Patagonie 2020

Patagonie 2020

Après avoir bouclé mon chainon manquant en Patagonie

La Patagonie surprend toujours ! 4 voyages dont 3 à vélo. Magie des paysages rencontrés ... Météo exceptionnellement capricieuse et parfois extrême ! La Carretera austral est un classique du cyclotourisme, mais jamais très facile car très rares doivent être ceux qui la parcourent dans d'excellentes conditions. Il y a toujours quelque chose qui ne facilite pas le bipède qui la parcourt à vélo : un soleil très cuisant (rare), une pluie qui peut être drue voire cinglante, parfois de la neige, un vent qui peut être épouvantable (rafales paralysantes), un ripîo roulement à billes (sur pas mal de portions), une tôle ondulée fracassante (fréquemment), des crevaisons à répétition (et oui ! ...), un porte-bagage démembré à force de sauter sur la piste (ça arrive !), une chaine qui casse, un pneu crevassé, un pédalier qui bloque ... un cable qui ... la soif qui ... la faim qui ... la tente qui ... le réchaud qui ... ! Impréparation ? Pas nécessairement.

Le petit chainon manquant de mes parcours que j'ai fini par boucler en janvier 2020 - Coyhaique-Puerto Yungay - m'a fait vivre beaucoup de tous ces tracas de cycliste. Le tout est d'arriver à dépasser les difficultés et de pouvoir avancer à nouveau en pédalant tant bien que mal. A dire vrai, le parcours de la Carretera austral à vélo est plus une performance qu'un voyage contemplatif. Le nez dans le guidon est une constante. Lever la tête en pédalant oui c'est possible sur les portions roulantes sans trop d'effort. Elles sont rares. On est le plus souvent arc-bouté sur le guidon pour tenir ferme l'engin à deux roues. Lever la tête pour admirer la Nature environnante ne peut être qu'une position de courte durée car la nuque se raidit et ... les yeux ont besoin de bien voir où l'on met la roue avant ...

La portion Coyhaique - El Chalten est très spectaculaire. Pour l'habitué de la montagne, il y a là un condensé de tous les étages altitudinaux avec en plus les énormes glaciers proches, et une Nature foisonnante sur des superficies totalement inhabituelles. Les lacs argentins au Nord de Bariloche et peut-être surtout les lacs Chiliens au Nord de Puerto Montt sont un régal pour pédaler sans trop d'efforts. La montée de Puerto Natales vers El Calafate puis El Chalten avec en ligne de mire les massifs du Paine et du Fitz Roy procure d'exceptionnelles sensations par la grande magnificence de ces paysages. Mais ... Monsieur le Vent s'invite souvent ...

L'accueil des Patagons, rares et surtout dans les grosses bourgades, est toujours fait de passion et de partage. Ils veulent entendre que la Patagonie est un pays unique, dur, vivant, sauvage, attachant. Partout où je suis passé, beaucoup d'interrogations : pourquoi le vélo ? "Tu n'as pas assez d'argent pour te payer une moto ?" ... Le vélo, un luxe de nanti ... à moins que ... un peu maso ... Certainement de tout ça et de bien d'autres choses encore ...

4 février 2020

 

Patagonie 2020

La Carretera Austral ! Je vais finir par la connaître par son petit nom ! Troisième virée tout là-bas, tout loin ... Trois avions ! Aïe le bilan carbone ... mais je dois compenser avec le vélo non ? J'y retourne ... pour essayer de boucler ce que je n'ai pas pu finir en décembre dernier à cause d'un vilain petit bout de cable de dérailleur qui ...

Cette fois, le troisième avion c'est non pas Santiago - Puerto Montt mais Santiago - Balmaceda. Balmaceda ... c'est où ? Tout près de Coyhaique, une chouette petite ville où j'étais passé il y a deux ans. Billet d'avions avec LATAM, la très belle compagnie chilienne que j'ai utilisée lors de mes voyages au Chili. Toujours des complications avec les avions ... Le billet pris, quelques mois après, LATAM m'informe que le vol Santiago - Balmaceda est annulé ! On finit par trouver une solution : passer une nuit à Santiago airport pour prendre l'avion le lendemain matin de bonne heure. Bon ... Et puis, lors des jours de réclame de fin novembre, je m'aperçois que l'avion annulé est en service à l'heure et au jour qui était soi-disant ... annulé. Coups de téléphones multiples pour arriver à trouver quelqu'un qui m'écoute ... No problem ! « Exceptionnellement » on consent à me remettre sur le vol « annulé ». Ouf, histoire de Ouf ! Ca m'évitera une nuit à Santiago airport ! L'avion c'est toujours ce qu'il y a de plus compliqué pour un cycliste ...

Au fait ... départ le 12 janvier 2020 pour Balmaceda à 50 km du départ vélo de Coyhaique

2020 Coyhaique - Puerto Yungaï ... aller-retour ...

Avant le départ ...

Chaine remplacée, jante arrière d'origine changée, patins de frein tout neufs, le vélo doit être prêt ! Je l'écoute comme on surveille un convalescent. De temps à autre, même avec la chaine neuve, mes pédales sursautent. Bizarre. Pascal, docteur vélo d'Oloron, me dit que ça vient des pignons qu'il faut changer. Il me met une cassette 11 x 34 à neuf vitesses. Je reprends le vélo et au premier effort en côte, clac ... plus de chaine. L'attache rapide a cédé. Mieux vaut que ça arrive ici ! ... Le vélo, vite remis sur pattes, doit être testé. C'était hier. Ce matin une pluie fine ressemblant à de la neige fondue me fait hésiter. La neige est à 800 mètres d'altitude. Pourtant, avant de mettre le Mulet dans son carton, je dois vérifier que tout est en ordre. Sans trop réfléchir, je pars faire un tour. Les doigts prennent un petit onglet pas très agréable. Ca pèle dur ! Plateaux, pignons, tout passe bien. J'ai l'impression que le vélo avance tout seul ! Sympa d'avoir du matériel en état. Je retourne trempé à la maison. Tout est en ordre. Le Mulet est démonté, mis au cachot cartonné ...

L'emballage carton est ce qu'il y a de plus protecteur pour le transport du vélo en avion même si la plupart du temps le carton arrive complètement éventré. Le recours aux marchands de cycles permet de récupérer les emballages de vélos neufs. Avant, j'utilisais les cartons d'Air France mais l'agence a disparu de l'aéroport de Pau. Lorsque les cartons sont très grands, il vaut mieux les recouper pour éviter d'être refoulé lors de parcours en avion de faible contenance notamment à cause de l'accès en soute, voire comme cela m'était arrivé à l'aéroport de Barcelonne, d'être trop large pour le contrôle en machine. Cette fois, j'ai taillé le carton pour un gabarit 173 cm x 83 cm x 20 cm, avec la roue avant, le guidon, la selle, la béquille, démontées, les pédales retournées, le tout bien calé avec ma tente, mon matelas coquille d'oeufs, le casque. Plus possible pour le Mulet de bouger le moindre pignon.

Dimanche 12 janvier 2020 - Départ toujours un peu stressant pour ... le vélo

Réveil en sursaut dans la nuit ! J'ai oublié de dégonfler les pneus ! ... Coups de cutter pour défaire les attaches du carton. La roue arrière restée fixée consent à tourner jusqu'à ce que la valve soit à portée. Pchitt ... Ouf ! Sinon le risque d'éclatement est grand en raison des changements de pression en soute (encore que lors de mon retour du Kenya les pneus étaient restés gonflés et étaient entiers à l'arrivée - mais j'avais averti à l'embarquement).

Etape à Léguevin près de Toulouse chez ma fille Laure pour célébrer de manière un peu anticipée l'anniversaire de Ninon (8 ans) et de mon gendre Pierre. Mon fils Thomas avec Nadine étaient de la fête. Raclette réussie et patisseries excellentes !

