, on téléphone à nouveau au standard téléphonique de LATAM. Plus d'une heure d'explication. La dame du standard (une nouvelle), Cinthya Garcia, cherche la solution et au bout du bout annonce un surcoût à payer de 2747 euros ! .... Ca pourrait être risible si on n'avait pas affaire à la compagnie aérienne chilienne major. C'est 2,7 fois le prix que j'ai payé pour l'aller-retour lors de la réservation. Manifestement elle a pu se tromper. Mais non. Elle justifie ce prix en disant que les prix varient selon les périodes. Même pas en first class. Martha a l'idée de demander le nom à l'employée et de lui demander de lui passer la superviseur. Du coup, Madame Cinthya Garcia raccroche sans passer le ou la superviseur.

Que faire ?

Le téléphone sonne : c'est Paola de LATAM qui vient s'enquérir de la suite du dossier. On lui explique en deux mots qu'on arrête la demande en raison du surcoût exorbitant de 2747 euros. Elle dit qu'elle va nous rappeler. Une heure plus tard, Paola annonce pour un départ demain mercredi et une arrivée à Toulouse jeudi un surcoût de 220 euros ! Entre 2747 euros et 220 euros, pas d'hésitation, j'accepte. Une heure de plus et je reçois un mail de confirmation de Madame la superviseur des billets passagers de LATAM.

Le miracle a eu lieu.

Reste à essayer de comprendre pourquoi six ou sept employés n'ont jamais pu trouver de solution, prétextant une absence de réponse d'Iberia pour le troisième avion Madrid-Toulouse, pourquoi subitement une employée a trouvé une solution mais à 2747 euros, alors que l'intervention volontaire d'une personne auprès de la superviseur a non seulement eu un résultat quasi inespéré et à un tarif qui paraît plus acceptable ?

La réorganisation centralisatrice des compagnies est sans doute à pointer du doigt (je rappelle qu'à Puerto Montt avec l'agence locale LATAM la modification de date avec les mêmes compagnies LATAM et Iberia s'était faite dans la minute) mais la volonté individuelle des personnes est aussi à incriminer. Bon vent pour ceux qui vont demander des changements de dates de retour. Je précise que j'avais pris des billets modifiables.

Demain matin, la navette doit passer entre 7h30 et 8h pour un départ avion à 11h. Espérons que le carton vélo pourra rentrer dans le véhicule ...

Mercredi 29 janvier 2020 - La Patagonie me retiendrait-elle ?

Quand on fait un voyage - qui plus est en vélo - on peut découvrir des situations ou des modes de fonctionnement qui sont absolument à améliorer.

Le modernisme fait que l'on informatise tout (acceptable) mais que via internet on peut donc imaginer que tout un chacun aura un ordinateur branché sur un réseau qui fonctionne avec une organisation du travail très segmentée mais complémentaire. On a une compétence limitée et dès lors que le client sort de son champ de compétence on passe le relais à l'autre « spécialiste » (un peu comme au téléphone on doit cliquer sur choix 1, choix 2 ...). Et on croit que ça va fonctionner. C'est oublier au moins deux choses : les informaticiens programment et appliquent ce qu'on leur dit de faire mais ... il y a des bugs : les clics ne marchent pas toujours ; les gens ne sont pas suffisamment au fait de toutes ces subtilités - même les employé(e)s chargé(e)s d'appliquer ces techniques - et donc le vulgum pecus qui est en bout de chaine au fin fond de sa campagne est désemparé, d'autant plus que la réorganisation centralisatrice liée à la généralisation de l'informatique et de l'internet oublie encore beaucoup trop de territoires ! On supprime les agences locales qui étaient très efficaces car pouvant régler rapidement les questions, et le citoyen ne sait plus à quel saint se vouer.

Illustration encore ce matin à l'enregistrement de mon retour.

Sueurs froides ce matin lors de la mise du carton-vélo dans la navette : juste juste ! le chauffeur a forcé un peu pour fermer la porte. Bon début ! A l'aéroport de Balmacéda, près de 200 personnes font la queue aux guichets LATAM. Je me faufile par la droite avec mon grand paquetage et à l'annonce « adelante » je pousse le chariot devant le nez de la guichetière. Je présente le nouveau code de réservation reçu hier soir par mail. Le visage de l'employée se fixe, se fige, les yeux ouvrent grands ... pas moyen d'aller plus loin. La guichetière voyant que c'était Paola de chez LATAM qui avait fait le changement avec la superviseur, téléphone à Paola qui est en repos. Coups de téléphone à répétition avec également le service central LATAM, le service informatique ... invitation à aller m'asseoir au bout du hall ... Le Mulet est dressé droit comme I. Au bout de deux bonnes heures, le site LATAM accepte ma carte Visa, puis l'imprimante finit par cracher les trois billets correspondant aux trois avions avec, pour les bagages, les tickets Santiago-Madrid-Toulouse qui feront aller directement à Toulouse vélo et sacoches. La guichetière soulagée sort de son bureau et vient m'embrasser. Je la remercie et lui dis de remercier Paola. J'ai maintenant le césame. Carton-vélo et sacoches filent sur le tapis roulant.

Que tout est compliqué alors que LATAM était jusqu'à ces suppressions d'agences locales une compagnie très souple pour répondre aux demandes des clients. Finalement si UNE employée un peu zélée - Paola - n'avait pas forcé les habitudes, les pratiques de ses collègues, la modification de réservation n'aurait pas été possible. J'ai payé 220 euros comme convenu mais rien de plus pour le vélo - alors qu'à Puerto Montt l'employée LATAM m'avait fait payer la première fois 200 dollars US pour le vélo au retour, mais 70 euros pour l'aller. Finalement, c'est sans prix ... Dur, dur quand même toutes ces incertitudes. Bon, je reviens en France. Je suis à Santiago ... pour le moment !

Rencontre : une Vie à trouver !

En attente à l'aéroport de Santiago, j'entends quatre africains d'origine employés au Service de transport des handicapés à l'aéroport. Je leur demande leur origine africaine. La réponse se fait dans un français parfait. Intrigué, je creuse un peu. L'origine africaine est lointaine, de la génération des grands-parents. Le plus loquace a fait des études universitaires jusqu'en Master à Haïti son pays d'origine où se trouve toute sa famille. Après les terribles catastrophes, il a décidé d'aller trouver une vie ailleurs car, catholique, il ne voulait pas rester en Haïti trop imprégné de pratiques contraires à ses valeurs. Le Chili l'accueille mais dans des conditions matérielles juste de survie. Employé à l'aéroport, il gagne l'équivalent de 350 euros par mois, partage une chambre pour 150 euros par mois, doit s'alimenter et ... vivre un peu avec le reste, soit très peu, le coût de l'alimentation étant globalement l'équivalent du coût moyen français. Il voudrait aider sa famille en Haïti mais ne peut pas pour le moment. Situation difficile à entendre surtout quand on voit le niveau de français parlé. Il a passé un premier test pour le Canada (en français) mais on lui demandait 500 dollars pour continuer de remplir son dossier pour qu'on lui propose un travail. N'ayant pas l'argent. Il a dû arrêter sa démarche. Il est certain qu'il aura bientôt une Vie meilleure.

Jeudi 30 janvier 2020 - Terminus à 24h …

Que d'économies de plastique à faire quand on voit les fast food des aéroports qui proposent tout emballées empaquetées dans des contenants à jeter, des nourritures très transformées …

Voyage aérien Santiago du Chili - Madrid dans un très beau 787-9 aux sièges non éventrés comme celui que j'ai eu à l'aller, même si l'intervalle entre les places est toujours fait pour des nains ... Quand on est habitué aux légumes du jardin, à la viande de chez Lespoune, aux fromages de la vallée d'Aspe, la nourriture donnée dans les avions est sans saveur, tellement décomposée, recomposée qu'on mange parce qu'il faut manger un peu. En revanche le vin rouge chilien servi est très correct mais désoiffe à peine !

De l'autre côté du couloir une dame avec un enfant handicapé avait un chien qui est resté toute la nuit sans aucune manifestation. Le matin, ... il était toujours vivant !

Le commandant de bord était un petit bout de femme qui a donc su manoeuvrer cet engin énorme d'appareil et nous conduire à bon port. Respect !

Le décalage horaire de quatre heures nous a fait atterrir à Madrid à 12h. Clics, clics téléphone, internet, déambulation dans cette grosse ville renouvelée chaque jour. L'attente est longue jusque vers 22h25, heure de départ du troisième avion pour Blagnac. Est-ce l'effet préventif lié au coronavirus ? Tous les employés du contrôle des bagages ont le nez enfermé dans un masque avec filtre ! Les magasins de luxe sont très présents. Beaucoup de passagers en attente tournent dans tous les sens pour viser le bon endroit pour entrer dans leur avion. Cosmopolitisme et excentrisme !

Le dernier avion Madrid - Toulouse est très tard. Je vois le vélo entrer dans la soute à bagages. Le vol sera rapide avec plus d'un quart d'heure d'avance sur l'horaire prévu à l'arrivée. Le taxi Econavette me conduit à Léguevin chez Laure. Je rentre à pas de loup. La nuit sera douce ...

Ma voiture est là. J'emmène Ninon à l'école, et rentre à Eysus. Les yeux sont encore un peu embués. Je ne suis pas encore dans les Pyrénées. Je ne suis plus tout à fait en Patagonie ...

 

26 janvier 2020 - Entre Coyhaique et Balmaceda
  21 janvier 2020 - Objectif atteint !
 
18 janvier 2020 - le ripio le plus mauvais, les cailloux qui partent comme des flèches
18 janvier 2020 - Les somptueux paysages du Rio Baker
16 janvier 2020 - Retour de la capilla de Marmol ... le hors bord à fond les manettes !

14 janvier 2020 Le mauvais temps a parfois du bon ! Entre Coyhaique et Villa Cerro Castillo

 

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suite de Bolivie 2010 - 2

Chili 2010 - 1

Lundi 24 Mai 2010 : San Pedro de Atacama, ça requinque ! Très agréable petite ville d'altitude au climat vraiment exceptionnel. Jugez plutôt : il fait beau avec un ciel bleu toute l'année ! Le paysage est splendide avec les volcans enneigés à 6000 m. On y trouve ... beaucoup de français dont un restaurateur d'origine toulousaine chez qui je vais manger le soir. Inconvénient de San Pedro : c'est plus cher que n'importe où ailleurs au Chili. J'ai pu trouver une chambre très calme avec douche chaude, et ... très propre. Du coup, j'ai réservé quatre nuits pour 5000 pesos la nuit, soit 8-9 euros. L'avantage est que je peux aussi faire sécher du linge, mettre toute la journée le capteur solaire en fonctionnement (pour les photos ... ca use !), tout cela grâce à une cour intérieure ensoleillée toute la journée. Tout ce qu'on me proposait était à 20000 pesos la nuit ! Ils profitent en fait de l'engouement des toutous pour ce futur Saint-Trop du Chili. Allez-y vite car ça devient déjà le repaire de pas mal de bobos français. ... Après les secousses boliviennes, San Pedro est un hâââvre de calme et de repos !

Mardi 25 Mai 2010 : Un petit tour de ... vélo. Ce matin, je suis parti pour le Salar d'Atacama, et plus particulièrement le lago de Ceja. J'avais vu sur Google Earth de très belles photos de ce site. Pour y arriver, de l'asphalte sur 20 km puis une piste en ... tôle ondulée et sable mou (une douzaine de km) ! Tous les sites sont payants ici mais je suis arrivé plus tôt que le gardien, donc j'ai des sous pour un gâteau et une bière ! En réalité, le lago de Ceja n'a pas de couleurs exceptionnelles, même avec un soleil rasant comme c'était le cas ce matin. Quelques canards, beaucoup de sel bien entendu, ... bôf ... mieux vaut presque voir les photos dans Google Earth. Aussi, après avoir refait la piste à l'envers, je suis allé voir le pueblo suivant : Toconao, situé à une vingtaine de km. ... Pire que tout ! Un village quasiment mort. J'ai cherché en vain un endroit pour boire un coup ou avaler une petite soupe. Le seul bâtiment qui ressemblait à une gargotte était en réalité la caserne des carabineros. Je me suis approché pour avoir una cerveza ... pero... je me suis vite repris à la vue des uniformes. Du coup, j'ai pelé une pomme devant la caserne et ... directo San Pedro où je suis arrivé vers 14h30 pour ensuite une bonne douche. Le temps est vraiment radieux ...

San Pedro de Atacama - lago de Ceja - Toconao - San Pedro de Atacama 124 km, 7h30 - 14h30, +150m -120m

Mercredi 26 Mai 2010 : Les matins sont assez froids à San Pedro comme vous le voyez avec la température affichée par Thomas sur le blog. Mais c'est aussi le gage du beau temps ... éternel ! Combien rêveraient d'avoir du soleil toute l'année sans être privé ... d'eau (et du reste .... ). Ce matin, direction la vallée de la Lune : joli nom, non ? Je suis parti aux aurores pris en charge par six chiens qui ... m'ont adopté et qui m'ont sécurisé pendant au moins 5 km. Toutes les voitures qui passaient étaient prises en chasse par les six chiens qui revenaient ensuite m'encadrer. Sachez-le, à San Pedro, ce sont les chiens qui assurent la sécurite des personnes ! C'était très mignon en fait ! La vallée de la Lune, c'était l'objectif ce matin, une cinquantaine de km aller-retour, goudron puis piste mais très très beau. Surtout que, vu l'heure, j'étais seul avec le soleil qui se levait. Le relief très tranché par le travail du vent et de la pluie (autrefois ?) est tout à fait surprenant sauf pour ceux qui connaissent un peu les Bardenas par exemple dans les Pyrénées espagnoles. C'est ... minéral ... pas le moindre oiseau qui vive, pas la moindre herbe verte. En revanche, des roches sédimentaires travaillées par le sel, du sable, beaucoup de sable, de grands plaques comme bétonnées par le sel ... Il manquait Michel Clin à mes côtés pour identifier tout ce fabuleux paysage sculpté par les ans. J'ai dû payer 1000 pesos au retour (1 euro et demi) lorsque les gardes ont pris le boulot (à 10h). En fond, toujours le panorama un peu magique de ces volcans frontaliers avec la Bolivie et avec l'Argentine dont le volcan Lascar qui a, paraît-il, un cratère encore en activité. San Pedro, c'est fini ce soir ... Un peu de regret tout de même devant ce lieu assez étonnant par bien des aspects.

San Pedro de Atacama - vallée de la Lune 65 km, 7h30 - 12h30, +220 -210m

Jeudi 27 mai 2010 : "Llanos de patiencia" ... Oh! que oui il m'en a fallu de la persévérance aujourd'hui. Parti normalement à 7h30 de San Pedro, je suis arrivé épuisé à 17h30, après avoir fait une centaine de km ... mais quels km ! Ce n'était pas la Bolivie avec la tôle ondulée mais j'ai commis une faute pour n'avoir pas prévu suffisamment à manger. Depuis ce matin, je n'ai avalé que trois bananes et une pomme. Or, j'ai eu droit à nouveau à un vent en pleine figure sur la totalité du parcours. Pendant les 50 premiers km, cela monte toujours ... à 6 km/h. La route passe tout le temps dans ces espaces (llanos) qui sont des immenses plateaux désertiques dont on ne voit jamais la fin (llanos de patiencia !). Le vent prend un malin plaisir à tourner tantôt à gauche tantôt à droite, mais jamais ... derrière ! Le paysage serait beau ... comme un désert ... mais il est complètement envahi par tout un tas de détritus durant 100 km ... et quand on arrive près de Calama (une ville de plus de 200 000 habitants), c'est horrible car la décharge des ordures de la ville se trouve à l'entrée avec un vent permanent qui arrose de détritus tous les alentours bien au-delà de la décharge. Le Chili n'est pas exemplaire sur ce plan, loin s'en faut ! J'ai mouliné comme un malade, le nez dans le bonnet et le bonnet dans le guidon ! J'ai trop dépensé d'énergie. Même dans les "descentes", j'étais en train de pousser au maximum à 10 km/h. Je m'en suis rendu compte en arrivant : j'étais en hypoglycémie. Vite, quelques biscuits, du coca ... Et dire qu'un camion s'est arrêté à quelque 20 km de Calama pour me proposer d'embarquer ! J'ai refusé pensant que ce foutu vent de face allait se calmer. Idiot que j'ai été ! Sûr que la prochaine fois je monterai dans le camion ! Je commence à en avoir plein le ... nez de ce foutu vent qui semble prendre un malin plaisir à m'asticoter les naseaux. Je comprends mieux maintenant toutes les remarques des cyclos sur le vent d'Amérique du Sud. En arrivant à Calama, j'entends "vous êtes francais ?". Le monsieur connaissait la marque Rando-cycle ! Fort ! Car c'est une marque connue des seuls spécialistes du vélo ... J'ai trouvé une chambre à 8 000 pesos, un peu cher probablement mais j'étais trop fatigué pour chercher. Etape à ... oublier car sans intérêt, sinon pour tester son ... endurance !