Ce dimanche, Pierre me conduit à Blagnac.

L'avion ... tête à l'envers pour le cycliste !

Todo esta bien ... pour le moment !

Toujours premier ... au guichet d'enregistrement ... Ca permet la causette avec un jeune joueur de rugby au parcours étonnant : né d'un père hollandais mais français de naissance, parents hôtelier en Savoie, coureurs de pays dont Etats-Unis, Espagne, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud ... ce joueur de rugby a été recruté dans l'équipe de Pau en octobre, mais fait aussi partie de l'équipe division 1 d'Espagne. C'est pour cela qu'il prend le même avion que moi pour Madrid. Il est aussi en deuxième année de l'école supérieure de commerce de Pau. Bref, un garçon qui a beaucoup d'atouts. Son nom : j'ai entendu quelque chose comme « Bruinsman ... ». A retenir puisque dans tous les pays où il est passé, on l'a pris de suite dans l'équipe nationale.

L'employée au guichet est équatorienne. Je lui parle de son beau pays. Le vélo ne l'effraie pas. Pour une fois, on ne me dit pas que le vélo risque ne pas partir car l'avion est petit ... 100 euros avec, pour la première fois, nul besoin de le récupérer à Santiago du Chili pour réembarquer dans un avion LATAM de ligne intérieure. Par précaution, elle me dit de me renseigner tout de même à Madrid.

Près du comptoir d'enregistrement à Toulouse, un comptoir Avia où je vois qu'ils vendent des cartons pour les vélos. Renseignement pris c'est 35 euros ! Mieux vaut aller chez son cycliste en récupérer un gratis.

Au passage du portique pour bagages hors normes je dis à l'employée que ce serait plus que bien si le vélo pouvait prendre le même avion que moi. In petto, l'employée hurle le numéro du vol Iberia. Il ne manquait plus que le répétiteur mais ... il devait être loin !

Embarquement du Mulet à Toulouse

Le vélo a réussi à passer mais en diagonale par la porte étroite de la soute. Un bon début ! Le Bombardier est plein comme un oeuf.

Le survol des Pyrénées est agrémenté de belles couleurs rougeoyantes. On passe un peu à l'Est de la vallée d'Ossau : je reconnais le Moule de Jaout dont le sommet enneigé est éclairé par une douce couleur orangée, les montagnes de Gourette, la vallée du Soussouéou bien originale par les falaises de la Tume - une belle discordance géologique, mais l'avion a soudainement viré à droite pour filer pile au-dessus du Pic du Midi d'Ossau. Cette fois, je ne le verrai pas. L'atterrissage à Madrid est toujours très long : il faut rouler pas moins d'un bon quart d'heure avant de stopper. Impressionnantes les surfaces goudronnées de cet aéroport. Puis jeu de pistes pour prendre le train-navette qui mène au nouvel aéroport et trouver après près d'une demi heure de marche le terminal S. A noter que le vol Iberia Toulouse-Madrid ne donne plus de boisson et de sandwitch que contre monnaie sonnante.

Passage au-dessus des Pyrénées

1ère étape Madrid

Lundi 13 janvier 2020 - Avions ... toujours vérifier

Vol LATAM Madrid - Santiago du Chili dans un boeing 787-9 en apparence en pleine forme (c'est le cas pour les moteurs) mais qui avait dû faire des kilomètres si j'en juge le siège où j'étais qui n'avait plus d'amortisseurs même dans le dossier. Ca grinçait de partout. Dans les toilettes, un engin métallique avait dû être oublié car ça claquait des castagnettes tout le temps au plafond ...

Heureusement que j'ai vérifié au comptoir LATAM de Madrid si je devais ou non récupérer les bagages à Santiago : affirmatif me dit l'agent LATAM m'expliquant qu'il fallait d'abord passer la douane puis les migrations.

Vol sans histoire. Grande classe des hôtesses, nourriture moyenne, boissons itou. Arrivée à l'heure prévue avec donc 4 heures de décalage avec la France. Les sacoches arrivent en premier puis le carton vélo qui déborde beaucoup dans les virages du tapis roulant. Un peu explosé aux poignées et au centre, je comble vite avec du collant solide que j'emporte toujours dans la sacoche cabine.

Direction le change. Un employé qui n'en est pas un (il se fait ainsi un peu de pesos) me guide pour le réenregistrement des bagages et du change. Efficace. Du coup je lui donne 5000 pesos (en gros 6 euros) mais ... il me dit que ce n'est rien. Je lui dit que cela fait 6 euros. Il ne pipe plus mot et me salue avec une bonne poignée de main.

L'avion pour Balmaceda est un 320, Airbus bien sûr. On longe la cordillère pour aller plein Sud, mais cette fois je ne verrai pas les volcans Villarica et Osorno car il n'y a pas d'escale à Puerto Montt. Avion direct donc : on dirait en France une ligne d'aménagement du territoire. Le vélo a encore pris un bon coup avec une poignée toute déchirée, mais au moins il est là. Je piste comme indiqué par Martha la tenancière du logement qui m'abrite à Coyhaique, Valencia transfert une navette qui - aïe - ne peut pas contenir le carton vélo. Je rouspète dis que l'on avait téléphoné à l'agence pour s'assurer que tout allait bien se passer (j'avais appris par coeur la traduction espagnole) ... et puis je vois que quelques minutes après une navette de l'agence plus grande arrive pour moi tout seul ! Efficace tout de même. Chez Martha et son mari - qui viennent d'avoir leur deuxième fille (4 mois) - la réception est parfaite. Je remonte vite le vélo, va vite acheter un peu de vivres pour demain, va vite trouver un restaurant car la journée a été maigre en nourriture, vais vite me doucher, ranger les sacoches, pour essayer de prendre encore un peu de temps pour écrire quelques mots sur le site. Allez dodo. Demain matin 6h30 petit-déjeuner et - enfin - 100 km à pédaler ... si tout va bien !

Mardi 14 janvier 2020 - Villa Cerro Castillo - Une bonne entrée en matière

Couché tard, levé tôt avec la petite musique de la pluie qui tombe sur les tôles ondulées des appentis attenant à l'hôtel familial de Martha. Hier la température était chaude. Ce matin petite pluie fine température acceptable, passage quasi glacial dans la réserve naturelle des Huemuls, pluie plus sévère avec vent de face patagonien pour les 25 derniers kilomètres. Voilà ... c'est la Patagonie !

Départ de Huemul Patagon

La sortie de Coyhaique est facile. On prend la Carretera austral jusqu'à l'embranchement au bout de 40 kilomètres qui sépare la Carretera austral de la route qui mène à l'aéroport de Balmaceda et en Argentine. Trafic intense sur ces premiers kilomètres : taxis et petits bus roulent à vive allure pour atteindre l'aéroport dans les temps. Il faut dire qu'il y a quatre grandes portions de travaux où l'on ne peut rouler que de manière alternée en gros tous les quarts d'heure. Le cycliste, lui, après avoir demandé la permission à l'employé qui fait la circulation, passe tranquillement sur la voie en travaux.

J'avais déjà fait cette étape jusqu'à Villa Cerro Castillo lors de ma première venue sur la carretera austral, dans des conditions de temps qui m'avaient fait jeter l'éponge après. Aujourd'hui, j'ai redécouvert les immenses prairies où l'on coupe un foin étonnamment dense, les bordures de route fleuries naturellement avec ce que chez nous on appelle des lupins mauves et blancs et des immenses fleurs bleues qui font penser à des vipérines géantes, les très beaux espaces forestiers de la réserve naturelle des huemuls, une espèce intermédiaire entre chevreuil et cervidé. Mais je n'en ai pas vu alors que Martha l'hôtelière a pu en photographier sur le bord de la route depuis sa voiture. Faut dire que si j'ai pu passer entre les gouttes la plupart du temps, dans la réserve des huemuls le temps était vraiment froid et ... de pire en pire avec à la fois la pluie qui est devenue assez cinglante, et Monsieur le vent patagonien qui est venu me dire bonjour avec des rafales à bien tenir le guidon et l'équilibre durant les vingt cinq derniers kilomètres. Mon arrivée trempée s'est fait remarquée en entrant dans un restaurant que je croyais être un hôtel. J'ai fini par trouver l'hostal El Rodéo, sans étoile, mais avec un poële à bois allumé fort agréable quand on arrive pas mal mouillé.

Ce fut une étape fort honorable en guise de mise en train. Une dénivellation cumulée positive de 1595 m, 98 km, et des conditions météos patagoniennes mais mais pas extrêmes comme j'ai pu en trouver les années passées.

Coyhaique - Villa Cerro Castillo, 98 km, +1595 m -1553 m

Mercredi 15 janvier 2020 - Chelenko Hot Spring – Le ripio et les bosses …

Diner pantagruélique hier soir au restaurant Villarica à Villa Cerro Castillo. Villarica nom du volcan chilien en activité mais, comme je l'ai vu, avec un minuscule cratère. Ca fume et parfois on voit la lave incandescente rouge. Hier soir Lomo a la pobre agrémenté d'un beau flacon de bière blonde. Il fallait ça pour préparer la journée d'aujourd'hui.

Psychologiquement, c'était là à 3 km de Villa Cerro Castillo que j'avais jeté l'éponge pour continuer la Carretera austral que j'avais parcouru depuis Puerto Montt sous des abats d'eau et avec le fameux vent Patagonien. J'avais bifurqué vers l'Argentine. Aujourd'hui, je retrouve presque mes coups de pédale d'il y a deux ans, reconnaissant les moindres passages. Il fallait donc dépasser les 3 km. Lever à 6h15, le poêle à bois est déjà allumé. Un café au lait, un yaourt, trois biscuits et le départ est donné. Le temps est moyen mais il ne pleut pas. Le vent par contre tourbillonne un peu.

La massif du Cerro Castillo est encapuchonné

La sortie de Villa Cerro Castillo est cimentée

Le ripio est assez éprouvant

L'arrosage n'arrange pas les choses

C'est parti ! Sur 15 km le ripio a été cimenté. Mais les bosses sont omniprésentes avec des montées raides voire très raides (petit-petit) qui, sur le ripio, énerve un peu le cycliste car ce ripio est toujours constitué de ronds cailloux non tassés de 3 à 5 cm. Le paysage à la sortie de Villa Cerro Castillo est splendide avec les belles montagnes acérées qui bordent le petit village. La ronde des camions et des pick up est sans interruption car d'énormes travaux sont en cours pour, à terme, aplanir un maximum la carretera austral. Je me croyais en Chine où les terrassements énormes suppriment des pans de montagne entiers.

Des cyclistes de toutes nationalités me suivent, me dépassent, me croisent. Etonnant ce ballet des vélos sur cet itinéraire. J'ai croisé un couple de français d'Ardèche. Les kilomètres de ripio durci par les va-et-vient des engins de travaux publics cassent un peu l'ambiance des magnifiques paysages du départ. On longe plusieurs très belles lagunas. Mais le temps passe ! Rouler entre 4 et 5 km/h avec le vent de face et les coups de boutoir des rafales, c'est pas terrible pour les kilomètres gagnés.

Je pensais camper quelque part. Alors que j'avançais sans trop de conviction pour choisir un emplacement, une pancarte au milieu de nulle part indique un hôtel : Chelenko hot spring. Surprise ! C'est un tout nouvel établissement au fond des bois sur les bords du Rio Murta dont je serai un des tout premiers pensionnaires. Après une rude journée de pédalage en ripio, un bon lit permet de mieux récupérer. Mais le wifi n'est pas encore installé.

Au total, ma barrière psychologique de mon arrêt d'il y a deux ans, a été dépassée. Mais cette étape est d'un bon niveau et pour le vélo et pour le cyclste. Demain je rejoins Puerto Rio Tranquilo.

Villa Cerro Castillo - Hôtel Chelenko bordant le rio Murta, 81 km +1007 m -1120 m

Jeudi 16 janvier 2020 - Puerto Rio Tranquilo - Vélo ... bateau

Compatible ? Complémentaire aujourd'hui. Les employés de l'hôtel Chelenko ont voulu prendre en photo devant l'hôtel le premier client de l'hôtel ... Départ sans vent (mais oui ça arrive ...) sur une « presque route » qui est une belle chaussée empierrée aux cailloux fort pointus et donc aussi ce que l'on nomme aussi une piste tape-cul et tôle ondulée. Mais à la lumière toute douce du matin, au calme apaisant du lever du jour sans pluie sans vent, le pédalage est un régal. Oublié le ripio (pour aujourd'hui). Ca monte un peu toujours avec les fameuses bosses pentues mais l'envers des bosses est un bonheur. On avance sans pédaler même si ça secoue pas mal. Il faut faire très attention aux dérapages lorsqu'on est un peu trop sur le bas-côté car la piste penche du mauvais côté et la chute est rapide.

On ne joue pas dans la même cour, hé Mulet !

 

Beaucoup de forêts de lengas emplis de lichens, remplacées au fur et à mesure que l'on descend en dénivellation par des semblants de prairies jonchées de troncs brûlés, témoignage des pratiques qui, pour récupérer des surfaces d'herbe, consistaient à mettre le feu à la forêt. Peu ou pas de maisons et de cabanes occupées, peu ou pas de bétail hormis quelques vaches brunes et des beaux moutons à la laine fournie. Je demande à un gaucho qui menait deux chevaux si je pouvais le prendre avec mon « kodak », il réajuste le béret et me fait un grand sourire. Clic-clac.

Lago général Carrera

La journée vélo est courte aujourd'hui : joindre Puerto Rio Tranquilo. Quelques 45 kilomètres. Mais quelques sacrées rampes encore dont la seule portion pavée où j'ai failli mettre pied à terre tellement l'inclinaison était coriace. Puerto Rio Tranquilo, un curieux village très prisée des touristes. De fait, il y a beaucoup de possibilités de découvertes et de pratiques : glaciers, rafting, canoë, et ... le tour des Capilla de Marmol.

C'est LA curiosité du coin : des falaises érodées qui font penser à des piliers d'église et à des sculptures naturelles ressemblant à des stalagmites. Pour y aller, c'est le hors-bord avec 20 personnes vêtues d'un gilet de sauvetage. Un quart d'heure à vitesse « normale » pour l'approche, une bonne heure de glissade dans ce labyrinthe rocheux très évocateur par les formes à des têtes d'animaux. Le lago Général Carrera a une couleur magnifique du vert émeraude au bleu turquoise selon les endroits avec des points blanchâtres dues au vent. Le retour se fait à fond les manettes. Tout le monde met le poncho, s'accroche aux poignées. Le bateau remonte contre le vent. D'énormes sauts font cogner la coque et hurler les passagers. L'arrivée provoque soulagement et rires fous. Ca a décoiffé !

J'ai trouvé une auberge très occupée par les back packers, d'une propreté remarquable : Hospedaje Bellavista. Une seule possibilité : dormir dans un dortoir de quatre.

Journée douce comme on peut en avoir quelques fois en Patagonie.

Hôtel Cheleko - Puerto Rio Tranquilo, 45 km +575 m -565 m

Vendredi 17 janvier 2020 - Puerto Bertrand, de la tôle …

... ondulée tout le long ! très dure comme du ciment. Etape éprouvante pour le vélo qui a failli perdre une sacoche et qui, lors d'une descente un peu raide et donc rapide, avec le soleil au zénith qui effaçait le relief des creux et des bosses, s'est mis à sauter tout seul comme un cabri fou au point que la chaine a déraillé, le guidon est parti en avant, mais le bonhomme est resté en selle.