San Pedro de Atacama - Calama 112 km, 7h30 - 17h30, +1120 -1250m

Vendredi 28 mai 2010 : Chuquicamata, la mine de cuivre la plus importante du monde ! Pour y arriver depuis Calama, une belle rampe à deux fois deux voies séparées a été construite il y a vingt ans. Elle est à une vingtaine de km. Le matin pour l'embauche, c'est un balai ininterrompu de 4 x 4 pick up. Impressionnant, le mot n'est pas trop fort pour qualifier ce qui devrait faire la plus grosse ressource du Chili (l'exploitation étant, d'après ce que l'on m'a dit, aux mains des chiliens). Arrivé sur site, on peut voir la montagne totalement tranformée par les décombres miniers qui font des jupes muticolores aux versants sur ... des km ! Tout dans Chuquicamata est organisé dans et pour la mine. On peut y voir bien sûr les énormes ateliers de réparation des engins (allez voir les photos sur Google Earth) mais aussi de très vastes parkings remplis de pick up 4 x 4 rouges (pour l'exploitation probablement) mais aussi d'importants bâtiments dédiés au "développement durable" et aux normes de qualité ISO 9000 et 14000. Les entrées de toutes ces surfaces sont extraordinairement surveillées. Visites interdites sauf en groupe et en bus depuis Calama. La montagne fume un peu à certains endroits, témoignant du travail d'extraction du minerai de cuivre. Quand on interroge individuellement les ouvriers casqués sur, par exemple, le tonnage extrait, la réponse est toujours la même : ils ne savent pas. Ma visite fut donc très courte puisqu'il ne m'a pas été possible d'aller, comme je l'espérais, faire le tour sommital de l'énorme carrière à ciel ouvert. Finalement, voyager par Google Earth dans ce cas est préférable et bien plus instructif puisqu'on peut descendre au fond du trou, visualiser les bas-côtés en 3D, et se promener ainsi sans barrière aucune.

Calama - Chuquicamata - Calama 45 km, 7h30 - 12h, +510 -520m

Samedi 29 Mai 2010 : Et c'est parti pour ... Sierra Gorda, un petit bled situé au tiers de la distance pour joindre la ville côtière du Pacifique : Antofagasta. La sortie occidentale de Calama est ... un peu plus propre que l'entrée du côté de San Pedro. On pédale dans une longue et .. morne immense étendue de sable, de roches, sans aucun brin d'herbe ! Le paysage, de jour en jour, se ressemble de plus en plus : el desierto ! Si. La route semble faire la course avec deux pipe-lines et la voie ferrée (le train est passé, tirant des wagons-citernes et des wagons-plats probablement chargés de minerais). Trois machines diesel jumelées en tête ne permettent pas toutefois de dépasser les 35-40 km/h. La route est très étroite sans bande d'arrêt d'urgence ... alors le cycliste est ... une proie assez facile ! J'ai réussi à adapter un écarteur de fortune en piquant un tube fluo qui sert de témoin de bordure de route. Malgré cela, quelques camionneurs un peu endormis m'ont foutu pas mal la trouille. L'étape était courte. Je suis arrivé pour casser la croute. Seulement, le pueblo de Sierra Gorda est tout sauf un village. Il sert de dortoir à pas mal de gens qui travaillent dans une mine de cuivre proche (une quinzaine de km) qui serait, d'après un des employés, désormais plus importante que Chuquicamata. C'est une exploitation privée avec des capitaux américains, japonais, français. Trouver une chambre dans ces conditions n'est possible que dans un ... bidonville. Une chambre noire faite en planches, séparée de la "chambre" voisine par des planches ajourées, sans eau, avec des toilettes épouvantables de crasse... Il a fallu que je sorte mon tournevis pour mettre en marche la lumière ... Le tout est, bien sûr, habité par des jeunes et des jeunes couples avec bébé ! Incroyable ... En plus, c'était la nuit de samedi à dimanche, donc toute la nuit de la musique à fond et les canettes de bière à flot (ça ne s'est calmé qu'à 6h du matin). Bref, le petit cycliste n'a pas trop fermé l'oeil de la nuit.

Calama - Sierra Gorda 73 km, 7h30 - 12h, +45 -670m

Dimanche 30 Mai 2010 : Après une telle nuit, recommencer pareille mésaventure n'était pas recommandé. Je suis donc parti pour joindre directement Antofagasta la grande ville côtière du Pacifique (près de 300 000 habitants), en brûlant l'étape de Baquedano. Mes voisins de chambre m'avaient bien fait monter la moutarde dans les naseaux ... et j'ai pu faire cette belle et longue étape de plus de 150 km. Le vent a été dans l'ensemble assez discret sauf dans les 15 derniers km où le chrono ne pouvait pas dépasser les 7 km/h. Le paysage est toujours le même, très minéral, avec beaucoup beaucoup de détritus partout. La trouille encore et toujours, malgré mon écarteur géant ... Certains camions n'avertissent même plus comme au Pérou, et vraiment, comme les bas-côtés, lorsqu'ils existent, sont plein de trous, on n'a qu'une solution : rouler le plus au bord de la chaussée pour "voiture" et se balancer dans le bas-côté lorsqu'on entend un gros bruit ... Des exploitations minières partout (le Chili serait le paradis du BRGM !). L'arrivée à Antofagasta se fait dans une plongée sur le Pacifique, avec la configuration classique de ce type de ville : les quartiers bidonvilles à la périphérie sur les hauteurs, la vieille ville en bas près de la mer. Demain, je reste dans cette ville une nuit de plus. L'altitude est finie, l'humidité arrive ...

Sierra Gorda - Antofagasta 156 km, 7h30 - 16h, +205 -1520m

Lundi 31 Mai 2010 : Sacrée araignée ! Voilà trois à quatre nuits que j'ai eu des piqures à répétition à hauteur de l'estomac et de la hanche. Ca démange terriblement ! J'ai lavé tout ce qui pouvait servir de haavre de paix à la mystérieuse inconnue et ... je l'ai trouvée et ... elle a bu une sacrée ... tasse au fond du lavabo ! Terribles ces bestioles ! Ne sachant pas ce que c'était, je me suis mis aux antibiotiques par précaution pour huit jours. Aujourd'hui, un peu de vélo le long de la ville d'Antofagasta qui s'étire sur des dizaines de km, coincée entre l'océan Pacifique et les premiers chainons de la cordillère andine. Autrefois ville minière et important port, Antofagasta reste encore une importante cité industrielle mais peu ou pas de port (hormis quelques petits bateaux de pêche) depuis que Iquique, plus au nord, a raflé le marché maritime. Des loups de mer jouent dans le vieux port sous les regards ébahis d'une dizaine de pélicans ! ... Mais que l'eau et les rivages mériteraient un sacré nettoyage ! Quelques rues piétonnes très animées, des restaurants avec des prix bien plus bas que ceux trouvés jusqu'ici ! ... une vie plus normale quoi, sans trop de touristes. Compte tenu des camions-fous, de la panaméricaine, de l'absence de village sur 400 km, d'un paysage toujours ressemblant à ce que j'ai pu voir depuis Calama, je préfère prendre le bus juqu'à Chañaral. Demain, à 10h, un bus de Tur Bus devrait me conduire avec ... le vélo j'espère (mais ce n'est pas certain ... je n'ai que le billet pour moi, pour le vélo c'est à voir avec le chauffeur) à cette petite ville située en bordure du Pacifique pour, ensuite, le lendemain, aller dans le parc national marin recommandé par Laurent. En attendant, sus aux démangeaisons de l'araignée (... coriaces les morsures de ces petites bêtes !).

Mardi 1er Juin 2010 : Etape de transition aujourd'hui ! En bus d'Antofagasta à Chañaral ... quel confort ! Je ne regrette vraiment pas ces 400 km car, comme prévu, ces km de désert rectilignes avec pour tout occupant le sable, la poussière, les détritus, les camions, sans aucun village hormis deux auberges ... ressemblent à ceux que j'ai parcourus depuis San Pedro de Atacama. Je me suis épargné quatre jours de vélo-galère. Cool le car, très confortable avec les sièges semi-couchettes et, à la différence du Pérou, pas de présentations commerciales avec musiques plein les oreilles durant deux heures ! Le Chili est très bien organisé pour les dessertes par car : très propre (comme en Chine le transport ferroviaire), pas cher (j'ai payé l'équivalent de 15 euros pour les 400 km vélo compris), très fréquent ... presque le rêve ! Pourtant ce n'était pas bien parti ce matin. J'avais acheté le billet hier et ... 10h arrive (l'heure du départ du bus) et ... le vélo ne peut pas rentrer dans le car. C'est un car-couchette à deux niveaux pour Santiago que m'avait réservé la petite dame du guichet de Tur Bus, la compagnie qu'on m'avait recommandée. Je rouspète bien sûr ... Ils finissent par me proposer un car "classico" qui a de plus grands coffres et qui part à 11h30. Perfecto, j'accepte. Mais, à 11h30, le car en question est bondé. L'employé qui a eu pitié de mon vélo à 10h, réussit à me faire passer devant et ... on rentre le vélo de ... force ! Je cris un peu en montrant mes jantes car ... dessus, un autre employé a voulu mettre évidemment d'autres bagages ! Voyant certainement que je n'étais pas très content, ledit employé a prestement sorti les bagages ... Total, je n'ai finalement payé aucun supplément pour le vélo, et j'ai eu les excuses du chef de car (car il y a trois personnes employées par car : le chauffeur, le chef de car et le bagagiste). J'ai gagné 5000 pesos. Mais, mon brave vélo a eu une de ces jupes (garde-boue) un peu abimée ... mais, bôf, c'est un Rando-cycle, il résistera ! Je suis finalement arrivé à Chañaral à 17h30. La nuit venant, il me fallait trouver une chambre : complet, complet, 25000 pesos ... puis 20000 pesos ... trop cher ... J'ai fini par trouver une chambre très correcte avec TV (c'est important la TV pour les sud-américains, semble-t-il) et ... pour la première fois depuis Uyuni en Bolivie ... une selle sur la cuvette des WC, et ... le tout ... propre ! Tout ça pour 8000 pesos la nuit soit 12-13 euros. J'ai pris car je n'avais plus beaucoup le choix. J'y resterai au moins deux nuits car je dois aller voir la bellle réserve marine que m'a recommandée mon ami Laurent.

 

Mercredi 2 Juin 2010 : Flââneries autour de Chañaral et discussions avec des mineurs au ... repos ... une boisson un peu alcoolisée à la main, pour se détendre ! Petit pueblo stratégique dans le passage Nord/Sud Pacifique. Le village est construit un peu sur les hauteurs mais avec des extensions en fond ... Or, quand on voit l'énorme baie, on comprend les panneaux qui indiquent les zones de sécurité en cas de tsunami ! Les mineurs au repos m'ont dit que les plaques de cuivre que l'on peut voir transportées sur les camions venant des mines de Chuquicamata et autres, font chacune 130 kg. L'acide sulfurique servirait, d'après ce que j'ai pu comprendre, à dissocier du minerai brut, cuivre et plomb. Si quelqu'un peu m'expliquer ??

Jeudi 3 juin 2010 : En route pour la piste de 30 km qui rejoint (et traverse) le parc national Pan de Azucar, un parc d'une superficie voisine de celui du Parc National des Pyrénées, avec 43 000 ha dont une partie se trouve sur deux îles. Ces deux îles que je voulais contourner en bateau mais ... pas de touriste autre que moi et ... la barque aurait coûté plus de 50000 pesos, un coût acceptable lorsqu'il est partagé par 50 touristes mais, même si j'avais voulu payer ... pas de proposition de barque ! Je regrette car, sur ces deux îles, se trouvent notamment des pingouins de Humboldt, une espèce endémique mais que je vais pouvoir peut-être trouver un peu plus au Sud dans un autre parc. La traversée de ce parc est très belle avec des paysages aux couleurs splendides : roches noires, orangées, crèmes, sables blancs, jaunes, avec l'océan Pacifique qui débute en bleu turquoise pour virer progressivement au bleu nuit. Plein de bateaux de pêcheurs étaient en action avec probablement beaucoup de poissons si l'on en juge par la quantité d'oiseaux survolant les bateaux. Le soleil rasant du matin et la solitude du cycliste donnaient une ambiance étonnamment paisible. J'avançais ainsi au fil des km jusqu'à tomber sur des cactus ... en boule ! Ah ces fameux cactus, espèce endémique encore, auxquels on a donné, je crois, le nom d'une prochaine ville "Copiapo". Très beaux, en coussinets, et éparpillés à intervalles presque réguliers. Je finis par tomber sur une Maison du Parc avec une exposition un peu fanée par le soleil. Les moyens du parc ne semble pas à la hauteur des besoins. Je discute avec un garde : 14 gardes dont 8 en exercice. Le garde est tout heureux que je lui dise que "son" parc est très beau (c'est vrai au plan paysager au moins) mais il m'indique que derrière la bute, là, dans le parc ... Je vais voir, et effectivement, je comprends qu'il ait eu un peu honte ... beaucoup de baraquements en bois pour "touristes" avec quelques barques de pêcheurs ... Bref, demi-tour, restons sur la bonne impression des premiers km. Des problèmes avec les chiens et les chasseurs notamment pour les populations de Guanacos (tiens, on dirait du déjà vu !). On ne voit pas de réglementation affichée ... Fermons les yeux, je ne fais pas partie des gestionnaires de ce parc ! Retour sommeillant sur la piste du matin ... avec un éclairage différent. Le soleil est plus haut, les bateaux de pêche ne sont plus sur zone. Retour à Chañaral pour une bonne tartelette aux pommes. Un petit coucou sur le blog. Préparation pour demain, le départ pour - peut-être - Caldera, en longeant le Pacifique.

Chañaral - Pan de Azucar - Chañaral 65 km, 7h30 - 14h, +515 -510m

Vendredi 4 Juin 2010 : Faut y aller ! Dur de partir d'une très bonne chambre d'hôtel. Il fait froid ce matin. Les bagages sont prestement mis en place (tout est maintenant bien rodé). La chaîne méritait un peu d'huile (faut la soigner !) ... Pas de petit déjeuner, ce sera pour plus tard la banane traditionnelle. Dans le petit matin, Chañaral s'éloigne. La route longe la Côte Pacifique avec de très beaux dessins de courbe, mais ... pff ! que de montagnes russes ! C'est soi-disant tout plat jusqu'à Caldera, ma destination d'aujourd'hui à environ 100 km. En réalité, tous ceux qui répondent à la question : y a-t-il des côtes ? et qui répondent : No, plano !... n'ont jamais dû prendre un vélo de leur vie. La route serpente assez joliment, un peu comme la route corse qui longe la côte ouest dans la partie nord, mais ... la comparaison s'arrête là. Le potentiel de plages est assez impressionnant avec, à la différence du Pérou, moins de propriétés privées de terrains en bordure de l'océan. En revanche, beaucoup de panneaux partout sur la zone de sécurité en cas de tsunami. Ils ont estimé un tsunami d'une hauteur de 20 mètres, et ont délimité, à partir de cette hauteur, le risque quasi nul. Mais ... évidemment, toutes les "paillotes" se trouvent dans la zone de risque contre la plage. Toujours beaucoup, beaucoup de camions (il y en a un qui a fini par toucher mon écarteur à Caldera mais heureusement sans conséquence sinon un coup de gueule de ma part !) et ... enfin ! des oiseaux. Ca commençait à me manquer. Quatre beaux rapaces (qu'il me reste à identifier) assez gros (entre le cormoran et le vautour) se délectaient d'un cadavre de chien écrasé ... devinez comment ? ... Ils étaient tout noirs avec une caroncule rouge. Après pas tout à fait 100 km, Caldera est en vue. Plutôt coquette avec une grande place centrale, une église du XIXe siècle, la plage pas loin, Caldera a tout d'une petite ville balnéaire. Pas fâché d'arriver tout de même car le vent s'est un peu levé de trois quart après 70 km. Mon mal de crâne est toujours là, effet des antibiotiques, je pense, qui doivent fatiguer un peu. Ce soir, je suis dans une chambre apparemment à l'abri des risques de tsunami : ... le panneau l'indique, alors !