Parti ce matin de l'Hospedaje Bella Vista avec un copieux petit-déjeuner préparé par la patronne dont deux énormes merveilles bien gonflées, j'ai eu la surprise de cette étape à trous et à bosses sur plus de 70 km ! On longe le lago General Carrera mais avec les fameuses montées-descentes tracées pour les engins militaires donc des versants symétriques où l'on est obligé de monter petit petit à la limite de la perte d'équilibre (un peu moins de 4 km/h).

On traverse les forêts de lengas avec de temps à autre des ouvertures sur les paysages du lago General Carrera. Une bande de quatre cyclistes me suit, me dépasse, que je redépasse, et que je perds de vue. Au bout d'une cinquantaine de kilomètres, on atteint un carrefour de pistes : à gauche elle permet de passer au Sud du lac Général Carrera pour joindre notamment Chile Chico ; à droite on part vers Puerto Bertrand et Cochrane. C'est là que ça passe aujourd'hui. Mais une énorme et longue pente se profile. L'équipe des quatre jeunes cyclistes a l'air de tirer la langue. Dur, dur mais « ça le fait » ! En plus de la tôle ondulée la pluie s'est « invitée ». Par deux fois j'ai mis le poncho. Quelques vaches sur la piste. On passe sur plusieurs ponts qui permettent de traverser les multiples cours d'eau qui alimentent le lac.

Lago general Carrera

Puerto Bertrand est un tout petit village au bord du lac du même nom. J'ai pris la première chambre trouvée. Tout est un peu plus cher qu'ailleurs mais c'est peut-être le prix à payer pour maintenir des habitants dans des coins aussi reculés et aussi difficiles d'accès.

Demain j'espère atteindre Cochrane où je ferai une halte d'un jour

Puerto Rio Tranquilo - Puerto Bertrand, 71 km +1107 m -1100 m

Samedi 18 janvier 2020 - Cochrane - Sublime Rio Baker ... panne !

De Puerto Bertrand à Cochrane : 49 km. Etape courte. Mais ... départ juste un peu avant Pierre, l'italien solitaire qui a occupé la même auberge. D'emblée, la piste est meilleure mais montre les dents avec des portions aux pentes terribles qu'il faut très vite (au sens propre) descendre. On comprend qu'on ait envie d'applanir un peu. C'est toujours une succession de « montagnes russes » entrecoupées d'assez longues portions plus tranquilles.

Le Rio Baker nait du lago Bertrand. Son débit est exceptionnel au point évidemment d'attirer les investisseurs pour des descentes en canoë, en rafts, pour la pêche (au saumon ...), mais aussi pour la construction d'un énorme réservoir qui ennoierait des dizaines de milliers d'hectares entre Puerto Bertrand et La Caleta Tortel pour une énergie électrique qui alimenterait toute la région de la capitale chilienne. L'opposition est forte, heureusement quand on voit la beauté somptueuse des paysages du Rio Baker.

Au bout d'une descente très gravillonnée en virage (c'est dans les virages que la tôle ondulée est la plus recouverte de gros graviers), la vitesse saute et ... bloque. Un rapide examen m'oblige à démonter mon barda arrière pour décoincer deux maillons de la chaine qui, avec les rebonds du vélo, étaient allés au-delà du plus petit pignon. Rien de bien grave. La piste continue de monter dur puis de descendre dur. On longe par les hauteurs le beau Rio Baker. Des agences de pêche, de rafting, de canoë sont implantées ça et là. Il faut dire que les lieux apparaissent paradisiaques. Je commence à sentir que les cailloux deviennent de plus en plus gros : c'est ma roue arrière qui doit se dégonfler un peu. 50 coups de pompe. Espérons que ça tiendra ... Quinze kilomètres environ avant l'arrivée à Cochrane, une drôle de sensation m'envahit : mes pédales ne tournent plus, bloquées. La chaine a dû se coincer. Pas étonnant avec cette piste qui doit massacrer pas mal de matériel puisqu'on ne fait que sauter. Mais là, ce n'est plus la roue arrière, c'est un blocage de la chaine entre les plateaux du pédalier. Je mets beaucoup de temps à trouver la solution et la raison de ce blocage. Un caillou - lors d'une descente un peu musclée - a eu la bonne idée de percuter apparemment assez violemment le plateau médian au point de faire un creux légèrement percé et, revers du creux, faire un cône acéré du côté du petit plateau. Le hasard des changements de vitesse entre plateaux a fait qu'un maillon de chaine s'est pris dans ce cône acéré du plateau médian, bloquant tout pédalage et tout changement de vitesse. Ayant réussi à libérer le maillon et à refaire tourner les pédales, j'ai terminé les 15 derniers kilomètres en utilisant seulement le tout petit plateau.

Cochrane est une petite ville. Trouver un réparateur de vélo doit être possible. Le patron de l'auberge téléphone à un ami réparateur. L'examen de la bête indique que la meilleure solution est de changer le plateau médian abimé ainsi que la chaine (avant de partir j'avais fait changer tous les pignons, la chaine, le dérailleur avant). Il téléphone à Coyhaique pour obtenir les pièces qui pourraient être transportées par bus demain dimanche, pièces qu'il me montera dès réception. A défaut, on limera l'excroissance métallique du plateau médian. Rien n'est sûr à l'heure où j'écris ces lignes. J'avais prévu une pause cycliste d'un jour. Elle tombe ... à pic !

Puerto Bertrand - Cochrane, 49 km +917 m -962 m

Dimanche 19 janvier 2020 - Cochrane, l'attention ... même le dimanche

Aujourd'hui c'était prévu jour de repos. Agréable de rester un peu plus tard au lit, de se faire servir une petit-déjeuner classique mais avec aussi des oeufs brouillés, tout près de la cuisinière à bois qui donne plus que de la chaleur, une odeur, une ambiance.

La réalité c'est aussi cette inconnue qui mange le cerveau avec cette panne de pédalier, qui vous met totalement dépendant de personnes que vous ne connaissez pas, qui ont un abord sympathique mais seront-elles efficaces pour me permettre de repartir confiant dans le matériel qui doit être ou changé ou réparé du mieux possible ?

La chaine de solidarité a fonctionné : le patron de l'hospedaje Raices, Alejandro, qui téléphone à un ami réparateur de cycle, Thomas, qui téléphone à un ami fournisseur de matériel vélo à Coyhaique qui lui-même téléphone à un réparateur vélo de Coyhaique pour savoir s'il a le plateau médian shimano 32 dents qui ensuite - c'est le week-end - envoie ledit plateau à la gare routière de Coyhaique pour qu'un bus transporte le colis sans délai aujourd'hui dimanche à Cochrane, puis Thomas le réparateur de vélo de Cochrane qui est allé par deux fois à la gare routière de Cochrane ne sachant pas quel bus et à quelle heure le colis arriverait, Thomas qui à 18h30 - c'est dimanche - démonte mon pédalier, met le nouveau plateau, fait les réglages de cable et me rend le vélo prêt à partir. Magnifique ! Merci à tous !

Eglise de Cochrane

Autre réalité : ce matin l'intuition me conduit à tater le pneu arrière. Bien m'en a pris : il est quasiment dégonflé. Je démonte tout, teste la chambre à air dans un sceau d'eau, trouve le tout petit trou. Rustine autocollante mais par précaution je mets une chambre à air neuve.