Chañaral - Caldera 97 km, 7h30 - 14h30, +710 -690m

Samedi 5 Juin 2010 : Bahia Inglesa ! Quel joli nom ... en souvenir de corsaires anglais qui auraient accosté sur une très belle baie près de Caldera où je suis. Aujourd'hui, ce sont probablement d'autres corsaires qui ont pris possession de ce lieu car c'est assez chic avec quelques réalisations d'architectes et, surtout, une desserte par bus, par taxis, un nettoyage par la benne à ordures qui passe tous les jours ... On sent qu'il y a là un lieu d'influence ! avec une qualité de service public qu'on ne trouve que dans les très grandes villes, alors que Bahia Inglesa c'est tout au plus un parc immobilier de quelques tout petits milliers de lits. La ballade à vélo depuis Caldera est agréable, toujours au petit matin avec ... personne sur la route, hormis les taxis jaunes et noirs qui tournent à vide (on se demande comment ils font pour gagner leur vie !). De grandes étendues de sable, des petites plages dans des baies, et ... on arrive à Bahia Inglesa. On ne voit au début que des maisons, puis en se disant qu'il y a bien quelque chose derrière, on tombe sur une petite baie mais avec une configuration de maison de poupée : à droite, des îlôts rocheux dans l'océan proche, blancs de guanos, une plage en demi-lune de sable blanc fin, des îlôts rocheux noirs pointés dans le sable, et une eau dont la couleur est semblable à celle du Parc National Pan de Azucar, translucide puis verte puis bleu nuit. Seulement, quand on s'approche, on remarque que la saison touristique ne bat pas son plein car l'océan (qualifié localement de "Mar") est plein d'objets divers en suspension. Mais, l'eau est à bonne température pour un bain que je n'ai pas pris compte tenu de l'état de ma tronche dû à cette foutue araignée dont les effets de piqures ne semblent pas trop vouloir me lâcher ! Un petit port de pêcheurs est relégué dans un coin hors de la vue de Bahia Inglesa. Un autre port plus important et plus actif se trouve à l'Ouest de la ville de Caldera, avec une pêche de tous les jours, une vente possible du poisson sur le port, sous les yeux avides des pélicans et des loups de mer qui vous regardent fixement pour quémander quelque chose. Ce petit port est très actif avec encore un musée présentant des éléments d'identification des espèces animales présentes dans l'océan proche (série de rapaces, pingouins de Humboldt, baleines, loups de mer, dauphins, cachalot ...), l'ensemble étant présenté et gardé par l'association de protection de la nature du coin. Les prix baissent apparemment au fur et a mesure qu'on descend vers le Sud. Ainsi, hier soir, j'ai mangé un très bon poulet frites avec un sprite pour 3 euros. Ce midi, une sopa avec du poisson frit accompagné de salade de tomates, oignons, et d'une bière pour 3 euros également. Il y a trois jours, cela aurait été 4 a 5 euros, et il y a huit à dix jours "dans le nord du Chili", cela aurait été le double. Que cela continue !... Il n'y a que la chambre qui ne s'arrange pas avec toujours des prix très voisins de 8 euros la nuit mais avec une qualité qui ne s'améliore pas (pas de serviette, pas de savon, des sanitaires à la limite ... mais vous avez parfois des ... araignées sympas en plus !). Cela dit, on sent aussi que plus on descend vers le sud plus le niveau de vie moyen des gens augmente.

Caldera - Bahia Inglesa - Caldera

 

Dimanche 6 Juin 2010 : Direction Est aujourd'hui pour atteindre Copiapo. La sortie de Caldera est un peu hasardeuse car, bien sûr, je suis parti vers ... le Sud ! La Ruta 5 (panaméricaine) est rejointe après 5 km d'errance. Du déjà vu ... mille fois avec du sable, des ... camions, des plastiques envolés, des morceaux de véhicules, des pneus ... ça monte et ça descend (pas trop), et, à moitié chemin, au bout d'une quarantaine de km, un avion là à droite posé dans le désert ! En réalité, c'est un aéroport "international" appelé "Aéroport international du désert de l'Atacama" ! On le construit au milieu de nulle part (expression Allibert) pour desservir Copiapo, Caldera et, bien sûr, Bahia Inglesa ! Il fonctionne déjà puisque j'ai vu un avion assez gros se poser et une ... meute de taxis noirs et jaunes s'affairer vite vite... Le désert finit petit à petit par laisser un peu de place au vert ! Non, je ne rêve pas ! Et ... juste devant moi, arrive un bonhomme tout déguisé de blanc, à pied, avec un énorme sac sur le dos, et qui traîne un caddy à roulettes avec un superbe oriflamme "Pour la Paix". C'est un colombien parti depuis ... 12 ans à pied, qui a fait le tour de l'Amérique du Sud, et qui revient en ... 2012 en Colombie. La première question qu'il m'a posée lorsque je lui ai dit que je venais de Lima, a été : mais pourquoi t'arrêtes-tu ? Guillermo avait l'air d'avoir la tête bien sur les épaules. Il était très organisé avec son barda, le bidon de lait au café sur le ventre prêt à être dégainé, l'appareil photo numérique qui marchait, le bedaine bien en avant (il doit bien se nourrir ... depuis 12 ans !). J'ai droit à un petit message-papier sur la paix. Je lui ai promis de le contacter par mail lorsque je serai en France. Puis, les faubourgs de Copiapo se montrent après les nombreuses grandes haciendas qui pratiquent la culture de l'olivier (mais est-ce récent ? car il n'y a pas de vieux beaux oliviers comme en Aragon). De l'aéroport international à Copiapo, l'autoroute est en construction (investissez ! vous dis-je à La Caldera et à Bahia Inglesa, c'est le moment !). Arrivé dans le centre-ville, je cherche une chambre, et tombe sur un vieux monsieur qui me hèle un peu brutalement. C'est un italien de Campo Basso qui a un restaurant et qui est en train d'en monter un autre. Je lui explique mon périple ... il me dit de le suivre. J'entre alors dans un vieux bâtiment (très beau) en pleine rénovation : c'est son projet qu'il me montre, fort bien situé, et me propose une pièce pour installer mes affaires de couchage "gratis". Sympa quand même ! En Ouzbekistan, un monsieur un peu semblable m'avait donné ... de l'argent pour me payer une nuit d'hôtel. Ici, l'italien me propose en plus un déjeuner avec crudités, poulet, purée pour 2 euros et demi. Todo va bene ! Ah, au fait, le mal de tête a quasiment disparu avec trois doses d'Efferalgan de 1g à chaque prise. Le remède de cheval proposé par Laure a marché !

Caldera - Copiapo 84 km, 7h30 - 12h30, +610 -180m

Lundi 7 Juin 2010 : Kaleidoscope ! Copiapo me fait rencontrer des choses et des gens éclectiques. Une 2CV modèle 1955 à l'arrêt (pas pour longtemps car c'est interdit) le long de la Plaza de Armas. Dans le genre voiture, deux 404 qui roulaient, trois 504 qu'en Afrique on revendrait encore pour faire 500 000 km. Pas mal de voitures de marque française au ChiliCalama c'était la voiture du facteur qui était un Partner). La circulation en ville se fait sans quasiment d'accident. Les rues sont principalement à sens unique, et les feux, nombreux, sont très respectés. Beaucoup de taxis qui tournent en permanence et que les gens empruntent jusqu'à les remplir, quelles que soient les directions. La police est très discrète mais lorsqu'elle sort, c'est avec des voitures grillagées dans les quatre côtés (pares-brises et portières couverts). Sous le porche de la cathédrale, une grève de la faim de toute une famille qui semble promise à une décision de licenciement. Il faut que la situation soit terrible pour en venir là : comité de soutien, quête ... il faut donner, bien sûr. Carmello, l'italien qui me loge gratis, est resté toute la journée assis sur une chaise à l'entrée du parking de son futur restaurant (où je loge) et a encaissé la monnaie car, comme le stationnement sur la voie publique est quasiment interdit avec de très fortes amendes (quelques rares places sont disponibles mais prises d'assaut), il a eu l'idée lumineuse de boucher le trou de la grande piscine qu'il y avait et de faire un parc de stationnement payant privé pour une vingtaine de véhicules. Total, en fin de journée, il m'a dit avoir "fait" plus de 150 heures/voiture à raison d'1 euro l'heure ... Il n'en revient pas ! Parmi les ouvriers qui travaillent à retaper le futur restaurant, il y a le maire de la ville de Copiapo (toujours important d'avoir de bonnes relations !) et un argentin qui lui sert de menuisier (je dis bien qui lui sert car il travaille comme un ... intellectuel qui n'aurait rien compris au fonctionnement d'un marteau). Or ce pseudo-menuisier argentin me dit qu'il est chanteur de tango ... argentino, et qu'il a fait un CD qu'il doit me donner demain matin avant que je parte : "si ca ne te plait pas, tu le jettes !". Etonnant ce pays qui a, en plus, ... de bonnes tartes au citron et de succulents pudding british !

Mardi 8 Juin 2010 : "C'est moi la p'tite voix, qu'est ce que je t'avais dit !" Et c'est vrai que j'ai bien fait de l'écouter cette petite voix qui m'incitait à prendre le bus aujourd'hui. La route de Copiapo à Vallenar était encore en plus mauvaise condition pour un cycliste que je l'imaginais. Tout y était : brouillard et pluie associés tout le long, trafic de poids lourds dense dans les deux sens, quasiment pas de bas-côté sauf pour les derniers 20 km, chaussée très étroite au point que les poids lourds venant en face étaient obligés de mordre sur la partie droite non goudronnée (bonjour le cycliste dans ces cas !), ligne droite soporifique pour les chauffeurs, et ... accident de la circulation au milieu du trajet (la maréchaussée locale s'était déplacée, et les uniformes étaient trempés ... ils ne s'inquiétaient même pas du risque de sur-accident alors qu'ils étaient en train de mesurer au milieu de la route sous la pluie dans le brouillard !). Les photos seront éloquentes, je crois. En tout cas, les bus chiliens sont vraiment très très confortables. On a eu droit à un petit déjeuner dans le bus avec semi-couchettes. Le tout pour 8 euros et demi vélo compris pour 150 km. A Vallenar, arrivée dans le sale temps. Trouver une chambre n'est jamais facile. On tombe toujours sur des pseudo-hôtels qui proposent des chambres à 25-30 euros, puis, en demandant un peu, on finit par trouver à 10 euros. ... Il est 15h30, le soleil arrive !!! ... profitons vite !

Copiapo - Vallenar bus 150 km

 

Mercredi 9 Juin 2010 : Ca y est, me voilà un peu plus au calme ! Je viens de faire une soixantaine de km sur la panaméricaine ... sans surprise, mais avec beaucoup de tension car il faut regarder partout et pédaler fort dans les méandres, au demeurant très beaux, de ce grand serpent qui traverse les Amériques. Domeyko, ce village où je voulais m'arrêter est en réalité un ensemble sans forme de carrés de bois où vivent des gens qui travaillent pour la plupart dans les mines. Une gendarmerie me permet de me renseigner normalement sur l'existence ou non, et l'état, de la piste qui devrait me permettre d'atteindre l'océan pour ensuite faire une boucle et rejoindre la panam. Le jeune policier est très optimiste (du genre todo va bene) et me regonfle un peu les mollets. C'est parti pour la piste, pour en réalité plus de 70 km mais ... quel bonheur cette piste ! Quasiment pas de véhicule, une chaussée meilleure que l'asphalte et pourtant en terre (mais ... la suite !) une longue, étroite et sinueuse vallée que l'on remonte avec toujours un petit passage au fond alors qu'on croit la vallée terminée (le bonheur du cyclo !). Normalement, je dois atteindre la Côte Pacifique après en gros 70 bornes. Les cactus défilent ... jusqu'au moment où je vois au loin un camion qui semble rouler lentement. Puis, je tombe sur une piste ... mouillée comme après la pluie. Puis ... je roule de plus en plus mal, de plus en plus lentement, avec des frottements bizarres, puis ... tout se bloque d'un coup. Les roues ne veulent plus avancer ! En fait, le camion (je ne le saurai que le lendemain) répand un mélange saumâtre d'eau et de sel provenant du Salar d'Atacama (vous vous rappelez San Pedro ?) qui fait durcir la chaussée en séchant, tout en étant une horrible colle en étant mouillé. Seul sur cette piste, les roues bloquées, ... le camion au loin qui continue son boulot ! Je me dis qu'en allant sur l'extérieur de la piste je trouverai du sable qui devrait me permettre de dégager peut-être ce foutu mélange de terre, de sable, de sel et d'eau. Ca marche un peu, les roues se débloquent un peu mais ... je tombe sur du sable mouvant où, là, pas possible d'avancer ! Je reviens un peu tant bien que mal à la piste et ... examine bien la situation. Je trouve une tout étroite bande de piste qui n'a pas été mouillée par le camion, et qui se prolonge car la piste est en réalité plus large que l'arrosoir du camion. Sauvé ou presque ! Je suis tant bien que mal cet étroit passage avec évidemment les roues qui renaclent mais ... petit à petit le sable sec fait son effet, et dégage un peu l'espace entre les pneus et les gardes-boues. Je finis par atteindre LE village tant espéré qui a un nom difficile Callizarilla. Une petite chapelle est dédiée à Notre Dame de Lourdes ! Curieux comme on trouve une dévotion toute particulière pour la Vierge de Lourdes (A Arica, une ville au nord du Chili, j'avais vu un semblant de grotte dédiée à Notre Dame de Lourdes).... Je viens de faire plus de 120 bornes sans ... manger, j'ai faim ! Je finis par trouver ... une bière et, en discutant, je trouve la solution pour dormir et manger et trouver une barque pour, demain, aller rendre visite aux pingouins de Humboldt ! Ce soir, un lit et un très bon repas de poisson avec de la corvina (succulent poisson avec une assiette de crudités).