Tomkins qui a acheté des milliers d'ha pour préserver la Patagonie

Ce soir, le miracle a eu lieu. Demain, départ pour la dernière liaison qui, au total, m'aura fait boucler un très bel ensemble de parcours patagoniens tant au Chili qu'en Argentine. Mais Puerto Yungay est encore loin (j'espère deux jours de vélo sans panne !) et puis le retour sera probablement plus dur à assurer compte tenu des pentes descendues depuis Coyhaique qu'il faudra ... remonter.

Les réseaux wifi devraient être inexistants pour les quelques jours qui viennent.

Lundi 20 janvier 2020 - Le Mulet aux abois ! …

Le patron du restaurant Nirrantal à Cochrane me disait de regarder dehors le ciel : il identifiait les barres blanchâtres comme des reliquats de fumées venant d'Australie. Il disait que ces fumées faisaient un halo général dans l'atmosphère qui modifiait la visibilité en la drappant d'un flou réduisant la netteté.

Lever à 6h30 pour petit-déjeuner espéré à 7h30. Mais la maison ne fait les petits-déjeuners qu'à partir de 8 heures. On m'a préparé deux sandwitchs et une banane. Manquent les oeufs brouillés et le café chaud …

Surprise en chargeant les sacoches : le porte-bagage arrière a un segment cassé net à une jointure ! Diable ... sans doute encore un effet de la tôle ondulée et des sauts brutaux à répétition. Je vais finir par admettre que le vélo commence à rendre l'âme ... J'arrime un peu différemment la sacoche arrière droite en déplaçant les attaches. Pas terrible mais pas d'autre solution. Je file rejoindre la Carretera austral lisse mais oui ... durant un petit kilomètre. Les tressautements recommencent. Je fais bigrement attention à ne pas trop secouer le Mulet et ... 12 kilomètres plus loin le pneu arrière !... Le sort s'acharne sur ce vélo : crevé ! et pourtant changé neuf d'hier. Je vérifie qu'il n'y a pas quoi que ce soit dans l'enveloppe du pneu qui occasionnerait une crevaison, monte une nouvelle chambre à air neuve achetée hier à Thomas le réparateur de vélos. Un cycliste solitaire arrive, français d'Auberviliers, qui compte joindre Ushuaia. Il parle beaucoup. Je le laisse filer. Je gonfle autant que je peux et je repars encore plus précautionneux. J'ai l'impression que le Mulet va me lâcher : pas bon les pannes à répétition. Je gamberge pas mal en évaluant les scenarios possibles : nouvelles crevaisons, porte-bagages qui cassent, dérailleurs qui bloquent ou chaine qui casse ... et le bonhomme qui reste en plan sur cette piste quasiment déserte ... Je retourne à Cochrane ? Je continue jusqu'à Tortel ? jusqu'à Puerto Yungay but ultime fixé ? Et revenir comment si les ennuis continuent ? …

Les coups de pédales sont ceux d'un robot : j'avance quand même vers le Sud, longeant quelques lagunas, me faisant sévèrement empoussiéré par les autos, motos, camions, bus.

Tiens, deux vélos allongés : ce sont deux chiliennes qui me proposent de manger un peu. Bonne idée ! Discussions en forme d'onomatopées mais on arrive à se comprendre. Bien sûr, elles veulent m'entendre dire que le Chili est le pays d'Amérique du Sud que je préfère ! Elles parcourent quelques portions de la Carretera austral en flânant à vélo par petites étapes.

Il est 14h30, j'ai fait une soixantaine de kilomètres avec toujours de solides montées-descentes. Je continue encore un peu pour trouver un lieu où mettre la tente. J'écris dans la tente après m'être fait pas mal attaqué par les tavanons qui ressemblent aux taons de chez nous. La tente montée en bordure d'un torrent sera mon hâvre de paix.

Le pneu arrière du vélo est encore gonflé ... Consultation de Maps.Me le logiciel de cartographie gratuit qui a la fonction GPS sans réseau avec des fonds de carte très documentées. Je ne suis qu'à une cinquantaine de km et de Puerto Yungay et de Caleta Tortel. Pour Puerto Yungay il y a pas mal de dénivellation « symétrique » que je dois parcourir dans les deux sens puisque Puerto Yungay est le but ultime de ma balade - rejoignant mon point d'arrivée de l'an dernier. Pour Caleta Tortel, beaucoup moins de dénivellation. Quoi choisir ? C'est le Mulet qui me le dira demain car pour les deux itinéraires il y a un tronc commun de 33 km : on verra donc selon le comportement du vélo.

Cochrane - Campement, 72 km +1021 m -1043 m

Mardi 21 janvier 2020 - Puerto Yungay, objectif atteint !

En imaginant ce parcours, je voulais combler le tronçon de la Carretera austral que je n'avais pas pu faire l'an dernier. Aujourd'hui, c'est fait. J'ai atteint Puerto Yungay.

Pourtant ce n'était pas gagné avec les péripéties du Mulet.

 

 

Ce matin, réveil à 5h30 sous la tente pour éviter les attaques des tavanons et des moustiques. Café chaud avec l'eau grise de la rivière bouillie avec le réchaud à gaz, rangement des sacoches, pliage de la tente mouillée. J'enfourche le vélo vers 6h30.

La piste est plus roulante que les jours précédents même si ça secoue quand même. On longe d'abord le rio Cochrane puis à nouveau le rio Baker dans toute sa majesté avec un débit tourbillonnant impressionnant. J'ai 33 kilomètres pour atteindre le carrefour pour se diriger soit vers Caleta Tortel soit vers Puerto Yungay. Le Mulet n'ayant pas crevé dans cette première partie, j'opte sans hésiter pour Puerto Yungay. Mais ... là, ça monte dur, très dur dans les premiers kilomètres. J'ai presque dû mettre pied à terre. On entre dans une gorge profonde, la piste ne permettant pas le roulage de deux véhicules côte à côte. Quelques 4x4 montent pour probablement prendre le ferry qui, de Puerto Yungay, permet aux véhicules d'atteindre Rio Bravo afin de rallier Villa O'Higgins, beau petit village du bout du monde : c'est la fin de la Carretera austral « fin del mundo ». Ensuite pour joindre l'Argentine par le Sud, c'est la fameuse traversée tout terrain qui permet de joindre El Chalten et le superbe massif du Fitz Roy.

J'ai une vingtaine de kilomètres à faire pour atteindre Puerto Yungay, en gros une bonne dizaine de kilomètres de montée. On longe la laguna Caiquen, les rios Vagabundo et Camino. Un convoi de voitures, de bus, de camions arrive en sens inverse : c'est l'arrivée du ferry. Donc ... on approche !

Panneau de bienvenue à « Puerto Yungay » ! Je n'ai pas crevé et mes sacoches sont toujours sur le vélo malgré la cassure du porte-bagage.

A l'embarcadère, la dame qui m'avait hébergé l'an dernier me reconnait. J'ai droit à une chambre et à une douche chaude. Ici c'est le pays oublié : pour avoir l'électricité il faut un groupe électrogène, le téléphone ne peut fonctionner qu'avec Claro, pas d'internet donc pas de wifi, pas de restaurant, juste une petite boutique tenue par mon hôtelière qui vend des sandwitchs, quelques boissons, de très bons empanadas.

Demain, je fais à l'envers la vingtaine de kilomètres pour revenir au carrefour et aller à Caleta Tortel. Croisons les doigts pour que le vélo reste tranquile !