Copiapo - Calizarilla 125 km, 7h45 - 17h30, +995 -1360m

Jeudi 10 Juin 2010 : Les rames sont prêtes ! L'océan a mis ses habits de lumière aujourd'hui d'après Patricio mon guide pêcheur qui va se révéler être un excellent naturaliste et un fin connaisseur des pièges de la mer. Non sans avoir eu l'autorisation du chef de la police locale avec un tampon en bonne et due forme (c'est une réserve naturelle nationale), nous partons, avec un autre guide pour la sécurité, vers l'Ile Chañaral située droit devant nous à environ une dizaine de km. Après le passage lent (c'est aussi un port de pêche), le moteur quatre temps Yamaha "qui ne fait pas de fumée" donc qui ne polluerait pas trop, nous mène très vite dans le sanctuaire ! Interdit de débarquer sur l'île car les pingouins de Humboldt ont la première des deux nichées annuelles. Je les verrai d'un peu loin tout là-haut sur la falaise, debouts, venir épier les instrus. Leur démarche déambulante est rigolotte. Les falaises sont blanches de guano mais c'est dû à la foultitude d'oiseaux marins qui trouvent refuge et pìtance dans ce haut-lieu de la Nature, notamment les "piqueros" très beaux oiseaux longilignes, noirs, blancs, gris qui ressemblent un peu aux sternes qu'on peut trouver au Banc d'Arguin dans le bassin d'Arcachon mais qui sont plus fins et plus longs de corps avec la tête grise alors que l'essentiel du corps est blanc : superbe ! Patricio fonce vers l'océan profond derrière l'île pour atteindre les ... dauphins ! ... Des éclats dans l'eau, des têtes puis des corps qui ondulent, puis ... demi-tour et ... toute la bande de dauphins commence à nous suivre. Patricio accélère la vitesse, puis à fond, et les dauphins nous encerclent. Il y en a partout ! Ils sautent de part et d'autre de la barque, nous dépassent, se laissent dépasser, se bousculent entre eux pour nous serrer au plus près ! Formidable vision de ces animaux amis de l'homme (dans la réserve ...). Nous approchons un peu plus des récifs rocheux de l'île avec des sculptures de pierre comme seule la Nature peut en imaginer les contours, passons sous des arches sur lesquelles se hissent loutres et ... loups de mer qui guettent les ... pingouins. Des centaines de loups de mer sont là, se prélassant sur les rochers au soleil, et ... dans l'eau, plein de têtes qui se dressent : ce sont encore des loups de mer, énormes qui regardent qui leur arrive dessus. Très rigolos ces loups de mer qui se dressent droits comme des piquets dans l'océan avec leurs têtes qui pivotent comme des périscopes ! ... Magnifique, Magnifique ! Patricio veut essayer de me montrer mieux les pingouins en passant versant nord de l'ile, un passage très fréquenté pour leur accès à l'océan. Malheureusement pour moi, ils sont trop occupés avec leurs petits (1 a 2 oeufs par nichée avec deux nichées par an). Mais nous en verrons nageant à qui mieux mieux pour se ravitailler au milieu des albatros et alimenter leur progéniture ... L'heure du retour est là ... Patricio veut me faire un cadeau, car je lui ai fait comprendre que j'étais aussi ... de la maison, et il me propose de retourner mais en essayant de trouver les ... baleines ! Ce n'était pas prévu au programme ! Il connait l'endroit comme sa poche, et me dit que parfois plus de 200 baleines sont là dans cette baie de quelques dizaines de km2 car il y a beaucoup de "krill". La La ! ... Je ne vois rien puis ... la barque approche à vive allure. D'énormes ronds dans l'eau puis une explosion en surface. La baleine souffle ! Le dos rond énorme fait une apparition fugace car elle replonge vite. Je pourrai ainsi voir ce ballet autour de la barque sept a huit fois. Magique ! ... La barque ralentit ... les rames entrent en action ... l'entrée au port se fait silencieuse et calme ... Le rêve se termine ! Quelle émotion ...

Cette extraordinaire rencontre a duré trois heures. Il faut ... reprendre le vélo pour Punta Choros. Mais une nouvelle surprise m'attendait ... d'un genre tout à fait différent. Je reprends la belle piste de terre salée et ... elle est mouillée ! Le camion d'hier a refait le plein de saumure et l'a répandue sur des km mais là, la piste est beaucoup plus étroite et ... finie la petite bande sèche qui m'avait permis hier de me faufiler ! Panique sur le Mulet ! Les roues renaclent, puis ... tout se bloque ! Plus moyen d'avancer. J'essaie le bas-côté, peine perdue c'est du sable mou mou mou ! Que faire ! Attendre qu'un véhicule passe pour m'embarquer. J'arrête un pick up. Le chauffeur comprend bien la situation car c'est lui qui a eu l'idée de mélanger eau et sel de San Pedro de Atacama pour durcir la piste de terre ! Je sais tout maintenant ! Le Monsieur accepte très gentiment de me porter au village pour rendre la clef de l'habitation où j'ai logé, et me conduit à la bifurcation de la piste pour Punta Choros, mais ... m'a-t-il dit, la piste ne dure que 10 km, après ... c'est du sable ! Il me laisse moi et mon Mulet qui ne peut plus avancer. Je sors les sacoches, retourne le vélo et démonte les roues. Des blocs de sable/sel ont durci et sont coincés dans les gardes-boues et dans les freins. Le tournevis entre en action. Le vélo est remonté. Tout ... roule ! La piste n'est pas mouillée. Super, il fait beau ! ... Le sable devient de plus en plus présent, puis ... plus de piste de terre, que du sable ! Impossible de rouler même avec le sable sec. Je suis obligé de pousser le Mulet dans cet enfer de dunes ... Mais j'avance tout de même à 4 km/h. et ... finis par tomber sur deux engins de chantier qui travaillent une piste venant de Punta Choros qui se trouve à ... 1,5 km ! Ouah! enfin peut-être le bout du chemin ! Punta Choros et ses trois îles apparaissent. Terminus pour aujourd'hui. Mais, au moment où je veux installer ma tente dans un camping, les 3000 pesos demandés pour juste poser la petite tente sans possibilite de douche et d'eau chaude, me ... refroidissent. Je décide de poursuivre un peu et d'aller camper au-delà du village dans ... du sable sec ! ... A moi la soirée à me remettre des émotions de la journée, à déguster le silence avec les ... noix de cajou que je m'étais gardées pour fêter la ... Fête de la Nature !

Calizarilla - Isla Chanaral - Punta Choros 25 km, 12h45 - 17h, +230 -205m


2018 - Retour en Patagonie

Mardi 6 novembre 2018 - Stress pour l'avion ...

Demain, embarquement à Toulouse pour un premier avion jusqu'à Madrid. Puis deuxième avion jusqu'à Santiago du Chili. Puis troisième avion jusqu'à Puerto Montt. C'est du déjà vécu, donc cool ! ... Sauf que les conditions des compagnies ont changé. Si les deux derniers avions c'est avec LATAM, la compagnie chilienne, le premier avion est avec Air Nostrum filiale d'Iberia. Par habitude, je précise toujours que j'ai un vélo à transporter, avant l'enregistrement. Par habitude aussi lorsqu'il y a plusieurs compagnies, j'avertis toujours la première compagnie car c'est au premier avion qu'on fait l'enregistrement pour les trois vols. Donc, coup de fil à Iberia (Air Nostrum) qui me dit que l'avion de Toulouse est petit ... J'ai beau dire que je connais cet avion que j'ai déjà pris et que le carton-vélo entre dans la soute sans difficulté, l'opérateur refuse d'inscrire que j'ai un vélo, et que, de plus, comme c'est LATAM qui fait le plus long trajet entre Toulouse et Puerto Montt, je dois m'adresser à LATAM avec ... récupération du vélo à Madrid - s'il entre dans la soute - et ré-enregistrement du vélo chez LATAM. Patience ! Je réussis à joindre LATAM par téléphone qui me dit de suite que je dois voir avec Iberia au premier enregistrement de Toulouse, et que, de toutes façons, je devrai récupérer le vélo à Santiago du Chili pour le ré-enregistrer pour le vol de Puerto Montt. ... Tempête sous un crââne !

A l'aéroport de Toulouse-Blagnac, un seul guichet pour tous les opérateurs mais la réponse est qu'ils ne peuvent pas mettre sur mon billet électronique le carton-vélo. "A voir le jour du départ" me dit-on.

Donc, ce soir j'en suis là (las !). Je me dis que l'important est que, quelles que soient les modalités d'enregistrement des compagnies, le vélo arrive à Puerto Montt en même temps que moi. Normalement, c'est faisable car j'ai pris cinq heures de battement entre les changements d'avion. Mais c'est tout de même anormal que les employés des compagnies soient si peu informés des conditions de transport des vélos, d'autant que les modalités changent souvent avec un prix de transport des vélos qui augmente fort tous les ans !

Il est 17h. Le Mulet est démonté bien calé dans son emballage cartonné d'Air France (dernière fois certainement que j'utilise un tel carton car Air France a décidé de fermer son comptoir à Pau). Les sacoches sont bouclées. Le tout est dans la voiture, entré avec l'aide amicale d'Elie. Demain, je file donc chez mon fils Thomas à Aigrefeuille où Gérard Cabessut me rejoindra pour me conduire à l'aéroport de Blagnac. La solidarité entre cyclistes est totale. Gérard et son épouse Gisèle ont remonté en vélo la Carretera Austral. Le cheval mécanique restera bien sage chez mon fils Thomas jusqu'au retour.

Mercredi 7 novembre 2018 - on pense à tout ...

sauf au téléphone portable qu'on oublie dans la ... voiture ! La guigne ... Gérard Cabessut était pile à l'heure du rendez-vous chez le Fiston à Aigrefeuille. Il me conduit avec le 3008 à l'aéroport, sans embouteillage. C'est alors que le portable est resté au pied du passager. L'enregistrement du vélo se passe plutôt bien avec un long calcul des hôtesses pour faire payer le moins cher possible. Je m'en tire, à titre exceptionnel, avec 45 euros pour le carton-vélo (dans le sens du retour avec les mêmes compagnies ce fut ... 200 euros en 2007 !). Sympas ! Mais elles ne savent pas si je dois récupérer les bagages à Santiago du Chili : "faudra voir avec l'hôtesse de l'avion". Curieux de voir que le personnel ad'hoc n'est pas en mesure de préciser les choses ... Je suis en attente de l'avion pour Madrid.
Le vélo est entré en soute à Toulouse, avec pas mal de précautions de la part des manutentionnaires.


Peut-être ont-ils vu que je les prenais en photos ... Madrid a un aéroport nouveau sans fin. Des centaines d'hectares cimentés pour joindre au bout d'un bon quart d'heure d'avion roulant, le terminal 4 puis le terminal 4S. Là encore tout est faux pour la réservation de billets que j'avais faite : au lieu du T4 prévu je dois aller au T4S. Heureusement que je n'ai pas à me trimbaler le carton-vélo ! Une bonne "salade de montagne" (salade oui beaucoup, fromage de chèvre pas mal, pelures de jambon ... à chercher) avec un joli verre de vin rouge, ça rassure ! et puis ... si je n'ai pas de téléphone, j'ai du réseau ici ...


Mon prochain avion pour Santiago du Chili est à 23h55. Enormément de monde dans cet aéroport. A peine croyable de voir ainsi comment les espagnols ont tordu le cou à la crise de ces vingt dernières années !

Jeudi 8 novembre 2018 - L'avion c'est toujours un peu long surtout quand il y en a plusieurs ...

Finalement j'ai dû tout récupérer de mes bagages en soute à Santiago du Chili. Mais avant ... il a fallu passer la police : une queue de plus de 300 personnes pour se faire tamponner sur le passeport l'entrée au Chili. Après, je récupère carton-vélo et sacoches. C'est la première fois que le carton-vélo est encore à peu près en bon état mis à part deux déchirures d'une trentaine de centimètres. Mais j'avais prévu en emportant en cabine un gros rouleau de collant. Je rencontre Fabien et sa compagne qui recousent tant bien que mal les déchirures faites à l'emballage de leur vélo. Ils fileront de Puerto Montt vers la Terre de Feu.
Ascenseur pour monter au troisième étage et là ... encore une kyrielle de personnes qui doivent embarquer sur LATAM. Quelles que soient les destinations de LATAM, il y a guichet unique. Quel est l'intérét pour moi d'un nouvel enregistrement pour Puerto Montt alors que que les étiquettes sont collées depuis Toulouse pour que tous les bagages arrivent à Puerto Montt ? Aucun, car le passage en douane s'est fait sans aucun contrôle ni aucune nouvelle formalité, et l'enregistrement LATAM s'est fait en regardant simplement ce qui m'a été donné à Toulouse. Bravo Blagnac ! Du bon boulot avec "juste" 45 euros de paiement pour le vélo. Le vélo est parti avec un employé qui m'a dit qu'il savait que c'était fragile ...
Commence alors la course à la carte SIM pour le téléphone nouveau que j'ai dû acheter à Madrid sous la forte insistance de mes enfants. Achat de carte Sim possible mais fonctionnelle juste au Chili et non en Argentine où il faudra une carte SIM spécifique. Je cours d'un opérateur à l'autre et finis par aboutir à un marchand qui vend un peu de tout et qui veut me vendre un forfait en promotion bien sûr pour 7 jours. Ils ne vendent pas de cartes SIM opérationnelle en Argentine. Elles sont à acheter en Argentine. C'est là que ça se complique. Car je passerai la frontière Chili-Argentine le deuxième jour de vélo mais avec une traversée dans la pampa sans aucun magasin quelconque, et ce durant au moins trois jours. C'est seulement arrivé à El Calafate que je vais pouvoir espérer trouver la carte idoine pour que je puisse pour les jours suivants envoyer des sms à la famille.
L'attente de l'avion pour Puerto Montt est longue mais finalement les cinq heures d'intervalle entre les avions m'ont été nécessaires. J'ai pu changer euros pour pesos chiliens avec apparemment un bon taux : 732 pesos pour 1 euro alors qu'à Toulouse on proposait 632 pesos pour 1 euro.


Envol de Santiago du Chili

Volcan Villarica au premier plan et volcan Osorno en arrière-plan

Arrivée à Puerto Montt dans la crasse et la pluie alors qu'il faisait un temps magnifique depuis Santiago. J'ai pu admirer la chaine andine et même reconnaitre le volcan Villarica dont quelques fumerolles s'échappaient du cône enneigé. Le vélo est remonté, le carton laissé chez Maria Zulema qui m'accueille avec son mari et son fils venu me chercher à l'aéroport avec un gros Dodge. Pas fâché quand même d'être arrivé !
Croisons les doigts pour que demain le bateau parte puis je rejoins Puerto Natales au Sud après 4 jours de bateau pour ensuite tout remonter en vélo (je l'espère ! ...) jusqu'à Puerto Chacabuco d'où je reprendrai un autre bateau pour Puerto Montt. Mais ça c'est le film que je me suis fait avant de toucher du doigt la réalité du terrain. Donc pas de wifi donc de possibilités de liaisons sur le site avant Puerto Natales dans 4 jours.

Vendredi 9 novembre 2018 - Le grand bazar de l'embarquement Navimag

Lever de bonne heure ce vendredi matin pour bien ranger les affaires dans les sacoches prévues. C'est toujours la même disposition (arrière gauche vêtements, arrière droit couchage, pharmacie, devant gauche nourriture boissons gamelle, devant droit protection froid et pluie, sous selle outillage, sacoche-guidon argent papier photo, sous guidon réchaud essence).
Maria a préparé un petit déjeuner. Photo du départ par Alfredo le mari de Maria. Rendez-vous pour le 12 décembre au soir. Ciao !
La pluie s'est un peu calmée. Je file vers l'Hôtel Holiday In pour l'enregistrement Navimag la compagnie qui fait le trajet ferry jusqu'à Puerto Natales. Hôtel de luxe avec pas mal de personnel à l'entrée, pour vous renseigner (c'est au 2ème étage donc au 1er chez nous), et vous dire avec un beau sourire que ce n'est pas ouvert ! mais ... que le personnel vient dans une heure. Ouf ! L'enregistrement est juste une formalité pour probablement faire au passager les recommandations d'usage (heure d'embarquement, lieu, rendez-vous aux bureaux de l'embarcadère, sacoches enlevées ...). On me donne un papier attestant que je suis bien passé et que je suis bien sur la liste. Dans le hall d'entrée de l'hôtel, mon vélo a été précieusement gardé par le réceptionnaire de l'hôtel. Des japonais partent avec de grosses valises. Le récepitonniste leur ouvre grands les portes avec un magnifique sourire. Lle chauffeur du minicar s'affaire pour caser tout le bardas nippon.
Je quitte les lieux vers 10h30. Petit tour à la casa de cambio pour changer euros contre pesos argentins. La curiosité est qu'on change d'abord euros en pesos chiliens puis pesos chiliens en pesos argentins. On doit y perdre pas mal mais c'est ainsi. Puis je pars à la recherche de mes quelques vivres de survie. Un jeune fait la quête pour la Croix-Rouge devant un supermercado. J'en profite pour lui confier mon vélo le temps de faire quelques provisions. Il est tellement content qu'il me donne plein de bonbons en remerciement. De mon côté, je lui ai un peu alourdi sa boite métallique ronde qu'il agite d'une poignée saccadée pour bien attirer l'oreille des passants. Classique mais efficace.
Je file sous un petit crachin intermittent sur la route qui conduit à l'embarcadère Navimag (14,5 km selon l'employé Navimag de ce matin). Une cote très sévère m'a surpris à Angelmo avec obligation de démultipler au maximum. Des camions et des voitures sont derrière. Je dois zigzaguer pour faire passer le tout petit plateau, je glisse de la roue avant mais finis par me rattraper d'un sérieux coup de rein. La route devient un peu plus large et le camion finit par passer sa deuxième vitesse. Le haut de la cote est là mais quelle suée subite ! Le Mulet s'est régalé.
A l'embarcadère, l'Evangelistas n'est pas amarré. Les bureaux Navimag sont 500 mètres plus loin. J'apprends que le ferry a eu du retard, qu'il appareillera non pas à 16h mais à 21h, et qu'il arrivera à Puerto Natales lundi non pas à midi mais vers 17h. Donc, plus d'hésitation pour moi. Lundi soir je dors à Puerto Natalès.
L'aire de chargement Navimag est un immense parking où les camions et les voitures se font peser et mesurer. Devant, d'énormes bigbags de plus de 2,5 tonnes attendent alignés. Un employé me dit que c'est de l'alimentation pour les ... saumons, non pas chiliens mais chinois ! Le commerce mondial n'est pas très compatible avec le produire et consommer local !