Campement - Puerto Yungay, 55 km +766 m -798 m

22 Janvier 2020

Beaucoup de soucis. Depuis Cochrane j'ai campé puis ai réussi à atteindre Puerto Yungay sans probleme... mon vrai objectif du voyage! Ce matin départ de Puerto Yungay pour revenir par Caleta Tortel. Au bout de 30 km nouvelle crevaison arrière. Je réussis à atteindre Caleta Tortel où je squatte la seule bibliothèque qui permet d'accéder à internet.
Mon souci maintenant c'est les crevaisons répétées. Si mon pneu est toujours gonflé demain matin je tente de revenir à Cochrane dans deux jours. Si pneu dégonflé demain matin je prends un bus à 16 h pour Cochrane. A Cochrane j'essaierai de faire ressouder le porte bagage. A Cochrane j'aviserai pour la suite. Je ne comprends pas pourquoi je crève tant. Pourtant chaque crevaison est bien un trou! Mon enveloppe arrière est peut-être un peu grande ...Mais mon objectif est atteint en ayant pu rejoindre en vélo Puerto Yungay

Mercredi 22 janvier 2020 – Caleta Tortel, le vélo n'est pas resté tranquille !

Départ tôt ce matin au lever du jour. Tout est calme. Pas de vent, pas de pluie. Rien que le bruit des roues sur les gravillons de la piste. J'ai vérifié le Mulet, mis une rustine sur la chambre crevée, nettoyé la chaine, brosser les pignons, les roulettes de dérailleur, mis un peu d'huile au téflon sur la chaine, gonflé les pneus à 4 bars. De bons raidillons chauffent dur les mollets. Pas une voiture, pas de camion. Un seul bipède dehors. Une pente se fait remarquer car elle est pavée sur environ 400 mètres, d'une raideur qui fait pédaler sans réfléchir à autre chose qu'essayer de tenir le guidon sans trop faire de gauche-droite. La remontée de la bonne dizaine de kilomètres puis de la descente ne sont pas de tout repos. Les freins sont activées souvent car les cailloux sont toujours aussi gros et déstabilisants. Le carrefour avec la Caleta Tortel pointe son nez. A gauche toute ! La piste est de plus en plus secouante. Le Mulet saute pas mal avec les pneus gonflés fort. Et ... la jante arrière qui touche ... les cailloux ! Incroyable récidive. Je défais conscienceusement tout le paquetage arrière pour extraire la chambre, retouche tout le fond du pneu pour vérifier qu'il n'y a pas de pointe coupante, remonte avec une chambre à air rustinée, pompe, pompe jusqu'à ne plus pouvoir. Caleta Tortel est encore à 25 kilomètres de piste bondissante. Je me fais léger comme si cela pouvait avoir un effet sur le pneu. Caleta Tortel est atteint après une dernière rude montée. Le gonflage tient. La rotonde d'arrivée de la route cul de sac est archi pleine de véhicules. C'est un village dont les rues sont des passerelles en bois avec des marches d'escalier dans tous les sens. Bien sûr il faut descendre tout en bas des centaines de mètres de passerelles et d'escaliers pour avoir une chambre chez Estelle, une adresse conseillée par le cycliste français qui parle beaucoup.

Inutile de dire dans quel état psychologique me met l'incertitude permanente de la bonne marche du vélo. Je me renseigne sur les bus qui pourraient accepter les vélos. Mais d'un autre côté, je me dis que je voudrais bien retourner à bicyclette au moins jusqu'à Cochrane !

Pas d'internet possible sauf aux heures d'ouverture de la bibliothèque municipale située à 2 km de passerelle. Il faudra attendre Cochrane les Amis pour avoir les nouvelles pas très drôles de mon avancée. Maintenant, ... il pleut, c'est près de 20h. Dodo ! On verra demain

Puerto Yungay - Caleta Tortel, 46 km +766 m -684 m

Jeudi 23 janvier 2020 - Cochrane retrouvée

Toute la nuit à La Caleta Tortel les tôles des toits ont été martelées par de la grosse pluie. Combinée aux sonores très sonores ronflements de mon voisin de chambre, le climat local pour dormir n'était pas très proprice. Coussin, bras, couverture sur les oreilles ont fini par avoir raison de cette stéréo pas très agréable.

Ce matin 5h30 c'est toujours la grosse pluie. Je me lève sans bruit, m'habille en cycliste, entrouvre la porte, ... pas bon. La baie de la Caleta Tortel est quasiment invisible noyée dans le brouillard généralisé. On ne voit ... rien. J'attends une bonne heure : pas de répit. Vers 7h30, une accalmie. J'en profite pour faire mes centaines de marche d'escalier en portant tour à tour deux sacoches avant puis deux sacoches arrières avec tente et matelas arrimés. Le Mulet est resté à mi-chemin sur une plateforme de l'escalier. Le pneu est gonflé ! Je monte le tout place de la rotonde, cul de sac du village. Je trouve un abri un peu discret pour éviter la pluie sur le Mulet, et ... indécis, attends, attends ... et la pluie ne cesse pas.

Un petit autobus arrive vers les 10 heures. A tout à hasard - histoire de parler - je demande au chauffeur s'il prendrait des vélos. Il me répond que tout dépend du nombre de passagers. Je lui montre le Mulet. Il me demande si je peux le faire maigrir en sortant les sacoches et la roue avant. ... J'ai donc une solution. Le vélo compte pour une personne ... Au moins je serai sûr d'atteindre Cochrane au sec. Deux heures plus tard, le scénario météo est toujours le même. Il fait jour mais on y voit à peine à 100 mètres à la ronde. Deux heures après, le chauffeur me fait signe de passer à la caisse. Je fais maigrir le Mulet de tout le paquetage et de la roue avant. Je me cale dans le petit bus.

Solides amortisseurs, même ainsi les vibrations de la piste raisonnent. Je reconnais bien sûr à travers les glaces un peu embuées quelques points-clefs de mon passage aller : le carrefour pour Puerto Yungay, mon lieu de campement.

Arrivée à Cochrane gare routière. Je remonte le vélo, les sacoches et file au deuxième niveau pour savoir si des bus partent pour Coyhaique emportant les vélos. Deux compagnies le permettent chaque jour avec départ à 6h30 et à 7h pour environ 7 heures de voyage. C'est loin Coyhaique ! Finalement, on en fait du chemin à vélo ! Compte tenu des incertitudes de mon bicycle et du faible intérêt de faire à l'envers ce que l'on a déjà fait à l'endroit, j'opte pour le retour en bus. L'hospedaje Raices m'accueillent à nouveau pour une nuit.

Demain lever aux aurores pour filer tranquille en bus alors que le beau temps relatif que j'ai eu pour rallier Puerto Yungay semble disparu pour le crachin et le vilain voile nuageux qui fait de la Patagonie un peu le paysage de chez nous ... quand il fait très mauvais ...

Vendredi 24 janvier 2020 - Samedi 25 janvier 2020 : Coyhaique, le bus ce n'est pas si mal pour revenir !

En arrivant en début d'après-midi à Coyhaique, ce samedi, je me dis que, quand même, le morceau du chainon qui me manquait, à vélo, Coyhaique - Puerto Yungay fait traverser des paysages somptueux. Je m'en suis rendu compte en faisant en sens inverse par bus ce parcours. Il faut dire que, en gros, le beau temps a été de la partie. En bus, on a le temps de voir beaucoup mieux les paysages qu'en vélo car, sur des pistes ripio + tôles ondulées + pentes très fortes, on a le plus souvent le nez dans le guidon. Finalement, d'avoir pris le bus depuis Caleta Tortel me fait apprécier encore plus cette région de Patagonie. Inutile de dire que là ce sont plus les immensités, les variétés de la Nature que les gens - il n'y en a que très peu - et leurs activités, qui sont assez exceptionnelles.

Hier vendredi je pensais prendre le bus un peu comme on prend un ticket au dernier moment. Sauf que les deux bus de 40 places qui faisaient la liaison Cochrane-Coyhaique étaient complets. « Il faut acheter le billet la veille » soit au Terminal de bus soit par internet.

Lorsque j'ai raconté brièvement mes péripéties avec les crevaisons, le mari de ma logeuse m'a dit que la Carretera austral était réputée pour être la « mangeuse de pneus », quel que soit le véhicule.

Après avoir remonté la roue avant (sinon le chauffeur de bus ne prenait pas le vélo), je file à l'agence LATAM de Coyhaique et trouve une étiquette indiquant que depuis novembre 2019 l'agence est définitivement fermée. Encore des suppressions comme pour Air France. La solution est de téléphoner à l'agence « centrale ». Ayant pris ma réservation chez LATAM France, je pouvais penser que ça serait plus facile de modifier la date de mon retour en France en parlant français. LATAM France est impossible à joindre par téléphone les samedi et dimanche. LATAM Chili finit par décrocher au coup de téléphone de ma logeuse. Une bonne heure passe. Tout semble bien se passer pour changer la date de retour sauf que, sur les trois avions, deux sont Latam et un Iberia. Or Iberia ne répond pas, donc Latam ne peut pas finaliser le changement. On pourrait penser qu'à l'aéroport de Balmaceda je pourrai modifier la réservation : impossible après renseignement pris. Directement par internet ? Il y a bien une telle option sur le site Latam mais quand on clique, l'opération s'arrête net indiquant que seul l'appel téléphonique à l'agence centrale LATAM peut ... Le serpent se mord la queue, et le client ne sait plus que faire ...

Dimanche 26 janvier 2020 - Episode 1 - De la course de haies pour changer une réservation d'avion

Au lever du lit, ce matin, une magnifique couleur rosée du ciel ! C'est décidé, je file à l'aéroport de Balmacéda à quelque 50 kilomètres au moyen d'une navette de Transfert Valencia. C'est la seule toute petite sortie de crise d'hier avec Latam. Si, à l'aéroport, je ne peux pas trouver de solution ou faire un peu bouger les choses alors je suis condamné à rester jusqu'au 4 février, sans avoir envie de faire grand chose.

Comme d'habitude, la queue devant les guichets d'enregistrement LATAM est énorme : près d'une centaine d'individus. Comment vais-je bien pouvoir présenter mon cas alors que, en plus, il ne s'agit pas d'enregistrement pour un vol mais d'un changement de date ? En observant bien les allées et venues des différents employés LATAM derrière les guichets et devant le tapis roulant emportant les bagages, je vois que les manutentionnaires des bagages ne sont pas trop à la peine. Je décide alors d'essayer d'appliquer la fable de la Fontaine Le Lion et le Rat et donc le « on a souvent besoin d'un plus petit que soi ». J'avance ... à pas de ... et fais un signe à un manutentionnaire au visage sympathique. Je lui présente mon cas en lui demandant de l'aide, en lui expliquant ma situation. De suite, il va raconter mon histoire à une employée de l'enregistrement. Paola écoute patiemment ma demande, puis me dit que la solution ne peut être trouvée qu'en téléphonant au « fameux » numéro central de LATAM. Je réponds que cela a déjà été fait hier sans résultat. Je trouve alors un argument qui va être déterminant. Mon papa a 95 ans et a besoin de moi. Paola fait alors le « fameux » numéro de téléphone de LATAM, explique tout. La réponse est toujours la même. Iberia qui fait le troisième vol Madrid-Toulouse n'ayant pas donné de réponse, LATAM ne peut pas finaliser le changement de date. Paola alors fait un autre numéro de téléphone, me fait signe de m'asseoir au fond du hall. La file de la centaine de personnes pour l'enregistrement LATAM étant épuisée, Paola me fait signe. Le départ serait le mardi 28 janvier MAIS ce ne pourra se faire que si IBERIA donne l'accord. On convient que lorsque LATAM recevra l'accord espéré d'IBERIA, elle téléphone à Martha, ma logeuse pour régler financièrement le changement de date.

Morale de l'histoire : - être persévérant, - s'adresser à un plus petit que soi peut, peut-être, enchainer un déblocage de situation, - le tout avec sourire et mort dans l'âme.

Mais ... ce soir dimanche toujours aucune certitude : IBERIA aurait-elle supprimée toute possibité de connection téléphonique les samedi et dimanche ?

Lundi 27 janvier 2020 - Episode 2 - LATAM IBERIA, le chaud et le ... froid

D'après Paola, l'employée LATAM du comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Balmacéda, mon dossier est présenté comme prioritaire auprès d'IBERIA. Les 24 heures annoncées pour la réponse du départ mardi 28 janvier sont maintenant passées. Aujourd'hui lundi 27 janvier 14h toujours aucune confirmation par mail du changement de date pour le retour. Je fais téléphoner à nouveau Martha mon hôtellière au téléphone central LATAM qui doit expliquer à nouveau la situation (ce n'est pas la même personne que la première fois). Réponse toujours aussi claire : pas de réponse de Ibéria donc pas de possibilité de finaliser le dossier. Peut-on téléphoner directement à Iberia ? C'est LATAM qui a fait le billet global pour les deux compagnies, c'est LATAM qui peut seule contacter Iberia : une réponse sera donnée dans un délai de 16 heures. J'essaie de contacter LATAM France. Le contact est en français. Mais on me demande de taper 1, ce que je fais et ... la communication se coupe. On essaie alors d'avoir Paola de LATAM qui avait mis le dossier priroitaire. On réussit à l'avoir. On lui raconte les contacts avec LATAM. Elle dit qu'elle va faire pression ... Fin de la journée du lundi 27 janvier. Fin de l'épisode 3.

Mardi 28 janvier 2020 - Episode 3 - Les affres de la ré-organisation des compagnies aériennes

Attendre le mail de confirmation du changement de date de retour ... Ca n'en finit pas. Avec Martha, l'hôtelière, on téléphone à nouveau au standard téléphonique de LATAM. Plus d'une heure d'explication. La dame du standard (une nouvelle), Cinthya Garcia, cherche la solution et au bout du bout annonce un surcoût à payer de 2747 euros ! .... Ca pourrait être risible si on n'avait pas affaire à la compagnie aérienne chilienne major. C'est 2,7 fois le prix que j'ai payé pour l'aller-retour lors de la réservation. Manifestement elle a pu se tromper. Mais non. Elle justifie ce prix en disant que les prix varient selon les périodes. Même pas en first class. Martha a l'idée de demander le nom à l'employée et de lui demander de lui passer la superviseur. Du coup, Madame Cinthya Garcia raccroche sans passer le ou la superviseur.

Que faire ?

Le téléphone sonne : c'est Paola de LATAM qui vient s'enquérir de la suite du dossier. On lui explique en deux mots qu'on arrête la demande en raison du surcoût exorbitant de 2747 euros. Elle dit qu'elle va nous rappeler. Une heure plus tard, Paola annonce pour un départ demain mercredi et une arrivée à Toulouse jeudi un surcoût de 220 euros ! Entre 2747 euros et 220 euros, pas d'hésitation, j'accepte. Une heure de plus et je reçois un mail de confirmation de Madame la superviseur des billets passagers de LATAM.

Le miracle a eu lieu.

Reste à essayer de comprendre pourquoi six ou sept employés n'ont jamais pu trouver de solution, prétextant une absence de réponse d'Iberia pour le troisième avion Madrid-Toulouse, pourquoi subitement une employée a trouvé une solution mais à 2747 euros, alors que l'intervention volontaire d'une personne auprès de la superviseur a non seulement eu un résultat quasi inespéré et à un tarif qui paraît plus acceptable ?

La réorganisation centralisatrice des compagnies est sans doute à pointer du doigt (je rappelle qu'à Puerto Montt avec l'agence locale LATAM la modification de date avec les mêmes compagnies LATAM et Iberia s'était faite dans la minute) mais la volonté individuelle des personnes est aussi à incriminer. Bon vent pour ceux qui vont demander des changements de dates de retour. Je précise que j'avais pris des billets modifiables.