De l'alimentation pour les saumons ... de Chine !

L'Evangelistas, le ferry Navimag de Puerto Montt à Puerto Natales

Le chargement des deux niveaux du ferry est très long : beaucoup de grandes semi-remorques sont poussées à reculons avec une dextérité de conduite qui force l'admiration. Et ... le Mulet a été conduit à l'arrière quillé tout seul la roue avant plantée dans d'énormes arceaux métalliques. Pas bon ça Mulet ! J'alerte vite le régulateur en chef de l'embarquement qui compatit et fait rentrer le vélo bien à l'abri. Le départ de l'Evangelistas finit par se faire un peu après 21h.

Samedi 10 novembre 2018 - Magnifique canal Messier
Nuit somme toute tranquille sur le ferry. Je suis allongé dans un lit au creux d'une banquette confortable. Ces banquettes sont alignées de part et d'autre d'un long dédale de couloirs à angle droit. Le matelas assez large, très long, avec un lit de draps et de couverture qui ne sentent pas le refuge de montagne, d'un oreiller tout doux, l'ensemble fermé par un rideau qui isole bien du couloir. Le tout est agrémenté d'une lampe de chevet suffisante. Tout pour bien dormir.

Le jour se lève sur le golfe de Corcovado. Les montagnes volcaniques défilent à l'Est. Le soleil est présent, mangeant peu à peu les nuages blancs accrochés aux flancs des sommets.

La causette finit par se faire avec quelques français et espagnols intrigués par ce bipède déguisé en cycliste. Le Mulet est le seul vélo emporté sur le bateau. Le paysage défile, magnifique et varié : des flancs de montagne tapissés de forêts probablement impénétrables, de la neige sur les hauteurs. Attention cette nuit où le ferry est obligé de joindre l'océan Pacifique. Ca risque secouer un peu.

Dimanche 11 novembre 2018 - Canal Messier -1000 m

Excellente nuit ! L'océan Pacifique a été de bonne humeur. Quasiment pas de roulis ni de tangage. "Exceptionnel" nous a dit le commandant. Ce matin, on se réveille dans le golfe de Penas, énorme bassin qui sert de transition entre le Pacifique et les fjords. On est entré dans le canal Messier (un français) qui est une fosse pouvant atteindre plus de mille mètres de profondeur bordée par deux chaînons montagneux parsemés d'îles toutes inhabitées.

On louvoie à l'intérieur d'un chevelu de fjords. L'éclairage matinal accentue le relief sous le ciel bleu naissant. Beau temps ! Inespéré ! Le cargo Léonidas enfourché dans une épine rocheuse se présente comme une sculpture mécanique rouillée qui résiste à l'usure du temps. Sa cargaison de sucre aurait constitué une enveloppe d'eau douce qui aurait permis la croissance de quelques arbres dans sa coque. Les feuilles vertes apparaissent tout à côté des déjections de guano maculant les cheminées du bateau rouillé.

Le Captain Leonidas

Une visite de la cabine de pilotage nous informe des instruments principaux qui aident aux manoeuvres : suivi cartographique avec positionnement GPS en continu du ferry, contrôle directionnel par un volant d'une précision à la minute, profondeur en continu avec limite de navigabilité à -10 mètres, vitesse en noeuds (on navigue à 15 noeuds soit environ 25 km/h). Et une surprise : deux téléphones jumelés. L'un avec indication "baleine", l'autre avec indication "dauphin". Est-ce un procédé de communication de l'Office du tourisme ? Aucun cétacé vu pour le moment.

Puerto Eden, un village (le seul du canal Messier) de 250 patagoniens accessible seulement par voie maritime. On largue l'ancre à 800 mètres du bord. Deux petites barques à moteur prennent le ravitaillement pour le village. Une passagère descend ici. Ce serait la dernière implantation indigène. Les habitants vivent de la pêche artisanale. Aucun tourisme.

Puerto Eden

Le ferry est relativement petit (120 m de long pour 25 mètres de large, 5 mètres de tirant d'eau, trois niveaux pour passagers). Il est quasiment plein avec 125 personnes. On fait rapidement connaissance. Pas mal de francophones (français, suisses, belges). Mais, unique, aucun chinois, aucun japonais. La traversée ne doit pas être assez rapide ... Comme souvent, le monde étant très petit, je fais la connaissance de collègues universitaires, de pyrénéens ... et même d'un anglais qui a habité Montory (tout près d'Oloron-Sainte-Marie).

Lundi 12 novembre 2018 - Puerto Natales, fidèle à la tradition ...
Horizon bouché ce matin, nuages très bas, vaguelettes blanchies par l'écume. Le ferry avance, sûr de lui dans la suite en zigzag du cheminement vers Puerto Natales. Le jour se lève à peine. Dans la cuisine, le personnel du navire s'active pour nous préparer un petit-déjeuner fumant. On supporte la polaire et le reste. La vision semble s'élargir sur les flancs des montagnes. La grosse boule du soleil n'arrive pas encore à percer. De la pluie intermittente, et ... du vent ! On semble payer le très beau temps de navigation d'hier. L'anémomètre m'indique des rafales fréquentes de coups de vent qui empêchent d'avancer. Je mesure 85,7 km/h.

Un petit bateau de pêche nous croise à vive allure comme un hors bord, dans l'autre sens du vent, celui qui pousse dans le dos. Le ciel semble pourtant augmenter de volume.

Les hauts des montagnes bordant le fjord apparaissent, mais se recouvrent tout aussi vite. La neige est fixée sur les fausses tours du Paine dont le tiers inférieur est visible du ferry.
La navigation se fait dans le brouillard, la pluie, les rafales de vent entre de multiples îles. Le bateau se faufile bien. Dans une étroiture, des parois jaunâtres un peu surplombantes. Trois condors s'envolent !

Ce sont les seuls rapaces que nous aurons vus. L'arrivée à Puerto Natales se fait à 14h30 dans un embouteillage de vents contraires et tourbillonnants. Le ferry a attendu deux bonnes heures avant de pouvoir accoster. Il faisait des ronds dans l'eau.

Puerto Natales

Une fois amarré, le ferry a d'abord libéré tout le premier niveau de chargement de véhicules avant de faire basculer la rampe pivotante du deuxième niveau. Ns bagages sont descendus avec une nacelle. Une bonne heure d'attente. On est enfin libéré vers 17h30. Bilan : excellent voyage avec Navimag, une qualité de service digne des croisières les plus chères. Seul bémol : la rusticité des pratiques de chargement/déchargement des bagages des passagers.
Ostal Estrellita del Sur est l'auberge que j'avais repérée au cas où ... Car je pensais qu'on arriverait à midi et donc engager le Mulet sur la route de Cerro Castillo. Madame Véronique me propose un lit dans un dortoir partagé. Je fais encore quelques courses pour anticiper mes risques de famine pour les 3-4 jours qui vont suivre. Un bon restaurant et le bonhomme est rassuré. Le temps a l'air encore de tenir sans pluie et sans vent ce soir.
Pas de réseau wifi jusqu'à El Calafate soit d'ici 3 à 4 jours.

Mardi 13 novembre 2018 - un peu de vélo béquille ... Tapi Aike
Estrellito del Sur c'est pas mal pas cher mais beaucoup de monde avec 3 personnes par chambres. Dortoir partagé ! Réveil à 5h30 ce matin pour un petit déjeuner rapide. Puis une photo du cycliste en situation par la tenancière ravie de voir un français. Puerto Natales est encore endormie quand j'enfile le dédale des rues à angle droit. Pas de souci pour prendre les sens interdits. La route est pavée d'énorme carrés de béton. C'est assez roulant avec tout de même quelques bosses.

Massif du Paine

65 km après, Cerro Castillo est un hameau carrefour pour aller aux Torres del Paine et pour rallier l'Argentine à 7 km de là. J'ai eu un petit creux : je commande deux oeufs brouillés qui me requinquent. Sympa sauf le prix : l'équivalent de 5,50 euros. Je dis au patron que c'est trop cher. Il me fait 20% ...

Difficulté à la police. Je n'ai pas le papier attestant du passage à l'immigration. Il a dû rester à Puerto Montt. Il faut le refaire à ... Puerto Natalès ! Je fais le désespéré, m'excuse et ... le tampon de sortie est mis ! Ouf ... La route pavée s'arrête à la frontière. Après c'est le ripio. Le tampon argentin est rapidement apposé sur le passeport. Je file espérant gagner Tapi Aike. Je ferai ainsi deux étapes prévues en une. Le ripio est désormais le seul chemin possible. Le Mulet a l'air assez content. Je pique une bonne suée quand même avec petite vitesse tout à gauche pendant quelques kilomètres. C'est la ... pampa comme on peut se l'imaginer. Rien seulement quelques rares brebis dont le pelage se confond avec l'herbe, quelques taureaux bien montés, trois nandous qui s'échappent vite dès que je veux les prendre en photo, un lièvre énorme qui détalle comme s'il avait eu la peur de sa vie, quelques volatiles qui s'apparentent à des oies mais dont le pelage dénote une espèce très différente de nos oies. Et puis un animal curieux apparaît sur la route que je n'avais jamais vu et qui s'est avancé vers moi. Il avait la corpulence d'une marmotte, avec un pelage superbe noir et blanc.

Zorrito

C'est un "Zorrino" d'après Damien, l'ouvrier en poste à l'Equipement de Tapi Aike qui m'accueille et me propose gratis un matelas dans une caravane de chantier, et une douche chaude.
Deux cyclistes français en couple arrivent, deux jeunes partis pour 6 mois de Ushuaia et qui veulent atteindre Cuzco au Pérou.
Bonne étape aujourd'hui. Je suis arrivé à Tapi Aike sans trop de vent contraire. Mais j'ai quand même fait un peu de vélo béquille - un terme qui m'est venu dans la tête en pédalant appuyé sur le vent de côté et qui me tenait penché à gauche tout en allant à peu près droit.
Demain pas sûr que ce soit les mêmes conditions ... Donc normalement pas de wifi avant El Calafate.

Puerto Natales - Tapi Aike 112 km +814 m -913 m 6h30-16h30

Mercredi 14 novembre 2018 - Un ripio très en relief ... El Cerrito

(J'écris sous ma tente un peu préservé du vent violent)
Dormir dans un conteneur de chantier au milieu des poules, du chat, du coq qui pousse la chansonnette plus tôt que prévu, n'est pas si terrible que ça !

Damien m'ouvre la porte de sa maison. Il a déjà mis l'eau à chauffer. Le café est vite prêt. Riz au lait, banane, empanada, et je quitte les lieux de Tapi Aike. Le vent est presque inexistant. Profitons-en ! Le ripio est très bien compacté, un peu trop même.

Les cailloux qui pointent font très mal aux pneus. Il faut viser les plus ronds et louvoyer au plus facile. La vision sur le massif du Paine à ma gauche m'accompagnera durant trois bonnes heures, des heures de cahots, de sursauts, de dérapages plus ou moins voulus. La piste est roulante mais sans cesse piégeuse car ça ... secoue dur ! On a intérêt à avoir un vélo solide. Un vent latéral mais dominant du sud-ouest allège les poussées lors des cotes et fait oublier les plats. Ca souffle fort. L'anémomètre indique des rafales à plus de 50 km/h. Cela dure une bonne quarantaine de km. Pas mal de fois j'ai eu le zef de trois quarts dans le nez. Alors, on devient forçat de la route.

Une seule maison fermée sur 70 km, quelques brebis qui semblent égarées dans des prairies sans limites, une petite troupe de guanacos, ... pas un seul arbre, pas un seul abri, pas un point d'eau. La pampa est un désert vert.
Les 20 derniers kilomètres paraissent sans fin. C'est droit, tout droit, toujours tout droit. Un gentil guanaco m'a accompagné durant plus de trois kilomètres : il courait 200 mètres puis s'arrêtait, me regardait, attendait que je sois à sa hauteur, re-courait, s'arrêtait, me regardait ... Au bout d'une dizaine de fois, le guanaco a fini par traverser la piste.

Guanacos

Une vision à l'horizon : un camion traverse le paysage de droite à gauche. C'est le carrefour attendu avec la route pavée qui joint La Esperanza à El Calafate. C'est le lieu-dit El Cerrito où se trouve une autre bâtisse des services de l'Equipement. Mais c'est la seule. Je suis autorisé à mettre la tente un peu à l'abri du vent qui souffle ... de plus en plus fort.

J'arrive à midi pile. Je voulais continuer un peu vers El Calafate mais le vent souffle juste en plein dans l'axe de la route et ... dans le mauvais sens. Je vais donc attendre demain matin en espérant que ça se calmera un peu.
Tout l'après-midi, le vent a soufflé de l'ouest. L'anémomètre indique régulièrement une quarantaine de kilomètres par heure.
Tapi Aike - El Cerrito 71 km +497 m -306 m 7h15-12h

PS : Accueil déplorable de l'employé pensionnaire de la maison de l'Equipement où je suis. Alors que la maison fait plus de 300 m2 avec une énorme salle à manger et cuisine, il a jeté dehors le couple de jeunes cyclistes français qui sont ensuite partis faire du stop pour El Calafate. Alors qu'il fait un vent violent permanent, j'ai pu mettre ma tente à côté de la niche du chien. L'employé, chaque fois qu'il entre et sort de la maison ferme à clefs. Aucune proposition de sa part pour ne serait-ce que donner un peu d'eau chaude. Comme quoi, le même jour, je rencontre Damien généreux et accueillant, et je rencontre un bizarre bipède.

Jeudi 15 novembre 2018 - Fureur du vent ... EL Calafate
Nuit très tourmentée dans ma tente contre la niche du chien de l'employé de l'Equipement. Le vent est toujours en furie. Même protégée par les murs, la toile de tente claque dans tous les sens. Des chenilles viennent se réfugier. Attention où l'on marche ! Le repas du soir est écourté car le réchaud à essence est trop léger pour rester stable face aux rafales de vent qui emportent réchaud et gamelle ! La boite de thon fera l'affaire.

5 heures du matin, les premières lueurs de l'aurore arrivent. Mais, surtout, le vent est inexistant. Vite, il faut ranger, rouler et compresser le duvet, s'habiller en cycliste pour le grand froid, remettre de l'ordre dans les sacoches qui ont servi d'arrimage à la tente posée sur le ciment. Adios, bonhomme mal élevé qui n'a pas compris que l'accueil était une vertu cardinale dans ces lieux où il n'y a rien mais rien de rien.
L'aurore est superbe mais qu'est ce qu'il fait froid ! Je mets sur moi tout ce que j'ai avec la cagoule, les gants, les moufles, la polaire, l'anorak. Et je commence à pédaler sans ... le vent ! Miracle ! ... Pas très longtemps ! Je n'ai pas fait cinq cents mètres que la soufflerie se met en branle. Je vais l'avoir en permanence de 5h30 du matin à 12h. Mais pas par derrière, non, d'abord de trois quart gauche puis plein pot de face. Ce sera la journée galère du forçat de la route ! Pas très agréable dans ces conditions de pédaler d'autant que le paysage est toujours la pampa argentine.

Le trafic sur la route asphaltée est quasi nul jusque vers 9h. Mais il y a beaucoup plus de véhicules venant de l'Ouest donc de direction opposée. Quelques pick up venant de l'Est me croisent sans même un regard vers le cycliste blafard qui pousse son engin avec beaucoup d'énergie pour non pas lutter contre le vent qui est en pleine forme, mais pour essayer de ne pas dépasser une dépense énergétique supérieure à 75% de ses possibilités.
37 km passent. Et là, une cuesta est signalée. Après, c'est la descente ! On va se régaler ! ... sauf qu'il faut toujours appuyer sur les pédales, mettre les petites vitesses pour avancer ! Et là, en descente, les conditions deviennent dantesques. Non seulement il faut pédaler pour avancer en descendant, mais le vent met un malin plaisir à vous regarder droit dans les yeux et à vous faire trembler de peur. Les manches de l'anorak claquent comme un drapeau dans le vent, le guidon va de droite à gauche comme une boussole qui a perdu le Nord, le cycliste commence à perdre l'équilibre. Rien ne va plus. Un coup de frein rapide stoppe le Mulet.

Pause lucidité : j'ai fait 55 km depuis 5h15 ce matin. Il est environ midi. Il reste encore 45 kilomètres pour atteindre El Calafate mais avec le vent qui forcit et les rafales en plein nez, la dépense énergétique du bipède qui appuie sur les pédales compte tenu que cela fait deux jours que ledit bipède mange en survie, ne saurait faire oublier au cerveau que la balade n'est pas finie, que le périple doit durer encore près d'un bon mois. Aussi, décision est prise de continuer à pédaler mais en levant le bras dès lors qu'un véhicule me double. Très vite, au premier signe, un camionneur s'arrête. Le vélo est chargé à l'arrière d'une énorme remorque. Le conducteur est ravie de rendre service. Le tracteur Renault est un excellent véhicule selon lui. Pour donner une idée de la puissance du vent alors que la route est presque plate, la consommation instantanée est de 52 litres pour 100 km alors que sans vent, me dit le conducteur, elle est de 32 litres.
Arrivée à El Calafate, direction l'hôtel "El Calafate" où j'ai décidé de passer deux nuits pour, demain, récupérer de cette journée terrible.
El Cerrito-El Calafate 55 km en vélo, 40 km en camion +729 m -1123 m 5h15 - 13h

Vendredi 16 novembre 2018 - El Calafate, regards croisés
Pour les touristes, la ville de El Calafate est quasiment idéale. Aéroport avec accès international via Buenos Aires, sites mondialement réputés moyennant quelques petites heures de bus tout confort : glacier Perito Moreno qui, chaque jour, relargue des bribes de son glacier qui, à la différence de la plupart, augmente de volume ; massif des Torres del Paine au Chili à trois quatre heures de bus, massif du Fitz Roy avec ses sommets uniques au monde et son climat très capricieux, les glaciers continentaux immenses et peu fréquentés. La ville d'El Calafate a un choix d'auberges, d'hôtels, de restaurants qui peut satisfaire les clientèles les plus diversement fortunées. Tout est fait pour le touriste. Sans compter sa situation très abritée des terribles vents patagoniens en bordure du lac Argentino à la couleur vert émeraude étincelante. Paysage de carte postale ... Le touriste est bien.
Mais, quand on essaie de parler avec des habitants des lieux, la réalité est tout autre. Certes, on reconnait le caractère exceptionnel de la géographie locale : la Nature reste la principale attraction. Les gens arrivent à El Calafate sac au dos, valises roulantes, motos aux sacoches bien gonflées, sacs énormes de voyage. Les cars et les petits bus se suivent quasiment à la queue leu leu pour cueillir les touristes à leur hôtel, à leur auberge, à leur lieu de villégiature, pour les mener aux sites habituels classiques et merveilleux à la fois. Mais, en dehors de ce regard du confort touristique, la réalité quotidienne pour les habitants permanents n'est pas si iddylique. Une constante : les travailleurs de El Calafate sont venus là pour le travail. Enorme avantage peut-être du fait de la manne touristique mais pas très satisfaisant pour vivre là à l'année. Ces travailleurs d'El Calafate sont pour beaucoup étrangers (non argentins de naissance et/ou de culture).

Je suis frappé d'avoir entendu aujourd'hui deux témoignages qui vont dans le même sens. La tenancière de l'hôtel "El Calafate" remarquablement organisé, qui est polonaise et qui espère pouvoir retourner très rapidement dans son pays car ici à El Calafate quand on aime le cinéma, il n'y a pas de cinéma, quand on veut avoir des divertissements culturels, il n'y a que la Nature, quand on aime faire du vélo, il y a ce vent épouvantable qui inhibe toute envie de pédaler pour se promener. Il y a encore ce restaurant tenu par des chinois, de facture culinaire remarquable par la fraicheur des produits proposés, par la qualité gustative de ses viandes. Et pourtant, là encore, le chinois tenancier avoue que la Chine lui manque, même après vingt cinq ans de vie en Argentine : la cuisine n'est pas la même, la culture n'est pas la même. Seul le travail les maintient encore là à El Calafate.

Et pourtant, le touriste est très bien à El Calafate. Cité quasi idéale pour lui : confort, attractivité de sites prestigieux d'accès aisés, coût de la vie quotidienne abordable. Paradoxes de ces regards croisés ...

Samedi 17 novembre 2018 - Tranquilo sauf la fin ! ... La Leona
Soucieux du temps et surtout du vent, ma nuit fut entrecoupée de regards à la fenêtre. Ce matin malgré les annonces météo d'averses, il fait beau et il fera toujours beau tout le long du trajet jusqu'à La Leona. Mais en Patagonie le beau temps sur les photos ne veut pas dire pas de vent. Bon, ce matin en partant de l'hôtel El Calafate (à recommander), les sacoches sont pleines (trop) avec de la survie pour plusieurs jours. Joindre El Chalten est très évident - il n'y a qu'une route - mais très incertain pour le cycliste du fait d'Eole qui est imprévisible. Je caracole dans la ville encore tout endormie, monte aux trois ronds-points pour prendre l'unique route desservant l'aéroport et le reste de l'Argentine. Très peu de circulation, je roule avec bonheur. Comme c'est facile quand Eole est encore endormi ! 35 km pour arriver au carrefour de la Route 40 qui mène à La Leona puis à El Chalten après. Les bus petits et grands pointent le nez avec la cargaison de touristes pour voir le massif du Fitz Roy, ce sommet magnifique que Lionnel Terray avait grimpé pour la première fois en 1952.

Après ce carrefour, la route sinue plein Nord. Le paysage reste bien sûr la pampa mais avec de très belles fenêtres sur le lac Argentino et la chaine andine enneigée à l'Ouest.

Haut de El Calafate

Lago Argentino

Lago Argentino

Fitz Roy

Tout est clôturé partout avec des barbelés soigneusement cloués sur des piquets tous les mètres. Mais quasiment aucun bétail. Quelques rares chevaux, des vaches avec leurs veaux, quelques moutons. Et, vision surprenante, un gros animal de pelage beige emprisonné sur une clôture de fils de fer barbelés. Je m'approche pour essayer de le libérer. C'est un Guanaco qui, malheureusement pour lui, s'est fait cisailler l'arrière-train en essayant de sauter la clôture.Tout le corps est entier sauf la tête dont il ne reste que les os. Un peu plus loin, un autre guanaco mort le ventre ouvert. Le Puma a cette habitude de ne dévorer que l'estomac.
Les kilomètres défilent sans problème aucun jusqu'au 80ème. Et c'est alors que Monsieur le vent a souhaité encore souffler fort en travers, de face, dans tous les sens. Me voilà encore à faire du vélo béquille et du 5 km/h pour contrer le vent de face. J'ai décidé d'aller jusqu'à la Leona, tétu comme une mule, quoi qu'il vente. Les 30 kms restants ont été faits cahin caha en essayant d'optimiser l'énergie dépensée : pas d'à coups, enrouler les mouvements, faire le dos rond, éviter les cisaillements de guidon ... Je me rends compte que les trois repas mangés à El Calafate où je me suis goinfré de très gros morceaux de viande, ont été très efficaces pour me redonner la pèche.
La Leona est en réalité un hôtel de campagne, classé historique aujourd'hui en Argentine. C'est un relais étape pour les cars qui vont à El Chalten. Il y a quelques chambres et un camping. J'ai pu avoir une chambre tout confort. Idéal pour bien récupérer pour demain. Car demain l'étape peut être la plus problématique de ce que j'ai fait. Sans vent, pas de difficulté hormis le kilométrage. Mais avec le vent dans le nez (la route est principalement orientée Ouest) ce sera quasiment impossible (120 km dont 95 avec le vent violent de face). Je verrai bien ...


6h30 - 15h 111 km +717 m -618 m El Calafate - La Leona

Dimanche 18 novembre 2018 - Insupportables rafales de vent ... El Chalten

La Leona, un parador qui est cet hôtel de campagne classé, c'est isolé dans la pampa argentine à cent kilomètres à la ronde, mais c'est très confortable. J'ai eu droit à un petit déjeuner spécial puisque partant à 5h30. Toute la nuit, les tôles de la toiture ont grincé. Les rafales de vent ont persisté toute la nuit. Ce matin, le drapeau argentin pité à dix mètres claque. J'harnache le Mulet qui a maintenant plus de 4 jours de vivres. Le départ se fait sur du ripio très pentu mais on est vite sur le goudron. 25 km pour atteindre la bifurcation vers El Chalten puis 95 km de ligne droite Ouest pour atteindre le Chamonix de la Patagonie, El Chalten.

Le vent forcit avec le lever du jour, puis devient vite insupportable dès lors qu'on prend la direction Ouest. C'est alors tout un travail intérieur pour la pensée qui refuse de voir les coups de boutoir reçus par le vent, mais qui régule l'énergie à mettre dans les coups de pédale avec l'aide précieuse des changements de vitesse et de plateaux. Optimiser la dépense énergétique donc faciliter le pédalage malgré l'ennemi extérieur qui vous oblige à vous adapter.
Cela dure ... 80 kilomètres.

Massif du Fitz Roy

Fitz Roy

Massif du Fitz Roy

On n'apprécie plus le paysage du beau lac Viedma lui aussi vert émeraude. On roule tellement lentement (entre 5 et 10 km/h maxi) qu'on mémorise pas mal de petits détails qui intriguent parfois. D'abord l'énorme quantité de criquets (ou sauterelles) qui se font trucider sur la chaussée, ensuite la curieuse même direction empruntée par les chenilles (les mêmes que celles que j'avais vues à El Cerrito) pour traverser la route : toutes prennent la direction Sud-Ouest. Elles sont isolées pas en file indienne. Parti à 5h30 je n'ai fait que 80 kilomètres à 13 h. Les rafales m'ont parfois totalement déporté de la chaussée. A plusieurs reprises, j'ai été éjectée sur le bas-côté droit avec même une fois un déport total du vélo (sur lequel j'étais) de 40 cm comme si on avait poussé avec une facilité déconcertante vélo et bonhomme !
Des véhicules passent tout en respectant le cycliste qui essaie de rester sur la partie droite de la chaussée. Un 4x4 aménagé avec une cellule de couchage à l'arrière s'est arrêté sur le bas-côté droit. Un couple de jeunes français de la Drome prend une photo du Fitz Roy qui se trouve à 50 km. Le bipède français cycliste les intrigue. ls sont partis pour un an de congé sabbatique. Ils me proposent de me porter à El Chalten ! J'avoue que j'ai été très content de la proposition car, à l'évidence, gagner El Chalten avec les conditions de vent qui persistaient devenaient quasiment impossible.
Les sommets sont exceptionnellement enneigés avec des corniches énormes. A croire que c'est de la neige tombée très récemment ! El Chalten grouille de marcheurs, sacs au dos, batons au pas cadencé. Le site est exceptionnel c'est vrai mais la petite cité d'El Chalten est un agglomérat de constructions plus ou moins finies, sans aucune conception urbaine d'ensemble. Les hôtels sont quasiment tous plein. J'ai beaucoup de difficultés à me loger, mais j'ai fini par une excellente adresse au confort irréprochable : le Puma. Après cette journée éprouvante, la récupération sera ainsi assurée. Un malin a cru très intelligent de me dégonfler le pneu arrière quand je m'enquêtais d'une disponibilité hôtelière. Je pensais que c'était crevé, donc j'ai changé la chambre à air après avoir dû enlever sacoches, tente, matelas. Pas sympa le mec qui m'a dégonflé le pneu ...

5h30 - 15h 120 km dont 80 km en vélo et 40 km en voiture, +599 m -506 m La Leona - El Chalten

Lundi 19 novembre 2018 - El Chalten sous la pluie c'est comme Chamonix sous la pluie
Pas terrible !Tout est bouché, l'horizon se limite aux maisons proches. On a un peu l'impression d'une ville far-west où tout le monde peut faire ce qu'il veut comme il veut, et cela sans aucune régulation collective ni schéma cohérent d'infrastructures. El Chalten serait le parfait contre-exemple pour des étudiants en aménagement du territoire.
A travers les vitres de la fenêtre, on voit passer des sortes de somnambules marchant vite pour raccourcir le temps à passer sous les gouttes. Engoncés dans des doudounes, le capuchon ou le bonnet qui laisse à peine dépasser le nez, un énorme sac à dos avec les chaussures de montagne qui pendouillent de chaque côté du sac, le duvet roulé sous le sac, la tente accrochée tout en haut de cet assemblage qui brinquebale au rythme des pas, et un petit sac à dos ventral. Beaucoup dévorent en marchant un énorme sandwich, et tiennent dans l'autre main une grande bouteille d'eau. Tout ce petit monde se dirige vers la gare routière dont la salle d'attente, trop petite, sert de refuge. Sans doute en ont-ils marre des conditions météorologiques d'El Chalten !
J'espérais pouvoir photographier les énormes corniches de neige que j'ai vues hier en arrivant ! Que nenni ! La montagne est restée cachée toute la journée.
Demain, les prévisions météo sont encore plus mauvaises avec même une possible neige annoncée. Je vais donc filer vers le Chili par une succession de vélo, bateau, camping, vélo cross (passage obligé de 7 km de sentier montant en forêt) piste, bateau, piste pour atteindre Villa O'Higgins. Cela en deux jours si tout va bien c'est-à-dire si je suis à l'heure pour le bateau de 16 h demain mardi, et si la navigation est possible (tributaire de la hauteur des vagues). J'ai donc pris les billets pour les deux bateaux de mardi soir et de mercredi soir à El Chalten, voulant partir de ce piège doré (car je suis très bien logé) d'El Chalten. En fait, dans ces lieux, c'est bien le beau temps qui reste exceptionnel ...

Mardi 20 novembre 2018 - Objectif atteint mais ... des cataractes

De nombreuses coupures de courant à El Chalten durant la nuit. C'est El Viento qui fait des siennes. Je n'ai pas beaucoup dormi car les deux jours qui arrivent sont une succession d'épisodes qui se complètent, qui sont très différents, et que je dois absolument accomplir. Le petit déjeuner est rapidement ingurgité.

A 7 h, le poncho enfilé, les sur-chaussures pour la pluie collées aux pieds, polaire, anorak, cagoule, gants, moufles mis, le Mulet chargé à mort met les sabots dans l'eau. Le départ est rude. Il ne faut pas se tromper de chemin : direction le Lago del Desierto à 38 km. Pas beaucoup de distance certes mais des conditions de pire en pire. Aux grands classiques de la Patagonie : pluie avec bourrasques, vent tourbillonnant et rafales déstabilisantes. s'ajoute aujourd'hui de la neige tombée cette nuit mais heureusement pas sur la piste que je prends, très caillouteuse et pas mal dégradée par les 4x4 et les bus qui conduisent les touristes au ... désert. J'ai calculé que je devrais être à l'heure pour prendre le bateau qui me fera traverser le Lago del Desierto sous réserve d'aucun ennui mécanique ou de crevaison. Avec le vent dans le nez (aujourd'hui la météo a prédit une vent venant du Nord donc je le reçois en pleine figure), j'ai calculé 8 heures pour les 38 km ce qui me ferait arriver à 15 h pour le bateau à 16h30. En réalité, je suis arrivé à 11 h malgré la piste très cassante pour le vélo. L'explication est assez simple : la grande majorité des passages se situaient en forêt avec des courbes multiples. Là, le vent était considérablement diminué alors que dans les passages très ouverts je recevais tout en pleine poire. Je suis donc arrivé tôt mais trempé !