Demain matin, la navette doit passer entre 7h30 et 8h pour un départ avion à 11h. Espérons que le carton vélo pourra rentrer dans le véhicule ...

Mercredi 29 janvier 2020 - La Patagonie me retiendrait-elle ?

Quand on fait un voyage - qui plus est en vélo - on peut découvrir des situations ou des modes de fonctionnement qui sont absolument à améliorer.

Le modernisme fait que l'on informatise tout (acceptable) mais que via internet on peut donc imaginer que tout un chacun aura un ordinateur branché sur un réseau qui fonctionne avec une organisation du travail très segmentée mais complémentaire. On a une compétence limitée et dès lors que le client sort de son champ de compétence on passe le relais à l'autre « spécialiste » (un peu comme au téléphone on doit cliquer sur choix 1, choix 2 ...). Et on croit que ça va fonctionner. C'est oublier au moins deux choses : les informaticiens programment et appliquent ce qu'on leur dit de faire mais ... il y a des bugs : les clics ne marchent pas toujours ; les gens ne sont pas suffisamment au fait de toutes ces subtilités - même les employé(e)s chargé(e)s d'appliquer ces techniques - et donc le vulgum pecus qui est en bout de chaine au fin fond de sa campagne est désemparé, d'autant plus que la réorganisation centralisatrice liée à la généralisation de l'informatique et de l'internet oublie encore beaucoup trop de territoires ! On supprime les agences locales qui étaient très efficaces car pouvant régler rapidement les questions, et le citoyen ne sait plus à quel saint se vouer.

Illustration encore ce matin à l'enregistrement de mon retour.

Sueurs froides ce matin lors de la mise du carton-vélo dans la navette : juste juste ! le chauffeur a forcé un peu pour fermer la porte. Bon début ! A l'aéroport de Balmacéda, près de 200 personnes font la queue aux guichets LATAM. Je me faufile par la droite avec mon grand paquetage et à l'annonce « adelante » je pousse le chariot devant le nez de la guichetière. Je présente le nouveau code de réservation reçu hier soir par mail. Le visage de l'employée se fixe, se fige, les yeux ouvrent grands ... pas moyen d'aller plus loin. La guichetière voyant que c'était Paola de chez LATAM qui avait fait le changement avec la superviseur, téléphone à Paola qui est en repos. Coups de téléphone à répétition avec également le service central LATAM, le service informatique ... invitation à aller m'asseoir au bout du hall ... Le Mulet est dressé droit comme I. Au bout de deux bonnes heures, le site LATAM accepte ma carte Visa, puis l'imprimante finit par cracher les trois billets correspondant aux trois avions avec, pour les bagages, les tickets Santiago-Madrid-Toulouse qui feront aller directement à Toulouse vélo et sacoches. La guichetière soulagée sort de son bureau et vient m'embrasser. Je la remercie et lui dis de remercier Paola. J'ai maintenant le césame. Carton-vélo et sacoches filent sur le tapis roulant.

Que tout est compliqué alors que LATAM était jusqu'à ces suppressions d'agences locales une compagnie très souple pour répondre aux demandes des clients. Finalement si UNE employée un peu zélée - Paola - n'avait pas forcé les habitudes, les pratiques de ses collègues, la modification de réservation n'aurait pas été possible. J'ai payé 220 euros comme convenu mais rien de plus pour le vélo - alors qu'à Puerto Montt l'employée LATAM m'avait fait payer la première fois 200 dollars US pour le vélo au retour, mais 70 euros pour l'aller. Finalement, c'est sans prix ... Dur, dur quand même toutes ces incertitudes. Bon, je reviens en France. Je suis à Santiago ... pour le moment !

Rencontre : une Vie à trouver !

En attente à l'aéroport de Santiago, j'entends quatre africains d'origine employés au Service de transport des handicapés à l'aéroport. Je leur demande leur origine africaine. La réponse se fait dans un français parfait. Intrigué, je creuse un peu. L'origine africaine est lointaine, de la génération des grands-parents. Le plus loquace a fait des études universitaires jusqu'en Master à Haïti son pays d'origine où se trouve toute sa famille. Après les terribles catastrophes, il a décidé d'aller trouver une vie ailleurs car, catholique, il ne voulait pas rester en Haïti trop imprégné de pratiques contraires à ses valeurs. Le Chili l'accueille mais dans des conditions matérielles juste de survie. Employé à l'aéroport, il gagne l'équivalent de 350 euros par mois, partage une chambre pour 150 euros par mois, doit s'alimenter et ... vivre un peu avec le reste, soit très peu, le coût de l'alimentation étant globalement l'équivalent du coût moyen français. Il voudrait aider sa famille en Haïti mais ne peut pas pour le moment. Situation difficile à entendre surtout quand on voit le niveau de français parlé. Il a passé un premier test pour le Canada (en français) mais on lui demandait 500 dollars pour continuer de remplir son dossier pour qu'on lui propose un travail. N'ayant pas l'argent. Il a dû arrêter sa démarche. Il est certain qu'il aura bientôt une Vie meilleure.

Jeudi 30 janvier 2020 - Terminus à 24h …

Que d'économies de plastique à faire quand on voit les fast food des aéroports qui proposent tout emballées empaquetées dans des contenants à jeter, des nourritures très transformées …

Voyage aérien Santiago du Chili - Madrid dans un très beau 787-9 aux sièges non éventrés comme celui que j'ai eu à l'aller, même si l'intervalle entre les places est toujours fait pour des nains ... Quand on est habitué aux légumes du jardin, à la viande de chez Lespoune, aux fromages de la vallée d'Aspe, la nourriture donnée dans les avions est sans saveur, tellement décomposée, recomposée qu'on mange parce qu'il faut manger un peu. En revanche le vin rouge chilien servi est très correct mais désoiffe à peine !

De l'autre côté du couloir une dame avec un enfant handicapé avait un chien qui est resté toute la nuit sans aucune manifestation. Le matin, ... il était toujours vivant !

Le commandant de bord était un petit bout de femme qui a donc su manoeuvrer cet engin énorme d'appareil et nous conduire à bon port. Respect !

Le décalage horaire de quatre heures nous a fait atterrir à Madrid à 12h. Clics, clics téléphone, internet, déambulation dans cette grosse ville renouvelée chaque jour. L'attente est longue jusque vers 22h25, heure de départ du troisième avion pour Blagnac. Est-ce l'effet préventif lié au coronavirus ? Tous les employés du contrôle des bagages ont le nez enfermé dans un masque avec filtre ! Les magasins de luxe sont très présents. Beaucoup de passagers en attente tournent dans tous les sens pour viser le bon endroit pour entrer dans leur avion. Cosmopolitisme et excentrisme !

Le dernier avion Madrid - Toulouse est très tard. Je vois le vélo entrer dans la soute à bagages. Le vol sera rapide avec plus d'un quart d'heure d'avance sur l'horaire prévu à l'arrivée. Le taxi Econavette me conduit à Léguevin chez Laure. Je rentre à pas de loup. La nuit sera douce ...

Ma voiture est là. J'emmène Ninon à l'école, et rentre à Eysus. Les yeux sont encore un peu embués. Je ne suis pas encore dans les Pyrénées. Je ne suis plus tout à fait en Patagonie ...

 

26 janvier 2020 - Entre Coyhaique et Balmaceda
  21 janvier 2020 - Objectif atteint !
 
18 janvier 2020 - le ripio le plus mauvais, les cailloux qui partent comme des flèches
18 janvier 2020 - Les somptueux paysages du Rio Baker
16 janvier 2020 - Retour de la capilla de Marmol ... le hors bord à fond les manettes !

14 janvier 2020 Le mauvais temps a parfois du bon ! Entre Coyhaique et Villa Cerro Castillo