La gendarmerie a un avant-toit sous lequel j'ai pu m'abriter un peu. Au bout de deux heures à faire le planton, les gendarmes m'ont fait entrer pour me réchauffer. Vient l'heure du casse-croûte gendarmesque. J'ai été invité à partager leur repas : sympas les gendarmes argentins (ceux-là au moins) : une assiette de pâtes mélangées à de la viande et un petit coup de vin rouge. Du coup, je leur ai fait du café avec les dosettes Carte Noire que je m'emporte toujours.

Le temps passe. Quelques petits groupes encapuchonnés partent avec un guide faire un tour en bateau (il tombe toujours des seaux d'eau). Vient l'heure de mon bateau. J'étais vraiment tout seul avec le pilote et l'employé de service (pour l'accostage, le positionnement des passagers, la sécurité, le nettoyage.) Le catamaran file sur les vagues, très stable. On n'y voit Rien ! Tout est bouché. Les cataractes continuent de tomber.

Lago del Desierto

Accostage à la pointe Nord du Lago del Desierto. La police des frontières argentine est là. En Argentine, ce sont les gendarmes qui assurent aussi la douane du moins là. Je réussi à fair tamponner la sortie d'Argentine avec la date de demain parce que j'ai dit que je partais à 6 h. Et j'ai demandé si je pouvais me mettre sous un abri vu le ciel qui était entrain de nous tomber sur la tête. Après un refus catégorique, je dis au commandant que j'avais déjeuné avec Juan, le commandant de la gendarmerie de la pointe Sud du Lago del Desierto. Résultat : je suis dans une cabane en bois mais avec un toit étanche. Mon matelas et le duvet sont allongés à mes pieds sous le linge des gendarmes qui essaie de sécher.

Demain étape cross au réveil avec 7 km de sentier de montagne à grimper avec mon vélo puis 15 km de piste normalement roulante pour prendre un autre bateau à 17 h (3 heures de navigation) puis une piste de 7 km pour joindre mon havre du jour Villa O'Higgins.

El Chalten - Lago Desierto : 37 km (7h - 11h) ; Lago Desierto Pointe Sud - Lago Desierto Pointe Nord : bateau (17h - 17h30)

Mercredi 21 novembre 2018 - Programme chargé mais tenu ... Villa O'Higgins

(J'écris à Candelario Mancilla. Il est 14h. J'attends le bateau qui doit me conduire après trois heures de traversée à Villa O'Higgins au terme de ces deux jours assez exceptionnels depuis El Chalten).

Dans la cabane en bois de la gendarmerie argentine, j'ai dormi comme un loir au point que je n'ai pas entendu la sonnerie du réveil. Je voulais partir à 6 h ! J'ai ouvert les yeux à 6h15. Rapide petit-déjeuner : yaourt, fruit, amandes au miel, eau. J'ai une journée assez exceptionnelle physiquement. Le sentier dans la forêt est très pentu durant 7 km. La pluie a cessé mais les abats d'eau de ces derniers jours ont transformé le sentier avec passages de ruisselets sur branches et troncs d'arbre (très fréquents), avec des acrobaties sur torrent et sur marécages. Inutile de dire qu'on peut péter les plombs facilement dans ces conditions avec la nécessité de transbahuter un vélo de 50 kg.

Mon objectif est ce matin d'arriver à l'heure pour le bateau (17 h). Le ciel s'est pas mal dégagé dans la nuit. Mais frayeur lorsque j'ai ouvert la porte de la cabane : la neige est tombée très bas au point que je me demande si je vais pouvoir franchir le col transfrontalier ! Je n'ai eu que de l'eau, pas de neige.

Mais l'horizon est resté bouché, alors que l'on voit habituellement avec le ciel dégagé le magnifique Fitz Roy. Je n'ai pu saisir en photos que quelques sommets proches saupoudrés de neige.

Je me suis préparé mentalement à ce passage de 7 km. Interdit donc d'exploser car, en plus, il n'y a pas un bipède alentour. Les quelque 50 kg du vélo suscitent pas mal d'efforts de poussée et de levage. Souvent, le sentier passe sur d'énormes racines qui constituent autant de marches à franchir, quand ce ne sont pas des troncs d'arbres tombés qu'il faut enjamber. La concentration et le dosage de l'effort quand on ne peut faire appel qu'à soi, sont impératifs. Pour les deux tiers des 7 km de grimpette, je fais trois aller-retour par tronçons de 200 m à 500 m : les deux sacoches avant, puis les deux sacoches arrière, puis le vélo. Ceci pour les portions les plus pentues ou les plus délicates à franchir (troncs sur torrent, canaules trop étroites pour passer vélo avec sacoches).

Je n'ose pas regarder ma montre. Je suis tout concentré sur cette fichue montée que je dois impérativement gravir. La pente finit par s'atténuer mais le sol est maintenant gorgé d'eau. Le sentier a disparu. Tout est marécageux. Impossible de passer en une fois avec vélo et sacoches. Il faut un peu ruser en plaçant les vieux morceaux de branches et de troncs trouvés sur place pour éviter un maximum de mettre les pieds dans l'eau.

Je n'ai plus grand chose de sec. J'ai tout de même réussi à ne pas trop mouiller mes seules petites chaussures Millet. Je crois en avoir terminé avec ce fichu sentier ! ... Que c'est long 7 km dans de telles conditions. Mais il ne pleut pas et il n'y a pas un souffle de vent : merci le Ciel. La forêt se fait plus clairsemée, un éclat de soleil, et bientôt les panneaux frontaliers.

Et ... côté Chili, une piste, une vraie, large avec certes plein de gros cailloux et de trous énormes mais au moins je peux monter sur la selle et pédaler ! Ma montre indique 11h. Finalement, j'ai mis moins de temps que j'avais estimé. Il me reste une quinzaine de km pour atteindre Candelario Mancilla, la police et la douane chilienne. La descente de cette piste est très cahotique avec de sévères rampes à monter. Je croise trois couples anglais et français qui font le trajet inverse du mien. Au troisième km après Candelario Mancilla, ils s'arrêtent tous les 10 m ou poussent le vélo.

La police des frontières chilienne est très tatillonne. Pas de difficulté pour mettre le tampon d'entrée au Chili. Mais cette police des frontières est très regardante pour les fruits, les légumes, la viande. Alors qu'il me restait une pauvre pomme, j'ai eu droit à une fouille complète de mes sacoches. Un peu énervé par cet excès de zèle, j'ai balancé la pomme dans la poubelle. Et j'ai eu droit à une leçon bien apprise sur les interdictions de produits à entrer au Chili : armes, alcools, légumes, fruits, charcuterie, drogue ... Au bout d'un moment voyant qu'il fouillait jusqu'au fond des sacoches, je lui ai dit qu'il ne trouverait pas de drogue. Du coup, il s'est arrêté et ... m'a souhaité ... la bienvenue au Chili. Attitudes et comportements très différents entre la PAF argentine et la PAF chilienne !

J'écris sur le ponton d'embarquement de Candelario Mancilla. L'eau devant moi est verte avec des teintes plus sombres au passage des nuages. La neige tombée cette nuit fond peu à peu. Le rythme du clapotis commence à bercer le cycliste qui attend le bateau de 17 h.

Oies de Patagonie

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

(Je complète depuis Villa O'Higgins)
Le bateau "Robinson Crusoe" est pile à l'heure. Il revient d'une virée aux glaciers continentaux. Embarquement du Mulet à la force des poignées après une descente d'escaliers sur le ponton. Le moteur se met en route.

Lago O'Higgins

Lago O'Higgins

Ca y est, je vais pouvoir atteindre Villa O'Higgins ce soir. C'était prévu mais presque inespéré. Après trois heures de navigation sur le lago O'Higgins, l'accostage se fait un peu laborieusement. Je dois remonter quatre jeux d'escaliers avec le vélo et prendre une piste en montagnes russes de 7 km pour atteindre le village. Je finis par trouver l'auberge El Mosco où je prends une chambre confortable pour deux nuits. Il est 21 h. Journée remarquable pour moi, bien remplie.

Pointe Nord Lago del Desierto - frontière Argentine Chili : 7 km vélo cross (6h30 - 11h) ; Frontière Argentine-Chili - Candelario Mancilla : 20 km (11h-13h) ; Bateau Candelario Mancilla - Puerto Bahamondes (17h-20h) ; Puerto Bahamondes - Villa O'Higgins : 7 km (20h-21h)

Jeudi 22 novembre 2018 - Le cocon El Mosco ... Villa O'Higgins

Journée récupération. Un très bon lit (merci El Mosco, l'auberge classique des cyclotouristes), une nourriture abondante et qui cale bien, de la boisson multiple ... Ce matin j'ai flâné et ... j'ai trouvé une carte Chip (Sim) pour le tout nouveau téléphone acheté à Santiago ayant oublié le mien dans la voiture à Toulouse. Alors qu'à El Chalten, pas de connexion possible en raison du téléphone qui n'avait pas quatre bandes, ici pas de problème. On met 4000 pesos (en gros 5 euros) et ça marche pour SMS, téléphone, internet durant 15 jours, renouvelable.
Villa O'Higgins est un village un peu far-west avec des bâtisseurs de la débrouille qui utilisent beaucoup le bois non dégrossi pour réaliser charpente, menuiseries, murs. On trouve tous les goûts avec une impression de vrac où tout semble possible. Une piscine d'une centaine de mètres barre une des rues principales, l'eau tombée ces derniers jours ne parvenant pas à s'évacuer. Le centre-bourg est pavé. Une plaza de armas est monumentalisée par des galeries aériennes couvertes en bois et disposées en étoile. Une petite église est accolée elle aussi tout en bois (on dirait "bardeaux de bois" ou "tavaillons" en France) avec un autel fait en bois massif. C'est un village du bout du monde.

C'est la fin de la classique Carretera austral qui relie Puerto Montt à Villa O'Higgins. Après,, au Sud, c'est le grand lac O'Higgins qui, en bateau, permet d'explorer les glaciers continentaux et d'accoster à Candelario Mancilla puis de gagner la frontière argentine par la piste que j'ai empruntée hier.
Beaucoup d'auberges, hostel, cabanas s'y trouvent du fait de l'attractivité que constituent cette carretera austral et les glaciers continentaux. Mais c'est loin de l'attractivité d'El Chalten et de El Calafate. Les habitants sont très accueillants. Ainsi une épicière a passé au moins trois quarts d'heure pour rendre la carte chip de téléphone opérationnelle. Lorsqu'un commerçant n'a pas ce que vous lui demandez, il vous indique chez qui vous pouvez trouver ce produit. On ne sent pas de concurrence mais plutôt une entraide mutuelle. Beaucoup de bricolage quand même associé aussi à une certaine inventivité peut-être artistique diraient certains. Néanmoins, tout ne marche pas toujours. Ainsi, le compresseur de gonflage des pneus de l'unique station service est en panne sans que l'employé n'indique ni ne cherche à réaliser une réparation ...
Beaucoup de cyclotouristes français et québécois à El Mosco, dont Dominique que Patrick m'avait indiqué sur ce site comme un cycliste que je devrais rencontrer sur mon chemin. Les "cyclos" se connaissent d'abord et surtout par les relations écrites de Voyage forum ou de sites particuliers sur des voyages faits à vélo.
Demain, départ assez tôt pour espérer atteindre Rio Bravo ou mieux Puerto Yungay après la traversée en ferry entre les deux lieux-dits à 19 h. La tenancière m'a assuré qu'elle me préparerait le petit-déjeuner pour 6h30. Rien donc de bien exceptionnel aujourd'hui sinon un peu de répit, de repos, de récupération, de respiration. Le tout dans une ambiance calme et détendue. Au fait ... bourrasques de pluie bien sûr. Demain, il faudra encore s'équiper en zombi de la tête au pieds pour jouer la grenouille ...

Vendredi 23 novembre 2018 - Le Mulet n'a plus que 3 vitesses (sur 27) ... Puerto Yungay

Ce matin à 6h30, mon petit-déjeuner était prêt, le feu allumé dans le poêle. El Mosco est très bien tenu. Dehors c'est moins gratifiant. Départ avec poncho et le reste pour supporter la pluie. En revanche, le vent n'a plus du tout la même force qu'en Argentine. Je file en direction de Rio Bravo pour espérer prendre le dernier ferry de 19 h afin d'atteindre Puerto Yungay. La piste est très caillouteuse mais tassée. Seuls les pneus trouvent très sévère de rouler sur des cailloux assez gros et surtout parfois très pointus. Le paysage traversé aujourd'hui est assez unique par l'étendue des forêts quasiment inexploitées et des tourbières fantastiques qu'on y trouve. Je borde le Rio Bravo une énorme rivière au débit impressionnant. Mais la piste a parfois des soubresauts redoutables avec au détour d'un virage des pentes à franchir que probablement peu de cyclistes grimpent sans pousser le vélo.

Très peu de circulation sur cette piste où se croiser entre véhicule et vélo oblige de mordre sur le bas-côté c'est-à-dire à s'arrêter tout net pour éviter de se planter dans la végétation. Deux camions citernes descendent vers Villa O'Higgins. Moi je monte au sens propre du terme vers Rio Bravo. Le croisement m'oblige à effectuer quelques gestes un peu rapides et ... CLAC ! le cable du dérailleur arrière que j'ai actionné peut-être un peu rudement pour passer la toute petite vitesse et ne pas chuter, se rompt ! Ca ne m'est jamais arrivé ! J'ai un cable Shimano de rechange. Le système Shimano Deore XT pour l'enfiler à hauteur de la poignée, paraît simple. Je parviens à fixer le dérailleur arrière mais ... les manettes n'actionnent rien du tout. Apparemment je n'ai pas fait d'erreur de montage. Mais sans doute la tête du cable n'était-elle pas au bon gabarit ? Il faut donc rouler sans pouvoir changer de vitesse ! Je réussis à bricoler pour que j'ai tout de même trois vitesses disponibles. J'ai les trois plateaux qui marchent encore. Donc, j'ai calé la chaîne sur le pignon le plus grand, et ainsi je peux sur les fortes pentes pédaler petit avec le petit plateau et le grand pignon, et je passerai le moyen plateau et le grand plateau pour aller ensuite un peu moins lentement. Ca m'oblige à faire tourner les manivelles très vite, ce que n'aimeront pas trop les fessiers soumis à des frictions inhabituelles. Le système me donne donc 3 possibilités de vitesses au lieu de 27.
Vers le 80ème km je sens un caillou taper la jante sous la roue arrière. Pas bon ... Ca se répète un peu plus loin. Le pneu se dégonfle lentement mais surement. Deuxième problème de vélo aujourd'hui ! La guigne ! Quand une galère arrive, elle n'arrive souvent jamais seule ! J'ai regonflé une bonne huitaine de fois avant d'arriver à l'embarcadère Rio Bravo. Il était 17h30. Le ferry arrivant pour repartir à 19 h, j'ai changé la chambre à air.

Refuge de Rio Bravo


La traversée en ferry jusqu'à Puerto Yungay dure trente minutes, est gratuite. Trois voitures et un vélo ... Le commandant m'offre un café chaud ! Au débarcadère de Puerto Yungay, un refuge ouvert à tous permet de passer la nuit un peu abrité. Mais une petite épicerie, presque cachée, propose des empanadas, des oeufs brouillés. C'est exactement ce qu'il me faut. Et ... je pose la question d'une "habitacion" possible ? Deux motards arrivent, très sympathiques. Nous partagerons la même "casita" chez l'épicière.
Demain samedi, je pensais aller à Tortel mais aux dires de l'épicière il n'y a pas de réparateur cycliste. C'est un village de pêcheurs. Je dois trouver une autre solution.

7h - 17h15 103 km +1010 m -1332 m Villa O'Higgins - Rio Bravo, et traversée ferry Rio Bravo - Puerto Yungay 30 minutes

Samedi 24 novembre 2018 - Le dérailleur me lâche ! solution de repli .... bateau pour Puerto Natales
La nuit porte conseil ? Il me semble avoir eu quelques signes dont je dois tenir compte : rouler avec 3 vitesses au lieu de 27 m'oblige à mouliner très vite les pédales ce qui irrite pas mal les fessiers et provoque une gène qui, avec les répétitions de friction, devient un vrai handicap voire une impossibilité de rester assis sur la selle. Tous les cyclistes ont connu cela un jour. La gène est bien réelle même après une nuit de repos. Or les deux jours qui me sont nécessaires pour joindre Cochrane afin de faire réparer ou changer le dérailleur, se déroulent sur un itinéraire avec des pentes à répétition qui ne peuvent qu'aggraver la gène : facteur pas très favorable pour continuer. Deuxième signe mais moins déterminant : le mauvais temps tempétueux est toujours là et le paysage reste bouché, quelques rares éclaircies exceptés. Et, troisième signe, de Puerto Yungay où je suis, tous les samedi, part un ferry pour Puerto Natales qui passe par des fjords différents de ceux vus à l'aller de Puerto Montt à Puerto Natales. Or, aujourd'hui, c'est samedi, le ferry est bien là, il est amarré et part ce soir à 20 h pour une traversée de 44 h.


Cette convergence d'éléments défavorables (rupture du dérailleur et ses incidences), et favorable (présence du bateau Austral Broom pour Puerto Natales), m'a décidé de prendre le billet du bateau et donc d'arrêter ma progression vers le Nord.
A l'heure où j'écris ces lignes, je suis dans le ferry. Le Mulet est tout penaud à l'abri d'une énorme remorque. J'avais bien prévu cette solution de repli mais c'était la moins attendue ...

25-29 novembre 2018 - Bateau et ... bateau !
Le ferry d'Austral Broom ressemble à un long cigare bleu et blanc. Très rustique, il n'a que des banquettes avion pour passer la nuit.

La nourriture est sommaire. Je me fais remarquer car je quémande un peu plus à manger : on m'octroie une part supplémentaire. Les deux motards chiliens Pedro et Ari Khan m'accompagnent finalement après être allés se faire photographier devant le panneau indiquant le bout de la carretera austral à Villa O'Higgins. Très sympathiques ces deux-là. On échange adresses mail. Au petit matin, c'est la halte à Puerto Eden, ce village indigène patagonien seulement ravitaillé par les ferries.

Puerto Eden

On peut descendre du bateau et arpenter les passerelles qui connectent les petites maisons de bois. Quelques villageois montent pour aller à Puerto Natales, la ville la plus proche.

L'accostage à Puerto Natales est assez rapide. Il est 14h30. Je me mets le premier sur la ligne de départ car je voudrais prendre le seul bateau hebdomadaire qui permet d'atteindre Puerto Montt. Je n'ai que trois heures pour pouvoir acheter un billet. Je traverse la ville pour rallier le Terminal de bus dont les bâtiments tout modernes abritent pas mal de bureaux de compagnies de bus mais aussi l'Office du tourisme et Navimag, la compagnie maritime. Par chance, il y a de la place sur le bateau Evangelistas - le même que celui de l'aller. Le tarif est trois fois plus cher pour les non chiliens comme pour le ferry d'Austral Broom. Le Mulet est gratis. Les formalités d'embarquement étant bouclées, je peux contacter la famille par Whatsapp (via le réseau Intel) et mettre à jour le site. L'embarquement est à 21h. Donc, un peu de temps pour un bon restaurant : agneau patagonien, frites, verre de vin Malbec.
L'Evangelistas est arrivé avec beaucoup de retard à Puerto Natales en raison de conditions météorologiques difficiles. Le déchargement des multiples remorques de camions est un ballet spectaculaire de tracteurs du port maniés comme des bolides de course. J'emménage pour 4 nuits avec l'arrivée vendredi matin 30 novembre à Puerto Montt.

Beaucoup de français dans ce bateau : Kamel, médecin cycliste que j'avais rencontré à Villa O'Higgins et qui, après avoir atteint El Chalten dans le sens Nord-Sud, a pris un bus pour Puerto Natales ; Dominique et Jean-Noël, un couple étonnant qui voyage depuis 2 mois au Chili et qui va repartir très vite au Japon. Il faut dire qu'elle fut guide à Nouvelles Frontières . Son mari est un artiste en photographie et magnifie chaque photo par des choix d'éclairage, de composition, d'angle de prise de vue, de choix de focale.

Les conditions météorologiques semblent s'améliorer. Et ... trois jets d'eau sortent de l'eau !

Baleines de Minke

Trois petites baleines se suivent : toujours magnifiques ces apparitions. Ce sont des baleines de Minke. Pas mal d'albatros recherchent leur pitance. Quelques dauphins font des bonds pour s'écarter du ferry. Mais, peu d'oiseaux.

On croise quelques rares bateaux dont un d'un institut de recherche marine. Le vaisseau rouillé du Captain Leonidas est toujours à sa place.

La baie des Penas marque l'entrée dans l'océan Pacifique avec une houle nettement plus forte qu'à l'aller. On suggère fortement la prise de cachet pour le mal de mer. Kamel, le docteur cycliste, me propose une pilule qui serait très efficace. Je me laisse faire.

Finalement le passage par l'océan Pacifique s'est révélé pas si houleux que ce qui avait été prédit. La nuit fut à peu près normale. Mais le matin ... très mauvais temps !

Comme on est bien dans le bateau ... La journée de jeudi a été un peu longue car pas possible de sortir sur le pont ... Pour passer le temps, on nous a montré la fabrication du maté ... Bôf ! Ca ne supplantera pas le café.

Vendredi 30 novembre - La fête ! ... Puerto Montt
Oui c'est ma fête aujourd'hui. Réveil à 6 h ce matin pour le petit-déjeuner à 7 h. L'Evangelistas a accosté depuis déjà deux heures. Le ballet des norias de tracteurs qui désengorgent le ferry a réveillé tout le monde. Beau temps ! Oui ! à Puerto Montt mais pas mal de vent bien sûr. La sortie du bateau est très encadrée par les mesures de sécurité. Je finis par pédaler (enfin !) sur du bitume avec grande modestie mais avec un mouvement de manivelles qui fait penser à certains coureurs très forts du tour de France, la vitesse maximale atteinte étant ... 15 km/h. L'arrivée chez Maria Zulema ma logeuse se fait avec un accueil toujours très sympathique. Alfredo, le mari de Maria, me conduit de suite chez un réparateur cycliste hors pair. L'atelier est presque net comme une salle blanche ! L'examen de la bête (le dérailleur) est sans appel : le dérailleur doit être changé. Mais, un oeil plus précis du docteur cycliste semble apercevoir un petit bout à l'intérieur du trou de passage du cable. Il faut opérer ! Le boitier de la manette du dérailleur Shimano deore XT est ouvert. Le docteur revient sur son diagnostic : la tête du cable cassé est resté coincée à l'intérieur du boitier et empêche le système des cliquets de fonctionner. Docteur cycliste réussit à extraire le coupable du non fonctionnement du dérailleur. On remonte alors le boitier, on enfile le cable dérailleur, on le fixe à l'arrière. quatre tours de pédales et le cliquetis des neuf passages de vitesse fait un doux bruit aux oreilles de Dédé ! Ainsi est illustrée la leçon qu'un petit bout (de cable) de quelques millimètres peut avoir d'énormes effets (sur des ... km).

LATAM, la compagnie aérienne a-t-elle une officine à Puerto Montt ? Je veux anticiper mon retour en France. Seule l'île de Chiloë m'est inconnue et est réputée pour les quantités de pluie qui l'arrosent. J'ai pris assez d'eau et de vent. Un peu d'apaisement fera du bien au bipède. J'avance mon retour au dimanche 2 décembre pour arriver à Toulouse le 3 décembre en fin d'après-midi. Ce soir, avec quelques français du bateau, on dîne ensemble à Puerto Montt.

Finalement, pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression que j'ai eu de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

1-3 décembre 2018 - De la tronçonneuse au B 787-9

Le retour à Puerto Montt m'a fait retrouver le bricolage. Alfredo, le mari de Maria Zulema qui me loge, a un problème de tronçonneuse. Il y a deux ans, déjà, j'avais dû lui montrer comment elle fonctionnait. Toute neuve alors, elle n'a pas beaucoup servi depuis. La famille Zulema a l'impression d'avoir acheté une machine qui n'est pas d'origine. Je me transforme en docteur Stilh. La chaîne est détendue d'au moins trois centimètres. Je montre comment retendre le support de chaîne. Puis, les réservoirs d'huile de chaîne et d'essence sont vides. Ah ! il faut de l'essence ? Non ... d'un mélange à 3% ... Allons chercher ce qu'il faut. Le pick up Toyota a un volant dur à tourner. Pas de mélange en vente. Il faut se le faire ... et ... l'huile de chaîne n'est pas la même que l'huile du mélange ... Finalement, starter à fond, ça pète une fois puis s'arrête. Starter au milieu : la tronçonneuse démarre. La chaîne ne tourne pas : déblocage de la sécurité. Youpie ! ça tourne, ça fait beaucoup de bruit ... Les yeux d'Alfredo regardent la machine comme si un miracle venait de se produire. Puis, il faut couper de grosses branches qui menacent la toiture et débordent chez le voisin. La machine fait le travail sans difficulté et avec efficacité. Le cycliste est devenu magicien. En réalité, la tronçonneuse est une excellente Stilh avec une lame de coupe de 40 centimètres et un gros moteur.

La maison de Maria Zulema est bondée. Elle me trouve une banquette pour dormir. Le dimanche 2 décembre au matin, Antonio, le fils du ménage, se réveille avec effort pour me conduire à l'aéroport. Le Mulet boudiné dans son carton est fixé aux ridelles du pick up. En route, au revoir Maria, Alfredo ! ... "Tu reviendras ?" ... Peut-être ! Il faut dire que la Patagonie est encore trop synonyme d'envies non satisfaites. LATAM, la compagnie chilienne, me fait payer 100 dollars le transport du vélo. C'était 200 dollars il y a deux ans. A l'aller c'était 75 euros il y a deux ans, c'était 45 euros cette fois-ci, avec exactement les mêmes compagnies (LATAM et Iberia). Allez comprendre la cohérence de tout cela !

Le Boeing 787-9 du trajet Santiago - Madrid est un avion neuf, remarquablement équipé pour le voyageur, très silencieux, mais avec des sièges un peu durs, une nourriture chiche, un service parfait. Un gros avantage : j'avais trois sièges pour moi. D'où une nuit allongée tranquille et reposante.

Toulouse est très encombrée. Pas de gilets jaunes en vue mais des informations radio surprenantes ... Il est 19 h ce lundi 3 décembre. Je ne suis plus en ... Patagonie profonde !

Urubu à tête rouge

Réflexion ...

Pédaler même dans les pires conditions, ce n'est rien par rapport à la fatigue psychologique. Je ne crois pas avoir commis d'erreurs dans ce voyage un peu bizarre au vu des conditions météorologiques et de cette impression de souricières à répétition dont il fallait trouver le moyen de se sortir. C'est quand même un peu rageant de voir qu'une petite tête métallique de quelques millimètres coincée dans une manette de dérailleur ait pu avoir autant d'importance au point d'empêcher la fin du périple initial envisagé. C'est la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat, mais ... à l'envers !

Le grand moment de ce voyage écourté a été la remontée des 7 km (avec au moins 500 mètres de dénivelée) du Lago del Desierto à la frontière chilienne avec la gestion de la pente, du sentier parfois disparu dans des parties marécageuses, et des 50 kg du vélo chargé. Les trois aller-retour (sacoches avant, sacoches arrière, vélo) ont été une bonne solution. La neige n'était pas très loin mais heureusement le passage du col frontalier a été possible.

Le pire moment de ce voyage a été lorsqu'il a fallu choisir entre continuer depuis Puerto Yungay en pédalant tout petit sur plusieurs centaines de km pour pouvoir éventuellement réparer, ou prendre le bateau qui était à mes pieds. La première solution était possible au plan physique mais non sans risque de devoir abandonner et alors galérer pour trouver des solutions et rejoindre Puerto Montt.

La deuxième option a été la plus évidente : un bateau jusqu'à Puerto Natales (le seul de la semaine et l'unique destination bateau depuis Puerto Yungay) puis un bateau pour Puerto Montt. C'était la solution la plus raisonnable.

Chaînon manquant (en jaune) dans le parcours prévu ... à faire en ... janvier 2020 ! ...


Le contexte

Deux voyages dans cette région du monde : un premier en 2016, avec Jean-Pierre Bourgard pour découvrir les grands classiques (Ushuaia, massif du Paine, glacier Perito Moreno, massif du Fitz Roy), un second en 2017 avec le vélo sur la Carretera Austral de Puerto Montt à Villa Cerro Castillo.

Pourquoi revenir ?

La Patagonie est réellement une région du monde exceptionnelle : des paysages grandioses, des étendues sans fin, des massifs montagneux aux lumières magiques, une côte Pacifique ourlée de fjords, des glaciers vivants et croulants sous nos yeux, une météo fantasque mêlant rafales de vent et pluie à des éclairages solaires violets/rouges inconnus dans nos contrées européennes.

Et puis ... je n'ai pas pu boucler la Carretera Austral en 2017, noyé que je fus sous un déluge de pluie et de vent durant 11 jours sur les 13 passés sur cette Carretera Austral. J'avais jeté l'éponge à Villa Cerro Castillo en basculant vers l'Argentine pour trouver des conditions météorologiques plus favorables. J'avais découvert les magnifiques lacs argentins au Nord de Bariloche, et les grands lacs chiliens entre Pucon et Puerto Montt, gravi le volcan Villarica ! Alors ... j'ai imaginé un périple un peu original qui combinera traversées en bateaux et vélo pistes, routes, et ... même une traversée cross obligatoire au Nord du lago Desierto. La boucle "idéale" imaginée est résumée dans la carte suivante :

D'abord c'est une longue traversée en ferry de Puerto Montt à Puerto Natales (tracé vert sur la carte). Quatre jours le long des côtes de Patagonie en naviguant au milieu de fjords.

Puis, de Puerto Natales à El Calafate et à El Chalten en Argentine au pied du majestueux Fitz Roy, une bonne semaine de vélo, peut-être la plus dure de tout le périple. On est sur la route 40 avec juste quelques portions goudronnées, le plus souvent du ripio (de la piste) avec un vent quasi permanent et des rafales qui peuvent rendre impossible l'avancée en vélo (exemple d'avancée impossible). Il faudra alors prendre patience, s'arrêter (où l'on peut ...) et jouer avec les accalmies, ou, au pire, trouver un conducteur de pick up qui embarquera bonhomme et vélo.

Une deuxième partie après, je l'espère, deux jours de repos à El Chalten avec montée au pied du Fitz Roy. D'El Chalten à Cochrane, on doit obligatoirement traverser deux lacs. Facile ! Sauf que la météo peut être exécrable au point d'empêcher toute navigation et ... il n'y a de bateau que deux à trois jours de la semaine. Une redoutable portion de vélo cross au Nord du lago Desierto ... On arrive alors à Villa O'Higgins le tout début de la Carretera Austral mais par le Sud.

De Villa O'Higgins à Cochrane, c'est une succession de paysages lacustres avec juste un seul village - Tortel - qui a la particularité de n'être accessible que par des passerelles en bois.

Une troisième partie toujours en ripio permet de gagner le lago du General Carrera qui unit Chili et Argentine, un peu comme le lac Titicaca unit Pérou et Bolivie, ce lac que j'avais traversé en 2017 pour m'échapper du mauvais temps chilien. On rejoint alors Villa Cerro Castillo lieu de mon abandon en 2017 puis, par un bitume retrouvé, on atteint la grande ville de Coyhaique et enfin Puerto Chacabuco, un port où je reprendrai un ferry pour, suivant le temps qui me restera, ou joindre l'Ile de Chiloë ou joindre Puerto Montt.

Au cas où le bonhomme et le vélo seraient encore en pleine forme et, surtout, dans les temps, je filerai vers l'Ile de Chiloë par une traversée ferry d'une trentaine d'heures. Alors, ce serait un bonus du voyage, une balade tranquille de 3-4 jours avec de beaux aperçus en particulier sur les très originales églises en bois coloré, avant de joindre Puerto Montt. La boucle serait ... bouclée.

Tout ça ... c'est ce qui est imaginé ! Au total, ce serait de l'ordre de 1600 kilomètres. Mais que vont décider Monsieur le Vent et Madame la Pluie ? Météo Vent Pluie

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25 septembre - Enfin, de la très belle piste ...

Chambre très bruyante à Chao. Les camions prenaient un péage pour passer la nuit dans